FAMILLE DU SUD
La famille du sud du rameau septentrional conserve encore beaucoup de ressemblance avec les peuples du rameau méridional que nous venons d etudier. Le teint des individus est assez clair, le front déprimé ; la taille est assez bien proportionnée.
Cette famille réunit un grand nombre de peuples qui parlent des langues différentes, propres à la partie centrale du continent du sud. Les principaux de ces peuples sont les Aztèques, ou anciens Mexicains, les Indiens iloyas et les Indiens Lencas.
Astiques. — Quand les Espagnols arrivèrent au Mexique, ils trouvèrent un peuple dont les mœurs étaient bien loin de la vie sauvage. Il était très-habile dans la pratique de différents arts manuels ou libéraux, et ses connaissances étaient assez étendues. On pouvait toutefois lui reprocher une véritable cruauté.
Les Aztèques étaient des agriculteurs intelligents et laborieux. Ils savaient exploiter les mines, préparer les métaux, et monter
en parures les pierres précieuses. Ils avaient construit des monuments superbes. Ils avaient une langue écrite qui conservait les souvenirs de leur histoire. Ceux qui habitaient la région du Mexique actuel étaient avancés dans les sciences. Ils avaient à un profond degré le sentiment religieux. Leurs cérémonies sacrées étaient pleines de pompe, mais accompagnées de sacriüces expia toires d’une révoltante barbarie. Ils faisaient remonter leurs annales à une très-haute antiquité. Ces annales étaient tracées dans des peintures historiques, dont l'explication, qui était conservée traditionnellement, fut donnée par des indigènes à quelques-uns de leurs vainqueurs, ainsi qu’à des prêtres espagnols et italiens.
Les principaux événements qu 2 retracent ces peintures se rattachent aux migrations de trois nations différentes, qui, parties de régions éloignées du nord ouest, arrivèrent successivement dans l’.l nahuac. Ces nations étaient les Toltèques, les Chichimectis et les Nahuatlacat, divisés en sept tribus différentes, dont une était celle des Aztèques ou Mexicains.
Le pays d'où sortirent les Tollèques se nommait Huchuetlapallan. Les Toltèques commencèrent leur marche dans l'année î>44 de notre ère. La peste les décima en 1051; ils émigrèrent alors vers le sud, mais quelques-uns restèrent à Tula. Les Chichimecas, peuple barbare, arrivèrent au Mexique en 1070. La migration des A ’ahuatlacas eut lieu bientôt après. Ces derniers parlaient la même langue que les Toltèques. Les Aztèques ou Mexicains se séparèrent des autres peuples, et en 1325 ils bâtirent Mexico.
En résumé, les anciens habitants du Mexique étaient arrivés
RACE ROUGE
d’un pays situé vers le nord, sur le plateau central de l’Anahuac,
et leurs migrations successives avaient continué pendant plusieurs
siècles à une époque antérieure à la découverte de l’Amérique par les Européens.
Les portraits des anciens Aztèques et les ligures de quelquesunes de leurs divinités sont remarquables par la dépression du front, d’où résulte la petitesse de l’angle facial : forme qui parait avoir appartenu au beau type de la race.
Les Mexicains indigènes de notre temps sont assez grands de
Fig. ‘.233. Indien de la cùtc du Mexique.
taille , bien proportionnés dans tous leurs membres. Ils ont le front étroit, les yeux noirs, les dents blanches bien enchâssées et régulières, les cheveux épais, rudes, noirs, brillants; la barbe rare; généralement ils n’ont pas de poils sur les jambes, les cuisses, ni les bras. Leur peau est de couleur olive. Parmi les jeunes femmes, on en voit beaucoup qui sont très-belles et qui ont le teint fort clair. Leurs sens sont excellents, surtout celui de la vue, qu’ils conservent dans toute sa force jusqu’à un âge trèsavancé.
Les indigènes indiens, qui forment une partie de la population du Mexique, sont caractérisés par une face large et un nez épaté
qui rappellent en quelque chose les linéaments de la physionomie mongole. On peut en juger par les figures 232, 233 et 234, qui représentent des indigènes de l’intérieur et de la côte du Mexique.
M. Roudé, qui a publié le récit de son voyage dans l’État de Chihuahua, a rapporté des dessins exacts relatifs aux usages et aux mœurs de la population de la capitale du Mexique.
Les dames mexicaines s’enveloppent avec beaucoup de grâce dans leur rebosso, dont elles se couvrent la tète en cachant une partie de leur visage et ne laissant voir que leurs yeux (fig. 235). Chez les dames riches ce rebosso est généralement en soie noire
Fig. 234. Indienne de la côte du Mexique.
ou blanche, brodée de dessins de couleurs vives et voyantes. Les femmes du peuple (fig. 236) ont un rebosso en laine bleue avec de petits carreaux blancs. La jupe est courte; le bas en est brodé de dessins en laine. Les femmes du peuple aiment pour la jupe le rouge voyant.
Le costume des hommes (fig. 237) est plus riche et plus varié que celui des femmes. Le dimanche, il est chamarré d’argent. Le pantalon blanc est de rigueur. 11 est recouvert d'un autre pantalon de peau, ouvert sur le côté et de haut en bas, et orné d’une rangée de boutons en argent. Une ceinture en crêpe de Chine entoure le corps, la veste est en peau de cerf ou en velours avec
RAGE ROUGE
broderies d’argent. Le sombrero est à très-larges bords ; il est en paille ou en feutre et décoré d’une torsade très-épaisse en velours noir ou en argent et or. Le sarapé est bariolé de couleurs tranchantes et de dessins variés. Les hommes ont un talent particulier pour se draper avec grâce dans le sarapé.
