IMPRIMERIE WATTIER ET C
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En attendant le livre nécessaire dès maintenant pour traiter en détail la question des races humaines préhistoriques, qu'il nous soit permis de chercher ici à en tracer les lignes.
Une étude étendue sur cet intéressant sujet devra être précédée d'une autre sûr les races anthropoïdes ; une évidente clarté résultera de leur comparaison, leur relation évolutionnaire étant étrpitement liée; Broca et d'autres auteurs ont signalé leurs très nombreuses aflïnités. Si la torsion de Thumérus et la disposition du gros orteil étaient restées des sujets de doute, de récents travaux en ont fait justice pour les esprits non prévenus.
La torsion de l'humérus, qui rattache les primates aux quadrupèdes, s'est produite graduellement des carnassiers (94®)à Thomme (nègre 144®, Français 164®), en passant par
les cébiens, les pithéciens, les anthropoïdes ; elle s'est accentuée à partir des semnopithèques (110<>) et à partir des anthropoïdes (112-141'*) elle est pour ainsi dire complète.
L'articulation du grand cunéiforme avec le premier métatarsien chez rhomme, après la naissance, est normalement sur la même ligne que les autres articulations tarso-métatarsiennes et comme conséquence le gros orteil n'est point opposable aux petits; chez les anthropoïdes, au contraire, cette articulation est oblique et l'opposabilité a pleinement lieu. Ce fait a été allégué par les amis du règne humain comme une confirmation du système qui soutient encore que l'homme n'a jamais pu descendre ni du singe ni d'un auteur commun (de Quatrefages) ; mais le dernier mot est à l'embryologie (Leboucq) ; elle a découvert que jusqu'au troisième mois de la vie intra-utérine, l'articulation du gros orteil du fœtus humain est oblique, exactement comme chez les singes; c'est seulement au quatrième mois qu'on la trouve transformée ; la modification est ainsi reculée jusquelà par suite d'un changement acquis depuis longtemps au moyen de l'usage des membres inférieurs comme organes de la marche. La qualité de grimpeur ou arboricole a fourni l'un des termes de la transition entre les quadrupèdes et les bipèdes; c'est un passage, un intermédiaire d'évolution, comme la torsion de l'humérus.
Les anthropoïdes, descendus de la cime des arbres pour chercher un supplément d'alimentation sur le sol et dans les eaux, par suite du refroidissement progressif de la température, se sont façonnés à la course et au travail ; ils sont devenus des hommes par le raccourcissemeut des pieds dans la station de plus en plus bipède et par l'emploi des mains à un labeur de plus en plus compliqué ; ils ont perdu la faculté d'opposition du gros orteil en perdant la préhensilité qui cessait d'être utile .
Les besoins seuls ont tout fait ; ils ont suscité les efforts et les organes se sont successivement appropriés à leur usage habituel. Le temps n'est rien et n'est jamais une difficulté ; la nature l'a à sa disposition ; c'est un moyen sans bornes avec lequel elle vient à bout de tout (Lamarck).
L'examen des rares débris des grands singes fossiles, d'accord avec la conformation des grands singes actuels, a permis d'y reconnaître la dolichocéphalie et la brachycéphalie, comme caractérisant des genres différents. On ne saurait trop engager les anthropologistes et les archéologues à noter les nouvelles découvertes avec un soin scrupuleux, afin d'y puiser un contrôle nécessaire. Dans l'état présent de nos connaissances, cette division s'entend généralement au sens de l'impossibilité à un couple dolichocéphale de produire des brachycéphales et réciproquement ; l'un^'on seule des deux types a pu donner naissance à des mésaticéphales ; cela semble être un des éléments de preuve en faveur de la multiplicité des centres anthropogéniques. Les recherches tireront un grand profit des cartes qui seront un jour ou l'autre dressées de la dolichocéphalie et de la brachycéphalie fossiles, comparées à celles des habitats ethniques. Ces deux grands caractères nous sont encore offerts actuellement par les races blanches, jaunes et noires.
Laissant ici de côté les précurseurs de l'homme (de Mortillet), qui remontent aux temps tertiaires et se soudent aux anthropoïdes, nous partagerons comme de raison l'âge de la pierre en deux parties, l'une comprenant la période paléolithique, l'autre la période néolithique ; les âges suivants n'ont fait que développer les données acquises pendant la période néolithique.
Il serait à souhaiter que les découvertes eussent porté partout les choses où elles en sont dans l'Europe occidentale et dans l'Afrique septentrionale pour la période paléoli-
thique ; il serait fort utile de savoir si Tindustrie chelléenne qui s'y rencontre et qui se rencontre également en Amérique par suite de migrations généralement admises, existe, ou une autre analogue, autour des autres centres anthropogéniques plus ou moins synchroniques. La même question se pose pour les industries moustérienne, solutréenne et magdalénienne, qui sont, avec les espèces animales contemporaines et les couches géologiques, les seuls critériums chronologiques que nous ayons dans notre occident européen.
Jusqu'à présent, aucun exemple certain de brachycéphalie ne s'est montré parmi les ossements humains quaternaires.
De plus, parmi les crânes allongés, plusieurs considérés avec trop d'empressement comme quaternaires doivent être rejetés, notamment celui de Canstadt. On ne saurait guère, en effet, le conserver plus longtemps dans la série ; non seulement sa découverte remonte à près de deux cents ans, à une époque où l'on n'avait aucun souci de la critique scientifique indispensable pour la détermination des milieux ; non seulement il est resté perdu dans un grenier jusqu'à ces derniers temps ; mais encore on se demande s'il n'y a pas eu d'erreur, quand on a voulu l'en tirer; enfin, en admettant que ce soit le même, on dit maintenant à Stuttgart qu'il n'était pas dans le sein de la couche quaternaire et qu'il a été trouvé dans les éboulis de la falaise avec de la poterie ; il a pu glisser du plateau où existe d'ailleurs un cimetière de l'ère actuelle. Quelque néanderthaloïde que soit la pièce, c'est justice, croyonsnous, de l'écarter désormais du groupe humain quaternaire.
Les crânes courts de Furfooz (Belgique) et ceux de Solutré (Saône-et-Loire) doivent être renvoyés soit à la période néolithique, soit à des temps postérieurs encore. L'incertitude des milieux oblige également à ne prendre en considé-
ration ni les crânes globuleux de Clichy (Seine), ni ceux de la carrière Helye, à (grenelle (Seine), ni celui delà Truchère (Saône-et-Loire) , malgré l'avis de quelques anthropologistes trop pressés de les comprendre dans leurs hâtives conclusions. Voyez les Matériaux pour r Histoire de V Homme j 1886, p. 482.
Ce n'est pas à dire pour cela qu'on ne trouvera pas la brachycéphalie quaternaire en Europe, mais il faut attendre ; si on la découvre, ce sera peut-être à l'Est de la Bohême, dans la direction des monts Ourals ou du plateau du Pamir.
Pour le moment, la réserve commande de s'en tenir aux dolichocéphales paléolithiques pour lesquels toute certitude est acquise; dans cette série, trop peu nombreuse encore, on ne saurait mieux faire que de donner des descriptions sommaires subordonnées â la stratigraphie, aux débris d'animaux et à l'industrie en contact. Les coupures palethnologiques, en harmonie avec la géologie, la paléontologie et le développement du travail manuel, ont paru la meilleure marche à suivre. Outre les crânes, les autres os seront indiqués .