PERIODE PALÉOUTHIQUE OU QUATERNAIRE
Époque ehelléenne
£a NauMtât près de Difutni (Belgique). — Un maxillaire
inférieur incomplet, extrait par Edouard Dupont d'une vaate caverne de la rive gauche de la Lesse, associé à des débris de mammouth, de rhinocéros, de renne» etc. (Musée royal d'histoire naturelle de Bruxelles). Cette pièce se compose de la moitié gauche et d'une partie de la moitié droite de la mâchoire ; elle a perdu ses dents, mais la chute ayant été posthume, les alvéoles donnent une idée exacte de la disposition et du volume des organes qui y étaient implantés. Le prognathisme prononcé du maxillaire l'avait d'abord fait attribuer à un singe. La branche horizontale est fuyante et son épaisseur est considérable ; l'alvéole de la canine témoigne de la force que devait avoir cette dent ; le volume des grosses molaires croît d'avant en arrière. Les caractères simiens de l'échantillon l'ont fait placer en tête de la série ; l'absence du crâne est très regrettable. (Dupont, deQuatrefages et Hamy, Gabriel de Mortillet, Hovelacque et Hervé).
Nianderthal, pris de Hochdale, entre Dusséldorf et Blberfeld (Prusse rhénane). — Une calotte crânienne, deux fémurs, deux humérus, deux cubitus, le radius droit, la moitié gauche du bassin, un fragment de l'omoplate droite et cinq fragments de côtes extraits en 1856 du limon quaternaire de la grotte de Feldhofen dans le calcaire dévonien du ravin du
\ Néander (Collection Fuhlrott, à Elberfeld). Le crâne a été considéré d'abord comme pathologique, mais Broca a établi qu'il était normal ; les caractères frappants sont rallongement et l'aplatissement de la voûte d'avant en arrière ; l'indice céphalique de 72 résulte des mesurés données par les Cranta eihnica (diamètre antéro-postérieur 200 et diamètre transverse 144); le moulage de la Société d'anthropologie de Paris, mesuré le 10 août 1887 par Chudzinski, donne 202 pour le d. a. p. et 149 pour le d. t., soit un indice céphalique de 73.76 ; les sutures sont fermées en avant et plus ou moins libres au contraire en arrière, signe d'infériorité ; ce sont, disent quelques anthropologistes, les soudures précoces de devant qui ont déterminé le développement en arrière. Les arcs sourciliers sont énormes ; les sinus frontaux, extrêmement développés; l'os frontal est plat et fuyant ; les bosses sont à peine marquées ; les pariétaux sont aplatis à la partie postérieure avec des bosses peu accentuées ; l'occipital a une projection très grande. Les os longs, découverts à côté, ont une très forte épaisseur, les saillies et les dépressions sont très accusées ; les insertions musculaires ont dû être puissantes. Le crâne est le plus semblable à celui des anthropoides que l'on connaisse jusqu'à présent. Toutefois, le sujet n'était pas microcéphale, lacgipacité du fragment qu'on possède est de 1033 centimètres cubes. La race de Néanderthal, caractérisée par les formes crâniennes ici exposées, se retrouve dans la suite et même de nos jours ; on en cite deux exemples actuels dans la Seine- Inférieure (Schaaflhausen, Fuhlrott, Huxley, Broca, Barnard Davis, de QuatreCages et Hamy, O. de Mortillet, Hovelacque et Hervé, Bordier . )
Avec le squelette de Néanderthal, selon Lyell, on a trouvé seulement une dent d'ours non déterminé ; mais à 130 pas, du même côté de la vallée, dans une autre grotte
(la chambre da diable), au sein d'une alluvion identique, on a recueilli en 1865 des ossements et des dents de rhinocéros, de grand ours et de l'hyène des cavernes. Le voisinage de ces animaux a fait classer la découverte k l'époque chelléenne.
Tilbury, près de Londres {Crrande-Bretagné). — Fragments d'un crâne néanderthaloïde retirés d'une couche d'alluvion profonde de sable quaternaire surmontée d'autres couches alternantes de vase et de tourbe ; on a recueilli en outre une partie de la mâchoire inférieure, les fémurs, les tibias, l'humérus droit, le cubitus et le radius gauches, un fragment du bassin et divers petits os (Collection de l'ingénieur Donald Baynes). Le crâne dépourvu de bosses frontales est très allongé ; le front est étroit, bas et fuyant ; la voûte, peu élevée ; les arcades sourcilières sont très proéminentes. L'humérus n'a pas la cavité olécrâaienne perforée. Les fémurs sont extrêmement épais et forts; sur le fémur gauche, entre le grand trochanter et le petit, existe une tubérosité comparable au troisième trochanter de certains quadrupèdes. Tous ces os ont dû appartenir à un homme d'une force et d'une vigueur remarquables; Richard Owen le considère comme contemporain des formes les plus anciennes d'instruments de pierre quaternaires (L'Homme, 1885, p. 23.)
