NOTIONS ÉLÉMENTAIRES DE GRÂNIOMÉTRIE
Quand notre maître, M. Hub£rt, ma fait l'honneur de me charg-er de cette conférence, c'est, j'imagine, bien plus au médecin qu'à l'élève archéologue qu'il s'est adressé. Il a désiré que je m'efforce de vaas montrer avec le plus de simplicité et de clarté possible ce que l'archéologie peut attendre et ce qu'elle a obtenu de méthodes, qui, par leurs procédés et leur objet, restent l'apanage du naturaliste.
Comment l'anthropologie peut-elle servir à la détermination des races quaternaires ? A quels résultats a-t-elle ç^ abouti jusqu'ici? Telle est la double question à laquelle
o nous allons tâcher de donner une réponse réduite à ses
^ termes essentiels.
:::js Les procédés les plus certains que puisse employer
^ l'anthropologie pour déterminer une race disparue sont
çyj très restreints. Ils se limitent à des techniques de mensu-
ration, à des comparaisons, à des pratiques étroites d'anthropométrie. L'anthropologie n'a le plus souvent pour objet d'étude que des débris plus ou moins détériorés. Et le champ de l'anthropométrie préhistorique est d'autant plus confiné qu'elle doit se borner à l'étude du squelette sans pouvoir espérer jamais s'appuyer sur les données morphologiques complémentaires dont profite amplement l'anthropométrie appliquée aux races humaines actuelleipent existantes.
L'obscurité, à laquelle sont condamnées les recherches d'anthropologie préhistorique ne se répand que sur les races paléolithiques. Les temps néolithiques bénéficient d'une plus grande clarté : ceux-ci sont incomparablement plus près de nous. Or vous savez que le très petit espace de temps qui nous est historiquement connu dans l'évolution des races ne sufiit pas pour amener des changements bien appréciables dans les caractères fondamentaux des variétés humaines. Si les documents proto historiques et historiques de tout ordre nous permettent d'embrasser une période de 6000 ans, portée môme à un recul maximum à 8000 ans, ces 60 ou 80 siècles ont été insuffisants pour modifier profondément les races. Aussi les raisonnements qui seront appliqués aux hommes néolithiques par analogie à ce qui peut être observé aujourd'hui encore à la surface de la terre, auront-ils toujours la plus grande valeur.
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L^ anthropométrie préhistorique a pour but de relever tous les caractères physiques que présentent les squelettes humains que le hasard dès fouilles place sous notre observation. Pour mettre de l'ordre et de la précision dans ses observations, pour*mieux établir ses comparaisons, elle emploie en première ligne des procédés de mesure, de mensuration, d'où son nom d'anthropométrie.
Elle vise indistinctement tous les os du squelette : elle s'occupe avec autant de précision d'un fémur, d'une vertèbre ou d'une phalange que du crâne. Mais celui-ci a des caractères plus fixes et pi us importants ; il subit moins que les autres os du corps les déformations éventuelles et contingentes ; il nous donne un cachet plus saisissant de la race. Son étude a pris dans. Tostéométj'ie un relief spé?
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cial : elle en constitue la division la plus importante, la crâniomélrie. Pour ne pas prolonger hors de mesure ces propos, nous l'envisagerons seule.
Quand nous nous trouvons dans un ossuaire au milieu de pyramides de crânes empilés, au premier abord, nous ne constatons entre eux aucune différence : tous nous semblent pareils. Mais en les regardant plus attentivement, en considérant quelques-uns d'entre eux isolément et comparativement, nous ne tardons pas à apercevoir certaines différences. En réalité aucun d^eux n'est rigoureusement semblable à un autre. Chaque crâne a sa physionomie propre, comme dans une foule vivante chaque visage a son caractère. Les anthropologistes exercés, quand ils parcourent leurs rangées de vitrines remplies de crânes, qui sont pour nous très similaires, n'ont pas besoin de lire les étiquettes pour savoir à quel crâne ils ont affaire : ils les distinguent comme nous nous distinguons entre nous ; ils les connaissent (( comme un berger connaît ses moutons ».
Il est rare cependant qu'ils en sachent par cœur toutes les mesures et les indices : ils les reconnaissent à une multitude de caractères intimes dont la réunion inconsciente fait une image bien définie. C'est cette image que les procédés de la crâniométrie s'efforcent de traduire le plus fidèlement possible et d'une façon qui soit compréhensible pour tous, même pour ceux qui n'auront jamais l'occasion de voir au naturel le crâne même qu'elle dépeint. Le langage employé est le plus précis dont nous puissions disposer, le langage numérique.
