FAMILLE POLYNÉSIENNE
Les peuples que Dumont d’Urville a nommés Polynésiens habitent toute la partie orientale de l’Océanie, c’est-à-dire les îles Sandwich, les archipels des Marquises, de Pomotou, de Bougainville, de la Société, de la Nouvelle-Zélande, des Amis, etc.
Tous ces peuples ont les plus grands rapports entre eux. Leur teint est olivâtre, tirant sur le brun, mais non cuivré. Leur taille est élevée, leurs membres nerveux, leur front haut, leurs yeux noirs, vifs et expressifs, leur nez peu aplati. Les lèvres sont généralement plus grosses que chez les blancs; cependant leur bouche est belle, leurs dents superbes. Leurs cheveux sont noirs et frisés. Sur toute la vaste étendue qu'ils occupent, ils parlent la même langue.
La plupart des peuples appartenant à la famille polynésienne sont de véritables sauvages. Mais leur race diminue de jour en jour, et les civilisations voisines finiront par remplacer l’élement indigène par des races d'Europe. En attendant, les usages les plus cruels subsistent chez eux. L'anthropophagie même est pratiquée par certains d’entre eux.
Chez tous les peuples des îles de l’Océanie le tabou joue un grand rôle. Expliquons ce qu'il faut entendre par tabou.
Ce mot exprime un état d’interdiction pendant lequel l'objet qui en est frappé se trouve sous l’empire immédiat de la divinité. L'homme ne peut l’enfreindre sans s’exposer aux conséquences les plus funestes, à moins qu’il n’en ait détruit l’action par certaines formalités.
Ainsi le terrain consacré à un dieu, ou devenu la sépulture d'un grand chef, est tabou. On impose le tabou sur une pirogue que l’on veut rendre plus sure pour de longs voyages. Il est défendu de combattre en un lieu sujet au tabou. Pour empêcher certaines
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productions de devenir rares, le tabou leur est imposé. L’homme coupable d’un vol ou de tout autre crime manque au tabou; celui qui touche le corps d’un chef mort ou quelque chose à son usage habituel, devient tabou , et le temps seul peut le relever, etc.
Nous parlerons surtout des habitants de la Nouvelle-Zélande, et donnerons quelques détails sur les habitants des îles Tongas (îles des Amis) et sur ceux des îles Sandwich.
Nco-Zèlandais. — Les habitants de la Nouvelle-Zélande, que l’on désigne quelquefois sous le nom de Maoris, sont grands, robustes et de formes athlétiques. Leur taille est communément de cinq pieds sept à huit pouces, rarement au-dessous. La couleur de leur peau ne diffère point de celle des hommes du midi de l’Europe. Leur physionomie respire presque toujours une sombre férocité. Le visage est ovale, le front rétréci, l’œil gros, noir et plein de feu. Le nez est parfois aquilin et plus souvent épaté. La bouche est grande et les lèvres grosses. Sous ces lèvres, des dents petites et du plus bel émail sont rangées avec régularité.
Les Zélandais portent leur chevelure longue et par mèches éparses qui retombent sur la figure; les chefs seuls ont le soin de la relever sur la tète en une seule toufTe. Ces cheveux sont rudes, noirs, et paraissent parfois rougeâtres, parce quecertains individus se saupoudrent la tète avec de la poussière d'ocre.
Les femmes, qui ne sont pas esclaves, ont la taille forte et robuste, rarement au-dessous de cinq pieds et quelques pouces. Les jeunes filles ont un visage large, des traits masculins, de grosses lèvres, souvent teintes en noir par le tatouage, une grande bouche, un nez épaté, une chevelure mal peignée et flottant en désordre. Leur corps, d’une malpropreté révoltante, est imprégné d’une odeur de poisson ou de phoque qui soulève le cœur.
Quelques avantages corrigent les traits repoussants de ce tableau. Les dents des Zélandaises sont d’une excessive blancheur et leurs yeux noirs sont pleins d’expression et de feu. Mais les travaux du ménage et les enfantements font bientôt disparaître ces avantages. D’ailleurs les Zélandaises ont des habitudes enracinées de malpropreté. Une couche épaisse de boue recouvre leur corps, presque toujours enduit d’huile de phoque ou de marsouin. Hommes et femmes sont d’excellents nageurs.
Le costume varie peu dans les deux sexes. Les Zélandais savent
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se tisser, avec les fibres du Phormium lenax , de très-élégants tissus. Une bande de ce tissu flotte négligemment sur les épaules et sur le corps ; une autre est roulée autour du tronc et descend jusqu’aux genoux. Pendant l’hiver, ils ajoutent sur la natte supérieure un tissu grossier et pesant, formé de masses de filaments d’une sorte de jonc. Ce vêtement est remplacé chez les chefs par un manteau de peaux de chien cousues ensemble. Du reste ces tissus varient. Les uns sont lisses et sans dessins, les autres sont couverts d’ornements très-délicats. Les jeunes filles esclaves ont des brins de Phormium tenax non battus et implantés dans leur pagne, ce qui donne à leur corps une ampleur démesurée.
Le rang et la valeur des guerriers sont indiqués par un grand nombre de petites baguettes d’os et de jade, que l’on attache sur la poitrine au bord de la natte. L’usage primitif de ces baguettes était de se gratter les cheveux et d’y tuer les insectes.
Les Zélandais ont, comme tous les autres peuples, le goût de la parure Ils aiment à placer des plumes dans leurs cheveux. Une touffe de plumes blanches et soyeuses est insérée dans le trou des oreilles. Leurs cheveux en désordre ne sont ordinairement recouverts par aucune coiffure; cependant le naturaliste Lesson. à qui nous empruntons ces détails, a vu quelques jeunes tilles chez lesquelles le sentiment de la coquetterie était plus développé : leur tête était ornée d’une gracieuse guirlande de mousse verte.
Les femmes portent, comme parure, des colliers de coquillages, auxquels sont parfois suspendus de petits hippocampes desséchés. Elles ont un grand goût pour les grains de verre bleu de fabrique européenne. .Mais le bijou le plus précieux pour les Zélandais, et que portent seuls les hommes, est un fétiche de jade vert, représentant une figure hideuse, qui pend sur la poitrine, suspendu à quelque portion d’os humain. Des idées religieuses sont attachées à cette amulette.
Par superstition les Zélandais suspendent à une de leurs oreilles une dent acérée de squale. Les femmes se déchirent la poitrine et la figure avec cette pointe quand elles viennent à perdre un chef ou un de leurs parents. Le plus grand prix est attaché à ces objets lorsque, transmis par les ancêtres, ils sont taboues , c’est-à-dire sacrés. Le bonheur de toute leur vie paraît lié à leur possession. Toutefois ils n’attachent aucun prix à cette amulette lorsqu’elle provient des ennemis qu’ils ont massacrés.
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Le tatouage joue un grand rôle chez les Néo-Zélandais. Ils se soumettent chaque année à l’opération douloureuse qu’il exige.
Fig. 303. Chef zelandais îles environs d'Auckland.
