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CHAPITRE II

Les noirs orientaux, que l'on a aussi nommés Mélanésiens et Nègres océaniens , habitent la partie occidentale de l’Océanie et le sud-est de l’Asie. Leur teint est très-rembruni et peut aller jusqu’au noir intense. Leurs cheveux sont frisés, crépus, floconneux, quelquefois laineux. Leurs traits sont désagréables, leurs formes peu régulières et leurs extrémités souvent grêles. Ils vivent en tribus ou peuplades, sans former de corps de nations.

Nous distinguerons dans ces nations deux familles : l’une, la famille papouenne, composée des peuplades chez qui les caractères indiqués ci-dessus sont le plus prononcés; l’autre, la famille andamène , composée des peuplades qui se rapprochent davantage de la race brune, et qui sont probablement le résultat du mélange des deux races.

FAMILLE PAPOUENNE.

La famille papouenne paraît n’habiter que de petites îles ou les côtes des grandes îles. On peut distinguer dans cette famille deux groupes de peuples : l’un se rapprochant des Malais, ce sont les Papous, qui habitent l’archipel de la Nouvelle-Guinée ; l’autre se rapprochant des Tabouens, et qui occupe les îles Viti, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie et l’archipel Salomon. Nous allons dire quelques mots des mœurs et coutumes de ces différents peuples de la race noire.

Papous. — Les Papous présentent dans leur extérieur un trait remarquable : c’est l’énorme volume de leur chevelure, à demi laineuse. Leur peau est brun foncé, leurs cheveux sont noirs ; ils

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n’ont que peu de barbe. Cette barbe est de couleur noire, ainsi que les sourcils et les yeux. Quoiqu’ils aient le nez un peu épaté, les lèvres épaisses et les pommettes larges, leur physionomie n'est point désagréable. Les femmes sont plus laides que les hommes. Leur système musculaire flétri, leurs mamelles pendantes, leurs traits hommassesles rendent désagréables à voir. Les jeunes filles elles-mêmes ont un aspect peu attrayant.

Lesson avait considéré les Papous comme des hommes féroces, inhospitaliers, astucieux. Mais les habitants du Havre de Doresy, et en général ceux de la partie nord de cette région de l’Océan jusqu'au cap de Bonne-Espérance, lui parurent d’une grande douceur, et plutôt disposés à fuir les Européens qu’à leur nuire. Lesson pense néanmoins que les Nègres du sud de la Nouvelle- Guinée, refoulés dans cette partie du pays, et que nul mélange n’a altérés, ont conservé leurs mœurs incultes et leur grossière indépendance. L’état d’hostilité perpétuel dans lequel ils vivent rend leur caractère déliant et soupçonneux. Jamais Lesson ne visitait un village avec une embarcation montée par un certain nombre d’hommes sans que femmes, enfants, vieillards et guerriers ne prissent la fuite dans leurs grandes pirogues, emportant avec eux leurs meubles et leurs effets les plus précieux. Lesson ajoute qu’à force de bons traitements et de présents on parvient à les réduire, à calmer leur inquiétude et à en faire des amis. La figure coloriée qui accompagne cette partie de notre ouvrage représente, d’après Pritchard, un indigène des îles Papous.

Viiiens. — C’est à Dumont d’ürville que l’on doit les premiers renseignements précis sur l’archipel des îles Viti ou Fidji, qui est situé entre le 174* et le 180' degré de longitude ouest. M. Macdonald, aide-chirurgien sur le vaisseau anglais le Herald, a publié un récit de son voyage à la grande île Viti, dont nous extrayons les renseignements qui vont suivre.