Une fiche crâniométrique idéale, c'est l'expression en chiffres de la forme et du volume exacts d'un crâne. Je n'ai pas besoin de vous dire que, si loin qu'on ait poussé la recherche du détail, les fiches actuelles ne réalisent pas cet idéal et que les matériaux d'étude qu'elles constituent doivent autant que possible être complétés par une représentation graphique, photographique ou autre, ou mieux
encore par une représentation plastique, telle qu'un .moulage.
Les procédés de crâniométrie consistent à prendre des distances d'un point déterminé du crâne à un autre point convenu et à établir entre les diverses mensurations des rapports. C'est pourquoi vous voyez les tableaux de crâniométrie se composer de mesures de lignes droites et courbes, de mensurations de largeur et de hauteur d'orifices et d'indices qui représentent les principaux rapports de ces mesures entre elles.
Je n'insisterai pas ici sur les mensurations obtenues avec des instruments compliqués qui ne sont employés que dans des recherches spéciales et dont ^beaucoup d'ailleurs sont tombés en désuétude, non plus que sur les appareils destinés à projeter géométriquement les profils du crâne. Toutes les mesures linéaires peuvent s'effectuer à l'aide de trois instruments simples que vous connaissez tous, le compas à glissière (la mesure du cordonnier), le compas d'épaisseur et le ruba^i métrique.
Quant au volume de la cavité crânienne, on peut l'évaluer aisément et avec une approximation suffisante par le vieux procédé de l'américain Morton. Lorsque la pièce est bien complète et s'y prête (ce qui est impraticable en matière de crânes paléolithiques, toujours incomplets ou brisés), on remplit la cavité crânienne de grenaille de plomb qu'on verse avec précaution par le trou occipital en ayant soin, suivant les conseils de Broca, de bien répartir les grains de plomb dans les vides en les tassant au fur et à mesure avec un fuseau de bois. Le crâne bien rempli, on n'a qu'à le vider en reversant le plomb dans une grande éprouvette graduée pour en connaître le volume à peu près exact.
On peut encore procéder au cubage direct par l'eau au moyen d'une vessie en caoutchouc.
Je vais vous indiquer très sommairement les principaux
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repères qui servent à déterminer les lîg-nes capitales et à établir les indices. La fig*. 1 indique la position et la nomenclature des points de repère crâniens.
On mesure le diamètre antero-postérieur maximum. Sur la bosse nasale, située à la base du front et surmontée d'une surface lisse appelée glabelle, on cherche le point médian, qui est dit point stis-nasal ou ophryon (o^^mç^
euigle nasat.
Fig. 1. — Points de repère crâniens.
sourcil). C'est le point antérieur du diamètre A. P. M. dont le point postérieur se trouve à Textrémité la plus reculée de Toccipital.
Le diamètre transverse maximum est fourni par Técartement maximum des deux bosses pariétales.
Le diamètre vertical hasilo-hregmatique va du bord antérieur du trou occipital, du milieu du bord postérieur de Tos basilaire ou hasio7i au bregma (jSpcy/ia, lieu des humeurs, fontanelle). Le bregma esl le point d'intersection de la suture sagittale avec la suture coronale.
Le nasobasilaire va du nasion, intersection des sutures nasales et du frontal, au basio7i.
Le frontal maximum va d'une crête frontale à Tautre,
la mesure étant prise juste au-dessus de l'apophyse orbitaire externe.
Le frontal maximum va de Textrémité de la crête frontale d'un côté au point symétrique de l'autre côté.
De même pour la face, où l'on mesure la hauteur et la larg'eur des orifices nasal et orbitaire ; — et la distance verticale naso-alvéolaire ; — et la distance transversale extrême des deux apophyses zygomatiques (Çuyoç, joug*).
Ces diverses mesures servent à établir des indices, dont le principal est Vindice céphalique de Broca.
Les indices servent à donner une idée numérique de la forme des crânes : or c'est la forme des crânes qui a été jusqu'ici la principale caractéristique difiPérentielle des races.
L'indice est un rapport établi entre deux diamètres convenus. Uindice céphalique, le plus important de tous, est le rapport entre le diamètre antéro-postérieur et le diamètre trans verse.
Prenons un exemple. Un crâne a un diamètre antéropostérieur maximum = 184, et un diamètre transverse = 135.
L'indice céphalique sera le rapport du diamètre transverse au diamètre antéro-postérieur. Le diamètre transverse est toujours plus petit que le diamètre antéro-postérieur, à de très rares exceptions près, qui ne s'observent que sur des crânes déformés. Le résultat de ce rapport ne peut donc être qu'une fraction, qui ici est
Pour qu'on puisse comparer cet indice à celui obtenu sur d'autres crânes, on ramène toutes les fractions au même dénominateur, que nous convenons être 100. On aura alors