FAMILLE PAMPÉENNE
Les peuples assez nombreux de l’Amérique méridionale qui forment cette famille ont la taille souvent élevée, le front bombé, non fuyant, les yeux horizontaux, quelquefois bridés à l’angle extérieur. Ces peuples habitent les immenses plaines ou pampas situées au pied du revers oriental des Andes. Ils élèvent une grande quantité de chevaux. Aussi les hommes sont-ils presque toujours à cheval , comme ceux qui errent dans les steppes de l’Asie.
Les peuples compris dans cette famille sont : les Patagons proprement dits; — les Puelches ou tribu des Pampas au sud de la rivière de la Plata ; — les Charruus, sur l’Uruguay ; — les Toba*, les Lenguas et les Machicuys , qui possèdent la plus grande partie du Chaco; — les Mixos et Chiquitos ; — les Mataguayos , qui sont de la même région; — enfin les fameux Abipoues, les centaures du Nouveau-Monde. Nous ne parlerons que de quelques-unes de ces tribus.
Patagons. — Nous réunissons sous ce nom, outre les Patagons proprement dits, plusieurs autres tribus nomades qui leur ressemblent, et qui se trouvent les unes au sud, les autres au nord de la rivière de la Plata. Les tribus du sud de la Plata sont celles qui errent dans les pampas étendues depuis ce cours d’eau jus-
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qu'au détroit de Magellan; les tribus du nord de la Plata qui, physiquement, ressemblent aux Patagons proprement dits, habitent cette portion du pays comprise entre la rivière du Paraguay et les derniers contre-forts de la Cordillère, et qui s’avance au nord jusqu'au 20' degré de latitude, comprenant toute la région des plaines intérieures de la province de Chaco.
Les Patagons sont les nomades du Nouveau-Monde. Ce sont des tribus équestres qui parcourent des plaines arides, et vivent sous des tentes de peau, ou dans les forêts, dans des huttes recou-
vertes d’écorce ou de chaume. Guerriers tiers et indomptables, ils méprisent l'agriculture et les arts de la civilisation, et ont toujours résisté aux armes des Espagnols.
Ces tribus sauvages ont le teint plus foncé que la plupart de celles qui habitent l'Amérique du Sud. Leur teint est d'un brun olivâtre. C’est chez les hommes qui les composent qu'on trouve la plus haute stature, les formes les plus athlétiques et les plus robustes. Les tribus qui présentent la taille la plus élevée sont celles qui habitent le plus au midi; la taille dimi-
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nue chez les autres à mesure qu’on se rapproche de la province du Chaco.
Comme nous l’avons dit dans l'Introduction de cet ouvrage, on avait autrefois beaucoup exagéré la taille des Patagons. M. Alcide d’Orbignv, qui vécut pendant sept mois chez les Patagons de diverses tribus, en mesura un grand nombre. 11 affirme que le plus grand de tous n’avait que cinq pieds onze pouces, et que la taille moyenne n’est pas au-dessous de cinq pieds quatre pouces.
M. Victor de Rochas, dans son Journal d'un voyage au détroit de Magellan, a constaté également que la taille des Patagons n’a rien d’extraordinaire. 11 leur trouva le teint brun, les cheveux noirs, gros et plats, la barbe rare, la physionomie sérieuse, mâle et fiére chez les hommes, et chez les femmes douce et bonne ; les traits réguliers, mais épais; les mains et les pieds des femmes petits.
Chez toutes les tribus dont il est question, le tronc est large et robuste, les membres bien fournis, la complexion vigoureuse, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Chez les Patagons proprement dits, la tête est grosse, la face large et aplatie, les pommettes saillantes.
Iians les nations du Chaco, dont il sera parlé plus loin, les yeui sont petits, horizontaux, quelquefois légèrement bridés à l'eiterieur, le nez court, épaté, large, à narines ouvertes, la bouche grande, les lèvres grosses et saillantes, le menton court, les sourcils arqués, la barbe rare, les cheveux noirs, longs et plats; la physionomie sombre, souvent féroce.
Les langues de ces nations, distinctes pour le fond, ont entre elles quelques analogies; toutes sont dures, gutturales et difficiles à prononcer.
Un voyageur,- M. Guinard, passa trois ans en captivité chez les Patagons. Le sort l’avait livré aux mains de la tribu des Poyuches, qui errent sur la rive méridionale du Rio Negro, depuis le voisinage de Pile Pacheco. .Nous empruntons à son récit les détails qui suivent. >
(Jue ces Indiens nomades vivent dans le voisinage des Hispano- Américains, ou dans les solitudes de la Patagonie, sous les premiers contre-forts boisés des Cordillères, ou sur le sol nu et agreste de la pampa, ils ont le même genre de vie uniforme. Leurs occu-
pations sont la chasse, la surveillance de leurs animaux domestiques, l’équitation, le maniement de la lance, des boules, de la fronde et du lasso.
Les habitations sont des tentes en cuir, que ces sauvages transportent dans leurs migrations. Leur costume se compose d’une pièce d’étoffe quelconque, dans le milieu de laquelle ils pratiquent une ouverture pour passer la tète ; une autre pièce de petite dimension leur serre la taille. Leur tète est entourée d’un lambeau d’étoffe qui maintient leur chevelure séparée en avant, et retombant à longs flots sur les épaules. Us s’épilent avec soin tout le corps, sans même épargner les sourcils. Us se peignent la figure à l’aide de terres volcaniques que leur apportent les Arau-
Fig. 218. Percement de l'oreille chez les Patagons.
caniens. Les couleurs varient selon les goûts ; celles qui dominent sont le noir, le rouge, le bleu, le blanc. Les femmes sont habillées d’un fourreau d’où sortent tète, bras et jambes. Elles s’épilent le corps, les sourcils, et se peignent la figure, dont le bizarre et dur aspect est rehaussé d’une parure en perles grossières. Des boucles d’oreilles carrées et des bracelets achèvent leur toilette. Elles savent jeter la lance et le lasso aussi aisément que les hommes, et montent à cheval comme eux.
M. Guinard apprit à manier les chevaux et les armes indiennes, car on le fit participer aux chasses au nandou et au guanaco.
La plus grande occupation de ces Indiens est en effet la chasse. Ils s’y livrent toute l’année. Les Chen-elches, une des tribus pata-
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gones , n’ayant pas à leur disposition le secours des chevaux, chassent à pied.
A chaque retour de la chasse, les Patagons se livrent au jeu et à l’ivrognerie. Ils trichent au jeu et s'enivrent jusqu’à devenir furieux et à se battre entre eux avec acharnement. Ils observent par an deux fêtes religieuses. A cette occasion, ils dansent et se livrent à de fantasques cavalcades.
