XII
Le Louis XIV de TEmpire Céleste. — Leux beaux testa* mente. — L'Empereur actuel. — Son instruction. — Son mariage et son harem. — Les impératrices.
Chun-Tchi fut le premier empereur de la dynastie qui, comme je viens de le dire, règne aujourd'hui en Chine. Il s'entoura de lettrés, mais ayant appris que plusieurs d'entre eux avaient, à prix d'or, subordonné les censeurs et les examinateurs pour acquérir leurs grades de mandarins, il fit trancher la tête à trente-six d'entre eux. Il gracia ceux qui sortirent victorieux des examens qu'il leur avait fallu subir de nouveau ; les « fruits secs » furent exilés avec leur famille en Tartarie, où sont encore envoyés les criminels que l'on condamne à la déportation.
En ce temps-là, le P. Adam Schaal, missionnaire jésuite, fut mis à la tête de l'Observatoire de Pékin pour établir l'astronomie chinoise d'après les méthodes européennes. A cette même époque, deux ambassades, l'une russe, l'autre hollandaise, se présentèrent à la Cour de Pékin avec de riches présents ; mais comme elles ne voulurent pas se prosterner devant le Fils du Ciel, on les pria de repartir.
Dès que le jeune empereur mandchou se vit maître incontesté de l'empire, il ne songea plus, comme beaucoup de ses prédécesseurs, qu'à user
et à abuser de la facilité qu'il avait de satisfaire ses passions. Pendant un temps, il en perdit la raison. S'étant épris d'une femme de son pays, remarquable par sa jeunesse et sa grande beauté, il fit appeler son époux et lui donna un soufflet. Le mari outragé mourut de honte. L'empereur épousa sa veuve, mais celle-ci, à son tour, étant morte, l'empereur qui l'aimait à la folie, se serait donné la mort, si les eunuques et les autres femmes de la cour ne l'en eussent empêché.
Selon l'usage des Mandchous, il fit égorger trente hommes sur la tombe de l'impératrice défunte, dont le corps fut jeté sur un immense bûcher et réduit en cendres. Ceci fait, il se rasa la tête, et, après avoir couru de pagode en pagode pour y trouver le pardon de ses fautes, il se confessa publiquement d'avoir mal gouverné, d'avoir fait des dépenses inutiles avec l'or de ses sujets, d'avoir souffert des eunuques à sa cour, et enfin d'avoir aimé sa dernière femme d'un amour désordonné. Peu de temps après, il désigna pour son successeur son fils Khang-Hi, âgé seulement de huit ans, mais en lui donnant quatre sages tuteurs. S'étant fait apporter le manteau impérial, il s'en enveloppa et dit à ceux qui l'entouraient : — Je vais rejoindre mes ancêtres.
Et presque aussitôt il expira. Ce fondateur de dynastie n'avait que vingt-quatre ans.
Khang-Hi, dont le nom signifie Vinaltérable paiocy fut contemporain de Louis XIV ; son règne fut l'Un des plus longs et des plus brillants de tous les règnes chinois, y compris, hélas ! ceux des empereurs qui lui succédèrent jusqu'à nos
jours. Les missionnaires qu'il protégea comme je Tai dit plus haut, le comparèrent au grand monarque français, mais c'est peut-être à la protection qu'ils en reçurent que Ton doit attribuer cette comparaison. Je la crois méritée.
II faut reconnaître que l'empereur Khang-Hi dont j'ai déjà fait connaître les grands travaux littéraires, et qui, quelques semaines avant sa mort, écrivait le très remarquable testament qu'on va lire, était assurément un homme peu ordinaire. Ce document est d'autant plus intéressant à citer, qu'il parle du passé de la Chine, comme tout usurpateur heureux en parlerait.
« Moi, empereur, qui honore le ciel, et suis chargé du gouvernement, je fais cet Edit, et je dis : de tout temps, parmi les empereurs qui ont gouverné Tunivers, il ne s'en est trouvé aucun qui ne se soit fait un devoir essentiel de révérer le ciel et d'imiter ses aïeux. La vraie manière de révérer le ciel et d'imiter ses aïeux, est de traiter avec bonté ceux qui sont loin, et d'avancer selon leur mérite ceux qui sont près ; c'est de procurer aux peuples le repos et l'abondance; c'est de faire son propre bien du bien de l'univers ; c'est de préserver l'Etat des dangers, avant qu'ils arrivent, et de prévenir avec sagesse les désordres qui pourraient survenir.
