‹ Les Races humainesChapitre 9 sur 62 · æIw *-f / r · texte numérisé non relu

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Fig. 50. Paysans des Confins militaires ramenant des uestiaux du pAlurage.

range à sa guise. Quand on veut se parer, un tablier de drap, dont la couleur et le dessin rappellent les tapis que j’ai retrouvés en Serbie et en Bosnie, descend jusqu'aux genoux; par-dessus la chemise, on met une espèce de gilet ou de veste sans manches ornée de broderies d’or et d’argent. L’hiver, pour se garantir du froid, on couvre le tout d'une veste en peau de mouton, d’une sorle de houppelande fourrée. Tous les vêlements que portent les femmes sont l’œuvre do leur propre industrie, du travail de leurs doigts agiles pendant les longues veillées d’hiver. »

RACE BLANCHE

M. George Perrot a fait un séjour un peu long dans les provinces que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de Confins ou de frontières militaires, et il décrit l'existence misérable et triste dévolue aux paysans slaves, obligés de vivre côte à côte avec la horde farouche des soldats ou plutôt des pandours musulmans.

La ligure 50 montre les paysans des Confins militaires au retour du pâturage.

La figure 51 est donnée par l’auteur comme le type des femmes slaves qui habitent les frontières militaires.

Écoutons le voyageur nous décrire ses impressions:

< Ce qui m’a frappé, dans tous les villages des Confius que j’ai traversés, ce sont les corps de garde devant lesquels flânent ou dorment, à côté de leurs fusils pendus au mur, cinq ou six yriinzcrs. En été, ils n’ont pas d’autre vêtement que leur pantalon et leur chemise de grosse toile blanche, et parfois une sorte de jaquette brune à brandebourgs rouges, qu’ils portent aussi pour les travaux des champs. En hiver, on les voit enveloppés dans leurs grands manteaux de drap rouge à capuchon , que relève par derrière la crosse du fusil jeté sur l’épaule : c’est ainsi équipés et armés qu’ils vont garder leurs troupeaux sur la lande. L’Etat leur fournil, pour les exercices et pour la guerre, des fusils de munition semblables à ceux dont sont pourvues les troupes de ligne; mais, hors du service, beaucoup d’entre eux préfèrent encore de longs fusils de fabrique ou tout au moins de forme albanaise, à crosse en queue d'aronde, qui se transmettent dans les familles de père en fils depuis un ou deux siècles. De plus, ils passent dans ieur ceinture un ou deux pistolets, et une sorte de dague à manche d'os incrusté de corail ou de verroteries. En cet équipage, ils ont plus l’air de bachiUizvuks bosniaques que de sujets civilisés de Sa Majesté François- Joseph, empereur constitutionnel d’Autriche et roi de Hongrie. Quant à l’uniforme, un pantalon bleu serré au mollet et une veste de laine noire ou blanche, il ne sert que les jours de revue et à la guerre.

« Sur quoi veillent les sentinelles qui peuplent ces corps de garde? C'est ce que je ne suis pas arrivé à comprendre. Aucun ennemi, de lielgrade à Sissek, ne menaçait le pays, et ces villages ne sont pas exposés à plus de désordres que ceux des provinces voisines, où l’on se passe de tout ce déploiement de force armée. C’est donc encor e là une de ces exigences inutiles, fâcheuses conséquences du régime militaire ; ce sont des bras enlevés chaque jour sans nécessité au travail des champs, des habitudes de paresse et d’ivrognerie contractées dans l’oisiveté forcée du corps de garde'.

< Pour tous ceux qui ont vécu quelque temps au milieu des grànzen, ce qui les caractérise surtout , c’est leur indolente apathie , c’est une certaine paresse insouciante et bornée. Pour qui s’épuiseraient-ils à travailler? Avec le régime de la communauté, leurs femmes et leurs enfants sont à peu près à

1. Sous représentons (fig. 52) un des postes militaires des Confins, ainsi que des soldats gardiens de ces postes, c’est-à-dire des griinjers.

l’abri du besoin. Quant à eux, demain peut-être on les arracherai leurs vergers et à leurs champs pour les envoyer mourir en Italie ou sur quelque autre

Fig. SI. Femme des Confins militaires.