Voici d’abord le portrait du roi Thakombau (tîg. 276). Homme d’une taille puissante, presque gigantesque, il avait des membres bien formés et d’une heureuse proportion. Son apparence, qui s’éloignait du type nègre plus que celle des individus de rang inférieur dans la môme nature, était agréable et intelligente. Sa chevelure était soigneusement relevée, apprêtée selon la mode élégante du pays, et couverte d’une sorte de gaze brune. Son cou et sa large poitrine étaient découverts, et l’on voyait sa peau nue,

d’un noir transparent. Non loin de lui se tenait son épouse favorite, femme assez forte, aux traits souriants, ainsi que son fils et héritier, bel enfant de huit à neuf ans. Le roi était en outre environné, à distance respectueuse, de la foule de ses courtisans, humblement agenouillés.

M. Macdonald, pendant ses pérégrinations, assista à un repas,

Fig. 27(5. Tkakomhau, roi des lies Viti.

composé de porc, d’ignames, de taro, servis dans des plats de bois par des femmes. Un coquillage d’eau douce du genre cypris compléta le festin. Le bouillon était très-savoureux, mais la chair fade. Dans la conversation qui suivit, notre voyageur put se convaincre que l’esprit de causerie est un don naturel des Vitiens.

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Nous représentons (fig. 277 et 278) deux types de ces indigènes.

Les Vitiens se réunissent volontiers pour se dire les nouvelles locales, ou se raconter d’anciennes légendes.

Le respect pour les chefs s'est toujours conservé inaltérable parmi cette population aux allures violentes, aux instincts pervers, à laquelle jusqu’ici le meurtre, le vol et le mensonge ont été familiers. L’hommage rendu à la supériorité des chefs se tra-

Fig. 277. Indigène de l'ile Vili.

duit à la fois par la parole et par l’action ; les hommes abaissent leurs armes, prennent les bas côtés des sentiers, et s’inclinent humblement au passage du chef.

Une des formes les plus bizarres de ce respect, c’est la coutume d’après laquelle tout inférieur qui voit son chef trébucher et tomber, se laisse choir à son tour, pour prendre sur lui-mème le ridicule que la chute aurait pu attirer à son supérieur.

Fig. 278. Indigène de l’i'e Vili.

Viti. Les missionnaires ont réussi à la faire disparaître dans quelques parties de l’ile, mais elle persiste dans les districts de l’intérieur. Seulement elle se cache et ne se fait plus un honneur du nombre des victimes dévorées 1 Chez les Vitiens l’anthropophagie ne dérive pas, comme chez la plupart des tribus sauvages, d’un sentiment de vengeance poussé à ses dernières limites. Ici, c’est un goût spécial pour la chair humaine. Mais comme ce mets recherché n’est pas assez

Les différentes classes ou castes dont se compose la population vitienne sont : 1° les souverains de plusieurs îles; 2° les chefs d’ile ou de district; 3° les chefs de village et les chefs des pêcheries ; 4° les guerriers renommés , mais d’une naissance inférieure, les maîtres charpentiers et les chefs de pêcheurs de tortues ; 5° les prolétaires; 6° les esclaves capturés à la guerre.

L’affreuse coutume de l’anthropophagie existe encore dans l’île

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abondant pour suffire à tous les appétits, les chefs se le réservent exclusivement, et n'abandonnent que par une faveur spéciale à leurs inférieurs un morceau de cette nourriture prisée.

La figure 279 représente, d'après le missionnaire Thomas William, une sorte de temple qui sert aux scènes de cannibalisme

Fig. 279. Scène de cannibalisme.

dans l’ile Viti. Les quatre hommes accroupis au-devant du temple sont des victimes prêtes à subir leur supplice et à servir ensuite au festin de ces cannibales.

M. Macdonald apprit que la coutume de faire périr les veuves est encore en pleine vigueur dans un des districts de l'ile Viti.

Fig. MO. Danse des guerriers de File VUi.

La danse est le passe-temps populaire des îles Viti. Le chant sur lequel on la règle habituellement est d’un rhythme monotone. Il rappelle par ses paroles, soit un fait actuel, soit un événement historique. Les mouvements des danseurs sont d’abord lourds, puis ils s’animent et s’accompagnent de gestes des mains et d’inflexions du corps. Il y a toujours un chef pour diriger la troupe dansante. Parfois on introduit dans le cercle un bouffon, dont les grotesques contorsions provoquent les applaudissements.