Ce tatouage couvre ordinairement la figure, et comme il est trèsfréquemment renouvelé, il en résulte de profonds sillons, disposés
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par cercles réguliers, et qui donnent à la physionomie l’expression la plus étrange. Ils se tracent ainsi, au bas des reins, des cercles enroulés les uns dans les autres. Des losanges, formant une large bande, sont imprimés sur les reins des femmes. Leurs lèvres sont sillonnées de raies d’un noir profond, et des espèces de fers de lance sont gravés aux angles de la bouche et au milieu du menton. Les jeunes gens se dessinent sur le nez de larges mouches de couleur noire, et les jeunes filles des mouches bleues. Il n'y a que les esclaves et les hommes de la dernière classe qui ne soient point tatoués. C’est une véritable honte que d'avoir la peau dans son état naturel.
Dans un pays exposé aux terribles tempêtes de l'hémisphère austral, les habitations devaient être, et elles sont en effet petites et basses. Les villages ne sont jamais en plaine, parce qu’ils pourraient être saccagés par surprise; ils sont toujours placés dans des lieux escarpés et d’un accès difficile. On ne peut entrer dans les cabanes qu’en se traînant sur les genoux et sur les mains. Les familles qu'elles abritent dorment pêle-mêle sur la paille et dans un espace étroit. A l’intérieur, il n'y a pas de meubles, si l'on en excepte quelques coffrets sculptés et quelques vases en bois rouge chargés de dessins.
La plus remarquable industrie de ces insulaires est celle de la fabrication des étoffes.
Nous avons déjà signalé les beaux tissus que les femmes et les jeunes filles fabriquent avec les fibres du Phormium tenax.
Le sol ne fournit pas dans la Nouvelle-Zélande, comme dans les iles de l’Asie équatoriale, une grande variété de substances alimentaires. La base de la nourriture des Zélandais se trouve être le rhizome d'une fougère qui couvre toutes les plaines, et qui ressemble à notre Plais. Ils prennent une grande quantité de poissons dans les baies du rivage et en sèchent ou en fument la majeure partie pour se préserver de la famine en temps de guerre, et pour se nourrir lorsqu'il n’est plus possible, en raison de la fureur des vents, de mettre des embarcations à la mer. Les Européens ont introduit chez eux plusieurs plantes potagères, qui croissent aisément dans un sol meuble fécond.
Leur cuisine est aussi simple que leurs aliments. Ils ne boivent que de l’eau pure et haïssent les liqueurs fortes. Leurs aliments sont placés à terre, et chacun mange avec ses doigts. Cependant les guerriers se servent parfois d’instruments faits avec des os
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humains. Lesson acheta à l’un d’eux une fourchette à quatre dents, faite avec l’os radius d’un bras droit humain, sculptée avec soin et ornée de divers reliefs en nacre.
Leurs pirogues sont remarquables par les sculptures qui les décorent. La plupart de ces embarcations sont creusées dans un seul tronc d’arbre, et ont communément jusqu’à quarante pieds de longueur. Lesson en mesura une qui, formée d’un seul morceau, avait soixante pieds de longueur et trois de* profondeur sur quatre de large. Elles sont peintes en rouge et ornées de plumes d’oiseaux disposées en festons sur les bords. L’arrière s’élève jusqu’à près de quatre pieds, et se compose de sculptures allégoriques. L’avant est occupé par une tête hideuse à yeux de nacre et dont la langue sort démesurément de la bouche pour faire nargue aux ennemis. Ces pirogues peuvent contenir quarante guerriers. Les rames, terminées en pointes acérées, peuvent servir, à l’occasion, d’armes contre une attaque imprévue. Les voiles sont des nattes de jonc grossièrement tissées et triangulaires.
Bien qu’ils soient éminemment guerriers, les Néo-Zélandais n’ont pas une grande variété de moyens de destruction. Ils ne se servent point de flèches. Un paton-paton fait en jade vert, et qu’ils fixent au poignet par une lanière de peau, est l’arme par excellence avec laquelle ils brisent ou scalpent le crâne d’un ennemi. Ils l’attaquent corps à corps et triomphent par la puissance de la force. Les prêtres ont pour marque de leur fonction un assommoir en os de baleine couvert de reliefs. Leurs tokis sont des haches de jade dont les manches, travaillés avec soin, sont ornés de touffes de poils de chien d’un blanc pur. Un grand nombre de leurs casse-tête sont en bois rouge poli et très-dur.
De nos jours, les nombreuses tribus qui habitent les îles fréquentées par les baleiniers anglais et américains reçoivent des fusils en échange des vivres frais qu’elles fournissent aux vaisseaux européens.
Le chant des Zélandais est grave et monotone. Il se compose de notes gutturales lentes et entrecoupées. Il est toujours acçompagné de mouvements d’yeux et de gestes mesurés très-significatifs. La plupart de ces chants roulent sur des sujets licencieux.
Leur danse est une pantomime dans laquelle les acteurs changent rarement de place, et qui se compose de gestes et de mouvements des. membres exécutés avec la plus grande précision. Chaque danse a un sens allégorique, et s'applique aux déclarations
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de guerre, à un sacrifice humain, à des funérailles, etc. La danse de guerre [fig. 204) se fait avec des fusils tenus en diverses positions.
Le seul instrument de musique que Lesson ait vu entre les mains des Zélandais est une flûte en bois travaillée avec goût. Le langage de ces peuplades est dur. Des poésies d'une haute antiquité se sont transmises par la tradition orale. Les Zélandais ont une religion, un culte, des prêtres, des cérémonies. Les mariages se font par achat. Un chef qui fut en rapport avec l'équipage dont Lesson faisait partie avait acheté sa femme deux mousquets et un esclave mâle.
L’amitié que se portent les naturels d'une même tribu est trèsvive, et Lesson nous a dépeint la manière dont ils se la témoignent. Lorsqu'un d’eux venait à bord, et qu’il y rencontrait un ami qu'il n'avait pas vu depuis quelque temps, il s’approchait de lui, dans un morne silence, appliquait le bout de son nez contre le sien, et restait ainsi pendant une demi-heure, en marmottant d’un son lugubre des paroles confuses. Us se séparaient ensuite, et agissaient le reste du temps comme deux hommes complètement étrangers l’un à l’autre. Les femmes observaient entre elles le même cérémonial.
Nul peuple plus que celui dont nous esquissons l’histoire ne conserve plus longtemps le désir de venger une insulte. Aussi des haines éternelles et des guerres fréquentes désolent-elles ces lies.
La perte des parents ou des chefs est vivement sentie par toute une tribu. Les fnnérailles durent plusieurs jours. Quand le défunt appartient à un rang élevé, on sacrifie des captifs, qui devront ie servir dans l’autre monde. Les femmes, les filles, les esclaves femelles se déchirent le sein, les bras et la figure avec une dent tranchante de squale.
Chaque tribu forme une sorte de république. Les districts sont régis par un chef, qui a un tatouage particulier. C’est celui dont la bravoure, l'intrépidité et la prudence sont le plus généralement reconnues.
Lesson déclare que les Néo-Zélandais sont ouvertement et cyniquement anthropophages; qu’ils savourent avec une extrême satisfaction la chair palpitante des ennemis tombés sous leurs coups, et regardent comme un jour de fête celui où ils peuvent se rassasier de chair humaine. Un chef exprimait à Lesson la
Fig. Danse de guerre des Maoris habitants de tu Nouvelle-Zélande).
