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Le Tour du monde, 1860, l,r semestre, page

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occupation des femmes. Sous prétexte d’acheter quelques-uns de leurs ouvrages, M. H. Deville entra dans plusieurs maisons d'Iroquois.

Dépouillées de l’épais manteau qu’elles portent au dehors, les femmes avaient revêtu une longue blouse de couleur, et deui pantalons collants descendant jusqu’à la cheville. Leurs souliers vernis laissaient apercevoir de gros bas de laine. Des boucles d’oreilles et un collier en or forment leur principal ornement. Elles relèvent leur chevelure sur le sommet de la tète, puis l’attachent, comme le faisaient autrefois nos gardes françaises. On ne peut dire que leurs traits sont agréables; mais, pendant la première jeunesse, leurs formes sont assez belles. Le travail, l’ordre et la propreté régnent dans leur ménage. Leurs frères et leurs maris sont bûcherons, pilotes ou conducteurs de radeaui.

Le même voyageur rencontra quelques Indiens Chippetcays à la hauteur du lac Pépin. Ils étaient de grande taille, mais avaient des traits grossiers et la peau d’une couleur rougeâtre très-foncée. La moitié de leur figure était couverte d’une épaisse couche de vermillon, qui s’étendait jusqu’à leurs cheveux, nattés au sommet du crâne. Ils portaient de longues guêtres de cuir, attachées sur le côté par mille lanières effilées. Par-dessus une espèce de blouse déguenillée ils avaient jeté une grande couverture en laine, qui les enveloppait entièrement. L’un d’eux, armé d'une longue lame d’acier en forme de poignard, avait planté sa pipe dans ses cheveux.

Dans son Voyage dans les Mauvaises Terres du Nebraska, M. de Girardin (de Maine-et-Loire) a parcouru la partie du bassin du Missouri (États-Unis) qui est occupée par des Indiens libres et sauvages. 11 a rapporté des dessins, des types de ces tribus, dont les principales sont les Pieds-Noirs et les Dakotas, ou Sioux. M. de üirardin assista à un grand conseil de la nation sioux ou dako m- Les chefs des différentes tribus, vêtus de leurs plus brillants costumes, haranguaient les guerriers, tandis qu’une vingtaine de jeunes braves, sans autres vêtements qu’une épaisse couche de vermillon ôu d’ocre, faisaient caracoler leurs chevaux et exécutaient mille fantasias. Les chevaux, peints en jaune, en rouge et en blanc, avaient leurs longues queues ornées de plumes aux couleurs brillantes.

Une immense tente, composée de cinq ou six loges de peaux de

bison , était dressée au milieu du camp. Les chefs et les principaux guerriers formaient un cercle, au milieu duquel se tenaient l'agent, le gouverneur du fort Saint-Pierre et ses interprètes. Selon l’usage indien, le grand chef alluma le calumet de paix , une magnifique pipe de pierre rouge, dont le tuyau , long d’un mètre, était orné de plumes de toutes couleurs. Après des harangues passionnées, le conseil refusa aux Voyageurs la permission de passer sur leurs terres, pour gagner le territoire des Pieds-Noirs.

La figure 241 représente, d’après M. de Girardin, un cavalier

Fig. 2%t. Cavalier indien sioux.

indien sioux; la figure 242 un guerrier sioux, et la figure 243 une femme sioux.

M. de Girardin eut l’occasion de visiter un autre campement, celui d’un vieux chef sioux. Il se composait de cinq ou six tentes, de forme conique, faites en peau de bison. Remarquables par leur blancheur et leur propreté, les tentes étaient couvertes de peintures bizarres, rouges et jaunes, qui représentaient des guerriers fumant le calumet, des chevaux, des cerfs et des chiens. De nombreuses chevelures, fraîchement scalpées, étaient suspendues au bout de longues perches. A côté de chaque tente, une sorte de

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trépied supportait les carquois, les boucliers en cuir de bison et les lances ornées de plumes aux couleurs brillantes. De jeunes guerriers aux traits fortement accentués, au nez aquilin et aui formes herculéennes, mais hideusement barbouillés de noir et de blanc, étaient occupés à lancer des flèches dans une boule roulante ou jetée en l'air.

Le chef fit asseoir les voyageurs sur des peaux d'ours et de bison, et causa avec l’interprète, pendant que M. de Girardin restait exposé à la curiosité des jeunes gens, des femmes et des en-

Fig. 242. Guerrier sioux.

fants. Les jeunes filles s’enhardissaient jusqu a chercher dans ses poches, et à en retirer son couteau, ses crayons, son livre de notes. La plus curieuse, une belle fille aux yeux très-doux et aui dents magnifiques, lui voyant une longue barbe, voulut s'assurer s’il n’était pas entièrement velu comme un ours. Alors notre voyageur s’avisa de placer un peu de poudre dans la main de la belle curieuse et de l’allumer à l’aide d’une lentille de verre, au grand effroi de l’assistance.

M. L. Simonin, dans un Voyage au noi'd-ouest de l'Amérique,

cuté en 1867, a pu étudier un village sioux. Nous lui emprunterons quelques-unes de ses descriptions.