Dans les danses régulières des solennités de l’île Viti (fig. 280), on compte deux troupes, l’une de musiciens, l’autre de danseurs; les premiers sont ordinairement au nombre de vingt, les seconds au nombre de cent cinquante à deux cents individus. Ces derniers sont couverts de leurs plus riches ornements , portent la massue ou la lance, et accomplissent une suite d’évolutions diverses, marches, haltes, pas redoublés. A mesure que le divertissement approche de son terme, la rapidité s’accroît, les gestes prennent plus de vivacité et de violence, en même temps que les pieds rappent lourdement le sol, jusqu’à ce qu’enfin les danseurs, hors (i’haleine, poussent le cri final Wa-oo! et le mouvement s’arrête.

Néo-Calédoniens. — Les habitants de la Nouvelle-Calédonie appartiennent au rameau des Nègres océaniens. Cette île, perdue dans l’Océan équinoxial, est une possession française, et elle a été désignée pour recevoir les communeux insurgés et incendiaires arrêtés à Paris en juin 1871, après la bataille des sept jours , et condamnés par les conseils de guerre à la déportation.

Nous devons à MM. Victor de Rochas et Fr. Garnier de précieux détails sur la population de la Nouvelle-Calédonie.

Les indigènes de la Nouvelle-Calédonie ont la peau d’un noir fuligineux, couleur chocolat clair, les cheveux noirs, laineux et crépus, la barbe de même couleur et bien fournie, le nez large et épaté, profondément déprimé entre les orbites, la conjonctive oculaire injectée, les lèvres grosses et renversées, les mâchoires proéminentes, la bouche largement fendue, les dents bien alignées et d’une blancheur parfaite, les pommettes légèrement saillantes, le front haut, étroit et convexe, la tête aplatie en travers, surtout à la région temporale. La taille moyenne des individus est au moins aussi élevée que celle des Français; le front et les membres sont bien proportionnés, le développement thoracique et le développement musculaire sont généralement avantageux.

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Les hommes ne sont pas très-laids ; plusieurs même présentent une certaine régularité de traits. Certaines tribus de la côte orientale sont, sous ce rapport, mieux douées que toutes les autres. La figure 281 donne une juste idée de l’aspect de la population mâle.

La laideur des Calédoniennes est proverbiale. Avec leur tête rasée, le lobule de l’oreille horriblement perforé ou déchiqueté, elles présentent, même à un âge peu avancé, un aspect repoussant. Vouées à de rudes labeurs et à de mauvais traitements, elles ont une vieillesse précoce. Elles allaitent leurs enfants pendant très-longtemps, trois ans en moyenne, et quelquefois pendant cinq ou six ans.

Les Néo-Calédoniens ont, comme tous les sauvages, les sens de la vue et de l’ouïe d’une exquise finesse. Ils sont agiles et capables de déployer, à un moment donné, une force considérable, mais de peu de durée. Leur impuissance à supporter longtemps la fatigue vient sans doute de leur genre de nourriture. Ils n'absorbent guère, en effet, que des aliments végétaux sucrés ou féculents, et ne mangent que rarement de la viande, qui est la véritable source de l’entretien et de la réparation des forces. Leur île ne fournit aux Néo-Calédoniens aucuns quadrupèdes dont ils puissent s’emparer pour en faire leur nourriture, et ils n’ont pas d’armes convenables pour chasser les oiseaux.

La quantité d’aliments que les Néo-Calédoniens peuvent ingurgiter en un seul repas est extraordinaire : elle est trois fois plus considérable que celle qu’un Européen pourrait consommer.

Nous avons emprunté ces considérations générales au Voyage de M. de Rochas. Feuilletons maintenant le Voyage à la Nouvelle- Calédonie de M. Garnier.