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satisfaction qu’il éprouvait à manger de la chair humaine ; il indiquait le cerveau comme le morceau le plus délicat, et la fesse comme le plus substantiel.
Après une victoire, les corps des chefs tués dans le combat sont préparés pour servir à cet horrible festin. La tête appartient au vainqueur. Les chairs sont mangées par les hommes de la tribu, et les os leur sont distribués pour en faire des instruments. Les guerriers vulgaires sont scalpés, coupés en morceaux, rôtis et dévorés. Leurs tètes, lorsqu’elles ont quelque réputation, sont vendues aux Européens en échange d’un peu de poudre.
Les tètes des chefs sont conservées. Si le clan vainqueur veut faire la paix, il envoie cette tête à la tribu qu’il a soumise. Si celle-ci pousse de grands cris, il y aura accommodement ; si elle garde un morne silence, c’est qu’elle se prépare à venger la mort de son chef, et les hostilités recommencent. Quand une tribu a reconquis la tète de son chef, elle la conserve religieusement et la vénère: ou bien, sachant qu’elle serait d’un bon débit, elle la vend aux Européens.
Dans un voyage récent, M. Hochstetter a visité ces mêmes « insulaires. Un chef d’Ohinemuta, nommé Pini-le-Kore-Kore , vint voir M. Hochstetter. Il était vêtu à l'européenne, enveloppé d’un manteau, coifré d’un chapeau de paille, et tenait une bannière blanche portant cette inscription en lettres bleues : Sancta Maria , ora pro nobis. C’était un chef christianisé et modifié dans son aspect extérieur. Élevé dans l’école des missions, il était âgé d’environ trente ans, et tatoué seulement dans le bas du visage. Dans son extérieur aussi bien que dans ses manières il avait beaucoup gardé de ses maîtres français. Extrêmement communicatif, il donna de curieux renseignements au voyageur sur les horribles guerres auxquelles se livraient ses ancêtres.
Depuis trente ans les combats ne se font plus comme autrefois, c’est-à-dire ne consistent plus en des espèces de duels on se fusille de loin et par corps de troupes, à la manière européenne.
Le voyageur eut occasion de rendre visite au roi maori, PotsleaxiAe-Whero-Whero . Devant la porte de sa demeure était une sentinelle, revêtue d’une capote d’uniforme bleue, aux parements rouges et aux boutons de laiton. C’était toute la garde du palais.
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Vingt personnes environ se trouvaient réunies dans une hutte. Le roi, aveugle et la tète courbée, était assis sur une natte de paille. Sa figure, surchargée de tatouages, était belle et régulière sur le front une cicatrice profonde indiquait qu’ancien guerrier, il avait pris part à de sanglants combats. 11 était enveloppé dans une couverture de laine d’un brun foncé.
Les filles de ce chef suprême d’une race guerrière et indomptée étaient occupées à laver, comme la Nausicaa d’Homère.
Fig. 205. Chef maori (Nouvelle-Zélande).
Son fils, placé près de lui (fig. 205), était un jeune homme aui yeux noirs et brillants.
Les tribus maories s’étaient soulevées quelques années auparavant, et avaient voulu fonder un gouvernement national, après avoir reconquis leur indépendance. Mais les indigènes furent vaincus après beaucoup de sang versé, et retombèrent sous le joug de leur ancien chef.
Tongas. — Les habitants des îles Tongas (îles des Amis) ressem-
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blent aux Européens ; mais leur physionomie offre des expressions si variées, qu’il est difficile de les ramener à un type caractéristique. Au premier aspect l’épatement du nez semble une particularité de la race. Cependant, à mesure qu’on examine un plus grand nombre d’individus, on voit se multiplier les formes ordinaires de cet organe. Il en est de même des lèvres, qui sont tantôt charnues, tantôt minces. Les cheveux sont noirs ; on en rencontre aussi de bruns et de châtain clair. La couleur varie également. Les femmes et les filles de condition, qui évitent les ardeurs du soleil, sont peu colorées ; les autres sont plus ou moins foncées.
La population de ces îles a été soigneusement décrite par Dumont d’Urville, dans le récit du voyage qu’il fit comme commandant de V Astrolabe , pendant les années 1826, 1827, i828 et 1829.
« Les habitants des îles Tongas, dit Dumont d’Urville dans sa relation du Voijaye de V Astrolabe, sont, en général, grands, bien faits et bien proportionnés, Leurs physionomies sont agréables et présentent une variété de traits comparable à ce que nous observons en Europe. Plusieurs ont le nez aquilin et les lèvres assez minces, presque tous ont les cheveux lisses. Enfin, la couleur de leur peau est peu foncée, surtout parmi les chefs. 11 est des femmes qui, à la taille la plus avantageuse, à la démarche la plus noble, aux formes les plus parfaites, unissent les traits les plus délicats, un teint presque blanc ou seulement basané. »
Cook et Forster avaient déjà assuré que les femmes de Pile Tonga pourraient servir de modèle aux artistes.
Dans leurs premiers rapports avec les Européens, les habitants des îles Tongas s’étaient montrés sous le jour le plus favorable. Tasman, Cook, Maurelle et Wilson reconnaissaient leur douceur, leur politesse, leurs mœurs hospitalières. Aussi Cook avait-il donné à leurs terres le nom d 'îles des Amis. L’équipage de l'Astrolabe fut d’abord séduit par ces apparences ; mais à maintes reprises les indigènes donnèrent des preuves qu’au moment même où ils accablaient les navigateurs de caresses et d’amitiés, ils songeaient à les assaillir et à les dépouiller.
Ces hommes sont susceptibles d’ailleurs d’une force de caractère et d’une énergie peu communes. Leur bravoure va souvent jusqu’à la témérité la plus audacieuse, et ils ne reculent point devant le plus grand danger. Ils ont néanmoins un ton général de politesse et de courtoisie, une aisance naturelle dans les manières, qu’on ne s’attendrait guère à rencontrer chez un peuple si
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voisin de l’état sauvage. Leur intelligence est plus développée que celle des Taïtiens. Ils traitent les femmes avec égard; ils aiment beaucoup leurs enfants, et professent un grand respect pour la vieillesse.
Ils font des pirogues qui sont remarquables par leurs proportions, l’élégance et le fini de la main-d’œuvre. Ils taillent les dents de baleine pour en faire des colliers, et incrustent leurs divers instruments avec la même matière. Ils savent construire des maisons, des voûtes en pierre pour la sépulture des chefs. Avec un clou aiguisé et fixé dans un manche, ils font aux casse-tête de délicates ciselures. L'art culinaire est porté chez eux à un plus haut degré que chez les autres insulaires de la Polynésie. Ils préparent jusqu’à trente ou quarante mets différents, consistant en porc, tortue, oiseaux, poissons, ignames, fruits à pain, bananes, noix de coco, etc., mélangés suivant certains procédés et apprêtés de différentes manières. Les paysans cultivent la terre avec des pieux aplatis et tranchants à l’extrémité, munis, à peu de distance du bout, d’un étrier, pour appuyer le pied.