La Denise, commune cPEspdy -Saint-Marcel^ près duPuyen-Velay {Haute- Loire). — Deux frontaux fuyants et déprimés provenant d'une couche de limonite argileuse sous une couche boueuse de volcan éteint (Collection Pichot et Musée du Puy) ; la brèche qui les renfermait posait sur le penchant de la vallée de la Borne ; leur âge se trouve fixé par les alluvions voisines qui ont donné des débris d'ours et d'hyène des cavernes, de mammouth, de grand hip-
popotame, de rhinocéros tichorhinus et de cheval. Le frontal de la collection Pichot appartient à un adolescent vraisemblablement masculin, et se fait remarquer par la forte saillie de la glabelle rappelant le crâne de Néanderthal ; sa courbe le place entre celle de Néanderthal et celle d'Eguisheim. La portion de frontal du Musée du Puy a des arcades sourcilières saillantes en bourrelets épais ; sa glabelle est proéminente et séparée du front fuyant par une forte dépression ; les caractères concordent avec ceux de l'autre frontal (Aymard, Sauvage, de Quatrefages et Hamy, G. de Mortillet, Hovelacque et Hervé).
BruXf près de Prague (Bohême). — Une voûte crânienne recueillie avec quelques autres os humains dans une carrière de sable quaternaire à Thôpital du Saint-Esprit (Collection de la société anthropologique de Vienne). On a contesté que le crâne fut quaternaire, mais une étude attentive du terrain a permis de reconnaître qu'il gisait bien dans les alluvions les plus anciennes. La région frontale et la région pariétale aplaties et allongées se rapprochent de celles des pièces de Néanderthal et d'Eguisheim ; les bosses sourcilières sont plus saillantes que celles d'Eguisheim. Parmi les os, il faut citer un tibia très platycnémique (Fitz, Luschan, Woldrich, Rokitanski, de Quatrefages et Hamy, G. de Mortillet, Hovelacque et Hervé;.
Époque monstérlenne
Spy, province de Namur [Belgique). — Deux squelettes humains presque entiers extraits en 1886, à plus de
3 m. de profondeur, par Marcel de Pnydt et MaTîmiTi Lohest, de la couche inférieure de la terrasse d'une caireme, connue sous le nom de c Betche aux rotches, » ouverte au midi dans le flanc d'une montagne de calvaire carbonifère boisée, sur la rive gauche de TOmeau, à 14 mètres 50 au-dessus de cette rivière. L*un des squelettes (le n^ 1) gisait à S m. au sud-ouest de rentrée de la caverne ; l'autre (le n^ 2), à 6 m. au sud ; entre eux, Tinter^ valle était de 3 m. 50. Le squelette n® 1, couché sur le côté droit, une main appuyée contre la mâchoire inférieure» était en travers de l'axe de l'ouverture de la caverne, la tète à l'est, les pieds à l'ouest; la relation de la fouille n'indique pas quelle main était portée vers la mâchoire ; celle-ci était brisée, dit-on, suivant la symphyse, une phalange de la main était engagée au milieu de la fracture et le tout était resoudé par un tuf argileux. La position du squelette n® 2 n'a pas pu être déterminée. La couche était la plus basse d'une série de trois superposées ; elle était caractérisée par des débris d'animaux et des instruments moustériens. La brèche était très dure, ce qui a nui â l'extraction des ossements. Deux pointes moustériennes, une lame en grès lustré, beaucoup d'éclats informes, des fragments de défense de mammouth ont été recueillis au niveau et à côté des squelettes ; plusieurs autres instruments en silex et en grès lustré, moustériens également, ont été trouvés à la base de la couche, la plupart formés de larges éclats grossièrement retouchés. On a constaté Tabsence dans cette couche des instruments en os et aussi des instruments chelléens, ce qui permet de penser que le milieu était purement moustérien ; et, comme les crânes sont néanderthaloïdes, on est sans doute conduit à considérer la découverte comme assez voisine de Tépoque chelléenne.
Marcel de Puydt, Maximin Lohest et Julien Fraipont ont
rapporté au squelette n^ 1 : un crâne, la partie droite et un fragment de la partie gauche du maxillaire supérieur, le maxillaire inférieur, la clavicule gauche, les deux humérus, le radius gauche, les têtes des deux cubitus, le fémur droit moins le grand trochanter, le tibia gauche et le calcanéum droit.