Fig. 235. Dame mexicaine.
C’est dans les marchés qu’il faut aller étudier la vie populaire des habitants de Mexico (fig. 238). On y voit s’y coudoyer fraternellement Indiens, créoles et étrangers, porte-guenilles et riches bourgeois, redingotes noires, vestes de peau brodées, uniformes usés, soldats, muletiers, cargadores, moines de toutes nuances
Fig. 236. Servante mexicaine.
nas. à l’œil vif, passent et repassent drapées dans leur rebosso. Sur la paume de la main gauche renversée à la hauteur de l’épaule, elles portent, de la manière la plus académique, la corbeille pleine de verdure ou le gracieux cantaro de terre rouge, peint et vernissé, rempli d’eau.
carmes chaussés et déchaussés. Basile y allonge l’ombre de son chapeau fantastique sur le mur de l’église voisine. Des marchands de chapeaux, de coqs, d’auges en bois offrent aux acheteurs les produits de leur industrie. De jolies marchandes de fruits et de fleurs, de fraîches servantes de bonne maison, d’agaçantes Chi-
RACE ROUGE
Le porteur d’eau ( aguador ), vêtu de cuir, fend à petits pas cette foule turbulente. Il porte sur son dos une énorme jarre de terre rouge, qu’une large bande de cuir fixe, au moyen de deux anses, sur son front protégé par une petite casquette de cuir j une autre lanière qui passe sur le sinciput soutient une seconde cruche,
beaucoup plus petite, qui pend devant lui à la hauteur de ses
genoux.
Si l’on veut connaître le Mexique, c’est dans le peuple qu’il faut aller l’étudier. Ce peuple est bon. Il est avide de savoir, malgré
Fig. 237. Picador mexicain.
son ignorance, et plein d’énergie, malgré son long servage. Il faut seulement se méfier des hautes classes, infime minorité gâtée par les prêtres, dont l'influence est toute-puissante. L’ignorance des moines qui pullulent dans ce pays est doublée d’une insupportable vanité qui leur inspire l’horreur de tout progrès.
Le peuple mexicain est très-simple dans ses habitudes. Le potau-feu ( pilchcro ) et le plat national, les frijoles (haricots), tel est le menu ordinaire de la bourgeoisie, auquel on ajoute quelquefois un ragoût de canard pimenté. Pour se désaltérer on a l’eau pure, contenue dans un verre immense, car il a la contenance d’un à
deux litres. Ce verre est placé au centre de la table. C’est le seul qui figure dans le service, d'où sont bannies carafes et bouteilles, et même très-souvent cuillers et fourchettes. Chacun trempe ses
Fig. 238. Le marche du pont de Roldau, à Mexico.
lèvres à son tour dans ce hanap, et le remet à sa place ou le passe à son voisin. Au reste, les Mexicains en général ne boivent qu’à la fin du repas. Le soir, le cercle s’agrandit de quelques amis.
RACE ROUGE
Les guitares sont décrochées de la muraille, et l'on chante quelques romances naïves sur des airs dolents. On danse sur le même rhythme.
Les Aztèques ou anciens Mexicains, de même que leurs prédécesseurs les Toltèques, étaient, avons-nous dit, étrangers dans l’Anahuac. Avant leur arrivée, ce plateau avait été habité par diverses races, dont quelques-unes avaient acquis un certain degré de civilisation, tandis que d’autres étaient tout à fait barbares. Les Aztèques se répandirent au loin dans l’Amérique centrale. Parmi les plus anciennes tribus, on cite les Olmècas, qu’on suppose avoir peuplé les Antilles et l’Amérique du Sud.
Les Olmccas partagèrent le sol du Mexique avec les Xicalaucas , les Coras, les Tcpanecas , les Tarascas, les Mixtecas, les Tzapolecas et les ülhomis.
Les Othomis et les Totonaques étaient deux races barbares qui habitaient les pays situés près du lac Tezcuco antérieurement à l’arrivée des Chichimecas , qui étaient de race mexicaine. Tandis que toutes les langues connues de l’Amérique sont polysyllabiques, celles des Ülhomis est monosyllabique.
Plus loin, au nord, et par delà les frontières septentrionales de l’empire mexicain, habitaient les lluaxtecas.
Les Tarascas résidaient dans la grande et fertile contrée de Méchoacan , au nord du Mexique. Ils furent toujours indépendants de ce royaume. Leur langue sonore et harmonieuse difîérait de toutes les autres. Sous le rapport des arts et de la civilisation ils marchaient de pair avec les Mexicains, qui ne purent jamais les subjuguer. Mais leur roi se soumit sans résistance à la domination des Espagnols.
Moyas et Lcncas. — Ce sont des tribus qui vivent encore à l’état sauvage, dans les forêts situées entre les isthmes de Panama et de Thuantépec. Entrer dans l’examen de leurs mœurs ou coutumes n’olfrirait aucun intérêt. La vie des peuples sauvages est d’une uniformité qui abrège beaucoup notre tâche.