Le village des Indiens Sioux visité par .M. L. Simonin se composait d’une centaine de huttes. Ces huttes étaient faites avec des perches et des peaux de bison, ou de pièces de toile cousues. On y entrait par un trou bas et étroit, recouvert d’une peau de castor. Au centre de la hutte flambait un feu, autour duquel étaient les

Fig. 2'*J. Femme sioux.

marmites et les chaudrons pour le repas. La fumée qui sortait par le haut rendait ce séjour intolérable. Des lits, des matelas, des malles, des ustensiles de cuisine, des quartiers de bison crus ou séchés et fumés étaient épars çà et là. Autour des huttes couraient les enfants à moitié nus, lilles et garçons, et des troupes de chiens qui constituent à la fois leurs défenseurs et leurs sentinelles vigilantes et leur nourriture.

M. Simonin entra dans beaucoup de huttes, où des guerriers

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jouaient silencieusement aux cartes, ayant des balles de plomb pour enjeu. D’autres, au bruit de chants discordants et du tambour de basque, jouaient le jeu des mains, et marquaient les points avec des flèches piquées en terre. D’autres huttes, dans lesquelles on faisait de la sorcellerie, ou grande médecincr furent interdites au visiteur. Autour de quelques loges, les femmes, assises en rond , travaillaient à des ouvrages d’aiguille , ornaient de perles des colliers, des mocassins, ou traçaient des dessins sur des peaux de bison.

La figure 244 représente le village décrit par M. Simonin.

Le grand chef de cette tribu s’appelait la Nuée-Rouge. L’un des lieutenants placés sous les ordres de la Nuée -Rouge s’appelait Grosses-Côles. On voit ce lieutenant représenté dans la ligure 245.

De vieilles matrones préparaient des peaux tendues sur des piquets, en les frottant avec des cailloux de grès et un ciseau d’acier emmanché au bout d’un os.

Les femmes des Sioux, auxquelles incombent d’ailleurs tous les soins domestiques, sont loin d’être belles. Elles sont les servantes de l’homme qui les acheta pour un cheval ou pour une peau de bison.

La grande tribu des Sioux compte environ trente-cinq mille individus.

Parmi les Indiens des prairies, M. Simonin put étudier la tribu des Corbeaux, voisine des Sioux. Leurs traits sont largement accentués, leur stature est gigantesque, leurs formes athlétiques. Leur figure majestueuse rappelle, selon l’auteur, les types des Césars romains, tels qu’on les voit dessinés sur les médailles antiques.

M. Simonin entra dans la hutte des chefs, toucha successivement la main à ses sachcms, qui, assis en rond, firent chaque fois entendre le son guttural à hou, qui sert de salutation chez les Peaux-Rouges. Il fuma le calumet.

La figure de ces hommes était tatouée de vermillon sur les joues. Ils étaient à peine vêtus, celui-ci d’une couverture de laine, celui-là d’une peau de buffle ou d’un uniforme incomplet d'ofùcier. Cet autre avait le torse nu. Beaucoup portaient des colliers ou des pendants d’oreilles en coquillages ou en dents d’animaux. L’un avait autour du cou une médaille d’argent à l’effigie d’un président des États-Unis, médaille qu’il avait reçue lorsqu’il s’était

rendu en mission à Washington en 1853 ; l’autre portait sur la poitrine un cheval d'argent grossièrement sculpté.

Fig. 245. Grosses-Côtes, chef sioux, lieu tenant du grand chef \aXuët-llovge.

M. Simonin assista ensuite au conseil des Indiens Corbeaux.

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Nous ne rapporterons pas cette conférence de sauvages. Le lecteur en prendra une idée en jetant les yeux sur la ligure 246.

M. Simonin entre, au sujet des rapports entre les Indiens sauvages de l’Amérique du Nord et les habitants civiles, c’est-à-dire les° Américains des États-Unis, dans des considérations intéressantes, que nous croyons devoir reproduire.

« C’est une singulière race, dit M. Simonin, que celle des Peaux-Rouges, à laquelle la nature a si généreusement départi le plus b'eau sol qui existe au monde, sol de riches alluvions, épais cl plat, bien arrosé; et cependant cette race n’est pas encore sortie de l’étape primitive qu’a dù partout parcourir l’humanité au début de son évolution, celle de peuple chasseur, nomade, celle de l’âge de pierre! Les Indiens, si les blancs ne leur avaient pas apporté le fer, auraient encore des armes de silex, comme l’homme antédiluvien, qui s’abritait dans des cavernes, et fut en Europe contemporain du mammouth. Les Indiens fuient le travail, hors la chasse et a guerre; chez eux la femme fait toute la besogne. Quel contraste avec la race qui les entoure, si travailleuse, si occupée, et où l’on a pour la femme un si profond respect! Cette race les enserre, les enveloppe entièrement aujourd’hui, et c’en est fait des Peaux-Rouges s’ils ne consentent à rentrer

dans les réserves.

« Et encore, dans ces réserves, l’industrie et les arts naltront-ds . On

sait combien la race rouge est mal douée pour la musique et pour le chant. Chez elle les beaux-arts sont restés dans l’enfance. L’écriture, si ce n’est une grossière représentation pictographique, est complètement inconnue. On sait ii peine, avec des perles, tracer quelques dessins sur des peaux. Sans doute ces dessins sont souvent heureusement groupés et les couleurs s’y lient avec une certaine harmonie, mais c’est tout. L’industrie, à part une grossière préparation des viandes et le tannage des peaux et des fourrures est également tout à fait nulle. L’Indien est moins avancé que le nègre africain, qui sait au moins tisser et teindre les étoffes. Les Navajoes sont les seuls Peaux-Rouges qui fabriquent quelques couvertures avec la

