‹ Les races jaunes: Les célestesChapitre 4 sur 7 · ART CHINOIS · texte numérisé non relu

ART CHINOIS

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Fig. 53. — Chaise à porteurs.

Actuellement, l'empereur a huit eunuques attachés à sa personne, et parfois, un plus grand nombre, comme lorsqu'il préside une cérémonie religieuse.

Il fut vacciné au berceau, avant de connaître la haute destinée qui lui était réservée, et bien lui en prit, car une fois sur le trône, pas un morceau de fer ou d'acier ne peut approcher de son corps sacré. Un médecin qui oserait proposer de sauver la vie d'un Fils du ciel par une saignée, s'exposerait à avoir la tête tranchée. 11 en est de même en

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Corée, où un roi de ce pays est mort le siècle dernier, faute d'un coup de bistouri.

Sa mère, la princesse de Chun, sœur de Timpératrice de TOuest, fut élevée au rang d'impératrice douairière, lorsque son fils eut seize ans. Elle le visite une fois par mois seulement ; elle s'agenouille devant lut pendant les premières paroles qu'elle lui adresse, ensuite elle se tient debout. Son père agit de même. Fort jeune encore, l'empereur fut astreint à apprendre la langue chinoise tous les jours pendant une heure et demie, et la langue mandchoue pendant le même laps de temps. Deux heures sont employées à tirer de l'arc, à monter à cheval, et l'hiver, il sort pour patiner. Ses professeurs, lorsqu'il était encore un enfant, s'agenouillaient devant lui dès qu'ils se trouvaient en sa présence, puis il leur était permis de s'asseoir. U mange seul au moyen de petits bâtonnets en ivoire ou dorés ; huit eunuques font le service. Il voit peu de Lettrés, et c'est heureux, car ces personnages, d'une grande arrogance, nous détestent franchement. Lorsqu'ils écrivent sur leur pays, ils ont bien soin de ne peindre qu'une Chine de fantaisie. Ils passent sous silence la vénalité des fonctionnaires, les superstitions grossières du peuple et des bonzes, la tyrannie des vice-rois ou gouverneurs de province, la cruauté étudiée des supplices, la torture juridiquement appliquée, les drames dont les eunuques de la cour sont les acteurs, le fait de la vente légale des enfants, et principalement de celle des filles par leurs pères.

Lorsque le souverain se rend à Tieng-Chou, où se trouvent les tombeaux des ancêtres impériaux,

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il est accompagné des impératrices, d'une suite de 30.000 personnages, princes, nobles, mandarins, licteurs, appariteurs, porte-drapeaux et portechaises. Longtemps avant le jour de la cérémonie, la large voie qui y conduit est couverte de sable fin, décorée de drapeaux en velours aux couleurs blanches et bleues, et ^f, sur des tables re- 1l\

couvertes de tapis jaunes, dressées de distance en distance, se lisent ces mots : Yu-Tao, Route impériale, mots redoutés, qui, sous peine de mort, doivent tenir éloignés du Fils du Ciel le commun des hommes.

Les mesures les plus sévères sont prises, même dans la capitale, pour préserver le souverain des regards profanes. Non seulement chacun est tenu de fermer ses portes, lorsqu'il passe dans la rue, mais l'accès des murailles de la ville est également interdit à tous, dans la crainte que de leur sommet un indiscret ne puisse voir le cortège. Ces précautions cachent d'autres craintes. On redoute qu'un étranger ne fasse feu sur le sacré personnage au moyen d'un

Fig.5A.~ Bonze se torturant dans un temple (d'après une peinture chinoise). (Regnault.

Hypnotisme, Religion.)

de ces engins diaboliques qui touchent au but à des distances considérées comme ridicules par les Célestes. La police chinoise interdit également aux femmes européennes de se montrer ce jour-là en vue du souverain. Elle croit, cette police soupçonneuse, qu'en raison de la liberté, choquante à ses yeux, dont elles jouissent, elles pourraient à l'occasion agir aussi virilement que les hommes.

LorsqueS.M.Kwang-Su eut atteint sa majorité, rimpératrice régente lui choisit une épouse. Son choix se porta sur la fille d'un petit préfet du Che-Kiang. On la dit aussi belle qu'instruite, et sans égale comme distinction. Mettre sur sa tête la couronne du plus vaste, du plus populeux empire du monde, lorsqu'on est d'humble condition, tout en étant la plus charmante, la plus intelligente créature de cet empire, n'est-ce pas un rare bonheur? La régente a complété sa tâche délicate, en désignant, presque le même jour, les beautés chinoises, fleurs de thé ou fleurs de lotus, (irréprochables, bien entendu, au moral comme au physique) qui doivent composer le harem du futur marié. Le nombre de ces épouses de la main gauche est illimité; en général, il ne dépasse pas le chiffre de trois cents.