frontière; ne serait-ce pas folie de s’imposer des privations et de la fatigue en vue d'un avenir sur lequel on n’a pas le droit de compter? D’ailleurs leur bien, qu’ils ne peuvent ni mettre en valeur comme ils l’entendent, ni vendre et

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léguer à qui leur convient, leur appartient-il assez pour qu'il y ait plaisir et profit à l'améliorer? Aussi ont-ils ces maximes, qui les peignent au naturel: t Va tard au champ , et reviens de bonne heure, pour éviter la rosée; — si « Dieu ne' m’aide pas, à quoi sert le travail? » Habitués & ne compter, comme ils disent, «pie « sur llieu et l’empereur, • ils se refusent à comprendre les avantages qu’ils tireraient de telle ou telle invention moderne, de meilleurs outils et de méthodes de culture plus savantes. « Ainsi je l'ai trouvé.

Fig. 52. «intnzcrs, ou soldais des frontières, et leur corps de garde.

«ainsi je le laisserai, • répètent-ils souvent en parlant du domaine patrimonial.

« La seule chose qui aurait pu, malgré toutes les entraves qui enchaînent et engourdissent leurs membres, éveiller les esprits et leur donner quelque désir du progrès, c’est l’instruction. Or l’ignorance est profonde dans les Confins; les écoles régimentaires y sont fort insuffisantes, et comme nombre et comme tenue; dans certains districts, surtout dans la Croatie méridionale, les villages sont assez éloignés les uns des autres pour que les en-

l'an t s qui n’habitent point le bourg où est l’école ne puissent aisément s'y » rendre en toute saison. Comment, d’ailleurs l’autorité ferait-elle beaucoup pour l'enseignement? Elle sent bien que, plus instruits, les hommes des Confins se résigneraient moins aisément à leur dure condition. Si elle était logique, l'instituteur serait banni de tout le territoire.

» Sur les Bords du Danube et de la Save, là où le Confin borde le fleuve.

Fig. 53. Paysan bosniaque.

que remontent et descendent paquebots, voyageurs et marchandises, les gens des fronlières ont malgré tout des rapports quotidiens avec les habitants des provinces voisines , et môme avec des étrangers. Ce contact leur ouvre peu à peu l’esprit, et leur suggère quelques idées nouvelles; mais c’est surtout dans la Croatie méridionale, dans les districts dits Banat et Karlsladt, que sont sensibles et marqués les traits qui caractérisent la physionomie du granzer. Là commence , au sud-est de Karlstadt, ce que l'on

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appelle la jroixlière sèche ; ce n’est plus un cours d’eau comme le Danube ou la Save, c’est une ligne toute conventionnelle qui fait la limite de l’Autriche et de la Turquie. Les surprises et les coups de main n’ont cessé que trèstard sur cette frontière, plus difficile à définir et à garder; on s'y disputait encore, au commencement de ce siècle, certains forts, certaines places, comme Zettin, que les Turcs assaillirent en 1809 et 1813. Aussi le territoire des Confins est-il là, non plus seulement de 15 à 20 kilomètres, mais de 5 à 6 myriamètres de largeur; la population, soumise au régime militaire, y forme une masse plus homogène et plus compacte. Les actes de brigandage à main armée et les assassinats, qui étaient très-communs dans toute celte contrée, commencent à y devenir plus rares; mais le vol est encore le délit qu’on a le plus souvent à punir. Les ancêtres des granzers vivaient surtout de butin, et de pareilles habitudes ne s’effacent pas en un jour. >

M. Perrot a fait une promenade en Bosnie, en descendant le cours de la rivière la Save. Il s’arrêta dans une bourgade de cette province, dont il nous parle en ces termes;