Les mêmes anthropologistes ont rapporté au squelette n^* 2: un crâne, deux fragments du maxillaire supérieur, deux fragments du maxillaire inférieur, des dents isolées de la mâchoire inférieure, la base des deux omoplates, les deux humérus moins les épiphyses supérieures, la tête des deux cubitus, la diaphyse du radius droit, les deux tiers supérieurs du fémur gauche, le calcanéum gauche et l'astragale gauche.
Mais, malgré la distance qui séparait les deux squelettes, une regrettable confusion a laissé sans application un certain nombre d'os : sept vertèbres, une rotule droite, 24 fragments de côtes, 7 métacarpiens, 2 métatarsiens, 2 phalanges et quelques fragments d'os de main et de pied indéterminés.
Tous les os humains sont dans la collection Lohest, à Liège.
Le squelette n"" 1 a paru appartenir à une femme âgée et le squelette n<^ 2 à un homme presque adulte.
Les deux crânes et le tibia (le seul conservé) ont à juste titre attiré l'attention.
D'après Fraipont et Lohest, le diamètre antéro-postérieur du crâne n*" 1 serait de 200 millimètres et le diamètre transverse de 140, ce qui donnerait un indice de 70°*°*. ; le diamètre antéro-postérieur du crâne n*" 2 serait de 198 à 200 millimètres et le diamètre transverse de 150, ce qui donnerait un indice céphalique de 75™™. à 75.75. La superposition de leurs tracés sur celui du crâne de Néanderthal en rappro-
— fiche beaucoup le ii<^ 1 et sensiblement encore le n® 2. Les frontaux sont bas, fuyants et limités en avant par des saillies sourcilières énormes et proéminentes, comme dans les crânes de Néanderthal, d'Eguisheim et de Brux.
Le tibia gauche du squelette n"* 1 est complet et intact ; court, épais, robuste, peu tordu sur lui-même à l'extrémité inférieure, sa longueur est seulement de 320 millimètres ; sa forme générale est prismatique triangulaire, avec bords mousses et non tranchants, sans platycnémie ; le fémur correspondant manque ; cependant Fraipont et Lohest ont cru pouvoir rapatronner ce tibia gauche avec le fémur droit ; ils ont fait ressortir la forte incurvation en avant du corps sub-cylindrique à ligne âpre relativement peu accentuée du fémur, le considérable développement antéro-postérieur des surfaces articulaires des condyles inférieurs, en rapport avec un tibia court à région moyenne arrondie et partiellement cylindrique ; ces savants se sont crus autorisés à comparer Tallure de Thomme n^ 1, dans la station bipède, à celle des anthropoïdes. Cette conclusion ne peut regarder que le squelette n° 1 ; car on ne saurait rien dire de semblable de Tautre squelette, puisque ses tibias manquent tous les deux. N'est-il point alors téméraire d'avancer que les hommes de Spy appartenaient â un groupe non encore entièrement relevé?
Quoi qu'il en soit, leur place paraît marquée vers le commencement de l'époque moustérienne.
Podbaba, près de Prague (Bohême), — Un fragment de crâne humain extrait en 1884 d'une couche argileuse non remaniée (lehm), à 2 mètres de profondeur au-dessous du sol, dans le voisinage, au même niveau, de débris de mammouth, de rhinocéros tichorhinus, de cheval et de renne, avec apparence extérieure identique (Société des sciences de
Prague). Ce fragment de crâne se compose du frontal, du pariétal gauche entier et d'une partie des deux temporaux, avec portion mastoïdienne. Les mensurations ordinaires n'ont pas été possibles ; mais une ligne droite a été tirée du bord orbitaire supérieur au point de jonction de la suture médiane des pariétaux avec la suture lambdoïde, puis une perpendiculaire a été abaissée sur l'extrémité inférieure de l'apophyse mastoïde ; la hauteur de la voûte crânienne ainsi obtenue a été de 52 millimètres seulement ; la dépression remarquable du front et la forte saillie des arcades sourcilières se rapprochent de celles du crâne de Néanderthal (Fritsh, Schaaflfausen, G. de Mortillet, Kerckhoffs, Ij! Homme, 1884, p. 528). La couche d'où le fragment de crâne dePodbabaa été retiré renfermait des débris d'animaux moustériens, il est donc moustérien lui-même et de la fin de l'époque moustérienne sans doute à raison des ossements de renne assez nombreux.