« Les princes qui travaillent sur ce plan depuis le matin jusqu'au soir, et s'en occupent même durant leur sommeil, qui forment sans cesse des desseins dont les effets soient de longue durée et d'une grande étendue pour le bien public, ces princes, dis-je, ne sont pas éloignés d'accomplir ces devoirs.
« Moi, empereur, qui suis maintenant âgé de soixante-dix ans, et qui en ai régné soixante, je suis redevable de ces bienfaits aux secours invisibles du ciel et de la terre, de mes ancêtres, et du Dieu qui préside dans l'empire à l'agriculture, et non à ma faible raison. Suivant la chronologie et
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l'histoire, il s'est écoulé plus de quatre mille trois cent cinquante ans depuis le règne de Hoang-Ti ; et, peadaat ce grand nombre de siècles, on compte trois cent et un empereurs, dont un petit nombre ont régné aussi longtemps que possible.
« Après mon élévation au trône, quand j'eus atteint Ja vingtième année da mon règne, je n'osais me promettre de voir la trentième, et parvenu à cette trentième, je n'osais me promettre de compter la quarantième ; aujourd'hui, je me trouve dans la soixantième de mon règne. On fait consister le bonheur en cinq avantages : la longue vie, la richesse, la tranquillité, l'amour de la vertu et une fin heureuse. Une fin heureuse tient le plus haut rang parmi ces avantages^ sans doute parce qu'il est difficile d'y parvenir. L'âge que j'ai présentement prouve que j'ai vécu longtemps ; quant à mes richesses, j'ai possédé tout ce qui est dans les quatre mers. Je me vois père, et tige de cent cinquante fils et petits-fils : les filles doivent être en plus grand nombre... Je laisse l'empire en paix et dans la joie ; ainsi la félicité dont jo jouis peut être appelée grande. Après cela, s'il ne m'arrive aucun accident, je mourrai content.
« Jo fais cependant une réflexion. Quoique, depuis que je suis sur le trône, je n'ose dire que j'aie changé les mauvaises coutumes et réformé les mœurs; quoique je n'aie pas réussi à procurer l'abondance dans chaque famille, et le nécessaire à chaque particulier, et, en cela je ne puis être comparé aux sages empereurs des trois premières dynasties, je crois pourtant pouvoir assurer que, durant un si long règne, je n'ai eu d'autres vues que de procurer à l'empire une paix profonde et de rendre mes peuples contents, chacun dans son état et dans sa profession ; c'est à quoi j'ai donné mes soins assidus avec une ardeur incroyable et un travail sans relâche, qui n'a pas peu contribué à épuiser les forces de mon corps et celles de mon esprit. Dans le nombre des empereurs, il en est qui ont régné peu de temps, et les historiens prennent de là l'occasion de les censurer, en attribuant à Idur passion immodérée poui le via et les femmes, la cause de leur mort prématurée : ils en font une règle générale et sans exception, et semblent se faire un mérite de rechercher « les défauts de princes accomplis et des moins répréhensibles.
Je veux aujourd'hui justifier, sur co fait, par une apologie claire et sans réplique, les empereurs des dynasties qui ont précédé la mienne : la multitude des affaires dont ils ^^ sont trouvés surchargés leur a causé des peines et des chagrins qui ont abrégé leurs jours.