lal" On peut estimer à cent mille environ les Indiens libres des Prairies, disséminés entre le Missouri cl les montagnes Rocheuses. Le nombre de tous les Indiens de l’Amérique du Nord, de l’Atlantique au Pacifique, est estimé à quatre cent mille. Peut-être ces nombres sont-ils un peu faibles ; les statistiques, les recensements exacts manquent complètement. Les Indiens eux-mêmes ne donnent jamais que leur nombre de tentes ou loges; mais une loge contient un nombre d’individus différent, suivant les tribus et parfois dans la même tribu : de là l’impossibilité de calculs mathéroali-

qU« ™ ans le'nord des Prairies se fait surtout remarquer la grande famille des Sioux, qui sont au nombre de trente-cinq mille. Les Corbeaux, les Gros- Ventres l’es Pieds-Noirs, etc., qui occupent les territoires d’Idalio et de Montana offrent ensemble un chiffre de population inférieur à celui des «ioux peut-être vingt mille. Dans le centre et le sud. les Pawnies, les Ar-

Fig. 24fi. Conseil tenu par les Indiens Corbeaux.

rapahoes, les Chayennes, les Yutes, les Kayoways, les Conianclies, les Apaches, etc., dépassent certainement tous ensemble le chiffre de quarante mille. Les territoires de Nebraska, Kansas, Colorado, Texas, Nouveau- Mexique sont ceux que ces bandes parcourent. Les Pawnies sont cantonnés dans le Nebraska, au voisinage du chemin de fer du Pacifique, et les Yutes dans les parcs du Colorado.

<r Toutes ces races ont entre elles des caractères communs; elles sont nomades, c’est-à-dire qu’elles n’occupent aucune place fixe, vivent de pêche, surtout de chasse, et suivent le bison dans toutes ses migrations.

a Un régme absolument démocratique et une sorte de communauté rè-

Fig. 247. I.a chasse au bison chez les Indiens des Prairies.

glent toutes les relations des membres d’une même tribu vis-à-vis les uns des autres. Les chefs sont nommés à l’élection et pour un temps; ils sont cependant quelquefois héréditaires. Le plus courageux, celui qui a pris le plus île scalps à la guerre ou qui a tué le plus de bisons, celui qui a fait quelque action d’éclat, celui qui parle avec une grande éloquence, tous ceux-là ont des droits pour être nommés chefs. Tant qu’un chef se conduit bien, il reste en place; pour peu qu il démérite, un autre chef est nommé. Les chefs mènent les bandes à la guerre et sont consultés dans les occa-

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sions difficiles ; les vieillards le sont également. Les lieutenants des chet sont les Oraves, et commandent en second à la guerre. Il n'y a aucun juge dans les tribus, et chacun se fait justice à soi-méme et applique la loi à sa guise.

t Toutes ces tribus chassent et font la guerre de même façon, à cheval, avec la lance, l’arc et les flèches, à défaut de revolvers et de carabines. Pour se défendre des coups de l'ennemi, elles ont le bouclier. Elles vivent uniquement de bison et se recouvrent de sa peau. Elles scalpent leur ennemi mort et se parent de sa chevelure. Elles pillent et dévastent ses propriétés, elles emmènent captifs les femmes et les enfants, et souvent elles soumettent à d'alîreuses tortures, avant de le faire mourir, le vaincu, surtout le blanc, qui tombe vivant entre leurs mains.

« Les squaus , auxquelles on abandonne le prisonnier, se montrent visà-vis de lui d’une cruauté révoltante, arrachant les yeux, la langue, les ongles au patient, lui brûlant, lui coupant un jour une main, l’autre jour un pied. Quand on a bien tourmenté le captif, on allume un feu de charbon sur son ventre et l’on danse en rond en hurlant. Presque tous les Peaux- Rouges commettent froidement ces atrocités envers les blancs dès qu'ils sont en lutte avec eux.

" Les tribus se font souvent la guerre entre elles sous le moindre prétexte : pour un troupeau de bisons qu’elles poursuivent, pour une prairie où elles veulent camper seules. Elles n'ont aucune place réservée, c’est vrai, mais quelquefois elles veulent en garder une à l’exclusion de tout autre occupant. Enfin il n’est pas rare que la même tribu se débande en deux clans ennemis. Il y a quelques années les Ogallallas, pris de whisky, se sont battus eutre eux à coups de fusil, etdepuis lors se sont séparés en deux bandes, dont celle des Yilaincs-Faces est commandée par la Nuée-Rouge, et l'autre par Grosse-Bouche et Tueur-do-Pawnies.

« Les langues de toutes les Gibus sont différentes ; mais peut-être qu’un linguiste y reconnaîtrait des racines communes, comme on en a Irouvé de nos jours entre les langues européennes et celles de l’Inde. Ces langues obéissent toutes au même mécanisme grammatical : elles sont agylutinaUvt* ou polijsynthétiques, et non analytiques ou à flexion, c’est-à-dire que les mots peuvent se combiner entre eux pour former un seul mot exprimant une idée complète; mais la relation, le genre, le nombre, etc., ne sont pas indiqués par des modifications sur le substantif. Je passe sur les autres caractères qui distinguent les langues d’agglutination des langues à flexion. Les langues des Peaux-Rouges n’ont ou paraissent n'avoir aucune affinité dans les différents ternies de leur vocabulaire ; celui-ci, du reste, est souvent très-restreint.

« Pour se comprendre entre elles, les tribus ont adopté, d’un commun accord, le langage par signes et par gestes, qui se rapproche de celui des sourds-muets. Par ce moyen, tous les Indiens s’entendent, et un Yute, par exemple, peut causer sans peine pendant plusieurs heures avec uu Arrapahoc, celui-ci avec un rioux.