M. Garnier visita le village d’Hienghène. Le chef de ce village vint au-devant des voyageurs, et leur présenta son fils ainé. De nombreux guerriers nus, la poitrine, la barbe et le visage noircis, formaient un groupe silencieux et immobile (fig. 283). On aurait pu les prendre pour des statues de bronze, sans leur œil noir et étincelant qui suivait les moindres gestes des visiteurs.

Sur un signe du chef, plusieurs jeunes gens s’élancèrent, et en quelques secondes ils firent pleuvoir, du haut des cocotiers, une grêle de noix, dont la pulpe, à l’état liquide, est la plus agréable boisson qu’on puisse imaginer pour apaiser la soif.

Le village d’Hienghène (fig. 282) est un des plus considérables de toute l’île de la Nouvelle-Calédonie. Les maisons, en forme de

Fig. 281. Jeune indigène calédonien.

ruches, portent au sommet une statue grossière, surmontée d’une série de coquillages et quelquefois de crânes d’ennemis tués à la guerre. Les cases ont une seule ouverture très-basse et très-

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étroite. Le soir, on les remplit de fumée, pour chasser les moustiques. On bouche ensuite l’étroite ouverture, et l’on s'endort sur des nattes, pendant que la fumée, plus légère, flotte au-dessus des tètes. Aussi est-il impossible de s’asseoir sans être à demi asphyxié.

Le long du rivage de la mer habitent de nombreux indigènes.

Fig. 282. Village d’Hienghene, dans la Nouvelle-Calédonie.

Ils venaient en foule à bord du vaisseau de M. Garnier, apportant des provisions et des coquillages, et examinant tout avec la plus grande attention.

Le type de cette tribu d’indigènes calédoniens est beau. M. Garnier remarqua parmi les visiteurs plusieurs hommes admirablement bâtis et parfaitement musclés. Il constata cependant ce dé-

faut général des Néo-Calédoniens, d’avoir les jambes un peu grêles relativement au buste, et les mollets placés plus haut que chez les Européens.

Soit habitude, soit constitution anatomique, ils prennent à chaque instant des poses qui nous fatigueraient horriblement. Us s’assoient sur leurs talons des journées entières. Lorsqu’ils montent sur un cocotier, lorsqu’ils se reposent en route, ils prennent sans effort des positions vraiment extraordinaires.

On avait déjà signalé le singulier goût de certaines de ces peuplades pour la terre. M. Garnier s’est assuré de la réalité du fait. Cette terre est un silicate de magnésie, de couleur verdâtre. Elle se convertit sous la dent en une poussière douce et tendre qui n’a rien de désagréable au goût. Cependant l’usage de manger de la terre est peu général ; les femmes seules, dans certains cas de maladie, en prennent quelques pincées.

M. Garnier eut l’occasion d’assister au pilou-pilou , fête dansante célébrée à l’occasion de la récolte des ignames (fig. 284). Au sommet d'un plateau qui dominait une vaste plaine, étaient assis les chefs et les vieillards; au bas se tenait la foule, devant laquelle s’élevait un amas considérable d’ignames. Trente ou quarante jeunes gens, choisis parmi les plus beaux de la tribu, venaient en prendre chacun une charge, et tous ensemble remontaient au pas de course sur le plateau, avec leurs fardeaux, qu’ils déposaient aux pieds des chefs. Ensuite, toujours courant, ils retournaient au grand tas d’ignames, pour en rapporter une nouvelle charge, et ainsi de suite. Dans cette course effrénée, ils étaient suivis par la foule hurlante, qui bondissait autour d'eux en brandissant ses armes.

Tout Européen se fût intéressé à cet étrange spectacle; mais un peintre, un sculpteur n’aurait pu se lasser d’admirer les formes des jeunes acteurs; de plus beaux modèles académiques ont rarement posé dans un atelier.

Cette fête fut interrompue par un combat simulé. Nus, ou ceints d’étoffes aux couleurs voyantes, les guerriers agitaient leurs armes, tout en bondissant, hurlant, injuriant leurs adversaires. Les vieillards au corps maigre, dont la main ne pouvait lancer la pierre ou la zagaie, animaient de la voix le courage des jeunes gens, et prodiguaient l’insulte à leurs ennemis.