ManMy-suf'Ew^ (Etiré). — Un fragment de crâne néanderthaloïde, extrait d'une couche d'alluvion rougeâtre, moustérienne, au fond d'une poche, à 7 mètres de profondeur, dans une tranchée du chemin de fer, près du château de la Mésangère (Collection Doré-Delente, à Dreux). Celte voûte crânienne ressemble à celle d'Eguisheim ; les arcades sourcilières devaient être proéminentes ; malheureusement il ne reste guère que la partie externe de l'arcade orbitaire. Le front, séparé des arcades sourcilières'par une forte dépression, est étroit, bas et fuyant en arrière, avec des bosses frontales rudimentaires ; l'écaillé frontale est longue ; audelà, le front est déprimé et comme vallonné ; resserré sur le devant, le crâne s'élargit vers la région occipitale ; la suture frontale a entièrement disparu, la soudure est complète^; on ne voit plus de trace de dentelures sur le sommet
de la tête; elles se montrent encore un pea sur le côté, où elles sont longues, mais très simples (Gr. de Mortillet, L Homme, 1884, p. 48).
Arcff SUT' Curé (Yonne), — Un maxillaire inférieur humain provenant de la partie haute de l'assise profonde de la grotte des Fées où il était en contact avec des dents de rhinocéros (Collection de Yibraye). La base de la couche a donné au docteur Ficatier deux pointes chelléennes qui datent le commencement de la fréquentation de la grotte par l'homme ; cette mâchoire appartient à l'époque moustérienne et même à la an de l'époque ; elle a été quelquefois attribuée à l'époque magdalénienne, mais elle gisait immédiatement au-dessous des débris de renne, des silex et des os travaillés typiques de cette dernière époque. Elle présente, mais affaiblis, quelques-uns des caractères de la mâchoire de la Naulette ; les deux branches de l'arc alvéolaire, au lieu de tendre à devenir parallèles, divergent sensiblement en arrière; l'épaisseur de la branche horizontale reste à peu près égale, mais la hauteur au niveau de la seconde molaire augmente légèrement. Le prognathisme était moindre que sur la pièce de la Naulette (Broca, de Quatrefages et Hamy, G. de Mortillet, Hovelacque et Hervé).
Olmo (ItalU), — Un crâne humain recueilli en 1863 dans la tranchée du chemin de fer à Olmo, un peu au-dessus d'Arezzo, dans des marnes bleues lacustres compactes, à quinze mètres de profondeur au-dessous du sol, dont il était séparé par des couches alluvionnaires. Dans le voisinage on a trouvé du charbon, une pointe de silex moustérienne, des débris de cheval et d'éléphant (Musée géologique de Florence). Ce crâne presque aussi allongé que celui de Néan-
derthal, en diffère par des arcades sourcilières plates et un front qui, au lieu d'être fuyant, forme façade avec une voussure produite par l'aplatissement du dessus de la tête ; cet aplatissement est peut être dû à une pression posthume. Cari Vogt et G. de Mortillet le considèrent comme un type distinct de celui de Néanderthal, tandis que de Quatrefages etHamy attribuent les différences à l'influence du sexe; ces derniers auteurs estiment que le crâne d'Olmo est féminin, ce que semble contredire la grande épaisseur des os ; on ne saurait s'arrêter d'ailleurs à l'idée d'une influence sexuelle, vu l'intervalle de temps qui les sépare. Les Crania ethnica indiquent pour le crâne d'Olmo un diamètre antéropostérieur de 204 et un diamètre transverse de 145 ; ce qui donnerait un indice céphalique de 71.07. Toutes réserves doivent être faites au sujet de cette découverte pleine d'incertitude , nous pensons même qu'une critique judicieuse ne conservera pas le crâne d'Olmo à la place où jusqu'à présent on l'a mis dans la série.
Epoque solntréeiine
On ne peut pas encore attribuer avec certitude des ossements humains â l'époque solutréenne qui se lie bien d'ailleurs avec l'époque magdalénienne, Les squelettes exhumés à Solutré (Saône-et-Loire), considérés comme quaternaires par plusieurs anthropologistes, appartiennent, les uns â des sépultures néolithiques très caractérisées (G. de Mortillet), les autres à des sépultures burgondes ou gallo-romaines. Broca, qui a mesuré 22 crânes de cette provenance, en a fait porter sur son registre 16 comme préhistoriques et 6
comme modernes ; parmi les premiers le plus allongé donne un indice céphalique de 68.34 et le plus court un indice de 88.26. La série des 16 crânes néolithiques figure plus loin dans ce travail.