Les Patagons ont l’habitude de percer les oreilles des enfants. Ce percement est une cérémonie analogue à celle du baptême. L’enfant est couché sur un cheval qui a été renversé par le chef de la famille ou de la tribu, et on lui transperce solennellement le lobule de l’oreille (fig. 218).
Disons d’ailleurs que l’existence d’un nouveau-né est soumise à l’appréciation du père et de la mère, qui décident de sa vie ou de sa mort. S’ils jugent à propos de s’en défaire, ils l’étoutîent, et le portent à peu de distance, où il devient la pâture des chiens sauvages et des oiseaux de proie. Si le pauvre petit est jugé digne de vivre, sa mère l’allaite jusqu’à trois ans, et c’est à quatre ans qu’on lui perce solennellement les oreilles.
Dans leurs cérémonies religieuses, les Patagons sacrifient à Dieu un jeune cheval et un bœuf, donnés par les plus riches d’entre eux. Après qu’on a renversé ces bêtes sur le sol, la tète tournée du côté du levant, un homme ouvre la poitrine de chaque victime. Il en arrache le cœur et le suspend, encore palpitant, au bout d'une lance. La foule empressée et curieuse, les yeux fixés sur le sang qui coule d’une large incision, tire des augures qui, presque toujours, sont à son avantage; puis elle se retire dans son habitation, estimant que Dieu favorisera ses entreprises.
Chez ces peuples, le mariage est un trafic, un échange d’objets et d’animaux divers contre une femme. Celle-ci est d’ailleurs chargée du travail, pendant que l’homme se repose, s’il n’est pas à la chasse ou occupé à la surveillance des animaux.
Le Patagon qui meurt dans ses foyers est inhumé avec pompe. Son corps, revêtu de ses plus beaux ornements, est étendu sur un large linceul de cuir. A ses côtés on place ses armes. On l’enveloppe ensuite dans ce cuir, et on le place sur le dos de son cheval favori, auquel on casse la jambe gauche. Toutes les femmes de la tribu se réunissent aux veuves du défunt et poussent des cris perçants. Les hommes, après s’ètre peint les mains et la
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ligure en noir, escortent le corps jusqu’au lieu de la sépulture. Là, on abat des chevaux et des moutons, qui serviront d’aliments
Fig. 219. Un enterrement chez les Patagons.
au défunt pendant les moments de son passage dans l’autre vie (fig. 219).
Indiens Tobas , Lenguas et Machicuys. — C’est dans la famille pam*
«ACE ROL'üE.
péenne qu il faut placer, avons-nous dit, les Indiens Tobas, Lenguas et Machicuys. M. le docteur Demersay a étudié ces tribus pendant son voyage au Paraguay.
On appelle Indiens du Grand-Chaco les trois tribus tobas, lenguas et machicuys. Il ne sera pas sans intérêt, pour donner un exemple particulier des mœurs des Indiens sauvages de l’Amérique du Sud, de citer ici les quelques pages dans lesquelles M. Demersay a rendu compte de son excursion chez les Indiens du Grand-Chaco, c'est-à-dire chez les Lenguas, les Tobas et les Machicuys.
« Aujourd’hui très-peu nombreuse, dit le docteur Demersay, et presque éteinte, la nation lengua vit au nord du Pilcomayo, unie et mélangée aux Emmages et aux Machicuys, à peu de distance du Quartel. Leurs ennemis actuels sont les Mobas, unis aux Pitiligas, aux Chunip's et aux Aguilots. Ces derniers constituent une horde nombreuse de l’autre côté du Pilcomayo.
« C’est surtout avec les Machicuys que les restes de la nation lengua sont unis et confondus. En effet, ils disent ne plus former que douze familles, et le cacique des Mascoys est en même temps le leur.
« Les Lenguas ont des payes, ou médecins, qui n’administrent aux malades que de l’eau et des fruits, et pratiquent des succions avec la bouche sur les plaies et les endroits douloureux. Ils entremêlent cette opération de jongleries et de chants accompagnés avec des calebasses ( purongos ' qu'ils secouent aux oreilles du malade. Ces porongos, remplis de petites pierres, font un bruit assourdissant. Les payes sont en même temps sorciers, prédisent les événements et lisent dans l’avenir.
« Quelques femmes (la coutumo n’est pas générale) se tatouent d'une manière indélébile à l’époque de la puberté, qui toujours est marquée par une fête. Cette fête consiste daii3 une réunion de famille, où les hommes s’enivrent avec de l'eau-de-vie s'ils ont pu s’en procurer par échange, ou avec la liqueur fermentée ( chicha ) qu’ils tirent des fruits de Yalgarobo.
« Le tatouage des femmes consiste en quatre raies bleues , étroites et parallèles, qui tombent du haut du front sur lo nez, qu'elles suivent jusqu'à l’extrémité, sans continuer sur la lèvre supérieure, et en anneaux irréguliers, dessinés sur les côtés du front jusqu’aux tempes exclusivement, sur les joues et le menton.
a Les deux sexes se percent les oreilles dès l’âge le plus tendre, et y passent un morceau de bois, dont ils augmentent sans cesse le diamètre, de telle sorte que vers l’âge de quarante ans ce trou offre d’énormes dimensions. J’cn ai mesuré plusieurs, et j'ai trouvé pour moyenne, dans le sens longitudinal, six centimètres. Le diamètre antéro-postérieur était un peu moins considérable. Cesmorceaux de bois, pleins, sont irrégulièrement arrondis, et m’ont présenté, dans leur plus grand diamètre, jusqu’à quatre centimètres et demi. Souvent aussi les Lenguas les remplacent par un long
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morceau d’écorce d’arbre roulé en spirale comme un ressort de pendule Ce morceau de bois se nomme barbote.
« Les Lenguas (fig. 221) se peignent les cheveux, qu’ils coupent sur le haut du front, et font une mèche qui du milieu de la tête va rejoindre, en passant au-dessus de l’oreille gauche, la masse réunie et attachée derrière
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Fig. 220. Indiens du Grand-Cliaco.
la tête avec un ruban ou une corde de laine. Ces cheveux, toujours noirs, droits et généralement longs et très-fins, soyeux même, sont donc tombants entre les deux épaules. Les femmes ne réunissent pas ainsi leur chevelure tous les jours. J’en ai vu plusieurs qui la laissaient flotter. Au reste, s'ils se peignent quelquefois, on ne peut pas dire que les Lenguas aient soin de leurs cheveux : leur extrême malpropreté s’y oppose. Il est, en effet,
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impossible de rien voir de plus sale que cette nation, si semblable en cela aux autres.
« Les Lenguas ont pour armes un arc et des flèches qu’ils portent derrière le dos serrées dans un cuir. Ils ont aussi une hache qu’ils appellent
Fig. 221. Indiens Lenguas.