Nous ne pouvons retracer en entier le curieux tableau que M. Garnier a donné de cette lutte. Mais la scène de cannibalisme

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à laquelle notre voyageur assista est trop dramatiqùe pour que nous ne la reproduisions pas ici.

Une douzaine d'hommes étaient assis près d'un grand feu. M. Garnier reconnut les chefs qu’il avait vus le matin. Sur de larges feuilles de bananier était placé un monceau de viandes fumantes, entourées d’ignames et de tnros . Les corps de quelques malheureux tués dans la journée faisaient les frais de ce festin hideux. Le trou dans lequel on avait fait cuire leurs membres, détachés à coups de hache, était encore là. Une joie farouche se peignait sur les visages de ces démons. Ils mangeaient à deux mains. Un vieux chef à la longue barbe blanche ne paraissait pas jouir de l’appétit formidable de ses compagnons. Laissant de côté le fémur, accompagné d une épaisse couche de viande qu’on lui avait olfert, il se contentait de grignoter une tête. Il avait déjà enlevé toutes les parties charnues, le nez et les joues; restaient les yeux. Le vieux chef prit un bout de bois pointu et l’enfonça dans les deux prunelles. Il secouait ce crâne affreux, et en faisait sortir peu à peu la cervelle. La chose ne se faisant pas assez vite, il mit l’arrière de la tète dans le feu, et le reste de la substance cérébrale s’échappa aisément!...

FAMILLE ANDAMÈNEî

Nous comprenons dans la famille andamcne ceux des noirs orientaux qui présentent d’une manière tranchée les caractères de la race nègre. Ces peuplades sont encore peu connues. Les habitants de la Souvelle-Guince et ceux de l’île de Leiçon , les indigènes des îles Andamans dans le golfe du Bengale, les noirs de la presqu’île de Malaeca, ceux qui habitent dans quelques montagnes de VIndo-Chine , ceux qui appartiennent à l’ile Van Dicmen , enfin les indigènes de l’Australie, appartiennent à ce groupe.

Chez tous ces peuples l’angle facial n’est que de 60 à 66 degrés; la bouche est très-grande, le nez large et épaté; les bras sont courts, les jambes grêles; le teint est couleur de suie. Les femmes sont vraiment hideuses.

Les tribus que forment ces peuplades sont, en général, nombreuses, et soumises à l'autorité arbitraire d’un chef. Le langage est extrêmement borné. Il n’y a parmi elles ni gouvernement, ni lois, ni cérémonies régulièrement établies. Quelques-unes même ne savent pas construire des habitations.

Kig. '284. I,e pilou-pilou, fêle de nuit dans la Nouvelle-Calédonie

Pour donner au lecteur une idée des peuples qui composent la famille andamène, nous jetterons un coup d'œil sur les habitants des îles Andamans et sur ceux de l’Australie.

Andamans. — Les habitations des Andamans appartiennent à la forme la plus rudimentaire et ne sont guère supérieures aux tanières des animaux sauvages. Quatre poteaux couverts d’un toit de feuilles de palmier composent ces abris, qui. ouverts à tous les vents, sont ornés d’os de cochon, de carapaces de tortues et de grands poissons desséchés et liés en grappes.

Quant aux habitants eux-mêmes, ils sont d’un noir très-foncé. Leur taille dépasse rarement cinq pieds. Ils ont la tête large et enfoncée dans les épaules; leur chevelure est laineuse comme celle des noirs africains. Chez un grand nombre d’individus, le ventre -est protubérant, et les membres inférieurs sont grêles. Ils vont dans une nudité absolue; seulement ils ont soin de se couvrir tout le corps d’une couche d'ocre jaune ou d’argile, qui les préserve de la piqûre des insectes. Ils se peignent le visage et saupoudrent leur chevelure avec de l’ocre rouge.