« Après une station chez le Curé bosniaque , nous flânons dans le bourg; nous y faisons diverses petites cmpletles, pour nous donner le plaisir d’un peu de contrebande. J'emplis mes poches d'un tabac de Bosnie, qui est loin d’ailleurs de valoir celui de Macédoine. J’achète un de ces tapis comme les femmes en tissent aussi en Slavonie et dans les Confins militaires ; ce n'est point, comme les tapis de Perse ou d’Anatolie, un tissu épais et moelleux, mais une sorte de drap assez mince, assez sec au toucher. On retrouve d’ailleurs ici, dans les dessins et le mélange des couleurs, le même goût inné, les mêmes hardiesses heureuses que dans tous les ouvrages des Orientaux; les femmes slaves, en Autriche comme en Turquie, ne seraient point indignas de rivaliser avec les femmes lurcomanes qui, des environs de Smyrne et des hauts pâturages du Taurus jusqu’au fond des déserts de la Perse, tissent, sous leurs tentes noires en poil de chèvre ou de chameau, ees merveilles qusnous payons aujourd'hui un si haut prix. Ce qui fait l’infériorité des produits de cette industrie domestique dans la Turquie d’Huropc,c’estqu’iciles femmes, plus voisines de grands marchés tout remplis de marchandises européennes, y trouvent des laines déjà teintes par des procédés industriels et s’en servent à l’occasion ; or, les couleurs ainsi obtenues, pour coûter meilleur marché et être plus variées , sont loin d’avoir la franchise et l’éclat durable de ces couleurs, en petit nombre, toujours les mêmes, et à peu près toutes empruntées aux règnes animal et végétal, dont le secret se transmet, dans les bazars de l'Orient et sous les lentes des nomades, depuis le temps où florissaient Ninive, Babylonc, Suze, Tyr et Sidon.

< Nos achats terminés, nous retournons au Lord de la Save, et, pendant que le bac achève de passer un troupeau de bœufs qui vient d'être acheté en Bosnie, je m'amuse à regarder le pittoresque mélange de costumes et de types que m’offre la berge, où se tient en plein air le gros du marché.

« Ici, c’est un forgeron tsigane qui a établi son atelier volant en plein air; il bat et raccommode les chaudrons qu’on lui apporte; il effile au marteau la pointe de longues fiches de fer qui servent à assembler les poutres des

maisons. L’appareil est des plus simples. Deux tiges verticales supportent une traverse horizontale sur laquelle bascule le levier qui sert à faire mouvoir le soufflet; en avant de l’orifice par lequel l'air se dégage, une petite enclume basse est fichée en terre. Autour de l'ouvrier, qui travaille accroupi, quelques outils épars sur le sol. La longue chemise et les pantalons bouffants du Tsigane paraissent blancs, quoiqu’il les porte depuis des se-

Fig. &4. Paysanne bosniaque.

maines peut-être, à côté de sa peau : sa poitrine et ses bras ont la teinte du bronze.

x Un peu plus lbin, les groupes les plus variés attirent et retiennent les yeux. Ici, ce sont des Bosniaques musulmans, des pandours qui surveillent le marché; leurs attitudes et leurs costumes me transportent en plein Orient et me rappellent de bien vieux souvenirs. L’un d'eux est coiffé d'un turban

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blanc qui laisse voir une mèche de cheveux tressés tombant sur le cou: il se tient debout, la main appuyée sur la crosse de son fusil qu’il porte en bandoulière. Un sac en tapisserie, orné de longues floches de laine, parli-

Fig. 55. Marchand bosniaque.

cilier aux frontières des deux pays, est jeté sur ses épaules. A côté de lui , un autre Bosniaque, appuyé contre une muraille , est enveloppé d’un long manteau de laine rouge; ses pieds sont chaussés de sandales en cuir tressé.

Un riche propriétaire des environs, noble homme dont on nous dit le nom, fait emmener par scs serviteurs le bétail qu’il n'a pas vendu; des paysans remontent sur leurs chevaux, dont j’admire le gai et pittoresque harnachement. »

Les figures 53 et 54 représentent, d'après M. Perrot, un paysan et une paysanne bosniaques, et la figure 55 un marchand bosniaque.

Fig. 50. Costume de l'cslh (Hongrie}.

Le peuple magyar est propre à la Hongrie. La population qui domine dans ce pays se compose d’un peuple venu de l'Asie, connu sous le nom de Magyars, et qui n’était qu’une tribu des Huns. On considère la Hongrie comme ayant été peuplée par les restes des sauvages compagnons d’Attila, le fléau de Dieu, le terrible roi des Huns.

La langue et le costume des Magyars les distinguent des autres peuples. Le Magy ar offre une taille moyenne et des cheveux noirs.