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achagy , et qu’ils portent de la même manière. Ils tiennent à la main une mahana , bâton fait de bois dur et pesant. A cela ils ajoutent encore une lance garnie de fer, et quelques-uns les bolas et le lazo. Ils sont excellents cavaliers, montent à poil, avec leur femme et leurs enfants, plusieurs sur
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le même cheval, et ils montent à droite, les femmes comme les hommes. Us n’ont pas de mors et se contentent d'un morceau de bois; ils font des rênes arec des fils de caraguala.
« Leur couleur brun olivâtre, plus foncée que celle des Tobas, des pom-
Fig. 222. Indiens Tobas.
mettes saillantes, leurs petits yeux, une face large, aplatie, leur nez ouvert un peu écrasé, leur large bouche, de grosses lèvres, donnent à la physionomie de ces sauvages un aspect singulier, auquel ne contribue pas médiocrement une paire d’oreilles tombant jusqu’à la base du cou, et chez quel-
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ques individus jusqu’aux clavicules. Les Lenguas, comme tous les Indiens, deviennent hideux en vieillissant.
« Quelques semaines s’étaient écoulées depuis mon excursion sur ce point, et je rentrais à l’Assomption après un nouveau voyage dans l’inlérieur du pays, lorsque j’appris que le Quartel avait été l’objet d’une agression tout à fait imprévue de la part des tribus du Chaco, et qu'à la suite d'un engagement dans lequel deux Indiens avaient trouvé la mort, les soldats avaient pu reprendre le bétail dérobé, et faire des prisonniers, aussitôt dirigés sur la capitale, et confiés à la garde de la troupe dans la caserne de cavalerie située près de l’arsenal et du port. L’occasion était on ne peut plus favorable pour continuer mes études ethnographiques et les compléter: dès le lendemain j’accourais à la caserne.
c Je trouvai, en arrivant, une douzaine d'indiens chargés de fers et assis çk et là au milieu d’une cour étroite. Couverts de sordides vêtements européens, de ponchos en guenilles, ou drapés à l'antique, daus de mauvaises couvertures, les prisonniers, parmi lesquels figuraient deux enfants, l’un de huit ans, l’autre de quinze, paraissaient tristes et abattus. Ils gardaient un silence profond, dont j’eus quelque peine à les tirer.
« A côté des Lenguas que j’avais vus au Quartel, il y avait des Tobas et des Machicuys; mais quoique connu des premiers, ce fut en vain que mon interprète les questionna sur le motif de leur agression.
« Les Tobas (fig. 222) sont d’une taille généralement élevée et bien prise. J’en ai mesuré trois, et j’ai trouvé lm,81, lm,77, et lm,71. Leur système musculaire est développé, et leurs membres, bien conformés, se terminent, comme chez toutes les nations du Chaco, par des mains et des pieds à faire envie à des Européennes.
« Ils ont un front ordinaire, non fuyant; des yeux vifs, plus grands que ceux des Lenguas, et surmontés de sourcils minces et peu fournis : l’iris est noir. Ils ne s’arrachent pas les cils. Leur nez, régulier, allongé, s’arrondit à son extrémité en s’élargissant un peu. La bouche, légèrement relevée aux angles, mieux proportionnée et moins largement fendue que celle des Lenguas, est garnie de belles dents, qu’ils conservent dans un âge fort avancé. Ils n’ont pas non plus les pommettes saillantes et la face aussi large.
« Les Tobas paraissent avoir renoncé à l'usage du barbote qu’ils portaient encore au temps d’Azara : aucun d’eux n’avait de cicatrice à la lèvre inférieure. Leurs oreilles n’étaient pas percées. Ils laissent croître et flotter librement leurs cheveux sans le3 attacher. Quelques-uns cependant les coupent carrément sur le front : cette coutume existe môme chez certaine* femmes.
« La couleur de la peau, moins foncée que celle des Lenguas, est d’un brun olive, sans reflets jaunâtres ; au reste, j’avoue qu’il est très-difficile d’exprimer ces nuances si variées de coloration.
a Rien ne pouvait distraire les hommes de leur taciturnité; à toutes nos questions, leur physionomie restait impassible, froide et sérieuse. Quelques voyageurs accordent aux femmes encore jeunes un sourire gracieux, une figure intéressante; mais leurs traits se déforment de bonne heure, et, comme les hommes, elles deviennent d’une laideur repoussante. En môme
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temps, le sein, d’un volume normal, d’abord bien placé, s’allonge au point de leur permettre d’allaiter leurs enfants qu’elles portent derrière le dos.
« La nation toba occupe, ou plus exactement parcourt une étendue considérable des plaines du Chaco. On la rencontre sur les bords du Pilcomayo,
Fig. T23. Indien Macliicuy.
depuis son embouchure jusqu’au pied des premiers contre-forts des Andes, où elle est en contact et souvent en guerre avec les Chiriguanos.
« Généralement nomades, les Tobas sont pécheurs et chasseurs. Pour armes ils ont des bolas, des flèches, des makanas et de longues lances ar-
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mées de pointes de fer. Quelques-unes de leurs tribus, plus sédentaires, ajoutent les produits de l’agriculture à ceux de la chasse; elles cultivent le maïs, le manioc et les patates.
« Les enfants des deux sexes vont nus; les hommes et les femmes portent une pièce d’étoffe enroulée autour des reins, ou se drapent dans un manteau fait de la dépouille des animaux sauvages. Les femmes ont pour ornements des colliers et des bracelets de perles de verre ou de petits coquillages; et dans certaines tribus, les hommes s’entourent le corps de longs chapelets blancs, composés de petits fragments de coquilles arrondis en forme de boulons, et enfilés de manière à conserver une position uniforme.
Machicuys. — M. Demersay ne partage pas l’opinion émise par M. d’Orbigny, que les Machicuys ne seraient qu’une tribu des Tobas dont ils parleraient la langue. Selon ce voyageur, le langage ne serait pas le même chez ces deux tribus, et d’autres différences les sépareraient.
« Plus sédentaires, agriculteurs, doués de mœurs moins farouches, les Machicuys, dit M. Demersay, se rapprochent des Lenguas par les dimensions extraordinaires du lobule des oreilles, par leurs armes et la manière de combattre. Azara dit qu’ils s’en éloignent par la forme de leur barbote, lequel ressemblerait à celui des Charmas. Nous répéterons ici l’observation que nous avons faite précédemment : aucun des Machicuys que nous avons vus ne présentait la cicatrice de l’ouverture destinée à recevoir ce sauvage ornement qu’ils abandonnent, à l’exemple des Botocudos du Brésil, tandis que certaines peuplades de l’ancien continent le conservent religieusement. C’est ainsi que les Berry, nation noire des bords du Saubat, affluent do la rive droite du Nil, se percent la lèvre inférieure pour y introduire un morceau de cristal de plus d’un pouce.