La fabrication des étoffes, des nattes et des corbeilles est du ressort particulier des femmes. Pour fabriquer l’étoffe dont ils se servent le plus ordinairement, ils prennent une certaine quantité d’écorce de mûrier à papier, convenablement préparée, la battent, la teignent avec diverses couleurs végétales et impriment des dessins de plusieurs genres. Les nattes de la plus belle qualité se font avec des feuilles du Pandanus; d’autres, plus fortes, sont fabriquées avec l’écorce d'une espèce de bananier. Les nattes, qui ressemblent à du crin, sont portées par les gens du peuple dans les pirogues pour se garantir de l’humidité. D’autres sortes de nattes, ornées de divers dessins, et faites avec les jeunes feuilles du cocotier, servent à protéger les parois des édifices contre les intempéries de l’air.
Les femmes d'un certain rang s’amusent à fabriquer des peignes, dont les dents sont des côtes de feuilles de cocotier. La fabrication du fil appartient aux femmes des basses classes. La matière du fil s’extrait de l’écorce de bananier.
fies insulaires se tatouent diverses parties du corps, surtout le bas du ventre et les cuisses. Les dessins ont une véritable élégance et présentent une grande variété de figures; mais ils laissent la peau dans son état naturel. Leur tatouage n’offre jamais d'incisions profondes et ne paraît pas être un signe de distinction
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ou de valeur guerrière. Les femmes ne se tatouent guère que la paume des mains.
Les maisons sont proprement et solidement construites. Le maître et la maîtresse couchent dans un espace à part; les autres membres de la famille dorment sur le plancher, sans avoir de place fixe. Des nattes servent de lits et les vêtements de couverture.
L’habillement des hommes, comme celui des femmes, se compose d’une pièce d’étoffe ou d’une natte de six pieds carrés, qui enveloppe le corps, de manière à faire un tour et demi sur les reins, où il est arrêté par une ceinture. Le bas peuple se contente souvent de porter un pagne en feuillage, ou un morceau d’étoffe étroit, semblable à une ceinture.
Les naturels des îles Tongas se baignent chaque jour. Leur peau est, en outre, constamment imprégnée d’huile de coco parfumée. Lorsqu’ils se préparent à une fête religieuse, à une danse générale, à une visite chez quelque personnage de haut rang, ils se couvrent d'huile avec une telle profusion qu’elle dégoutte de leurs cheveux.
Les ornements des deux sexes sont des colliers composes de fruits rouges de Pandanus ou de fleurs odorantes. Quelques-uns suspendent à leur cou de petites coquilles, des ossements d’oiseau, des dents de requin, des os de baleine travaillés et polis ou des morceaux de nacre. Ils portent au haut du bras des bracelets en coquilles ou en nacre de perle. Ils ont des bagues de même matière ou en écaille de tortue. Us sont très-avides de verroterie et surtout de grains bleus. Le lobe de leurs oreilles est percé de larges trous, pour recevoir de petits cylindres en bois d’environ trois pouces de longueur, ou de petits roseaux remplis d’une poudre jaune qui sert de fard aux femmes.
Us ont des flûtes et des tam-tam pour battre la mesure. La flûte la plus ordinaire est un morceau de bambou fermé aux deux bouts et percé de six trous, dans lequel ils soufflent de la narine droite pendant qu’ils se bouchent la narine gauche avec le pouce. Leurs chants sont des espèces de récitatifs, qui ont trait à quelque événement plus ou moins remarquable ; ou bien ce sont des paroles destinées à accompagner divers genres de danses ou de cérémonies.
Les habitants des îles Tongas reconnaissent une foule de divinités qui ont entre elles divers degrés de prééminence. Parmi ces dieux, ceux d’un rang supérieur peuvent distribuer le bien et le mal suivant leur pouvoir respectif. Selon eux, l’origine de ces
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divinités échappe à l’intelligence de l’homme, et leur existence est éternelle.
Dans ces îles, comme à la Nouvelle-Zélande, le tabou règne tyranniquement.
Une cérémonie barbare est celle dans laquelle on étrangie un enfant, pour l’olfrir aux dieux, et en obtenir la guérison d'un parent malade. La même cérémonie a lieu quand un chef a commis par mégarde un sacrilège qui pourrait attirer la colère des dieux sur toute la nation.
Dans d’autres circonstances, pour obtenir le rétablissement d’un parent malade, on se coupe une phalange du petit doigt. Aussi voit-on une foule de personnes qui ont perdu successivement les deux phalanges du petit doigt de chaque main et même la première phalange du doigt suivant.
Les charmes et les présages jouent un grand rôle dans la religion de ce peuple. Les songes sont les avertissements de la Divinité. Les éclairs et le tonnerre sont des indices de guerre et de quelque grande catastrophe. L’action d’éternuer est du plus mauvais présage. Un chef faillit assommer un voyageur parce que celui-ci avait éternué -en sa présence au moment où l’indigène allait remplir ses devoirs sur la tombe de son père.
Taïtiens. — L’île de Taïti et tout le groupe des îles de la Société sont habitées presque exclusivement par le même rameau de la race malaiso-polynésienne. Les naturels de ces îles sont devenus célèbres en France par les récits pleins de charme et de naïveté que Bougainville a publiés sur leurs mœurs et sur leurs habitudes. Nous emprunterons les renseignements qui vont suivre au naturaliste Lesson, qui fit un assez long séjour dans cette île.
Tous les habitants de Taïti, sans presque aucune exception, sont de très-beaux hommes. Leurs membres sont à la fois robustes et gracieux ; partout les saillies musculaires sont enveloppées par un tissu cellulaire épais, qui arrondit ce que les formes ont de trop saillant. Leur physionomie est empreinte d’une grande douceur et d’une apparence de bonhomie. Leur tète serait du type européen sans l’épatement des narines et la grosseur trop forte des lèvres. Leurs cheveux sont noirs et rudes. La peau est d’une couleur de cuivre clairet varie beaucoup d'intensité. Elle est lisse et douce au toucher, mais répand une odeur forte et tenace, due en grande partie aux frictions d'huile de coco dont elle est sans
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cesse lubrifiée: Leur démarche est mal assurée. Ils se fatiguent facilement. Sur un sol où les produits alimentaires semés en abondance se récoltent saris travail ni effort, les Taïtiens ont gardé des mœurs molles et efféminées et une certaine enfance dans les idées.
Les attraits séducteurs des femmes de Taïti ont été peints avec beaucoup de charme par Bougainville, Wallis et Cook. Mais Lesson, tout au contraire, nous assure que ces femmes sont très -laides,
Fig. 20(i CHoo, roi de Taili, d apres Pritchard.
et que dans toute l’ile on trouverait à peine une trentaine de figures passables d’après nos idées sur la beauté. Il ajoute que toutes les femmes, après la première jeunesse, sont dégoûtantes par une flaccidité générale, qui est d’autant plus grande qu’elle succède ordinairement à un embonpoint considérable. Il est à croire que la beauté du sang s’est altérée par l’effet de maladies contagieuses depuis que les premiers navigateurs européens ont abordé dans cette île, fort belle d’ailleurs par l’éclat de sa végétation et la douceur de sa température.