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l'iO

Son caractère est belliqueux. Sa civilisation est supérieure à celle des autres peuples de la famille slave.

Dans ses Causeries géographiques (de Paris à Bucharest), M. Duruy

Fig. 57. Costume a’un gentilhomme hongrois.

nous a communiqué ses impressions sur son passage à Pesth en 1861. La population lui parut superbe. Les femmes se faisaient remarquer par des allures vives et décidées. Leur costume ne

diffère pas beaucoup de celui des hommes. Une chemise froncée au cou, à larges manches richement brodées et serrées un peu audessus des poignets qu’elles recouvrent de flots de dentelles; un corsage à spencer rouge ou noir, ou vert, à torsades, avec des franges et boutons d’argent, dessinant une taille cambrée et souple; une jupe claire, très-ample, souvent assez courte; sur une épaule, un dolmar de soie ou de velours jeté à la hussarde; pour coiffure, le chapeau national à bords très-relevés, surmonté d une

Fig. 58. Costumes hongrois.

aigrette de plumes dressées ; un pied bien cambré chaussé de brodequins, quelquefois d’une petite botte en maroquin rouge éperonnée, tels sont les costumes hongrois. On les voit représentés dans les figures 56, 57 et 58.

Les marchés ont aussi leur physionomie : ils se tiennent sur les quais. Il y a là, dit M. Duruy, des attelages qui rappellent le temps des hordes sauvages d'Attila. M. Duruy crut même apercevoir un des compagnons du peau de Dieu. C’était, dit-il, une façon de paysan.

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au nez camard, à l’œil rond, aux pommettes larges et saillantes, aux moustaches traînantes. 11 était brun et vêtu d’un gilet en peau de mouton et d'un large pantalon de grosse toile , maintenu à la taille par une écharpe, retombant sur de grosses bottes ferrées et éperonnées. Un large chapeau à bords relevés couvrait sa tète, de laquelle pendaient deux longues nattes de cheveux.

La langue magyare , énergique , abondante en images, est rauque et chargée d'aspirations gutturales, qu'on dirait empruntées à l’arabe, pendant que certaines intonations douces et caressantes rappellent l’idiome italien. Le sentiment national est vif dans les villes et les campagnes. Chez les dernières , il a pour auxiliaires les airs chantés par les Bohémiens et les récits des chefs de famille pendant les longues soirées d’hiver.

Nous n’avons rien de particulier à dire sur les derniers peuples qui composent la famille slave, c'est-à-dire les Croates, les Tchèques, les Lithuaniens et les Polonais. Les généralités du commencement de ce chapitre leur sont parfaitement applicables.

famille grecque.

La famille grecque comprend les Grecs et les Albanais.

Les Grecs tirent leur origine des peuplades anciennes connues sous le nom de Pclasges. Les anciens Grecs fondèrent beaucoup de colonies sur les rivages de la Méditerranée. Au quatrième siècle avant Jésus-Christ, sous la conduite d’Alexandre, ils soumirent une partie de l’Asie, et portèrent leurs armes victorieuses en Égypte. Mais ces conquêtes furent éphémères. L’empire grec fut à son tour subjugué par d’autres peuple?, notamment par les Romains. les Slaves et les Scythes.

Policés par des colonies égyptiennes, les anciens Grecs avaient présenté l’exemple d’une civilisation très-avancée, à une époque où les autres peuples européens et asiatiques étaient plongés dans la barbarie.

Les Grecs ne forment plus maintenant qu'une population peu nombreuse , concentrée dans la Morée , ou éparse dans les contrées voisines. Ceux qui habitent le continent asiatique ont même adopté le langage des peuples qui vivent autour d’eux, et ne sont réputés Grecs que parce qu’ils professent la religion chrétienne selon le rite grec.