« La taille, les formes, les proportions des Machicuys sont celles des Lenguas. Comme eux, ils ont de petits yeux, la face large, une grande bouche, le nez épaté, les narines ouvertes. Ils laissent flotter leurs cheveux, dont les boucles épaisses couvrent en partie leur visage et retombent sur leurs épaules.
« Le langage de ces nations est. comme celui de tous les Indiens du Chaco, très-accentué et rempli de sons arrachés avec effort du nez et de la gorge; il présente des redoublements de consonnes d’une extrême difficulté de prononciation. »
Moxos et Chiquitos. — Les provinces intérieures, et en quelque sorte centrales, de l’Amérique du Sud qui se trouvent au nord du Chaco ont été appelées par les Espagnols provinces des Moxos et des Chiquitos , du nom des deux principales familles de peuples indiens qui vivent dans ces contrées.
Les Moxos habitent de vastes plaines sujettes à de fréquentes inondations et parcourues par d’immenses rivières, sur lesquelles
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ils sont fréquemment obligés de naviguer dans leurs bateaux. Ce sont les ichthyophages de la région fluviale de l’intérieur.
Le pays des Chiquitos est une suite de montagnes peu élevées, couvertes de forêts et entremêlées de nombreuses petites rivières. Ils sont cultivateurs et ont des demeures fixes.
Les Chiquitos vivent par clans, dont chacun a son petit village. Les hommes vont nus. Les femmes ont un vêtement flottant, qu’elles se plaisent à orner. D’un naturel heureux et d’un caractère bienveillant, ces Indiens sont sociables, hospitaliers, disposés à la gaieté, passionnés pour la danse et pour la musique. Ils se sont convertis au christianisme d’une manière durable. Sous le rapport physique, ils ont la tète grosse, arrondie, presque toujours circulaire, la face ronde et pleine, les pommettes saillantes, le front bas et bombé, le nez court et légèrement épaté, les narines peu ouvertes, les yeux petits, horizontaux, pleins d’expression et de vivacité, les lèvres minces, les dents belles, la bouche médiocre, la barbe peu fournie, les cheveux longs, noirs et lisses. Dans l’extrême vieillesse ils ne blanchissent pas, mais ils jaunissent.
Les Moxos ont des mœurs fort analogues à celles des Chiquitos. Leur teint est brun olivâtre peu foncé, leur taille moyenne. Leurs formes sont peu robustes, le nez est court, peu large, la bouche médiocre, les lèvres et les pommettes sont peu saillantes ; la face est ovale ou circulaire, la physionomie douce et un peu enjouée. Cette famille habite vers les confins de la Bolivie, du Pérou et du Brésil.
Avant la conquête, ces peuples étaient établis au bord des rivières et des lacs. Ils étaient pêcheurs, chasseurs, et surtout agriculteurs. La chasse était pour eux un délassement, la pèche une nécessité; l’agriculture leur procurait des provisions et des boissons. Leurs costumes étaient pourtant barbares. Un Moxos immolait par superstition sa femme si elle avortait, et ses enfants s'ils étaient jumeaux. La mère se débarrassait de ses enfants s’ils l’ennuyaient. Le mariage pouvait être dissous à la volonté des parties, et la polygamie était fréquente. Ces Indiens étaient tous plus ou moins guerriers ; mais les traditions et les écrits ne nous ont conservé la mémoire que d’une seule nation, qui était anthropophage et mangeait ses prisonniers. Lesco nseils des missionnaires ont modifié les mœurs de cette nation, sans lui enlever toutes ses coutumes barbares.
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Les .Moxéens et les Chiquitéens ont de larges épaules, une poitrine fortement bombée, un corps des plus robustes.
Ces deux peuples comprennent chacun un certain nombre de peuplades, que nous ne croyons pas devoir signaler ici , car leurs mœurs, à demi sauvages, ressemblent à celles des tribus que nous venons de signaler. C’est pour les mêmes motifs que nous passerons sous silence les autres tribus qui se rangent dans la famille pampéenne, et dont nous avons cité les noms plus haut.
FAMILLE GUARANIENNE.
La famille guaranienne s’étend sur un espace immense, depuis le Rio de la Plata jusqu’à la mer des Antilles.
Un teint jaunâtre, mélangé d’un peu de rouge, une taille moyenne, des formes très-massives, un front peu bombé, non fuyant, des yeux obliques relevés à leur angle extérieur, un nez court et étroit, une bouche moyenne, des lèvres minces, des pommettes peu saillantes, une face circulaire pleine, des traits efféminés et une ligure douce : tels sont les caractères principaux de cette famille.
D’Orbigny a établi deux divisions seulement dans cette famille : les Guaranis et les Bolocudos.
Guaranis. — Toute la portion de l’Amérique du Sud qui se trouve à l’est de la rivière du Paraguay et d'une ligne tirée des sources de cette rivière à l’embouchure de l’Orénoque était habitée, à l’époque de la découverte de l’Amérique méridionale, par un grand nombre de tribus indigènes qui appartenaient à deux grandes familles. L’une était celle des Guaranis, répandue dans tout le Paraguay, et qui est alliée aux tribus sauvages du Brésil ; l’autre comprend les races qui occupent les provinces plus septentrionales et s’avancent jusqu’au golfe du Mexique. Par les traits, par leur couleur, les Indiens appartenant à ces deux familles se ressemblent beaucoup, et d’Orbigny les rattache au même type physique, caractérisé par une couleur jaunâtre, une taille moyenne, un front non fuyant et des yeux souvent obliques, toujours relevés à l’angle extérieur.
Par l’aptitude toute particulière qu’elle a montrée pour entrer dans la voie des améliorations sociales, la nation guaranienne est une des plus intéressantes de l’Amérique du Sud. Les Guaranis
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méridionaux, ou indigènes du Paraguay, renferment à la fois des tribus soumises au régime des missions, dans les établissements que les jésuites ont formés au Paraguay, et d'autres qui errent encore en liberté dans les forêts de ce pays. Outre les Guaranis proprement dits, qui sont tous chrétiens et habitent trente-deux grandes bourgades situées sur les bords du Parana, du Paraguay et de l’Uruguay, il existe un certain nombre de tribus sauvages qui appartiennent à la même race et qui restent cachées dans les profondeurs des bois. Ces tribus portent des noms tirés, pour la plupart, de ceux des rivières ou des montagnes dans le voisinage desquels elles habitent. Parmi les principales, on cite les Topas, les Tobalinguas et les Cayvguas, les Gadiguès, les Magachs, etc.