« ... De toutes les dynasties qui se sont succédé jusqu'à présent, il n'en est aucune qui ait acquis l'empire chinois avec autant de justice que la mienne. Taï-tsou, mon bisaïeul, qui en est le fondateur, et Taï-Tsoung, mon grand-père, n'avaient d'abord aucune envie de s'en rendre maîtres. Taï- Tsoung disait : Nous sommes en guerre avec la Chine depuis longtemps ; et aujourd'hui, il me serait facile de m'en rendre maître. Mais je considère que cet empire appartient à celui qui le gouverne, et je ne puis me résoudre à le lui enlever. « Dans la suite, le rebelle Li-tse-tching força la ville impériale de Pékin, et l'empereur Tsoung-Tching se pendit pour ne pas tomber vivant entre ses mains ; alors le peuple et les grands de la Chine vinrent au-devant de nous. Après avoir exterminé entièrement les rebelles, nous entrâmes dans Pékin, et nous succédâmes au prince défunt, à qui nous fîmes des funérailles avec des cérémonies fixées par les rites. « Han-Kao-Tsou, fondateur de la dynastie des Han, n'était qu'un simple prévôt de village ; et Aoung-Wou, fondateur des Ming, un pauvre bonze. Hiang-Yu, qui prit les armes et se révolta contre le dernier empereur des Thsin, était plus puissant que Han-Kao-Tsou ; cependant c'est à ce dernier que l'empire fut dévolu... Notre dynastie appuyée sur les faits de mes glorieux ancêtres qui ont obéi au ciel et se sont conformés à la volonté des peuples, possède aujourd'hui cet empire ; on peut conclure de là que des sujets rebelles, des enfants dénaturés, ne servent par leurs révoltes qu'à pousser les peuples sous le gouvernement de leurs véritables maîtres. Le destin des empereurs est arrêté par le ciel ; suivant ce destin, s'ils doivent jouir d'une longue vie, rien nest capable d'y mettre obstacle ; et s'ils doivent jouir d'une paix profonde, rien n'est capable de l'altérer.
« Moi, empereur, je me suis appliqué à l'étude de la sagesse dès ma plus tendre enfance ; et j'ai acquis une connaissance des sciences anciennes et modernes. Dans la vigueur de l'âge, je pouvais bander d3S arcs de quinze forces, et
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lancer des fl?ches de treize palmes de longueur ; j*ai su le maniement des armes, et j 'ai paru à la tête de mes armées ; j'ai en tout cela beaucoup d'expérience. Pendant toute ma vie, je n'ai fait mourir personne sans sujet. J'ai apaisé la révolte de trois rois chinois ; j'ai nettoyé le nord du Chàmô, et toutes ces entreprises ont été combinées et conduites par les ressources de mon génie.
« Je n'ai rien dépensé inutilement des trésors de l'empire dont la garde est commise à la cour des tributs : c'est le sang du peuple I Je n'y ai puisé que ce qui était nécessaire pour la subsistance des armées et pour subvenir aux famines. Je n'ai point permis qu'on tendît do soieries les appartements des maisons particulières od je séjournais dans les voyages que j'ai faits pour visiter l'empire ; et la dépense dans chaque endroit ne dépassait pas d'iiL à vingt mille onces d'argent (75 ou 150 mille francs). Si l'on considère que je dépensais annuellement plus de trois millions d'onces d'argent pour Tentrétien et la réparation des digues, on verra que la première dépense n'arrivera pas à la centième partie de celle-ci.
« Moi, empereur, j'ai plus de cent iîls ou petits-fils, et je suis âgé de soixante et dix ans. Les rois, les grands, les officiers, les soldats, les peuples, les Mongols même et autres, témoignent l'attachement qu'ils ont pour ma personne, en regrettant de me voir si avancé en âge. Dans une conjoncture si flatteuse, si je viens à terminer ma longue course, je quiiterai la vie avec satisfaction.
« Young-Tching, le quatrième de mes fils, est un homme rare et précieux. Ce prince a beaucoup de ressemblance avec moi, et je ne doute pas qu'il ne soit capable de recevoir et de porter le fardeau de la grande succession ; j'ordonne qu'il monte après moi sur le trône et qu'il prenne possession de la dignité impériale. Conformément au règlement, on portera mon deuil pendant vingt-sept jours (1) seulement. Que le présent édit soit publié à la cour et dans toutes les provinces, afin que personne n'en ignore la contenance. »
Khang-Hi mourut le 20 décembre 17^, âgé de 70 ans. Comme à son habitude, il avait passé l'été
(1) La couleur blanche est la couleur du deuil en Chine.
au delà de la grande muraille; en chassant le léopard, il prit froid, et fut enlevé presque aussitôt. Les quatre souverains qui ont régné après la mort de l'illustre Khang-Hi, et précédé l'empereur actuel Kwang-Si, n'ont laissé nulle trainée lumi-
Fig.51.