Malgré tous les malheurs d’une décadence sociale qui devait aboutir à plusieurs siècles d’asservissement, les Grecs ont conservé de nos jours les caractères physiques de leurs ancêtres. Chacun sait que le plus beau développement du front, la plus belle forme

Fig. 60. Les Grecs d'Athènes.

du crâne humain, est celle que nous retracent les œuvres de sculpture de l’ancienne Grèce. On avait supposé que les magniliques tètes au noble profil que l’on admire dans les sculptures des Grecs, n’étaient pas la reproduction exacte de la nature, et que certains traits avaient été exagérés dans le sens de la beau lé idéale. Mais

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on a trouvé de nos jours des crânes d’anciens Grecs qui , sous le rapport des proportions et des contours généraux de la tète, démontrent que chez les artistes de la Grèce la statuaire antique netait pas allée au delà de la nature, et qu’elle n’avait fait que s’inspirer des types vivants.

L’Apollon du Belvédère peut donc être considéré comme un modèle, seulement un peu idéalisé par l’art, de la physionomie générale des anciens Grecs. Dans un Voyage en Morèt , M. Pouqueville donne une description de la physionomie des Grecs actuels, qui permet de juger de l’étonnante persistance des plus belles formes, même au sein d’une condition sociale si profondément modiliée.

« Les habitants de la Moréc, ditM. Pouqueville, sont généralement grands et bien faits. Leurs yeux sont pleins de feu, leur bouche est admirablement bien formée et garnie des plus belles dents. Les femmes de Sparte sont blondes, sveltes, et ont de la noblesse dans le maintien. Les femmes du Taygète ont le port de Pallas.... La Messénienne se fait remarquer par son embonpoint; elle a les traits réguliers, de grands yeux et de longs cheveux noirs; l’Arcadicnne, cachée sous de grossiers vêtements de laine, laisse à peine apercevoir la régularité de scs formes.... »

Voici , du reste , les caractères fournis par la statuaire et qui, d’après ce que nous avons dit, peuvent être réellement considérés comme ceux du type grec : front élevé, espace interoculaire assez grand, offrant à peine une légère inflexion à la racine du nez; ce dernier droit ou faiblement aquilin; les yeux grands, largement ouverts, couronnés d’un sourcil peu arqué; la lèvre supérieure courte, la bouche petite ou médiocre et d’un gracieux contour; le menton saillant et bien arrondi.

La figure 59 représente une famille grecque et l’intérieur d’une maison à Athènes; la figure 60 représente des Grecs d’Athènes.

Pour donner une idée des mœurs et des types grecs modernes, nous emprunterons quelques lignes à un intéressant Voyage à Athènes de M. Prout, publié dans le Tour du monde en 1862.

Écoutons d'abord ce voyageur nous parler des habitants de la Grèce :

a Si l’on en croyait Fallmerayer, il n'y aurait plus de Grecs en Grèce, il n’y aurait que des Slaves; il est hors de doute que les Hellènes de la Thrace et de la Macédoine ne peuvent se vanter d'une origine aussi immaculée que les montagnards de l’Olympe ou du Magne; mais il est également incontestable que du cap Malée à la mer Noire, et de Smyrne à Corfou, il y a dix

oole

Fig. 6t. Intérieur de l'Agora d'Athènes.

millions d’individus qui parlent le grec, mêlés à une population qui parle le slave, et que, dans la plaine d’Athènes, on distingue facilement l’Albanais aux tempes étroites et au nez busqué, du Grec au front large et aux pommettes saillantes, bien que leur costume soA le même. Il suffit de causer une heure avec ce dernier pour ne pas mettre en doute l’authenticité de son origine. Les qualités d’esprit sont restées les mêmes qu’au temps d’Homère : même aptitude à tout comprendre bien et vite, même facilité à tout exprimer élégamment et métaphoriquement. Ces qualités donnent aux Hellènes une supériorité si grande sur les autres races de l’Orient., qu’ils ne sont aimés d’aucune. Les Turcs leur reprochent d’ètre défiants et dissimulés, parce qu’ils ont opposé la ruse à la force; les Levantins les accusent de mauvaise foi dans les relations commerciales, parce qu’ils ont pris modèle sur eux et qu’ils ont souvent surpassé leurs maîtres. Ils ne sont pas plus sympathiques aux autres nations méditerranéennes. Sérieux et réfléchis, ils ignorent la raillerie ainsi que le ton rapide du drame. La douleur suit chez eux le sentier tranquille de l’élégie; c’est un mal latent et non une crise aiguë qui amène les transports de la folie. Tandis qu’à Naples ou à Venise, par exemple, les armes de Cupidon font de terribles blessures , les fièches du dieu athénien n’empêchent ni de dormir ni de vaquer à ses affaires. Les Grecs ont conservé l’intonation tragique et sont bien les fils de ce furieux Oreste, mort à plus de quatre-vingt-dix ans des suites d’un accident : dans leur esprit, l’action marche toujours avec lenteur et gravité, non sans emphase, quoique serrant de près la réalité, dialoguant, questionnant et se donnant le temps de la réflexion avant d’arriver au dénoûment. On est stupéfait de ces tendances analytiques et prévoyantes, même chez les plus ignorants. C'est le peuple qui sait le mieux écouter; c’est celui qui parle le moins, tout en parlant beaucoup.