M. Demersay, qui a visité les établissements des jésuites au Paraguay, a également parcouru les forêts habitées par les tribus sauvages dont nous parlons. L’auteur a publié dans le Tour du monde, en 1865, la relation de ses observations. Nous rapporterons ici les parties de son récit qui concernent les tribus sauvages du Paraguay.
a L’histoire des races américaines, dit M. Demersay, pourrait tenir dans quelques pages. Les unes ont accepté la demi-servitude que leur apportaient les conquérants; les autres, plus rebelles, ont voulu lutter et ont été détruites; celles qui luttent encore périront. Les races qui ont préféré la sujétion à la mort, en mêlant dans une forte proportion leur sang au sang euro|iéen, n’ont disparu comme races que pour entrer comme partie intégrante, et quelquefois dominante, dans les nationalités américaines. La grande famille des Guaranis offre à l’observation de l’ethnologue l’exemple le plus frappant de cette fusion intime.
« Mais au milieu d’elle, à côté des hordes insoumises du Grand-Chaco, si remarquables par leurs belles proportions, il existe encore une peuplade peu nombreuse, dont les rangs chaque jour s’éclaircissent, et qui, près de disparaître, a légué intactes à la génération actuelle, avec une complète indépendance, ses croyances, ses coutumes, et les glorieuses traditions de scs ancêtres.
« A l’époque de la découverte, les Payaguas, tel est le nom de cette nation vaillante, partagée en deux tribus, les Gadiguès et les Uagachs, vivaient sur les rives et les îles nombreuses du Rio-Paraguay, vers les 21" et 25" de latitude. Ces résidences n’avaient rien de fixe. Maîtres du fleuve et jaloux de son empire, ils naviguaient depuis le lac de Xarayes, et faisaient de lointaines excursions sur le Parana jusqu’à Corrientes et Santa-Fé d’un côté, et jusqu'au Salto-Chico de l'autre.
« On a proposé comme étymologie assez rationnelle du nom de ces Indiens les deux mots guaranis pai et aguad, qui signifient a attaché à la
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rame », ce qui est tout à fait en rapport avec leurs habitudes. Ensuite, on a voulu voir dans l'expression Paraguay, appliquée comme dénomination à la rivière, avant de l’ètre à la province, une corruption de Payagua, corruption assez légère, et qui nous parait fort admissible.
o Quoi qu’il en soit de cette supposition, dont nous ne discuterons pas ici la valeur, cette nation indomptable et rusée fut pendant deux siècles le plus redoutable adversaire des Espagnols. Les écrivains de la conquête, les ouvrages d’Azara, l’Essai historique du doyen Funes, et de nombreuses pièces conservées dans les archives de l’Assomption, contiennent le récit de leurs entreprises audacieuses.
« .... Quel était leur nombre dans la première moitié du seizième siècle? Il est impossible de le dire avec certitude ; mais les anciennes relations, qui paraissent ne pas mériter sur ce point le reproche d’exagération qu’on leur a plus d’une fois et à juste litre adressé, ne l’estiment pas au delà de plusieurs milliers de combattants. Du temps d’Azara, la peuplade tout entière comptait à peine mille âmes; de nos jours, elle n’en a pas deux cents.
« Leur taille est remarquable. Elle surpasse incontestablement celle de la plupart des nations du globe. Les mesures prises au hasard sur huit individus justifieraient l’application de celte épithète aux Payaguas, car elles m’ont donné pour moyenne l1», 781.
« Chez les femmes les proportions ne sont pas moins avantageuses. Ainsi, quatre femmes de plus de vingt ans m’ont offert : la première, 1™,55; la seconde, 1“,55; la troisième, lm,60, et la quatrième, lra,62. Moyenne, lm,58.
o On peut tirer plusieurs conséquences de cette double série de mesures. En comparant la taille moyenne des Payaguas à celle de l’homme en général, que les physiologistes s’accordent à fixer vers 1“,70, on voit que la différence, tout à l’avantage des premiers, n’est pas inférieure à O®, 121.
a Si l’on prend ensuito pour points de comparaison les mesures observées par des voyageurs exacts sur les peuples qui passent pour les plus grands de l’univers, sur les Patagons par exemple, on trouve comme moyenne donnée par M. d’Orbigny, 1",73 : ainsi les Payaguas surpassent encore de 0m,051 cette nation à laquelle on a, de tout temps, attribué une stature fabuleuse.
• Le corps des Payaguas, toujours élancé, ne présente jamais d’obésité, excepté chez les femmes. Les épaules sont larges, et les muscles de la poitrine, des bras et de la partie postérieure du tronc offrent un développement dil à l’exercice fréquent de la rame, car ils vivent dans leurs pirogues. En revanche, cette prédominance de l’appareil musculaire dans les membres supérieurs fait paraître grêles et effilées les extrémités inférieures.
a La peau, lisse et douce au toucher, comme celle des indigènes du Nouveau-Continent, est d’une couleur brun olivâtre, et il serait assez difficile d’en définir la nuance plus rigoureusement. Elle parait un peu plus claire que celle des Guaranis, dont elle n’offre pas les reflets jaunâtres ou mongoliques.
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« Les Payaguas portent haute leur Kte volumineuse, couverte de che-
Fig. 224. Indigène du Paraguay.
veux abondants, longs, plats ou légèrement bouclés. Ils les coupent sur le
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devant du front, ne les peignent jamais, et les laissent croître et retomber en désordre. Les jeunes guerriers seuls les rassemblent en partie sur l’occiput, où ils les retiennent attachés à l’aide d’une petite corde rouge, ou d’une lanière découpée dans la peau d’un singe. Ainsi font les Guatos de Cuyaba,qui, pour le dire en passant, se rapprochent plus de cette peuplade que des Guaranis, à côté desquels ils ont été placés dans une savante classification.
« Les yeux petits et vifs, légèrement bridés, mais non relevés à l’angle externe, expriment la finesse et l’astuce. Le nez long, un peu arrondi, rappelle par ses lignes la conformation caucasique.
« Les pommettes sont ù peine saillantes ; la lèvre inférieure dépasse la supérieure, ce qui donne à leur physionomie sérieuse et froide une expression de fierté dédaigneuse en rapport avec le caractère de ce peuple indompté.
« Les Payaguas s’épilent. A l’exemple des autres Indiens, ils s'arrachent les sourcils et les cils afin de mieux voir.