« Les blancs ne connaissent pas ou connaissent très-mal les langues des indiens des Prairies. Il n’y a souvent pour la même langue qu'un seul interprète, parlois assez mauvais, et comprenant seulement l’idiome qu’il a

traduit, ne le parlant pas. Beaucoup, à plus forte raison, ne savent pas écrire la langue qu’ils interprètent. Ni le docteur Mathews, ni John Richard ou Pierre Chêne n’ont pu m’écrire en caractère anglais les noms des chefs

Fig. i\6. Indiens Fa a mes (houtuic tl femme).

des Corbeaux. Que serait-ce s'il sc fût agi d’Acrapahocs ou d’Apaches, dont la langue, déjà si gutturale, ne s’accentue que du bout des lèvres?

t En tout cela, bien entendu, je ne parle que des tribus des Prairies, et non de celles qui vivaient jadis sur les versants des montagnes qui regar-

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dent l'Atlantique, ou le long du Mississipi. On sait que la plupart de ces dernières sont éteintes, les Algonquins, les Murons, les Iroquois, les Natchez, les Mohicans, et que la France, il faut bien le reconnaître, a contribué pour une large part à cette disparition.

« Le restant de ces tribus, que j’appellerai atlantiques, les Delawarcs, les Cherokees, les Séminoles, les Osages, les Creeks, est aujourd’hui cantonné dans des réserves, notamment dans VIndian Territor>jy où les Peaux-Houges perdent peu à peu leurs caractères distinctifs. Sur toutes ces tribus on a des histoires, des documents authentiques, tandis que l’on ne sait encore que fort peu de chose sur celles des Prairies. La plupart des légendes et des traditions qu’on leur prête ont été inventées par les voyageurs.

« C’est vers un nouveau territoire, analogue au précédent et limitrophe de celui-ci, que les commissaires de l'Union ont récemment refoulé les cinq grandes nations du sud. C’est le même genre de réserves qu’elles indiqueront dans le nord du Dakota aux Corbeaux et aux Sioux, si elles les trouvent bien disposés.

« Et après, va-t-oii dire, qu’arrivera-t-il des Indiens? Car c’est la question que chacun adresse quand il entend parler des Peaux-Rouges. Si les Indiens des Prairies vont dans les réserves, il leur arrivera ce qui est arrivé à ceux des bords atlantiques : ils perdront peu k peu leurs coutumes, leuis mœurs sauvages, ils se plieront insensiblement à la vie sédentaire et agricole, et peu à peu, dernière phase dont il reste k voir le premier exemple, leur pays passera du rang de territoire k celui d’Êlat. Arrivé à ce dernier degré, l’Indien sera tout k fait fondu avec le blanc; il ne s’en distinguera pas plus peut-être, après quelques générations, que le Franc chez nous ne sc distingue du Gaulois, et le Normand du Saxon en Angleterre.

« Mais si l’Indien ne se soumet pas, s'il ne consent pas k être cantonné dans des réserves? Alors c'est une guerre k mort, entre deux races de couleurs et de mœurs différentes, une guerre impitoyable comme on en a vu malheureusement tant d’exemples sur le sol même de l’Amérique. Où sont maintenant les Murons, les Iroquois, les Natchez qui ont étonné nos pires? Les Algonquins, qui ne connaissaient pas les limites de leur territoire, où et combien sont-ils aujourd’hui? Tous ont peu k peu disparu par les maladies, par la guerre.

« La guerre qui se livrera cette fois sera courte, et ce sera la dernière, car l’Indien y succombera fatalement. 11 n’a pour lui ni la science ni le nombre. Sans doute, par ses embûches, par sa fuite, par ses attaques isolées et tout k fait imprévues, il déroute la guerre savante, et les plus habiles slratégistcs des États-Unis, le général Sherman en tête, ont été battus par les Indiens; ceux-ci s’en sont fait assez de gloire auprès des blancs. Mais cette fois ce sera une guerre de volontaires et non plus de réguliers. Les pionniers des territoires s’armeront, et si l’Indien demande dent pour dent, œil pour œil, les blancs lui •imposeront l'inflexible peine du talion, et l’Indien disparaîtra pour toujours. »

La figure 248 (page 503) représente, d'après M. Simonin, des In-

Kig. 2 (9. Chefs indiens chayennes et arrapahoes.

diens Pawnies. Sur le dernier plan est la hutte ou wigwam ; sur le premier plan est le chef des Pawnies.

Fig. 2SO. Le Loup lâcheté, chef indien chayenno.

La figure 249 représente les grands chefs chayennes et arrapa-

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hoes qui furent envoyés au Denver, en 1863, pour traiter avec le gouverneur du Colorado.

La figure 250 représente un chef chayenne qui avait pour nom le Loup tacheté.

Les chefs sont élus par tous les membres de la tribu. Celui qui a le plus de courage, qui a scalpé à la guerre le plus grand nombre de chevelures, qui a tué le plus de bisons, qui a le pins d’éloquence, est nommé chef.

Le chef mène les bandes à la guerre et est consulté dans les occasions difficiles. Toutes ces tribus chassent et font la guerre de la même façon, à cheval, avec la lance, l’arc et les flèches, à défaut de carabines et de revolvers. Elles ont un bouclier pour se défendre. Elles vivent uniquement de bisons et se recouvrent de sa peau. Elles scalpent leur ennemi mort et se parent de sa chevelure.