« Tout le monde connaît le costume grec : le dolman court , la jupe [fistan) appelée foustanelle, le fezy dont le gland retombe touffu sur la nuque, et la guêtre brodée dessinant étroitement la jambe. Chez les marins la foustanelle est remplacée par un pantalon très-ample et la guêtre par un bas. L’hiver, ce costume est complété par le talagani , long manteau en peau d’agneau qui indique la taille. Les Grecs, pour la plupart régulièrement beaux, grands et élancés, portent cet uniforme national avec une grande tournure. Les Jeune-Grèce en exagèrent l’élégance en se serrant la taille outre mesure et en donnant trop d’ampleur à la foustanelle; pendant l’hiver de 1858, la mode était parmi eux de porter la barbe pleine. J’espère que cette fantaisie, qui leur donnait l’aspect de sapeurs en jupons, aura disparu; la moustache effilée, découvrant la lèvre, convient mieux à leur visage finement accentué comme à leur accoutrement spirituel et coquet. Mais, hélas! chaque jour à Athènes l’or pur des vêtements se change en un drap vi^ sorti de quelque maison de confection. Athènes compte soixante-dix tailleurs et cinquante cordonniers qui habillent et chaussent à la française contre six tailleurs et trois bottiers nationaux. Il y a soixante-deux magasins de nou veautés pour les femmes ; aussi n’en est-il pas plus de trois ou quatre qui portent lecostume national parfidélité(j’excepteles demoiselles d’honneur delà reine, qui le portent par ordre), etencoré de ce costume ne reste-t il que la moitié : la veste échancrée surla poitrine et le ta ktikios (bonnet) de Smyrne;

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la trame crinoïde est venue gonfler la jupe étroite et longue. Le costume des lies est plus commun, mais rappelle, par le grand nombre de vêtements superposés, la simplicité enfantine de nos silhouettes campagnardes. Je lui préfère de beaucoup, malgré sa raideur, la longue robe albanaise que portent les femmes de la campagne.

■■ C’est surtout à l’Agora qu’on voit cheminer dans son uniforme pittoresque toute la paysannerie des environs.

t Cette Agora (tig. 61' n’est pas l’antique Agora du Céramique; c'est un marché fait de baraques vermoulues, abrité de toiles en lambeaux; là s'étalent tous les produits , depuis la figue ventrue de l’Asie Mineure jusqu'aux productions brevetées des parfumeurs de Paris.

« De chaque côté de ce marché se dressent deux spectres de l’antique : la tour des Vents, ou clepsydre d’Andronicus , monument octogone estampé d’assez médiocres figures, et le portique de Minerve Archegetis. Les archéologues, après avoir commenté le premier, traversent rapidement cette longue halle pour aller voir le second ; mais ceux qui n’en veulent ni à l'opinion de Meursius ni à celle de Lcake s'attardent volontiers au seuil des marchands, surtout le matin, alors que la gent campagnarde

Assise sur un char d’homérique origine,

Comme l'antique Isis des bas-reliefs d’Egine,

débouche des routes de Thèbes et de Marathon. J'ai dit que les hommes étaient régulièrement beaux ; les femmes des champs sont laides. De moyenne taille, robustes, basanées, elles n’ont rien de féminin, dans l’acception que nous donnons à ce mot. Dans la classe commerçante et la société phanariote qui vient en grande partie d’Asie , où le sang est resté pur, il y en a, au contraire, un grand nombre qui sont réellement belles. La nonchalance orientale leur donne un charme inconnu en notre pays; mais elles marchent mal et ignorent cette correction dans la tournure que les Françaises possèdent à un si haut degré.