<* Dans la jeunesse, les femmes, sans être sveltes, sont bien proportionnées. Mais elles engraissent de bonne heure; leurs traits se déforment, et bientôt leur corps devient trapu et ramassé. En revanche, les pieds et les mains conservent toujours une petitesse remarquable, quoiqu’elles marchent pieds nus, et qu’elles ne prennent aucun soin de leur personne. J’ai retrouvé cette conformation délicate, cette distinction si enviée des Européennes, dans les nations du Chaco, qui sont, avec les Payaguas, les plus belles de l’Amérique.
u Elles laissent llolter leurs cheveux sur les épaules et ne les attachent jamais.
<r Lorsqu’une jeune fille sort de l'enfance, elle subit un tatouage. A l’aide d’une épine et du fruit du genipayer, on lui trace une raie bleuâtre large d’un centimètre, laquelle commence à la racine des cheveux, traverse le front, et descend perpendiculairement sur le nez jusqu’à la lèvre supérieure exclusivement. Au moment de son mariage, on prolonge cette bande sur la lèvre inférieure jusque sous le menton. Sa nuance varie du violet au bleu ardoise, et ses traces sont indélébiles. Quelques femmes ajoutent à celle-ci d’autres lignes et des dessins tracés avec la teinte enflammée de Purucu,* mais cette mode, générale il va un demi-siècle, et qu’Azara décrit en détail, devient de plus en plus rare.
a Les Payaguas (fig. 224) vont nus dans leurs tentes ( toldos ); mais, lorsqu’ils se rendent en ville, hommes et femmes portent une petite couverture ou mante de coton, qui les entoure à partir du creux de l’estomac jusqu’audessous du genou. Cette pièce d’étoffe, qu'ils croisent sur leur corps à la manière du chiripa des créoles, est un des rares produits de leur industrie. Les femmes sont chargées du soin de sa fabrication, pour laquelle elles emploient le seul secours des doigts, sans se servir de navette et de métier. D’autnps se contentent d’endosser une chemisette sans col ni manches, assez semblable au tipoy des Guaranis. Toutefois l’usage des vêtements semble leur devenir à tous de jour en jour plus familier, et parmi ceux que j’ai vus vaguer dans les rues de l’Assomption, aucun ne s’était contenté, comme autrefois, de se couvrir de peintures figurant des vestes et des culottes.
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« Quelques anciennes coutumes ont encore disparu : telle est celle qu’a-
Fig. 225. Sorcier du Paraguay (le poyr).
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vaient les hommes de porter soit le barbote', soit une petite baguette d’ar-
1. Le barbote est un morceau de bois léger, arrondi, de dimensions variables, qui se place, comme nous l'avons dit plus haut, dans une ouverture pra'iqucc à la lèvre
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gent analogue au tembeta des Guaranis sauvages ou Cayaguas. D’autres ne sont reprises qu'à de rares intervalles ou à certaines époques ; alors un voit reparaitre, en ces jours solennels, les longues aigrettes de plumes fixées sur le sommet de la tête; les tatouages variés et de couleurs tranchantes; les dessins bizarres dont ils se couvraient le visage, les bras et la poitrine; les colliers de verroterie ou de coquillages; enfin les bracelets d'ongles de capicaras, enroulés autour des poignets et des malléoles. Mais la tradition de cette ornementation compliquée a été religieusement conservée par le paye ( pa-y ') ou médecin de la tribu, représenté fidèlement dans la figure 225.
« Le» Payaguas vivent sur la rive gauche du Rio-Paraguay, qu'ils ne quit-
Fig. ‘226- Indien du Brê>il.
tent jamais pour aller s'établir du côté opposé, où les Indiens du Cbaco, avec lesquels ils sont toujours en guerre, ne manqueraient pas de les attaquer. Leur hutte principale ( lulderia ), élevée sur le bord du fleuve, consiste en une grande case allongée, haute de trois à quatre mètres, faite de bambous placés sur des fourches et que l’on a recouverts de nattes de jonc non tressées. Des dépouilles de jaguars, de capivaras, étendues sur le sol. servent de lits; des armes, des ustensiles de pèche et de ménage sont ac-
inférieure. Les Botocudos, les Lenguas, etc., semblent aussi renoncer à cet ifTrc.il ornement, autrefois très-usité chez les tribus sauvages de l'Amérique.
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crochés aux perches qui soutiennent la frêle toiture de l’habitation, ou gisent pêle-mêle avec des vases de terre dans quelque coin.
« .... L’industrie très-bornée des Payaguas constitue cependant leur unique ressource; car ils ne connaissent aucune culture, et ne récoltent mais, ni patates, ni tabac. Ils sont pêcheurs., passent leur vie sur l’eau, et deviennent de bonne heure de très-habiles mariniers. Tantôt on les voit à l’arrière d’une pirogue s'abandonner au courant en suivant leur ligne ; tantôt, debout sur une file, ils rament en cadence, et font glisser l'embarcation avec la rapidité d’une llèche. Longues de quatre à cinq mètres, et larges de deux pieds et demi à trois pieds, leurs pirogues sont creusées
Fig. ‘i27. Indienne du Brésil.
dans le tronc d’un timbo, et se terminent aux deux extrémités en point allongée.
Leur pagaie, acérée comme une lance, devient entre leurs mains une arme redoutable, à laquelle il faut ajouter l’arc, les flèches et la macana. A la guerre ils sont cruels, et nefont de quartier qu’aux femmes et aux enfants. Leur manière de combattre n’offre rien de particulier. Ils altaquenl les Indiens du Chaco en fondant sur eux à l’improviste, et s’efforcent de les surprendre; mais ils se gardent bien de s’éloigner des rivières, car ils seraient facilement vaincus en rase campagne par cc3 tribus si redoutables à cheval.
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« Déjà on l’aura pressenti, cette nation vit dans un état de liberté absolue et de complète indépendance vis-à-vis du gouvernement de la république paraguayenne, qui ne lui impose ni taxe ni corvée. Loin de là, il paye aux Payaguas les services qu’il réclame d’eux, soit lorsqu’il les envoie en courriers sur le fleuve, soit lorsqu’il s’en sert comme de guides dans les expéditions dirigées contre les hordes sauvages qui errent sur la rive droite.
c .... Désireux de connaître et de po uvoir dessinerà mon aise, au milieu de tout le luxe sauvage de son accoutrement, celui qui était chargé de ce rôle, j’obtins qu’il se rendrait, revêtu des attributs de sa haute dignité, dans ma maison, en compagnie de quelques autres Indiens. La promesse d’une' certaine quantité du précieux breuvage et la perspective d'une soirée d’ivresse avaient eu promptement raison de ses hésitations.