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Avant le mariage, les Taïtiennes ont la jambe forte, les maios petites, la bouche grande, les ailes du nez aplaties, les pommettes saillantes et les lèvres grosses; leurs dents sont du plus bel émail, leurs yeux bien fendus, placés à fleur de tète, recouverts par de longs cils effilés, abrités par un large sourcil noir, pleins de vivacité et de feu. Mais la précocité du mariage et l'allaitement ont bientôt détruit ce qu’elles peuvent avoir de charmes. La couleur de leur peau est ordinairement d’un cuivre clair. Quelques-unes cependant sont remarquables par leur blancheur, et particulièrement les épouses des chefs.
Les liens de famille ont beaucoup de force chez les Taïtiens. Ils aiment beaucoup leurs enfants, leur parlent avec douceur, ne les frappent jamais, et ne goûtent à rien d’agréable sans leur en offrir.
Les femmes fabriquent des étoffes, tissent des nattes et des chapeaux de paille et gardent les maisons. Les hommes élèvent les cabanes, creusent les pirogues, plantent les arbres, cueillent les fruits et cuisent les provisions dans des fours souterrains. Paresseux par essence, les Taïtiens se couchent généralement avec le crépuscule.
Tous les membres de la famille vivent pêle-mêle dans une même pièce, sur des nattes posées à terre. Les chefs seuls couchent sur des nattes tendues sur des châssis. Ils ont aussi l'usage de la sieste, et dorment habituellement depuis midi jusqu a trois heures.
Des viandes, des fruits, des racines sont leurs aliments usuels. Mais la base de leur alimentation est le fruit de 1 arbre à pain. Ils vénèrent le cocotier.
Leur boisson ordinaire est l’eau pure. Leur goût pour les vêtements d’Europe est effréné. Ils cherchent, par tous les moyens imaginables, à se procurer des habits, des chapeaux, des cravates de soie et particulièrement des chemises. Mais comme ils n'ont pas assez de nos tissus pour se vêtir complètement à l'européenne, ils ont souvent une sorte d’ajustement mixte.
Dans leur intérieur les femmes sont à demi nues. Des pièces d’ctoffe, drapées avec art et voilant à demi les seins, leur font une sorte de tunique. Elles vont nu-pieds. Elles ont un grand goût pour les guirlandes de fleurs. Elles parent leur front des éclatantes corolles de V hibiscus rose de Chine. Elles traversent le lobe de leurs oreilles avec le long tube des corolles blanches et
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parfumées du gardénia. Elles se garantissent la ligure des rayons ardents du soleil avec des folioles de cocotier.
L’occupation principale des Taïtiens est la fabrication des étoffes. Avec des moyens très-simples, ils fabriquent, avec diverses écorces, des tissus, à l’aide desquels ils se vêtent d'une manière aussi ingénieuse que commode. Le mûrier à papier^ Yarbre à pain , Yhibiscus liliaceus , etc., sont les plantes dont ils utilisent le plus communément la partie libérienne. Ils teignent ces étoffes avec le suc rouge extrait du fruit d’une espèce de figuier ou en jaune serin.
Ce ne sont pas seulement leurs habits que les Taïtiens ornent de couleurs brillantes et de dessins variés. Ils aiment avec passion le tatouage. Cependant ils n’ont aucun trait sur la ligure. C’est sur les jambes, les bras, les cuisses, la poitrine qu’ils tracent des traits indélébiles. Tout porte à croire que le tatouage, que les missionnaires défendent sous les peines les plus sévères, était et est sans doute encore le symbole des fonctions de chaque individu et l’armorial nobiliaire des familles, car les dessins en sont toujours variés.
Les anciens Taïtiens construisaient des pirogues ornées de sculptures emblématiques très-soignées. Depuis qu’à leurs instruments informes ils ont fait succéder des outils de fer, ils n’ornent plus leurs ouvrages avec autant de soin. Les anciens instruments de guerre sont également très-négligés depuis qu’ils ont des armes à feu. Ils avaient autrefois de longues lances à pointe effilée, des frondes faites avec le brou de la noix de coco, des haches de basalte parfaitement taillées, et des limes empruntées à la peau raboteuse d’une raie.
Les Taïtiens aiment passionnément la danse. Ils se servent, „ pour marquer la mesure, d’un tambour, dont le cylindre est un tronc d’arbre creusé et aminci. Les peaux de chien qui forment la membrane de ce tambour sont tendues par des rubans d'écorce. Ils soutient avec le nez dans une flûte formée d’un morceau de roseau ayant trois trous à son extrémité ouverte et un seul à celle qui est munie d’un diaphragme, et en tirent des sons monotones et graves.
Les Taïtiens sont hospitaliers et d’une grande complaisance pour guider les voyageurs au milieu des bois et dans leurs montagnes. Le christianisme a un peu modifié leurs habitudes. Ils fréquentent les temples protestants, parce qu’ils y sont obligés, mais
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ils sont peu religieux. Entre eux la propriété est sacrée; mais celle des étrangers est l’objet de leur convoitise.
Nous ne saurions nous arrêter ici sur les sanglants sacrifices humains que les prêtres commandaient autrefois aux naturels de l’ile Taïli, ni sur leur mythologie grossière. Les missionnaires anglais de l’Église réformée ont depuis longtemps fait disparaître ces coutumes inhumaines.
Pomotouens. — Les Pomotouens, qui habitent les îles basses et plates connues des géographes et des navigateurs sous le nom d’ Archipel dangereux de la mer Mauvaise , sont constitués, au point de vue physique, comme les Taïtiens, auxquels ils ressemblent beaucoup; mais ils n’en ont point le caractère bienveillant ni les manières affectueuses. Leur aspect est rude, le jeu de leur physionomie sauvage. Leur corps et leur figure sont couverts de tatouage composé de losanges et de cercles nombreux. Leur nudité disparaît sous la masse de ces dessins. Comme ils habitent des îles pauvres en productions alimentaires, ils ne pensent qu’à repousser par la force les navigateurs qui essayent de communiquer avec eux. Tirant de la mer leur nourriture de chaque jour, ils sont marins audacieux et habiles pécheurs. Ils façonnent avec un bois très-dur des javelines, quelquefois longues de quinze pieds et ornées de sculptures travaillées avec beaucoup de goût. Leurs pagaies sont également ornées de dessins très-gracieui. comme leurs haches, qui sont taillées avec le corail. Les femmes portent au cou des morceaux de nacre taillés en rond et dentelés sur leurs bords, qui forment des colliers brillants et élégants. Ils recherchent avec fureur nos liqueurs spiritueuses.
Marqucsans. — Les naturels des îles Marquises sont alliés de trèsprès à ceux des îles de la Société. Leurs traits sont semblables et leur couleur offre les mêmes variétés. Cook assure que par la noblesse et l’élégance de leurs formes, ainsi que par la régularité de leurs traits, ils l’emportent peut-être sur toutes les autres nations. Les hommes, tatoués depuis la tète jusqu’aux pieds, paraissent très-bruns ; mais les femmes, qui sont très-légèrement ponctuées, les jeunes enfants et les jeunes gens, qui ne le sont pas du tout, sont aussi blancs que beaucoup d’Européens. Lé* hommes, généralement grands, portent la barbe longue et arrangée de différentes manières. Leurs vêtements sont semblables à ceux des Taïtiens et faits de tissus des mêmes matières.