-L'un des quatre empereurs qui succédèrent à Khang-Hi, vers 1790.
neuse de leur passage au pouvoir. On remarquera que tous les chefs de dynastie, qu'ils fussent Chinois ouTartares, ont été des hommes vraiment remarquables, mais que beaucoup de leurs descendants n'ont été que de tristes hères, victimes de leurs passions pour les femmes et jouets de leurs eunuques.
Les funérailles de Khang-Hi furent solennelles.
Pendant les cent jours que dure un deuil impérial, pas un Céleste ne peut porter un vêtement de soie, se raser, se marier, et même fredonner chez lui ou en plein air la moindre ritournelle. Aussi, le centr-uniènie jour, quelle délivrance, que de mentons frais, que d'amants heureux, que de noces ! Impossible pour les Européens d'aborder ce jour-là les théâtres et les bateaux de fleurs dans lesquels les voix des chanteuses chinoises, après un tel repos, font explosion et vous brisent les oreilles de leurs mélodies nasillardes longtemps comprimées.
Lorsque Tung-Chich, le prédécesseur de l'empereur régnant, mourut, il n'avait que dix-neuf ans. On raconte que, venant d'échapper à une maladie grave, et se croyant guéri, il serait sorti la nuit de son palais pour aller courir le guilledou dans les ruelles de la capitale avec un camarade de son âge. Cette sortie occasionna une rechute qui lui fut mortelle; son compagnon aurait été décapité. Une des plus jeunes épouses de l'impérial défunt, la belle Aluté n'a point, « brisée de douleur », attenté à ses jours, comme les journaux européens l'annoncèrent. Délaissée par un époux auquel, selon les idées chinoises, elle ne pouvait reprocher de fréquentes infidélités, elle n'a pas cru devoir se sacrifier à sa mémoire.
F'eu Tung-Chich, malgré deux femmes légitimes et soixante-neuf concubines, mourut sans héritier direct ; deux impératrices — l'impératrice douairière et l'impératrice mère — ont donc pu désigner pour monter sur le trône un enfant de
leur choix, âgé de trois à quatre ans, et fils unique du prince de Ch'un, frère de l'empereur défunt.
Ces deux régentes qui, depuis 1831, ont en réalité gouverné Tem pire ; qui, avec une grande énergie, luttèrent contre les sociétés secrètes conspirant pour le retour au trône d'un prince chinois, étaient simplement les filles d'un gouverneur de district. A la mort de l'empereur Hien-Fungà la suite d'un énergique coup d'Etat, elles se firent proclamer régentes. L'une, dite l'impératrice de l'Est, mourut en 1881 ; l'autre vit toujours et gouverne sous le nom du prince qu'elle contribua à faire élire empereur.
Au moral, nous connaissons bien peu les femmes chinoises, et encore moins les sentiments des impératrices de cet empire. Grâce à la Gazette de Pékin, où se trouve le testament de l'impératrice défunte, nous en aurons quelque idée. En voici un extrait :
Flg. 5S. — L'impératrice défunte en I8/16.
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tt Je suis âgée de Ja5 ans, et pendant vingt années j'ai eu pour Fempire une tendresse de mère. J'ai pris part à toutes ses joies; de grands honneurs m'ont été rendus en raison de ma participation aux affaires.
• a Toute ma pensée en mourant, est pour l'empereur qui va savoir déjà ce que c'est que la perte d'une parente dévouée et le chagrin qu'on en éprouve.
« Mais la personne de l'empereur se doit plus à l'empire qu'à la douleur, et c'est pour cela que le souverain de la Chine devra éviter les trop vifs regrets, afin d'avoir l'esprit dégagé pour la conduite des affaires et ne pas trop affliger le cœur maternel de l'impératrice survivante.
tt Les autorités civiles et militaires sont priées de bien faire comme par le passé leur devoir ; en se conformant à ce désir, elles rempliront mon esprit de contentement.