« Au jour dit, le paye vint me trouver. C’était un vieillard, un peu courbé par les années, mais dont la physionomie n’avait rien de repoussant, malgré la déformation des traits, toujours précoce et si remarquable chez les indigènes. Ses cheveux, encore noirs, étaient retenus sous une résille bordée de verroterie. Une aigrette surmontait la résille, et dos plumes de nandou flottaient derrière sa tète; un collier de coquillages bivalves entourait son cou, auquel pendait, comme trophée, un sifflet taillé dans l’os du bras d’un ennemi. Entièrement nu sous sa chemisette sans col ni manches, faite de deux peaux de jaguars, il portait autour des malléoles des chapelets d’ongles de capivara. Enfin, il tenait dans la main droite une courge allongée, et dans la gauche un long tube de bois dur que j’eus quelque peine à reconnaître pour une pipe.
k La scène s’ouvrit. Le sorcier donna la pipe à son compagnon chargé de l’allumer, et, l’ayant reprise, il aspira plusieufs bouffées qu’il lança bruyamment dans la calebasse par l’orifice dont elle était percée; puis, sans l’éloigner de scs lèvres, il se mit à crier tantôt lentement, tantôt vile, en faisant entendre alternativement les syllabes ta, ta, et to , to, to, avec des redoublements et des éclats de voix extraordinaires, inexprimables. En même temps, il se livrait à de violentes contorsions, à droite, à gauche, et exécutait des sauts en cadence, tantôt sur un seul pied, tantôt sur les deux réunis.
a Ce manège ne dura pas longtemps, et sous prétexte de fatigue il ne tarda pas à s’arrêter. Il fallut une rasade pour le remettre debout, et son chant monotone recommença aussitôt.
« Enfin, mes dessins achevés, je levai la séance, à la satisfaction générale de mes hôtes, et je les congédiai, après avoir acheté au paye sa pipe et son sifflet.
« Faite de bois dur et pesant, cette pfpe est couverte de traits réguliers, gravés superficiellement avec une assez grande perfection. Longue de cinquante centimètres, elle est ornée de clous dorés et percée d’un conduit évasé par un bout et terminé par un bec à l’autre. On retrouve cet instrument chez d’autres nations voisines, chez les Tobas et les Matacos des bords du Pilcomayo. Il donne une idée de ces énormes cigares faits avec la feuille roulée du palmier et le petun, lesquels jouaient un grand rôle au Brésil dans les cérémonies des Tupinambas, et chez les Caraïbes des An-
tilles, toutes les fois qu'il fallait décider de la paix ou de la guerre, évoquer les mânes des ancêtres, etc., et que les premiers navigateurs prirent pour des torches. *
Les Guarayis occidentaux comprennent les tribus connues sous les noms de Guarayis, Chiriguanos et Cirionos. Les premiers avaient été convertis par les jésuites. Entre la province de Chiquitos et celle de Moxos, il y a encore quelques hordes de Guarayis sauvages.
Les Chiriguanos, qui n'ont jamais été convertis, sont des barbares très-redoutables pour les peuplades voisines. Les indigènes de cent soixante villages des Andes compris entre la grande rivière de Chaco et celle de Mapayo, dans la province de Santa Cruz de la Sierra, parlent le guarani dans toute sa pureté. Les barbares Ciriones, qui parlent un dialecte de cette langue, habitent au nord de Santa Cruz.
Les Guaranis orientaux du Brésil comprennent les Brésiliens indigènes.
La langue générale du Brésil ne parait pas plus différer, de la langue guarani que le portugais ne diffère de l’espagnol. Les CaryiSj les Tameyi , les Tapinaquis, les Timmimnes , les Tabayaris, les Tupinambis , les Apontis , les Tapigoas et plusieurs autres tribus occupant les districts maritimes situés au sud de l’embouchure de la rivière des Amazones, parlent la langue tupi, peu ou point altérée.
Dans leur Voyage au Brésil publié dans le Tour du monde en 1868, M. et Mme Agassiz ont visité plusieurs tribus indiennes, et examiné leurs habitations au milieu des bois. Nous extrayons quelques pages de leur récit.
• Nous arrivons au sitio , écrit Mme Agassiz, et nous débarquons. D’habitude les sitios sont assis sur les bords du lac ou de la rivière, à un jet de pierre de la rive, afin que la pèche et le bain soient plus à portée. Mais celui-ci, plus retiré, se trouve à l’extrémité d’un joli petit sentier qui serpente sous bois, au sommet d’une colline dont le versant opposé plonge dans un large et profond ravin où court un igarapé. Au delà, le terrain se relève et ondule en lignes accidentées sur lesquelles l’œil accoutumé au paysage uniformément plat de l’Amazone supérieur ne se repose pas sans plaisir. Vienne le temps des pluies, et l’igarapé, soulevé par la crue de la rivière, baignera presque le pied de la maison qui du sommet du coteau domine aujourd’hui la vallée et le lit encaissé du petit ruisseau. Aussi, grande est la différence entre l’aspect des mêmes lieux dans la saison sèche et dans la saison pluvieuse. L’habitation se compose de plusieurs constructions, dont la plus remarquable est une longue salle ouverte, où dansent
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les brancas (blanches) de Manaos et du voisinage lorsqu’elles viennent, ce qui n’est pas rare, passer la nuit au sitio en grande compagnie.
« C’est de la vieille dame indienne qui me fait les honneurs de la maison que j’apprends ce détail. Un mur bas, de trois à quatre pieds environ, délimite ce hangar (fig. 228). Sur les côtés et tout le long sont placées des banquettes en bois; les deux bouts sont clos de fond en comble par une forte tenture en feuilles de palmier bien luisantes, aussi fines que belles et d’une jolie couleur paille. A l’une de ces extrémités nous trouvons un immense métier à broder del était sans doute celui de Pénélope';, où il n'y a de tendu pour le moment qu’un hamac en fil de palmier, œuvre inachevée de la senhora dona (la maîtresse de maison). Celle-ci consent à me montrer comment elle y travaille. Elle s'accroupit, sur un petit banc fort bas, devant cet échafaudage, et me fait voir que les deux rangées de fi! transverses sont séparées par une grosse pièce de bois poli, en forme de règle plate. Entre ces deux fils est lancée la navette, et la trame est serrée par un coup sec de la grosse règle. On me fait ensuite admirer des hamacs de couleurs et de tissus variés qu’on est en train de disposer pour la commodité des visiteurs, et tandis que les hommes vont se baigner dans l'igarapé, je parcours le reste du logis avec notre hôtesse et sa fille, une trèsjolie Indienne. C'est la plus .Igée des deux dames qui a la direction de toutes choses; le maître est absent, il a dans l’armée qui opère contre le Paraguay une commission de capitaine.