Époque mairdaléiileiine
Bguisheinif près de Colmar {ancien Haut-Rhin). — Un fragment de crâne humain découvert en 1865, dans le lehm d'une cave de brasserie, avec des débris de petit cheval, de petit bœuf, de grand cerf et d'éléphas primigenius (Musée de la Société d'histoire naturelle de Colmar). Les sinus frontaux sont très développés ; les arcades sourcilières sont proéminentes, mais moins que dans le crâne de Néanderthal ; le front est assez large, mais il est fuyant; Técaille frontale est allongée ; les sutures très simples tendent à se souder et à disparaître. La dolichocéphalie est certaine (FaudeL de Quatrefages et Hamy, G. de Mortillet, Hovelacque et Hervé).
Aucun objet d'industrie malheureusement ne datait le milieu de la découverte, ce qui est regrettable ; les animaux dont les restes étaient disséminés dans la couche, vivaient encore à l'époque magdalénienne ; c'est là au plus qu'il semble permis de faire remonter le crâne d'Eguisheim dont la forme se rapproche d'ailleurs de celle du crâne de Laugerie-Basse.
Laugerie-Basse, commune de Tayac (Dordogne). — Dans le gisement magdalénien de Laugerie-Basse ont été recueillis
les ossements d'un homme entier et les crânes de deux femmes (Collection Massénat).
Le crâne de l'homme, que Ton suppose, avec raison sans doute, avoir été écrasé sous un éboulement de rochers, est malheureusement incomplet ; il n'en reste que la moitié postérieure ; les parois sont épaisses ; la cavité est grande et la capacité devait être supérieure à la moyenne de nos jours. L'indice céphalique ne peut être déterminé ni évalué; mais la saillie de la région occipitale est très accentuée et la dolichocéphalie est certaine.
Les deux crânes féminins n'ont plus leurs faces; les boites sont à peu près complètes avec des indices céphaliques de 71 à 73, peut-être 74 ; leur conformation présente de l'analogie avec celle des femmes de la sépulture néolithique de la caverne de l'Homme- Mort qui sera plus loin mentionnée.
L'une des femmes, à en j uger par les sutures, n'était pas avancée en âge ; le volume de son crâne est un peu supérieur à la moyenne des femmes actuelles.
L'autre femme, très âgée au contraire, a toutes les sutures du crâne effacées ; le crâne est d'une petitesse remarquable, surtout dans la région frontale ; même en supposant les parois très minces, la brièveté des diamètres ne permet pas de croire que la capacité de la boîte ait dépassé 1,100 centimètres cubes ; ce qui est une exception dans la race dolichocéphale (Lartet et Christy, Broca, Massénat, de Quatrefages et Hamy, G. de Mortillet, Hovelacque et Hervé.)
Marcamps {Gironde). — Un maxillaire inférieur et un maxillaire supérieur incomplets provenant de la grotte des Fées dont la couche archéologique renfermait des débris d'animaux et des objets d'industrie manifestement magdaléniens (Collection François Daleau).
En résumé, après une énumération attentive et réservée, on voit qu'on connaît actuellement, entiers ou incomplets, un peu plus d'une douzaine de crânes humains quaternaires dont nous indiquons Taire géographique au moyen d'une carte; celui de Néanderthal, mesuré d'une manière plus ou moins satisfaisante, s'approcherait d'un indice céphalique de 73.77 ; les crânes de Spy auraient des indices céphaliques de 70 et de 75 ou 75.75 ; celui de l'une des femmesde Laugerie-Basse, d'après de Quatrefages et Hamy, aurait un indice de 74.85 ; le diamètre antéro-postérieur de l'homme écrasé du même gisement s'arrête à 195 et le diamètre transverse atteint 146; son mauvais état ne permet pas de tirer l'indice céphalique. ^Quoiqu'il en soit, un fait est hors de doute : les crânes réellement quaternaires actuellement connus sont tous allongés. Notre planche contient les figures des mieux conservés, au quart de la grandeur naturelle. La dolichocéphalie caractérise tous ies sujets jusqu'à présent découverts dans des milieux certains de la période quaternaire ; voilà où l'on en est, sans vouloir conclure prématurément à l'unité absolue de ce caractère dans l'Europe occidentale, pour cette période, malgré la tentation d'y croire.
Un autre fait, c'est que les brachycéphales se montrent au cours de la période néolithique, qu'ils y font leur chemin et que leur nombre va toujours en croissant.
Une recherche comparative sur ce que sont la dolichocéphalie et la brachycéphalie a sa place marquée au moment où elles se trouvent en présence ; ces considérations indispensables commenceront le chapitre relatif aux ossements néolithiques.