L'Indien des Prairies scalpe l’ennemi tué en lui enlevant la partie supérieure de la chevelure, ou même la chevelure tout entière. Voici comment il procède. Il fait avec son couteau une incision circulaire autour du crâne, et prenant la chevelure par le sommet, il l’arrache vivement: la chevelure vient avec la peau sur toute la surface découpée (fig. 251).

Ces hommes féroces pillent et dévastent les propriétés, ils emmènent en captivité femmes et enfants, et souvent, avant de les faire mourir, ils torturent les blancs tombés en leur pouvoir. Après ces tortures ils .allument un feu de charbon sur le corps même de la victime, et dansent en rond autour d’elle en poussant des hurlements lugubres.

Ces tribus se font souvent la guerre sous le moindre prétexte. Comme leurs langues sont différentes, les tribus, pour se comprendre, ont adopté le langage par signes et par gestes. Ce langage est très-analogue à celui de nos sourds-muets.

La figure 2c2 représente un Indien Yute.

Tous ces portraits de chefs indiens, que nous empruntons au Voyage de M. Simonin, furent pris par l’auteur, pendant les visites qu’il faisait, avec la commission des États-Unis, à ces tribus sauvages, en vue d’une négociation de la part du gouvernement des États-Unis.

Tout ce qui précède se rapporte aux tribus du nord-est, qui habitent les Prairies, et non à celles qui vivaient jadis sur les ver-

Digil

Fig. 351 Indien scalpant un ennemi tué.

sants des montagnes qui regardent l’Atlantique ou s’étendent le

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Fig. *252. Vuléf chef des Indiens Yules.

long du Mississipi. Nous avons déjà dit que la plupart de ces der-

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nières tribus sauvages sont aujourd’hui éteintes: telles sont les Algonquins, les llurons, les Iroquois, les Natchez, les Mohicans. Ce qui reste de ces tribus, c'est-à-dire les Choctaws, les Dclawares, les Séminoles , les Osages, les Creeks, est aujourd’hui cantonné dans la partie du territoire désignée par les Américains sous le nom de territoire indien ( Indian lerritory ), espace que l’on voit indiqué sur toutes les cartes de géographie.

Dans son Voyage du Miss iss ipi aux eûtes de l'océan Pacifique, fait en 1853, M. Mollhausen a donné divers détails surlesdernières tribus sauvages que nous venons de nommer.

Les Clioctatcs , qui comptent 22 000 âmes, sont répandus sur des territoires qui, à l’est, continent a l’Arkansas, au sud aux plaines habitées par les Cltiksaws, à l'ouest à celles occupées par les Creeks. Ils ont pour voisins, au nord, les Cherokees.

Les vastes plaines qui avoisinent les territoires des Choctaws servent aux ébats des Indiens, et surtout à leur jeu de balle ou de paume. Les Choctaws, les Chiksaws, les Creeks et les Cherokees se livrent à ce jeu avec passion. Le déli porté par deux joueurs habiles donnent ordinairement lieu à la fête. Après avoir iixé le jour de la lutte, les joueurs expédient de tous côtés leurs hérauts d'armes. Ce sont des cavaliers tatoués, accoutrés d'une façon bizarre. Portant une raquette de cérémonie, ils se rendent de village en village et de maison en maison, proclamant dans toute la tribu le nom des joueurs qui ont demandé la partie, et faisant connaître le jour et le lieu du rendez-vous. Comme chacun des acteurs est accompagné des siens, souvent la moitié de la nation se trouve réunie sur le lieu désigné, la veille du jour solennel, les uns pour participer à la lutte, les autres pour faire des paris. Ce jeu (tig. 253) est une lutte immense, un pêle-mêle général, auquel prend part la tribu presque tout entière.

Entre le Canadian-Rives et l’Arkansas est le fertile domaine des Indiens Creeks, parsemé de fermes Mûrissantes. Il n'y a pas encore longtemps les guerriers s’y couvraient de tatouages bizarres; aujourd’hui le progrès a pénétré dans ces savanes. Ces mêmes Indiens lisent un journal imprimé dans leur langue.

l)e même que les Choctaws, les Indiens Creeks habitaient jadis l Alabama et le Mississipi, qu'ils cédèrent, moyennant argent, au gouvernement américain. Ils ne sont plus qu’au nombre de 22 000.

Tel est aussi le chitrre de la population des Cherokees, qui ont abandonné la Nouvelle-Géorgie pour le haut Arkansas.

Fig. ?53. Indiens Choclaws jouant U jianine.

Plus loin sont les Schawnees. Ils sont réduits au nombre de 1400, ei cependant ils furent une des plus puissantes tribus de l’Amérique du Nord. Les premiers ils opposèrent de la résistance aux envahissements de la civilisation. Chassés de partout, ils ont semé sur les routes les ossements de leurs guerriers.

Les Delawares , réduits au nombre insignifiant de 800 individus, habitaient, à l’origine, la partie orientale des États de laPensylvanie, de New- Jersey et de Delaware. Leur destinée fut, comme pour les Shawnees, de conquérir toujours de nouveaux territoires, qu’ils étaient ensuite obligés de céder au gouvernement. Chassés des lieux qui renfermaient les tombeaux de leurs ancêtres, trompés et trahis par les étrangers, les Indiens Delawares ont repoussé les missionnaires chrétiens. Placés aux limites extrêmes de la civilisation, sur la lisière même de la nature vierge, ils se livrent sans crainte à leurs goûts aventureux. Ils vont chasser l’ours gris en Californie, le buffle dans les plaines de la Nebraska, l’élan aux sources de Yellowstone, et le mustang au Texas, scalpant à l’occasion quelques chevelures. Un Delaware n’a besoin de voir une portion de terrain qu’une seule fois pour la reconnaître après des années, de quelque côté qu'il s’en approche. Et là où il met le pied pour la première fois, un coup d’œil lui suflit pour découvrir l’endroit où il faut chercher de l’eau. Ces Indiens sont d'admirables guides, et de leurs services, qu’on ne saurait payer trop cher, dépend souvent l’existence de toute une caravane.