« Sur le même terrain soigneusement tenu où est située la salle que j'ai décrite, se trouvent, plus ou moins rapprochées les unes des autres, plusieurs casinhas ou petites cases couvertes en chaume et ne formant qu’une seule pièce; puis vient une maisonnette plus grande, aux murs en terre et au sol nu, qui contient deux* ou trois pièces et dont la façade est garnie d’une vérandah en bois. C’est l’appartement particulier de la senhora. Un peu plus bas sur la colline est la féculerie à manioc avec tous ses appareils. Rien de mieux tenu que la cour de ce sitio, où deux ou trois négresses viennent d'ètre mises à l’œuvre, un balai de minces branchages à la main. Autour de ces constructions est la plantation de manioc et de cacao, où quelques caféiers apparaissent çà et là. Il est difficile de iuger de l'étendue de ces plantations, car elles sont irrégulières et comprennent une certaine variété de plantes, manioc, cacao, café, coton même, cultivées pêle-mêle. Mais celle-ci, comme tout le reste de l’établissement, paraît plus grande et plus soignée que celles que l’on voit d’ordinaire. Au départ, notre hôtesse indienne m'apporte un gentil panier garni d’œufs et d'abaratys ou poires d’alligator, suivant le nom local. Nous sommes rentrés à la maison juste à temps pour le repas de dix heures qui rassemble tout le monde, gens de plaisir et gens de travail. Les chasseurs sont revenus de la forêt chargés de toucans, de perroquets, de perruches et d’une grande variété d'autres oiseaux, et les pêcheurs ont apporté de nouveaux trésors à M. Agassiz.
« Tandis que nous prenions le café sous les arbres, ayant cédé aux Indiens nos places dans la salle à manger, le président proposa une promenade sur le lac au coucher du soleil.
« .... L'embarcation glissait entre l’éclat du soleil et l’éclat du lac profond, et semblait emprunter ses couleurs à l’un et à l’autre. Elle approchait
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rapidement. Bientôt elle fut tout près, et alors éclatèrent les vivats joyeux auxquels nous répondîmes gaiement. Puis les deux bateaux se placèrent bord à bord et redescendirent ensemble, la guitare passant de l'un à l'autre, les chansons brésiliennes alternant avec les chants des Indiens. Non, l’on ne peut rien imaginer de plus fortement marqué de l’empreinte nationale, de plus fortement imprégné de la couleur des tropiques, de plus caractéristique enfin que cette scène du lac. Quand nous arrivâmes au débarcadère,
Fig. 228. Case brésilienne.
les nuages aux tons roses et dorés n'étaient plus qu’une masse de vapeurs blanches ou d’un gris cendré; les derniers rayons du soleil s’élaient éteints et la lune brillait en son plein. En montant la pente légère du coteau, pour regagner le sitio, quelqu’un proposa de danser sur l’herbe, et les jeunes filles indiennes formèrent un quadrille. Bien que la civilisation ait mêlé ses usages aux mœurs indigènes, il y avait encore dans leurs mouvements beaucoup des allures natives, et cette danse de convention perdait quelque peu de son caractère artificiel. Enfin, nous rentrâmes à la maison, où les danses et les chants recommencèrent, tandis que çà et là des groupes assis par terre riaient et causaient, hommes et femmes fumant avec le même plaisir. L’usage du tabac, presque universel parmi les femmes de la basse
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classe, n’est cependant pas confiné chez les gens du commun. Plus d’une s enhora aime à fuiner sa pipe en se balançant dans son hamac pendant les heures chaudes de la journée. »
Les figures 229 et 230 représentent des Indiens indigènes du Brésil, dessinés dans la relation du voyage de M. et Mme Agassiz.
Fig. 229. Indienne du Hrésil.
On rattache à la race brésilio-guaranienne les Ouragas , avec quelques tribus qui leur sont alliées de très près. Ils forment une des nations les plus largement répandues dans les parties septentrionales de l’Amérique du Sud. Ils étaient anciennement en possession des rives et des îles du fleuve des Amazones, dans
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un espace de deux cents lieues, à partir de l'embouchure du Rio- Nabo.
La race caraïbe a une étroite affinité avec la race guarani. Les Indiens qui ont donné leur nom à ce groupe, l’un des plus nombreux et des plus largement disséminés de l’Amérique méridio-
nale, sont ces célèbres Caraïbes qui, au seizième siècle, occupaient toutes les îles depuis Porto- Rico jusqu’à la Trinité, et toute la portion de la côte de l’Atlantique comprise entre l’embouchure de l’Orénoque et celle de l’Amazone, c’est-à-dire jusqu’à la frontière du Brésil.
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Les Tamanaques , qui appartiennent à la même famille, vivent sur la rive droite de l'Orénoque ; mais leur nombre est aujourd’hui fort réduit. 11 en est de même des Arawacs ou Araocas , des Gmrannes, qui construisent, dit-on, leurs maisons sur des arbres, des Guayqueries, des Cumanogotes, des PhariagoUs des Chaymas, etc.
Humboldt a dit de ces derniers peuples :
« L’expression de la physionomie des Chaymas, sans être dure et farouche, a quelque chose de grave et de sombre. Le front est petit et peu saillant; les yeux sont noirs, enfoncés et allongés; ils ne sont ni placés aussi obliquement, ni aussi petits que chez les peuples de race mongole. Cependant le coin de l’oreille est sensiblement relevé par en haut vers les tempes : les uns sont noirs et d’un brun foncé, minces et peu arqués; les paupières sont garnies de cils très- longs, et l’habitude de les baisser comme si elles étaient appesanties par la lassitude adoucit le regard chez les femmes et fait paraître l’œil voilé plus petit qu’il ne l’est effectivement. »
Fig. ‘231. Botocudos.
Les Botocudos (fig. 231), qui habitent vers le Rio-Doce, au Brésil ont été cannibales, et ils sont encore aujourd'hui les plus sauvages de tous les Américains. Ils portent pour ornement des colliers de dents humaines. Constamment errants et complètement nus, ils se plaisent à augmenter leur laideur naturelle, et se donnent une physionomie plus repoussante par l’habitude qu’ils
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ont de se fendre la lèvre inférieure et les oreilles, et d’introduire des barbotes dans ces ouvertures.
Dans son Voyage au Brésil, M. Biard a vu des Botocudos. Celui qui lui sembla le chef portait, comme ses compagnons, dans une ouverture faite à la lèvre inférieure, un barbote, composé d’un morceau de bois un peu plus large qu’une pièce de cinq francs. Il se servait de ce morceau de bois comme d’une petite table ; il découpait dessus, avec le couteau du voyageur, un morceau de viande fumée, qui n'avait qu'à glisser de là dans l’intérieur de sa bouche. Cette façon de se servir de la lèvre comme d’une table parut à M. Biard d’une grande originalité. Les compagnons de ce Botocudos avaient également de grands morceaux de bois dans le lobe des oreilles.