« Si, à l'occasion de mes funérailles, les grandes prières, les grands sacrifices ne peuvent être négligés, je désire du moins que l'empereur ne porte mon deuil que pendant vingt-sept jours seulement.
u On sait l'économie de mes dépenses personnelles; c'est pourquoi, si conformément aux rites les grandes cérémonies religieuses ne peuventêtre évitées, je veux qu'en ce qui concerne les ornements de mon corps, la plus stricte économie soit observée. En m'ensevelissant modestement, je resterai dans toutes les habitudes de ma vie, et c'est ce que je désire. C'est même pour ne pas y déroger 'après ma mort, que j'emploie les quel-
ques minutes qu'il me reste à vivre, à formuler ma volonté à ce sujet. »
Ce qui précède est d'autant plus remarquable que la maladie de la défunte ne dura que quelques heures. La Cour chinoise, par décret, prescrivit l'usage des vêtements blancs pendant cent jours, « la douleur que ressentait le pays s'opposant à ce que l'on satisfasse à ce sujet le désir de la morte ».
Selon l'usage, au moment où fut proclamé le nom du nouvel empereur, tous les navires en rade des ports chinois furent pavoises. Les généralissimes des différents corps d'armée, les vice-rois, les gouverneurs des 18 provinces allèrent, dans leurs plus beaux accoutrements, la poitrine décorée de l'Oiseau céleste, et le bouton officiel au chapeau, se prosterner dans les temples afin de faire descendre les bénédictions du ciel]sur le jeune souverain.
Sa Majesté Kwang-Su occupe à Pékin les mêmes appartements qu'occupaient ses prédécesseurs. Ils sont situés au centre de l'immense palais impérial, non loin des appartements de l'impératrice régente. L'édifice est tellement vaste que, pour arriver de l'une de ses portes d'entrée à la salle du conseil, les ministres ont à parcourir, pour s'y rendre à pied, une distance d'un kilomètre environ.
Comme les audiences se donnent à quatre, cinq ou six heures du matin, cela les rend quelque peu rudes en hiver. Aussi les hauts fonctionnaires, lorsqu'ils deviennent vieux, considèrent-ils comme une grande faveur Tautorisation qui, par décret impérial, leur est accordée, d'arriver en chaise à
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porteurs jusqu'à la porte de la salle où siègent rimpératrice régente et ses conseillers intimes.
Un de mes amis, appartenant au département des Affaires étrangères du quai d'Orsay, ayant eu l'ociîasion fort rare d'être admis, avec quelques-uns de ses collègues, en présence du Fils du Ciel, m'a raconté qu'à quatre heures du matin, il fut introduit par un chambellan dans une salle où, sur une table couverte d'un drap jaune, brûlaient quelques bougies. De l'autre côté de la table, en face de lui, l'empereur; à côté de l'empereur, à droite et à gauche, deux écrais de gaze couleur jonquille; derrière un des écrans, le prince Kung, à genoux, derrière l'autre écran, l'impératrice.
Sur un signe de l'introducteur, les invités duren s'incliner, mais sans faire le célèbre Ko-Tou ou la prosternation jusqu'à terre. En se redressant, mon ami osa risquer un coup d'œîl dans la direction de l'auguste personnage qu'il avait devant lui, et qu'il surprit baillant à se décrocher la mâchoire. Il en fut vertement tancé par le chambellan, qui lui donna l'ordre de tenir ses yeux baissés jusqu'à la fin des présentations.
Les appartements de l'empereur comprennent sept pièces. Dans chacune d'elles, se trouve le K'ang ou divan en usage dans le nord de la Chine. Ces K'angs sont recouverts de feutre rouge des manufactures indigènes et garnis de coussins décorés du phénix et du dragon en soutache d'or. Sur les planchers sont étendus de beaux tapis de fabrication européenne. Sur les divans, les tables, dans de fines étagères en la jiie rouge ou noire, sont éparpillés une foule d'objets artistiques ou baro-