Fig. 207. Naturel de» îles Sandwich.
les nouant avec beaucoup de grâce. Leurs yeux sont vifs et ont beaucoup d’expression. Leur nez est un peu aplati et souvent aquilin. Leur bouche et leurs lèvres sont médiocrement grandes, leurs dents magnifiques.' Aussi est-ce grand dommage lorsqu’ils s’en arrachent quelques-unes, à la mort d'un ami ou d’un bienfaiteur. lis ont la poitrine large, les bras peu nerveux, les cuisses et les jambes assez fournies, les pieds et les mains excessivement petits. Tous se font tatouer le corps ou quelque membre.
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Sandwich iens. — La couleur des Sandwichiens est terre de Sienne mêlée à un peu de jaune. Leur chevelure serait magnifique s’ils la laissaient croître , car elle est noire et luisante comme du jais. Leurs manières sont élégantes. En général, ils se rasent les côtés de la télé et laissent croître au sommet une touffe, qui se prolonge jusqu'à la nuque, en façon de crinière. Quelques-uns cependant conservent tous leurs cheveux et les laissent flotter en
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Les dessins représentent des oiseaux, des éventails, des damiers, des ronds de plusieurs diamètres. La même superstition qui les prive de leurs dents à la mort d'un parent ou d’un ami leur fait aussi une loi de se brûler toutes les parties du corps avec un fer rouge.
Les femmes ne sont pas aussi bien faites que les hommes, et leur taille est plutôt petite que grande; mais leurs larges épaules, la petitesse de leurs pieds et de leurs mains sont généralement goûtées. Elles ont un grand amour pour les couronnes de verdure. Les princesses et les dames de haut rang se sont réservé le droit exclusif de se parer de fleurs de vacci enfilées dans un jonc. Elles ne portent presque toutes qu’une boucle d’oreille; mais elles ont une passion pour les colliers : elles s'en font avec des fleurs et avec des fruits.
Ces renseignements sont empruntés à Jacques Arago, qui publia sous le titre de Voyage autour du monde la belle et longue promenade qu’il fit en 1817, 1818, 1819 et 1820, sur les corvettes du roi l’Uranie et la Physicienne, commandées par Freycinet.
Dans une autre lettre, datée, comme la précédente, d’Owhyhée, le même voyageur nous peint comme il suit le palais du souverain des îles Sandwich, ainsi que les habitants de ce palais.
C’était une misérable cabane en chaume, large de douze à quinze pieds, longue de vingt-cinq à trente, dans laquelle on n’entrait que par une porte basse et étroite. A l'intérieur étaient étendues quelques nattes, sur lesquelles des colosses à demi nus — généraux et ministres — étaient couchés. On voyait deux chaises destinées, pour les jours de cérémonie, à un homme gros, gras, sale, lourd et fier : le roi. La reine, à moitié déshabillée, était en proie à la gale et à d'autres maladies dégoûtantes. Ce galant et solennel intérieur était protégé par des murs de feuilles de cocotier et un toit de goémon, faible obstacle contre les vents et la pluie.
Dans la Relation du voyage de la Bonite (1836 et 1837), M. delà Salle constate que les naturels des îles Sandwich sont généralement d’une bonne constitution; que leur taille, svelte et bien prise, est généralement au-dessus de la moyenne, mais qu'elle est loin d’égaler celle des chefs et de leurs femmes, qui, par leur haute stature et leur excessif embonpoint, semblent avoir une autre origine que le bas peuple. Ces chefs paraissent en eflet des-
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cendre d'une race de conquérants qui, après avoir subjugué le pays, y ont établi le régime féodal sous lequel il est encore opprimé. L’auteur ajoute que les Sandwichiens sont d’un naturel doux et patient, adroits, intelligents et supportant aisément la fatigue.
Les basses classes sont dans un état de misère tel, qu’à peine ces malheureux ont de quoi ne pas mourir de faim. Cette misère n'est pas seulement le résultat de la paresse. Les exigences toujours croissantes des chefs gênent et découragent le travailleur.
Les voyageurs de la Bonite ne rêvaient, en abordant aux iles Sandwich, qu’aux tableaux que nous en a laissés le capitaine Cook, à ces hommes sauvages, énergiques, bons, naïfs, à ces guerriers aux manteaux de plume, à ces femmes pleines de grâce et de volupté, dont le navigateur anglais nous a laissé les plus engageantes descriptions. Us furent d’abord séduits par les formes nettes et élégantes des pirogues et par l’adresse des nageurs. Ils virent les insulaires nus comme au temps de Cook, sans autre ajustementque le maro traditionnel. Mais ces hommes ne venaient plus, en manière de salut, écraser leur nez sur le nez des voyageurs. Ils prodiguaient à la ronde des poignées de main, selon la mode anglaise, et affectaient des airs de gentleman. Ils avaient apporté des bananes, des patates et autres rafraîchissements. Mais lorsqu'on leur offrit, comme on le faisait jadis, des colliers, des bracelets, des boucles d'oreilles, les sauvages n’eurent plus l’admiration naïve et l’ardente convoitise auxquelles on s’attendait. Après un regard dédaigneux jeté sur les verroteries, ils demandèrent des vêtements et du fer. Ce n'étaient plus les naïfs insulaires du temps du capitaine Cook !
M. Vaillant, un des officiers de la Bonite, fut invité à descendre à terre par un chef de district, nommé Kapis-Lani, qui était une femme. Sa toilette ne ressemblait en rien à celle des sauvages : elle se composait d’une robe de mousseline blanche, serrée à la ceinture par un long ruban bleu, d’un fichu de soie enroulé autour du cou, et d’une coiffure en cheveux fixée par deux peignes de corne.
Les anciennes coutumes des habitants des îles Sandwich ont été complètement modifiées, sous tous les points de vue, par les missionnaires anglais. Pour arriver à leur but, les missionnaires se sont servis de cette arme si puissante autrefois entre les mains des prêtres et des rois, le tabou.
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Autrefois, quand un navire arrivait, une multitude de femmes venaient l’assaillir, soit en pirogue, soit à la nage, pour se disputer, per fas et nefas , les libéralités des étrangers : les missionnaires déclarèrent que la mer était tabou pour les femmes.
Pour corriger le désordre dans les mœurs, les femmes furent déclarées tabou pour tout autre que leur mari, et les filles tabou pour tous. 11 fallait proscrire la passion des liqueurs fortes : l’eaude-vie, le vin et autres liqueurs furent frappés du tabou.
il est bon d’ajouter que l’on ne se borna pas à l'autorité morale du tabou. Celle-ci fut appuyée par la bastonnade et les pénibles travaux des routes.
Avec ces moyens on est parvenu à modifier la conduite extérieure et publique des habitants des îles Sandwich, mais non à
déraciner chez eux le vice.