Comanches. — La grande et vaillante nation des Indiens Comanches, divisée en trois tribus, parcourt en tous sens la vaste étendue des Prairies. Ils ne pourraient vivre hors de ces vertes savanes. Ceux du nord et du centre poursuivent constamment des troupeaux de buftles. La chair de ces animaux est presque leur unique nourriture. Depuis leur plus tendre enfance jusqu’à l’àge le plus avancé ils sont en selle. À l’aide d’une bride et d’un fouet le Comanche est le plus adroit, le plus agile, le plus indépendant des hommes. Ils galopent par milliers dans les Prairies, pendus aux flancs de leur monture, et dirigeant, avec une adresse merveilleuse, leurs flèches et leur lance vers le but. Ils se vantent d’être voleurs. Ils attaquent les établissements des blancs, et emmènent prisonniers hommes, femmes, enfants et troupeaux.

La figure 254 représente des Indiens Comanches, la figure 255

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un de leurs campements, et la figure 256 la chasse au buffle chez ces mêmes Indiens.

Apaches. — La nation des Apaches est une des plus nombreuses du Nouveau-Mexique. Elle renferme beaucoup de tribus, dont plusieurs ne sont pas même connues de nom.

Fig. SS«. Indiens Comanchcs.

La tribu des Navojohes appartient à cette nation. Ce sont les seuls Indiens du .Nouveau-Mexique qui entretiennent de grands troupeaux de brebis et qui mènent une vie nomade. Lis savent tisser la laine de leurs moutons, dont ils confectionnent d'épaisses couvertures, capables de rivaliser avec les produits de l'Occident.

Ils s'entortillent dans ces couvertures aux couleurs voyantes, ce qui leur donne un air très-original. Ils confectionnent avec le plus grand soin leurs chaussures en cuir de cerf, munies de fortes semelles et d’un bout pointu en forme de bec, précaution nécessaire contre les cactus épineux qui hérissent le terrain. Leur coif-

fure est un bonnet de cuir en forme de casque, orné d’un bouquet de plumes de coq, d'aigle ou de vautour. Outre l'arc et les flèches, ils portent de longues lances, qu'ils manient très-adroitement sur leurs rapides montures.

Au dernier rang de la nation des Apaches se placent les tribus des Cosninos et des Vampuys, qui sont pillards, farouches, déliants,

Fig. 255. Camp d'indiens Comancbes.

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avec lesquels on n’a pas pu former de relations, et qui sont indigènes des montagnes de San-Francisco. Les baies des cèdres, les fruits d’une espèce de pin, le gazon et la racine de l’agavé mexicain sont leurs moyens de subsistance, car ils sont mauvais chasseurs.

En vue du Rio Colorado, M. Mollhausen rencontra des Indiens appartenant aux trois tribus des Chimchichcbcs , des Cutchams et des P ah- Ut ah, qui se ressemblent entre elles. Leur teint était d’une couleur foncée, leur visage rayé de noir; leurs cheveux noirs pendant sür le dos en tresses retenues par de l’argile mouillée. Us étaient nus, sauf une ceinture, et d’une belle stature. Ils bondissaient comme des cerfs pour venir au-devant des voyageurs, et leur physionomie était franche, bienveillante et joyeuse. Les femmes, au contraire, sont petites, ramassées et épaisses, mais leurs grands yeux noirs et leur air aimable leur donnaient un certain charme.

Les voyageurs rencontrèrent aussi les Indiens Mohawcs à la taille herculéenne, tatoués, depuis la racine des cheveux jusqu'à la plante des pieds, en blanc, jaune, bleu et rouge. Sous cette couche de peinture leurs yeux brillaient comme des charbons. La plupart portaient sur le sommet de la tète des plumes de vautour, de pie et de cygne. Ils avaient à la main de grands arcs et des lances.

M. Catlin a fait de nombreuses excursions parmi les tribus indiennes des bassins de la Colombie et du haut Missouri. Nous noterons ici ses observations sur les Indiens ftayas et Tctes-Platcs.

Ces deux tribus habitent l’ouest des montagnes Rocheuses, et occupent tout le pays situé autour de la basse Colombie et l’ile de Vancouver. La tribu des Tètes-Plates a tiré son nom de la singulière coutume qui existe chez ces Indiens d’aplatir la tète des enfants dès leur naissance.

Les Indiens Tètes-Plates (fig. 257) forment un peuple maritime, car il vit dans un pays où il ne trouve guère pour se nourrir que du poisson, et il passe sa vie en canot. Ce sont surtout les femmes qui ont presque sans exception la tète aplatie. Cette habitude n’est qu’une question de mode. Cette déformation artificielle ne paraît pas d’ailleurs avoir d’influence appréciable sur les fonctions des organes : ceux qui ont la tête aplatie sont aussi intelligents que ceux qui n’ont pas subi cette singulière opération.

Fig. 256. Chasse au buffle chez les indiens Comanches.