Cependant leurs armes sont fabriquées avec beaucoup d'habileté. Leurs arcs, qui offrent une très-forte résistance, sont faits d’une sorte de bois de fer, d’une forme gracieuse. Les flèches, qu’ils décochent avec adresse, sont armées de pointes fines; il y en a de simples et de barbelées. Ils manient avec prestesse des pagaies courtes, marquées d’ocre rouge. Ils creusent leurs embarcations avec un instrument assez grossier, formé d’une pierre dure et tranchante liée à un manche par une forte corde de fibres végétales.

Les Andamans sont ichthyophages, car les mers qui baignent leurs îles abondent en excellents poissons et en mollusques savoureux. Les soles, les mulets, les huîtres forment leur principale ressource alimentaire. Lorsque durant les gros temps le poisson vient à manquer, ils mangent les lézards, les rats et les souris qui pullulent dans les bois.

Les Andamans ne sont pas cannibales, mais ils n'en sont pas moins une peuplade très-sauvage, qui n’existe pas même à l’état de tribu, et ne se compose que de véritables bandes.

On a épuisé à l’égard de ces grossiers habitants des îles du Bengale toutes les formules du dédain le plus méprisant. On s’est plu à les considérer comme des brutes de la dernière cruauté et

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de la plus extrême laideur. Des observations plus récentes et les quelques faits que nous avons cités montrent qu'il faut un peu adoucir cette appréciation.

\oirs d'Australie. — Nous arrivons aux peuples noirs qui habitent une partie de l’Australie.

Nous trouverons dans les Souvenirs a un Squatter français enAus-

lig. Jbi. Indigène il 'Australie.

tralic, par M. H. de Castella, de précieuses observations faites de visu sur ces grossières peuplades.

L’état sauvage dans lequel vivent les indigènes d’Australie est la conséquence de la pauvreté de leur pays, qui n’olfre d’autre ressource d'alimentation que les animaux. Il est vrai que les animaux abondent dans ces contrées. Lekanguroo, l’écureuil, Topos-

F*- 286. Camp d'indigène» australien».

DigifepcUsv

sum, le chat sauvage et les oiseaux de toute espèce y sont tellement nombreux, que les indigènes n’ont pour ainsi dire qu'à étendre la main pour les atteindre. Sous ce doux climat ils peuvent vivre sans abri.

Selon M. de Castella, les Nègres d’Australie seraient moins laids qu’on ne les a dépeints. Parmi les hommes qu’il examina, quelques-uns étaient grands et bien faits. Leur marche lente et paresseuse n’était pas sans noblesse; ils marchaient avec une solennité qui rappelait le pas des acteurs tragiques sur la scène.

Les noirs australiens reconnaissent la famille. Chacun d'eux n’a qu’une femme, mais ils ne se marient pas dans leur propre tribu. Ils vivent campés par troupes, et maintenant que les tribus sont peu nombreuses, par tribus entières. Ils ne se construisent pas de huttes permanentes. Pendant l’été, de simples branches de gommier entassées et appuyées contre quelques bâtons plantés en terre les garantissent du soleil et du vent chaud. Pendant l’hiver, ils détachent des arbres de grands lambeaux d’écorce de huit à dix pieds de hauteur, qui ont pour largeur toute la circonférence du tronc; et avec ces écorces ils se font un abri, qu’ils opposent au côté d‘où vient la pluie, et qu’ils déplacent si le vent vien t à changer. Accroupi sur la terre nue, dans la peau d’opossum qui lui sert de lit et de vêtement, chacun d’eux se tient devant un foyer particulier.

Les ligures 285 et 286 représentent, d’après des photographies, des indigènes d’Australie.