« On les voit rarement à la promenade ; elles quiltent peu leur intérieur, où elles se livrent à des travaux domestiques, et s’adonnent à la lecture de romans pour la plupart traduits du français.

« Bien que les nuances tendent à disparaître , il y a aujourd'hui encore dans Athènes deux sociétés bien distinctes : la société phanariote et la société grecque proprement dite, la première déjà tout européenne, la seconde en train de le devenir.

•• Les dames phanariotes sont instruites et parlent admirablement le français. Les autres, dont l’instruction est très-limitée, ont un bon sens instinctif et un tact parfait qui n’est pas un des moindres sujets d’élonnement pour les étrangers.

t .... J’ai entendu dire que le taux de la probité d’un marchand anglais était de cent livres sterling, et que celui de la probité grecque était moindre. L'une et l’autre de ces suppositions sont absurdes; il est impossible d'établir en pareille matière une base exacte : c’est l’occasion qui fait le larron. Les étrangers sont volés partout, mais pas plus à Athènes qu’en tout autre lieu du monde. La seule différence est qu’ils y sont volés plus facilement à cause de la confusion des systèmes monétaires,' et cette confusion

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Fig. 6 2. Fête du temple de Jupiter, à AlUcncs.

est encore une suite des méprises bavaroises. Rothschild avait offert au conseil de régence de soumissionner un emprunt payable en monnaies frappées au poids de la France. Le conseil trouva plus ingénieux et surtout plus archaïque de s’éloigner de toutes les bases connues en rétablissant la drachme avec son poids ancien. Ces pièces mai faites furent exportées en lingots, et aujourd’hui ce sont des calculs désespérants pour la moindre transaction, calculs où la monnaie autrichienne, laide et désagréable au toucher, joue le plus grand rôle et où le marchand, à quelque nation qu’il appartienne, vous en débarrasse obligeamment.

« Pour en finir avec la probité grecque , qu’on a tant maltraitée, dans les campagnes la population est avide parce qu’elle est pauvre, mais elle est honnête. Les voyageurs qui jugent d’après les hôteliers, portefaix, cochers, etc., jugent mal. Celte race est la môme partout. A Athènes seulement. un grand sang-froid avec des allures dignes remplace la grossière impudence de certains facchini italiens ou l’aménité doucereuse des serviteurs allemands.

« C’est un fait digne de remarque qu'on n’est jamais assourdi dans les rues par les plaintes des mendiants. Ils sont peu nombreux, car la famille vient en aide à ceux de ses membres qui sont pauvres, et le peu qu’il y en a demande sans bruit.

« Les rues d’Athènes ont une physionomie particulière. Ce n’est ni le désordre bruyant des rues de Naples, ni l’activité méthodique des rues de Londres. On trouverait un point de comparaison plutôt dans certaines de nos villes de province où les bourgeois désœuvrés flânent et se repassent les commentaires de la ville, sans quitter le trottoir. Athènes a tout à fait l'aspect d’une ville où l’on ne sait que faire; la population mâle campe dans les rues presque tout le jour en compagnie du soleil; les marchands ont un pied dans leur boutique et l’autre en dehors, et les chalands mêlent à l’ingrate arithmétique des échanges quelques propos familiers; on arrête celui-ci. on fait des commentaires sur celui-là. Le magasin d’Alexandre, entre autres, est une des agences les mieux informées. Restez une heure au carrefour des rues d’Hermès et d’Éole, devant le café de la Belle-Grèce , vous aurez la satisfaction de voir défiler devant vous tout le monde athénien ; le premier gamin venu vous les nommera tous. Celui-ci, c’est le ministre à vendre; celui-là, c’est le ministre vendu. Voici Canaris, un nom qui a rempli l’Europe et qui tient dans un étroit paletot, Chriesis, Mélaxas, Maurocordato, Rangabé, Miaoulis, les noms d’hier et les noms d’aujourd’hui. Cet nomme qui s’avance timidement comme s’il marchait sur des œufs, et qui jette autour de lui un regard inquiet, est Chiote. A sa vue votre cicerone grognera; car les Chiotes ne sont pas aimés. Une tradition populaire veut que l’Ile de Sciô ait été peuplée par des juifs; bien que les Chiotes aient les allures des juifs et comme eux réussissent dans la banque et le négoce , cette tradition est erronée. L’esprit commercial a toujours formé , dans l’antiquité comme aujourd’hui , le fond du caractère national des Chiotes. « Deux causes , dit M. Lacroix, expliquent cette tendance. La position de « Scio, située au milieu de la mer entre l’Europe et l’Asie, sur cette grande « route maritime du commerce ancien, invitait naturellement ses habi- « tants au négoce; d’autre part, la nature de leur île, dont le sol pier-