Écoutons M. Catlin nous raconter ses visites aux Indiens Nayas.

« Dans le courant de l'année 1853, je me trouvais à bord d'un petit bâtiment au pavillon étoilé, la Sally-Anne , qui, après avoir couru quelques bordées commerciales sur le littoral du Kamtchatka et de l'Amérique russe, allait déposer dans la Colombie anglaise plusieurs passagers attirés par la renommée des placers aurifères nouvellement découverts dans cette contrée.

Fig. 257. Indiens Tùtes-Plates.

« Le troisième jour de notre entrée dans le long et magnifique détroit de la Reine-Charlotte, qui sépare l’ile Vancouver du continent, nous descendîmes dans la chaloupe, pour aller à terre, et nous arrivâmes au village des Nayas.

« Les Indiens, informés de notre visite, s'étaient tous rassemblés dans leurs huttes, et le chef, homme très-digne, était assis dans son wigwam, sa pipe allumée, prêt à nous recevoir.

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« Nous nous assîmes sur des nattes étendues sur le sol, et pendant qu’on passait la pipe à la ronde, — c'est la première cérémonie en de telles occasions, — îles centaines de chiens indigènes (à moitié loups), ayant suivi nos traces, envahirent complètement les abords du wigwam, en poussant les aboiements et les hurlements les plus aigus et les plus lugubres.

« l.a sentinelle que le chef avait placée il la porte pour empêcher qu'on entrât sans permission, lança une flèche sur le premier de la bande et le frappa au cœur. Ce procédé calma la bande, quo dispersèrent les femmes indiennes à grands coups de rames.

« Nous étions assez embarrassés, n’ayant pas d’autre manière d’iuterpréter nos pensées que par des signes. Cependant nous avions l'air de nous entendre parfaitement, et nous comprimes que le chef avait envoyé chîrcher, dans un village assez proche, un interprète qui devait bientôt arriver près de nous.

« Je recommandai il mes compagnons de ne pas dire un mot du but qu’ils se proposaient en visitant ce pays, avant l’arrivée do l’interprète, afin d’éviter tout malentendu ; et, en attendant, je ne perdis pas un instant pour éveiller l'intérêt de nos hôtes.

« Je fis signe il César de m'apporter le portefeuille ; je m'assis à côté du chef, et l'ouvris devant lui, lui expliquant chaque portrait; il n'exprima pas une grande surprise, et prit cependant un intérêt visible à les regarder.

« Je lui montrai plusieurs chefs des Amazones, d’autres chefs des Sioux, des Usages, des I’awnics; le dernier portrait était celui de César, en pied. A sa vue, il ne put s’empêcher de pousser les plus formidables éclats de rire, et se tournant vers César assis à l’extrémité opposée, il lui fit signe d’avancer, lui donna alors une poignée de main et le fit asseoir à côté de lui.

« Ces portraits excitèrent une grande animation dans l’assemblée; trois ou quatre sous-chefs voulurent les voir, la femme du chef et leur jeune fille vinrent aussi s'asseoir à côté de nous pour les regarder.

« I n détail de leur toilette attira les regards de César; un homme avait une botoque de bois insérée dans sa lèvre inférieure; la fille du chef portait aussi un ornement semblable.

* Mes compagnons ignoraient, comme César, celte curieuse et incroyable coutume, et ils regardaient ces Indiens ainsi parés avec le plus grand étonnement.

« La fille du chef portait un magnifique mantclet de laine de mouton des montagnes et de poil de chien sauvage, merveilleusement tricoté avec du bitord de belles couleurs, formant les dessins les plus compliqués et les plus curieux ; le tout était bordé d’une frange de dix-huit pouces de haut : c'était l'ouvrage de trois femmes pendant une année, et sa valeur était celle de cinq chevaux.

< Le godet de la pipe que le chef avait passée à la ronde était en terre dure, noire comme du jais et très-polie : godet et tuyau étaient ornés de figures d’hommes et d'animaux, sculptées de la manière la plus ingénieuse; j'ai vu plusieurs de ces pipes, et j'en ai eu plusieurs en ma possession, avec leurs excentriques dessins, représentant les vêtements, les canots, les rames, les guêtres, et même les figures en pied de leurs possesseurs. Ces

dessins chez les Nayas sont différents de tout ce qui a été vu parmi les autres tribus du continent.

<• Les mêmes ornements se trouvent sur leurs cuillers, leurs vases, leurs massues, sur leurs poteries dont ils font une grande quantité, et sur tout ce qu'ils fabriquent. Ce sont des hiéroglyphes inexplicables pour nous jusqu’à présent, et d’un grand intérêt pour les archéologues et pour les étymologistes. *

« Je ne trouvai pas chez ce chef naya les mêmes craintes superstitieuses

Fig. 258. Indiens Nayas

que m'avaient témoignées les Indiens de l’Amazone et de certaines parties du sud de l’Amérique quand je leur demandais de faire leurs portraits ; au contraire, il me dit de lui-même : « Si vous trouvez l’un de nous digne de « cet honneur, ou assez beau pour être peint, nous sommes prêts! » Je le remerciai; César alla chercher ma boite de couleurs et mon chevalet, et je commençai son portrait et celui de sa fille, car il m'avait dit combien il aimait cette enfant, ajoutant qu'il s’était fait une règle de l’avoir presque toujours avec lui, et qu'il pensait que je ferais bien de les mettre tous deux sur

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la même toile; j'acquiesçai à sa demande en lui disant combien j'appréciais ses sentiments si naturels et si nobles.