Nous emprunterons quelques traits au tableau tracé par M. Vaillant, de sa promenade dans un village de file d Hawaii.
A peine arrivé, ce voyageur s’entendit appeler à l’intérieur d’une grande case, où se trouvaient réunies une trentaine de personnes, hommes et femmes, qui l’invitaient à entrer.
La case était construite en paille. Le long de ses parois on voyait appendus, sans ordre, des calebasses, des cocos et quelques ustensiles de pèche.
Une seule pièce suflit ordinairement à tous les usages, mais elle se divise en deux parties. Iles nattes étendues sur le sol d’un seul côté indiquent la place où se couchent les habitants; de l’autre côté, le sol est nu, et c’est là que se trouve le foyer.
L'oflicier s'assit sur les nattes, à la manière de ses hôtes, qui l'entouraient et l’accablaient de questions. D’ailleurs, hommes et femmes, sans se préoccuper des règles de la bienséance et de la civilisation importée par les missionnaires anglais, s'étaient mis parfaitement à l’aise, et se contentaient du très-simple ajustement de leurs pères : le maro faisait tous les frais de leur toilette.
Le résultat le plus évident des efforts des missionnaire5: consiste en ce que les naturels des îles Sandwich savent pour la plupart lire et écrire. Ces sauvages tout nus tenaient un livre de prières, un traité d’arithmétique et une bible.
Les femmes acceptaient avec reconnaissance les petits présents qu’on voulait bien leur offrir. Après quelques avances de coquetterie, elles articulaient, si on les pressait, le mot tabou.
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Lorsqu’elles étaient hors de chez elles, leur costume consistait en une pièce d’étoile, qu’elles drapaient autour d’elles, non sans grâce. Mais elles ne parurent pas très-jolies aux voyageurs de la Bonite.
Kona-Kéni. gouverneur d’Hawaii , était un homme de bonne mine et d’une physionomie ^venante, d’une taille presque gigantesque, d’une corpulence énorme, pouvant à peine se tenir sur ses jambes. Sa femme reçut M. Vaillant. Elle était couchée sur un amas de nattes formant un lit élevé d’un pied au-dessus du sol. Une blouse en étoffe de soie bleue brochée la couvrait des pieds à la tête. Ses proportions étaient gigantesques. Son énorme masse, étalée pesamment sur des nattes amoncelées, rappelait les phoques qui viennent bayer au soleil. Autour du lit de la suzeraine se tenaient, accroupies sur des nattes, les nombreuses femmes formant la cour de Keona, et qui étaient vêtues d’une blouse en tissu de coton à fleurs peintes. Elles étaient coiffées en cheveux, à l’américaine. Deux d'entre elles, armées de chasse-mouches, les agitaient sans cesse autour de Keona. Le gouverneur avait un chapeau de paille, une veste et une chemise en coton peint, le cou nu et un pantalon gris.
FAMILLE MICRONÉSIENXE.
La famille micronésienne habite les petites îles du nord-ouest de l’Océanie, c’est-à-dire les archipels des Mariannes, des Carolines, des Mulgraves, etc. D’après Dumont d’Urville, ces peuples se distinguent de ceux qui habitent à l’est par un teint plus foncé, un visage plus effilé, des yeux moins fendus, des formes plus sveltes, et des langues tout à fait différentes, qui varient d’un archipel à l’autre. Dumont d’Urville ajoute qu'ils ne sont pas soumis au tabou. Leurs mœurs sont douces.
Cette famille comprend les Mariannais, les Caroliniens et les Mulgraviens.
Nous emprunterons à Lesson des détails intéressants sur le groupe qu’il appelle les Caroliniens. Voyons d’abord ce qu'il nous dit des naturels de l’archipel Gilbert.
Une seule pirogue contenant trois hommes osa s’approcher de sa corvette. Ce ne fut pas sans de longues irrésolutions que ces trois hommes se décidèrentà monter sur le navire. Leurs membres
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étaient grêles et maigres, leur teint foncé, leurs traits élargis et grossiers, leurs cheveux coupés court à l'aide d'une coquille. Ils n’avaient n barbe ni moustache. Leurs seuls vêtements consistaient en un petit bonnet rond tissé avec des folioles sèches de cocotier, et en une natte grossièrement faite et percée au milieu pour garantir les épaules et la poitrine. Ils avaient le ventre serré par des tours d'une corde faite avec le brou de coco.
Lesson et ses compagnons furent les premiers Européens qui virent les habitants de l’Ile d'Oualan. Ils faisaient cercle autour des voyageurs, les touchaient et les accablaient de questions. Ces insulaires sont généralement de petite taille. Les hommes ont le front découvert et étroit, les sourcils épais, les yeux petits et obliques, le nez épaté, la bouche grande, les dents blanches, les gencives vermeilles. Leur chevelure, noire et non frisée, est longue, leur barbe peu abondante. Leurs membres sont arrondis et bien faits, leur peau dure et de couleur de bronze clair. Ils sont mous et efféminés.
Les femmes et les jeunes tilles ont une physionomie agréable. Leurs yeux noirs sont beaux et pleins de feu, leur bouche est meublée de dents superbes ; mais leur taille est mal prise et leurs hanches sont d'une grosseur démesurée. Elles vont dans une nudité presque complète. Les deux sexes ont l’habitude de se faire un large trou dans l'oreille droite, pour y placer tout ce qu’on leur donne, et parfois des objets peu faits pour y être accrochés, tels que des bouteilles. Ordinairement les tilles y mettent des bouquets de pancratium, plantede la familledes amaryllidées. Souvent elles détachaient quelques-unes de ces fleurs odorantes et cherchaient à les placer dans les oreilles des voyageurs en souriant gracieusement. Les hommes se couvrent aussi la télé avec des flèurs rutilantes ou des spadices d’arum.
Ces naturels ne se servent d’aucune espèce de vêtements pour se garantir des pluies fréquentes de leur climat. Pour s’abriter du soleil, ils se couvrent d’une large feuille d’arum.
"Les chefs, qui paraissaient tenir à ne point s’exposer autant aux influences de la chaleur, sont plus blancs et mieux faits que les autres insulaires. Les dessins de leur tatouage sont leur seule marque distinctive ; cependant ils placent des plumes dans le nœud qui retient leur chevelure, et lorsqu’on leur donne des clous, ils les enfoncent autour de leur front en les rangeant régulièrement, comme un diadème. Les femmes parurent chastes.
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Les hommes s’empressèrent du reste de les soustraire à la vue des voyageurs, sentiment d'autant plus remarquable qu’il est opposé aux mœurs générales des insulaires de la mer du Sud.
;Oualan était alors régie par un seul chef, que le peuple entourait d’un respect extraordinaire. On ne prononçait son nom qu’avec vénération.
Le pouvoir des chefs paraît reposer sur des idées religieuses. Ces chefs diffèrent, en général, du peuple par une taille bien prise, un air plus imposant, plus grave, un tatouage plus soigné, indice de leur rang. Un grand nombre de chefs commandent dans les districts de l’île et paraissent avoir un droit absolu sur les propriétés et peut-être sur les personnes.