Comme les mœurs et les sentiments diffèrent selon les climats et les latitudes I Les jalousies féroces qui font jouer un si vilain rôle au vitriol en Europe, sont inconnues en Chine : épouses légitimes et concubines vivent sous le même toit et dans une harmonie aussi parfaite que celle des poules d'un même poulailler. On a beau être fils du Ciel ou un simple Céleste, il doit être cepen-

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dant navrant de n'être cause d'aucun dépit amoureux dans son propre sérail.

Personne ne peut savoir si, à la mort de la Régente actuelle, l'empereur Kwang-Su saura gouverner ses Ëtats avec autant de prudence et de sagesse que les deux femmes qui, depuis son berceau jusqu'à l'âge viril, ont veillé sur lui. Les historiens futurs leur reprocheront avec acrimonie de n'avoir pas su éviter les guerres qui conduisirent les barbares d'Occident jusqu'à Pékin, les Russes au Kouldja, les Japonais en Mandchourie ; d'avoir laissé envahir par ces mêmes Occidentaux, la Cochinchine, le Tonkin, le Cambodge, la Corée, la Birmanie et une partie du Sîam, tous États tributaires; d'avoir perdu les îles Liu-Kiou, Hong-Kong, Formose, des batailles sans nombre, un arsenal et des flottes d'une valeur énorme; ils leur reprocheront surtout d'avoir autorisé les missionnaires de l'ancien et du nouveau monde à édifier des temples et des églises chrétiennes, en vue des pagodes où leurs ancêtres adoraient Chang-Ti, le dieu du Ciel, et vénéraient les sages Confucius et Lao- Tse.

D'autres historiens répondront que ces plaintes doivent disparaître devant le maintien sur le trône impérial, malgré tant de calamités, de la dynastie mandchoue de Taï-Thsing.

Voyons sur quelles bases les descendants de Taï-Thsing se perpétuent.

Ministères. — Onerre. — Marine. — L'avenir de l'Empire Chinois. — Tableau des exportations de la France et importation de la (Shine pour l'année 1896.

La monarchie est héréditaire et absolue. Les deux premiers corps de l'Etat sont le Secrétariat d'Etat (Nei-Ko) et le Conseil d'Etat (Chun-Chi- Chu).

Le secrétariat d'Etat se compose de six grand s dignitaires dont trois Mandchous et trois Chinois. Quatre de ces dignitaires, deux Mandchous et deux Chinois, ont le titre de secrétaires d'Etat ; les deux autres membres, celui de sous-secrètaires. Le nombre des membres du Conseil de l'empire n'est pas limité. Il se compose des princes impériaux, des secrétaires d'Etat et des ministres.

Il y a six ministères ou Départements exécutifs, chacun présidés par deux présidents et deux viceprésidents; ils sont subordonnés au secrétariat d'Etat et au Conseil de l'empire.

Les six ministères sont : Ministères de la Justice, des Cultes, de l'Intérieur, des Finances^ de la Guerre et des Travaux publics.

En dehors de ces six ministères, il y a le ministère des Colonies, l'Office des censeurs, l'Office de l'Académie, le Ministère de la famille impériale, de la maison impériale, et l'Office des Affaires

étrangères qui sont tous du ressort des dix premiers corps de l'État.

Il se trouve à Pékin six tribunaux supérieurs ou Liou^Pou. En outre, fonctionnent un tribunal des affaires étrangères et des colonies, un tribunal de censure et un tribunal chargé de surveiller les tribunaux et les fonctionnaires. Celui-ci est indépendant des Liou-Pou.

L'armée comprend SJi bannières ou régiments de la Garde composés de :

8 bans mandchouriens de 80 compagnies, la

compagnie composée de 80 hommes %.600

8 bans de Mongols de 15 compagnies. . Ji.800 8 bans de Chinois de 30 compagnies.. . 9.600 U troupes de lignes (chacune des 18 provinces fournit en moyenne 35,000 hommes) 630.000

Cavalerie mongolienne ne faisant le service qu'en temps de guerre 30.000

Total 700.000

L'administration de chaque province est commandée par un général chinois ; dans quelquesunes, il se trouve un général tartare d'un grade supérieur à celui du général chinois, mais, chose curieuse, d'une autorité moindre.

Avant sa guerre désastreuse avec le Japon, la Chine possédait trois escadres; elles ont été si malmenées qu'elles sont à réorganiser presque entièrement ; sa marine marchande n'est pas de moins de 8.000 navires jaugeant 616 mille tonnes. Elle pourrait fournir à la marine impériale un nombre considérable d'excellents mate-

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lots, car c'est par centaines de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants de tous les âges, que s'évalue la population maritime qui s'étend de la presqu'île d'Annam jusqu'à la presqu'île coréenne. Il n'y a plus de pirates depuis une vingtaine d'années seulement, mais on y rencontre en mer des barques de pêcheurs en quantités innombrables, naviguant prudemment trois par trois, afin de pouvoir se porter secours en cas d'agression ou d'une tempête subite.