« .... Près du village, une grande foule vint à notre rencontre; je remarquai que la masse, particulièrement les femmes, s’attachaient aux pas de César, qui marchait solennellement, sa grande taille redressée et le portefeuille sur le dos.

« Il y avait tant de monde pour un aussi petit village que je demandai à l'interprète ce que cela voulait dire. Il m'apprit que la nouvelle de notre arrivée et l’attrait de la danse qui devait avoir lieu le soir avaient amené et amèneraient encore un grand nombre d'indiens des localités voisines.

• Au coucher du soleil nous primes part, dans le wigwam du chef, à un repas composé de venaison ; ensuite nous nous mimes à fumer et la nuit vint. Alors, au milieu de cris épouvantables, d'aboiements, de chants, nous vîmes une douzaine environ de torches llamboyantes s’approcher du wigwam, devant lequel commença la danse des masques.

« Bizarre est un mot imparfait pour rendre les excentricités incroyables et les bouiïonncries qui eurent lieu devant nous. César fut pris d'un tel accès de rire qu’il faillit étoulTer.

« Imaginez-vous quinze ou vingt personnages, tous hommes faits, masqués ou habillés de la plus étrange manière; plusieurs spectateurs des deux sexes, placés au premier rang, étaient costumés d’une manière semblable.

« Le conducteur de la danse, un grand docteur, le plus excentrique de tous, représentait le roi des Outardes, un autre le roi des Plongeons, un troisième le docteur des lopins : il y avait le frire du Diable, le faiseur du Tonnerre, la h anche Comei-U, l'Ours qui voyage la nuit, l 'âme du Caribou, ainsi de suite, jusqu’à ce que les noms des animaux et des tribus emplumées fussent entièrement épuisés.

« Les masques des danseurs (je m’en procurai plusieurs) sont très-ingénieusement faits ; on les* creuse adroitemont dans un bloc solide de bois, de manière qu’ils puissent être adaptés à la figure ; ils sont retenus dans l'intérieur par une courroie transversale qui va d'un coin à l’autre de la souche du masque, de sorte que, quand il est placé, la courroie du cuir est prise entre les dents, ce qui permet de contrefaire et de déguiser la voix; ils sont, en outre, couverts de dessins bizarres de couleurs variées.

* A l'exception de celui du couducteur de la danse, ces masques portaient une rondelle de bois à la lèvre inférieure, pour rappeler la singulière coutume qui existe dans ce pays.

« Ce n’est pas seulement chez les Nayas qu’ont lieu des divertissements de ce genre, j’ai été témoin de semblables divertissements dans plusieurs tribus du sud aussi bien que du nord de l’Amérique.

« Ils fendent aussi en long et allongent les cartilages et les lobes de leurs oreilles, dans lesquelles ils mettent de grandes rondelles comme ornements.

« Ce sont les femmes qui portent principalement des botoques à la lèvre; cependant quelques hommes ont adopté cette mode, qui est de plus en plus suivie par les deux sexes au fur et à mesure qu’on remonte la côte dans la direction du nord. 11 en est de même des masques qu'on rencontre jusque chez les Aléoutes.

« Toutes les femmes n’ont pas la lèvre percée, et celles qui l’ont ne por-

lent leur botoque que dans certaines occasions, à des époques fixées, quand

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Fig. 259. Chef d'indiens Corbeaux.

elles se mettent en grande parure. Elles la retirent pour manger et pour

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dormir ou quand elles ont à parler beaucoup, car avec ce bijou incommode il y a bien des mots qui ne peuvent être prononcés.

On perfore la lèvre dès le plus jeune âge, et cette ouverture, presque imperceptible au début, quand la botoque est ôtée, se conserve et grandit pendant toute la vie. >

Les Crotvs, ou Corbeaux, furent revus avec plaisir par le voyageur français.

Fig. 260. Indiens Mandans.

Nous avons déjà parlé des Indiens Corbeaux. Aussi nous contenterons-nous de reproduire ici le costume très-pittoresque que M. Catlin dessina sur les lieux, d'un chef des Indiens Corbeaux (Qg. 259).

M. Catlin visita deux fois les Indiens Mandant dans le courant de l’été 1832. L'unique village où ils vivaient réunis, au nombre de deux ou trois mille, était sur la rive gauche du Missouri, à six cents lieues environ de la ville de Saint-Louis. De taille moyenne, confortablement vêtus de pelleteries, tous portaient des jambières

Fig. 26t. Indiens Mandans en déguisement de fête.

et des mocassins de peau élégamment brodés de soies de porcsépics teintes de diverses couleurs. Nous représentons (lig. 261 , d'après M. Catlin, le costume et le type des Indiens Mandans. Chaque homme avait sa tunique et son manteau qu’il prenait

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ou quittait suivant la température, et chaque femme sa robe de peau de daim ou d’antilope. Beaucoup, parmi eux, avaient la peau presque blanche ; les cheveux de ceux-ci , gris d’argent de l’enfance à la vieillesse, leurs yeux bleu clair, leur face ovale, témoignaient sans doute d'un mélange avec le sang étranger. Presque tous les hommes suivaient une mode curieuse et particulière à cette peuplade : leur chevelure, qui peut tomber jusqu'aux mollets, était divisée en mèches aplaties et séparées par de la glu durcie ou de l’argile rouge ou jaune.- La figure 261 représente un des costumes de ces mêmes sauvages, lors de certaines cérémonies, propres à des fêtes ou à des spectacles publics.

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