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« roux est peu propre à l’agriculture, leur en faisait en quelque sorte une « nécessité. »

« I)e même qu’à l’allure on reconnaît le banquier de Scio, on reconnaît à la parole l'habitant des Iles Ioniennes. Son éloquence épileptique domine les voix dans les groupes. J’ai une grande admiration pour les Ioniens; je ne dirai pas que ceux qui recherchent la perfection humaine en trouveront dans ces îles de nombreux exemples, mais ils trouveront un assemblage des plus merveilleuses qualités naturelles, joint à la saine civilisation qu’y ont laissée les républiques italiennes. L’ingénieuse combinaison Gladstone a donné tout dernièrement à l’Europe une idée de la dignité de leur caractère, de l’étendue de leur patriotisme et de la sagesse de leur esprit. Ils joignent à cette sagesse hellénique toute la fougue italienne. Actifs, intelligents, affectueux et simples dans leurs rapports, ils s’attirent à première entente toutes les sympathies.

« C’est une curieuse étude q -e celle de ce mélange dont se compose la population athénienne.

« Le dimanche, tout le monde se transporte du carrefour de la Belle- Grèce à la promenade de Patissia ( corruption de Pachiscliah ) ; les hommes s'en vont toujours causant, et les femmes, qui ce jour- là abandonnent la maison , les suivent à quelques pas derrière. Autour d’un kiosque où est circulairemenl rangée la musique militaire, la foule se promène, puis chacun revient non pas au logis, mais dans la rue; pendant les nuits chaudes de l’été, le plus grand nombre y couche. Ces dormeurs signalent leur présence par un bourdonnement qui est une sorte de monologue interne, écho do la conversation de la veille, car le peuple grec est resté le plus spirituel et le plus éloquent bavard de tous les peuples. »

Nous plaçons à côté des Grecs les Albanais, dont le langage a quelque rapport avec le grec. Concentrés dans les montagnes du pays dont ils portent le nom, ils paraissent être les représentants des anciens habitants de ces contrées. Ils sont les descendants des anciens Illyriens, mêlés avec des Grecs et des Slaves. Presque exclusivement occupés du métier des armes, les Albanais forment les meilleurs soldats des armées ottomanes.

Leur nombre n’atteint pas deux millions, bien que l'Albanie soit vaste et renferme des villes assez importantes.

L’Albanie, formée de la Turquie d’Europe, bornée au nord par le Monténégro, la Bosnie et la Servie , à l’est par la Macédoine et la Thessalie , au sud par le royaume de Grèce, à l’ouest par les mers Adriatique et Ionienne , forme les pachaliks de Janina , IIbessan et Scutari. Elle renferme trois ports : Dinazzo, Avlona et Parga. Les villes les plus importantes sont Scutari, Akhissar, Bérat et Arta.

Demi-barbares, plutôt pirates et brigands que cultivateurs et

laboureurs, les Albanais vivent continuellement en guerre les uns contre les autres.

t'jg. (>J. AlbuUiUse.

Chrétienne jusqu’au quinzième siècle, et après avoir résisté glorieusement, sous le commandement de Scanderberg, à l’invasion

RAGE BLANCHE

des Turcs, l’Albanie dut subir la conquête ottomane, qui imposa à ses habitants la religion de Mahomet. Cependant quelques parties de l’Albanie conservent encore le culte grec. Au nord, entre la mer et le Drin Noir, la courageuse tribu des Mir dites (braves) pratique le culte catholique et jouit de sa liberté.

La figure 63 représente le costume des Albanaises.

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