Aujourd’hui les Nègres australiens ont des fusils, et ils se servent de petites haches pour faire leur bois et couper les écorces. Mais ils n’avaient, il y a peu d’années, que des armes en bois dur, et leurs hachettes étaient des pierres aiguës attachées au bout de bâtons, comme les armes de silex dont faisaient usage les hommes antédiluviens. Entre les hommes de l’âge de pierre et les Nègres d’Australie il n’y a donc presque aucune différence. Aussi les naturalistes de nos jours ont-ils beaucoup profité de la connaissance des mœurs et coutumes sauvages des Australiens pour éclairer l’histoire de l’homme primitif.

M. H. de Castella admira l’adresse des Nègres australiens à monter sur des gommiers dont le tronc droit est souvent dépourvu de branches jusqu’à vingt et trente pieds de hauteur, et qui est d’ailleurs trop gros pour qu’on puisse l’embrasser. Arrivé, par

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des prodiges d’acrobatisme, aux nids des chats sauvages et des opossums, l’indigène saisissait l’animal et le jetait à sa femme.

Cette femme portait tout : son dernier-né dans un panier de jonc suspendu à son cou, dans une main le gibier tué, et dans l’autre une branche de gommier allumée, pour faire le feu quand

Fig. 287. Australien indigène.

la famille irait camper ailleurs. L’homme marchait en avant, ne portant que ses armes. La femme venait ensuite, puis les enfants, par rang de taille.

Jamais on ne rencontre plusieurs noirs australiens marchant de front, même quand ils sont très-nombreux. Quand toute une

tribu voyage au travers des plaines, on voit une longue file noire se mouvoir au-dessus des hautes herbes.

M. de Castella a assisté au curieux spectacle que présente la

Fig. 288. Une sépulture en Australie.

pèche à l’anguille chez ces indigènes. Debout dans l’eau jusqu’à la ceinture, ils tiennent dans chaque main une lance, avec laquelle ils fouillent le fond de l’eau, se balançant et réglant leurs mouve-

RAGE NOIRE

ments sur la mesure, parfaitement marquée, d’un de leurs chants. Quand ils ont traversé une anguille d’un coup de ance, ils transpercent la môme anguille avec une seconde lance, dans un autre endroit du corps, puis tenant les deux pointes écartées, ils jettent l'anguille à terre. Ils prennent de cette façon des quantités prodigieuses de ce poisson. Pour préparer leur dîner, ils savent se passer de casserole. Ils placent le gibier ou le poisson sur des braises recouvertes d’un peu de cendre.

Tout le monde a entendu parler de l’adresse des peuples sauvages à voyager sur les rivières dans des canots d’écorce. Les Nègres d’Australie se font remarquer entre tous par leur habileté à diriger leur embarcation sur les eaux rapides. Deux personnes seulement peuvent se tenir dans leur canot. La lance leur tient lieu de rame, et ils s’en servent avec une adresse étonnante.

On n'est pas surpris, quand on connaît ce genre de vie barbare, d’apprendre que les tribus noires.de l'Australie diminuent dans des proportions extraordinaires. De toute la tribu de la Varra, autrefois nombreuse, M. de Castella ne retrouva plus que dix-sept individus.

Ce qui frappa le plus l'auteur d’une relation du Voyage de Sydney à Adélaïde , imprimée en 1860 dans le Tcur du monde, c'est le petit nombre d'indigènes qu'il rencontra dans un trajet de plus de 400 kilomètres. Au milieu de notre siècle, Stust et Mitchell avaient visité sur les affluents supérieurs du Murray des tribus qui se composaient alors de plusieurs centaines d’individus; notre voyageur ne les trouva plus représentées que par des groupes épars de sept ou huit individus affamés. La figure 287 représente un des types dessinés par l’auteur que nous venons de citer.

Mitchell avait décrit dans son Voyage les bocages de la mort, ces poétiques sépultures des Australiens. L’auteur du voyage dont nous parlons ne les retrouva plus. Aujourd’hui leurs tombes sont toutes rustiques. Dans les déserts dénudés des contrées de l’ouest, quatre branches fichées en terre, et croisées à leur sommet (fig. S88), supportent la dépouille mortelle de l’Australien qui a pour suaire une peau de kanguroo.

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