De véritables villes flottantes, comme eût dît M. de la Harpe, grouillent également sur les fleuves. Leurs habitants, en grand nombre, naissent, vivent et meurent là, sans avoir touché terre.

On sait sans doute que notre regretté compatriote, Prosper Giquel, avait reçu la mission de mettre la marine chinoise impériale à la hauteur des marines européennes. A cet effet, il construisit à Fou-Tchéou un magnifique arsenal que l'amiral Courbet a dû incendier, ainsi que les quelques vaisseaux qui s'y croyaient à l'abri de nos canons.

Ce ne sera ni par sa marine, ni par ses armées, que le Céleste Empire passera au rang de puissance de premier ordre. Mais il est appelé à se transformer entièrement par les chemins de fer dont les nations d'Occident vont sillonner sa surface à bref délai. L'électricité, les locomotives, les rails, feront plus pour briser l'obstination des Chinois à ne pas nous voir chez eux, que les tonnerres de tous les canons européens réunis.

Enserrée désormais à l'Est par les Anglais et les Français, possesseurs de la Birmanie et de la Co-

chînchîne ; à l'Ouest, par l'Allemagne et le Japon ; au Nord, parles Russes; sans escadre assez puissante pour défendre les mers du Sud, la Chine devra forcément sortir de son immobilité. Et alors, quelle sera des nations européennes celle dont l'influence la dominera ou plutôt l'exploitera? Ce sera la Russie, dans mon opinion , à qui reviendra cet avantage ; la Russie, avec laquelle elle a une indiscutable affinité de race; la Russie, qui, dans ce moment, pousse avec une ardeur fébrile à l'achèvement du chemin de fer transsibérien, voie immense qui mettra Pékin à vingt jours de l'Europe, et qui sera terminée vers la fin de 1898, c'est-à-dire demain.

Comme on l'a fort bien dit, le Russe est le plus oriental des Occidentaux ; et cette affinité de race dont je parlais, lui assure les sympathies des Célestes ; elles lui sont tellement acquises que, par un traité ratifié en novembre de l'année dernière, Tempereur de Chine cède au Tsar de toutes les Russies, la rade et l'arsenal de Port-Arthur; il lui a donné aussi le droit d'y créer un dépôt de charbon; et, de plus, en cas de guerre, d'y concentrer des troupes.

Lî Hung Chang, le plus éclairé des Célestes, en venant visiter l'Europe en 1896, a voulu connaître ^elle des nations occidentales dont l'amitié serait la plus avantageuse pour son pays. 11 a vite constaté que ce ne serait ni celle de l'arrogante Angleterre, ni celle de la France, ni celle de l'Allemagne, encore sans marine de guerre. C'était une alliance avec la Russie qu'il lui fallait, et la Russie s'est empressée de la proposer.

Les Japonais font, il est vrai, des armements formidables pour ressaisir un jour la magnifique proie que, devant l'attitude de la France, de TAllemagne et de l'Angleterre, ils ont dû abandonner après leur glorieuse campagne contre la Chine. Triompheront-ils des Russes et des Chinois réunis ? C'est douteux. Admettons qu'ils en sortent vainqueurs, le résultat serait le même : ''sous leur intelligente et active impulsion, la Chine sera bien contrainte de s'émanciper.

Les Russes et leurs futurs ennemis les Japonais, ne sont pas les seuls du reste à pousser à la transformation du vieil empire. Un Chinois vraiment moderne du nom de Chen, préfet de Tien- Tsin, qui est en voie de supplanter en haut lieu Lî-Hung-Chang vieilli, traite en ce moment avec un syndicat américain pour terminer en cinq ans une voie ferrée de onze cents kilomètres, distance qui sépare la ville de Han-Kow de celle de Pékin. Une autre ligne, projetée par un syndicat franco-belge, se propose de créer un chemin de fer transchinois qui, de, la capitale du Céleste- Empire, aboutirait à Canton par Han-Kow. Ce trànschinois se relierait ainsi par Pékin au Transsibérien russe ; il serait le grand collecteur qui amènerait aux lignes moscovites les produits de la Chine centrale, les thés, les soies, les porcelaines, les charbons du Shan-Si. Et Han-Kow, le plus grand des ports ouverts sur le fleuve Yang- Tsè, serait le terminus du Transsibérien.

Dans les graves événements qui mirent le Céleste-Empire à deux doigts d'un complet effondrement, nous nous hâtâmes d'intervenir avec

rAllemagne et là Russie pour lui éviter un tel désastre. 11 nous en a témoigné sa reconnaissance en chargeant une mission française dé reconstituer l'arsenal maritime de Fou-Tchéou ; en donnant à la compagnie de Fîves-Lille l'autorisation de prolonger la ligne ferrée tonkinoise jusqu'au Kwang-Si ; enfin, une mission lyonnaise qui a parcouru cette dernière province et celle du Yiinnan, a reçu des autorités chinoises un accueil aussi cordial que possible.

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