L’industrie des insulaires d’üualan n’est remarquable que par les étoffes et les pirogues. Ils retirent des feuilles ou des tiges du bananier sauvage (Musa textilis ) des fds, qu’ils savent teindre en rouge, en jaune et en noir, et avec lesquels ils font des étoiles qui ne sont pas très-inférieures aux tissus européens.
Ils construisent leurs pirogues avec des haches en pierre ou en coquille. Avec ces instruments, pourtant si imparfaits, ils donnent un fini précieux à leurs travaux. La coque de la pirogue est creusée dans un seul arbre, quelquefois très-gros. Le bois est poli avec du trachyte ou au moyen de grosses râpes faites avec une peau de diable de mer. Ces pirogues marchent à la rame, sans voile et sans mâts.
A l’occasion des naturels des îles Mac-Askill, qui ont, par leurs caractères physiques et par l’état de leur industrie, la plus grande analogie avec les habitants des îles d'Oualan , Lesson remarque le goût que des sauvages manifestent pour les Heurs comme ornement de leur personne. De jeunes insulaires s’étaient couvert la tète de couronnes d’ixera, dont les corolles sont d’un rouge ponceau très-vif. Quelques-uns avaient passé dans les trous de leurs oreilles des feuilles florales qui exhalaient une odeur suave de violette; d’autres avaient leur chevelure entremêlée de fleurs blanches. Ces parures avaient , ajoute le savant voyageur, un charme qu’il est plus facile de ressentir que d’exprimer.
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RAGE ROUGE
Cette race est quelquefois désignée sous le nom d'américaine, parce qu’au quinzième siècle elle formait à elle seule presque toute la population des deux Amériques. Mais les Européens, et surtout les Anglais des États-Unis, forment actuellement la plus grande partie de cette population. Ils ont, en quelque sorte, accaparé le nom d'Américains, de sorte que l'on désigne généralement les peuples de la race rouge par le nom d'indiens , que leur donnèrent les Espagnols au temps de Christophe Colomb, par suite de cette erreur singulière du grand navigateur génois qui découvrit le Nouveau-Monde sans le savoir, c'est à-dire en s’imaginant avoir simplement trouvé un nouveau passage pour se rendre aux grandes Indes, en Asie.
La dénomination de race rouge est d’ailleurs défectueuse, en ce sens que plusieurs peuples que l'on range dans ce groupe n’ont rien de rouge dans leur couleur. Cette division est donc, en définitive, assez imparfaite au point de vue ethnographique; seulement elle a l’avantage de lixer géographiquement l 'habitat des nations qu’elle renferme.
Les Indiens d'Amérique se rapprochent de la race jaune propre à l'Asie par leurs cheveux, généralement noirs, rudes et gros, par la rareté de leur barbe, et par leur teint, qui varie du jaune au rouge cuivre. Chez une partie d’entre eux, le nez très-saillant et les yeux grands et ouverts rappellent la race blanche. Leur front est très-déprimé; mais aucune autre race n’a la partie postérieure du crâne plus volumineuse, ni les orbites plus larges. En général, hospitaliers et généreux, ils sont cruels et implacables dans leurs ressentiments, et se font la guerre pour les motifs les plus futiles. Deux d'entre ces peuples, les anciens Mexicains et les anciens Péruviens, avaient fondé autrefois de grands empires, et atteint une
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civilisation assez avancée, bien qu'inférieure à celle des Européens de la même époque. Mais ces empires ayant été détruits par les conquérants espagnols, la civilisation s’arrêta. Les Indiens échappés à la dévastation de leur race et qui se sont soumis aux vainqueurs, ne sont plus que des cultivateurs ou des artisans Quant au* Indiens restés indépendants, ils errent dans les bois et les prairies, et sont les derniers représentants de l’homme a l’état sauvage ou demi-sauvage. Ils vivent dans les forêts et les savanes des produits de leur chasse et de leur pèche. Ils tiennent dans la plus grande abjection leurs femmes, qu’ils chargent des travaux les plus pénibles. Certaines tribus font encore des sacrifices humains à leurs idoles.
11 est à remarquer que les Indiens qui étaient déjà fixes et cultivateurs lors de l’arrivée des Espagnols, se soumirent prom(4ement aux étrangers, mais que l'on n’a jamais pu dompter ceux qui, dès le quinzième siècle, se montrèrent rebelles à l’influence étrangère, et aimèrent mieux gagner les solitudes des forets que d’accepter le joug et les coutumes des Européens. Du reste, le nombre et la population des tribus sauvages des deux Amériques diminue tous les jours, surtout dans le nord. On attribue ce résultat à leurs guerres continuelles, aux ravages de la petite vérole, et surtout à la funeste passion de ces tribus sauvages pour l’eau-de vie.
Les anthropologistes se sont donné beaucoup de peine pour trouver l’origine réelle des Indiens d'Amérique, et pour établir leur rapport avec les autres races humaines. Mais jusqu’ici leurs études n’ont pas amené de résultat satisfaisant. On ne peut rapprocher exactement les Indiens de l’une des races blanche, jaune ou brune; et d’un autre côté, on ne peut prendre sur le fait le mélange de ces trois races, ni reconnaître dans l’Indien d’Amérique un type original déterminé.
Les grandes différences que l’on constate, quant à la forme du crâne et à la couleur de la peau, chez les diverses peuplades indiennes, annoncent de nombreux croisements. Plusieurs circonstances prouvent que, dans des temps très-anciens, des Européens s'introduisirent en Amérique par le nord, et qu'ils y trouvèrent une ou plusieurs races indigènes, qu’ils soumirent en partie, et avec lesquelles ils sont mêlés aujourd’hui. L’état de civilisation qu'avaient atteint les anciens Mexicains et Péruviens lorsque Christophe Colomb aborda en Amérique, la tradition américaine
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qui établit que les fondateurs de leurs empires étaient des étrangers, l’existence dans l’Amérique septentrionale de ruines annonçant une civilisation au moins aussi avancée que celle des Nahuath et des Quichuas (anciens Mexicains et Péruviens), telles sont les circonstances qui établissent qu’un mélange s’est opéré autrefois entre les Indiens primitifs et les Européens du nord.
Les formes du corps propres aux Indiens du nord-est ont également fait supposer qu’ils comptaient des Européens parmi leurs ancêtres. Cette idée paraît d’autant plus admissible qu’au dixième siècle les anciens Scandinaves ont eu positivement des relations avec l’Amérique.
Ainsi la race originelle qui a peuplé l’Amérique est presque impossible à retrouver. Il est probable que la population qui existait dans le Nouveau-Monde avant l’arrivée des Européens se composait de plusieurs types différents de ceux qui existent maintenant dans les autres régions du globe, types ayant une grande tendance à se modifier, et qui durent s'éteindre lorsqu’ils furent mis en contact avec les races venues d’Europe. Mais remonter à cette population primordiale serait impossible aujourd'hui.
Pour décrire les peuples de la race rouge, nous séparerons les Indiens qui habitent l’Amérique septentrionale' de ceux qui habitent l'Amérique méridionale, car certains caractères distinguent ces deux groupes. En d’autres termes, nous distinguerons dans la race rouge deux rameaux : le rameau méridional et le rameau septentrional.