NOTIONS ÉLÉMENTAIRES DE GRANIOMÉTRIE
Le chiffre des unités est la caractéristique de l'indice, Les chiffres décimaux sont les décimales de Tindice.
De nombreuses observations ont montré que suivant les crânes les indices céphaliques étaient très variables. On a constitué l'échelle de ces variations. C'est ce qui a permis à Broga d'établir la division actuellement encore en vigueur d'après la longueur relative des crânes.
Les crânes à faible indice, au-dessous de 75, sont dits dolichocéphales.
Les crânes à indice élevé, au-dessus de 80, sont hrachycéphales.
Les crânes intermédiaires sont dits mésaticéphales.
Vous savez que les crânes fossiles sont généralement allongés, dolichocéphales, généralement aplatis^ platycéphales et ont les orbites en lorgnettes.
Ces notions sommaires permettent de comprendre comment sont établis les autres indices : Vindice frontal est le rapport du diamètre frontal minimum au transverse maximum, qui donne la proportion entre le crâne antérieur et postérieur. Uindice vertical est le rapport du diamètre vertical au diamètre antéro-postérieur. Il en est de même pour la face.
Je n'insiste pas plus parce que dans la détermination des crânes quaternaires souvent réduits en fragments, c'est surtout l'indice céphalique qui est considéré.
Di* LÉTiENNE. Les Races quaternaires. 1.
iO LES RAGES QUATERNAIRES
Des mensurations analogues ont été appliquées aux diverses pièces du squelette. On est arrivé avec un os ou plusieurs os désarticulés à se faire une idée de la taille du sujet auquel il appartenait. Des dimensions d'un fémur, par exemple, on peut déduire la taille approximative du squelette total. Les travaux de Manouvrier, de Pittard, ont conduit à des résultats très suffisants.
A Tétat normal, les processus d'ossification se poursuivent avec une grande harmonie. Eugène Pittard a pu étudier l'influence de la taille sur l'indice céphalique en se servant de pièces provenant d'un groupe ethnique relativement pur. Il aboutit aux conclusions que la dolichocéphalie s'accentue au fur et à mesure que la taille s'élève. Les deux diamètres antéro-postérieur et transverse ne s'accroissent pas dans une proportion égale : c'est le diamètre antéro-postérieur qui s'allonge relativement plus que le diamètre transversal dans Taccroissément de la taille.
Ayant ainsi esquissé les méthodes qui servent à différencier les crânes, nous allons examiner quelques-uns des plus typiques parmi les crânes quaternaires trouvés jusqu'à ce jour ; nous vérifierons leurs caractères, nous considérerons leurs relations entre eux et nous verrons s'il est possible ou intéressant d'établir les aires d'extension des races qu'ils représentent.
Permettez-moi auparavant l'audace d'une critique qui n'engage pas l'Ecole et que vous laisserez au compte de mon impression personnelle. C'est que l'Anthropométrie, autant qu'il m'a paru et d'après le peu que j'en sais, je m'empresse de l'avouer, est un ensemble de méthodes bien plus propice à l'analyse individuelle qu'aux synthèses générales et qu'il faut être très prudent dans l'interprétation
TYPE CRANIEN DE SPY-NEANDERTHAL il
de ses résultats. Les procédés numériques, malgré leur apparence de rigueur, quand ils s'adressent à des êtres vivants ou qui ont vécu, ne sont que des repères, des jalons fragiles et temporaires. Tout ce qui est numérique, c'està-dire une conception humaine pure, est, dans Tordre des faits biologiques, destiné à être modifié, changé, au gré des événements qui font avancer les sciences. Les procédés actuels de ranthropologie,si ingénieux qu'ils soient, sont l'œuvre d'esprits méthodiques certes, mais un peu trop enclins peut-être à prendre pour absolu ce qui est relatif, d'esprits d'anatomistes scrupuleux habitués à considérer des choses mortes et à négliger la mutabilité incessante et le polymorphisme indéfini des actes biologiques. Ils voient le squelette de la vie plus que la vie ellemême, et ils oublient, dans leur ardeur, qu'ils ne peuvent ni poser ni connaître les conditions des rapports qu'ils déterminent.
TYPE CRANIEN DE SPY-NÉANDERTHAL
Les matériaux sur lesquels est basée l'étude des crânes paléolithiques sont loin d'avoir tous la même valeur. Les uns ont pu être déterminés avec quelque certitude, ayant été trouvés bien en place et dans un état de conservation suffisant ; les autres sont incomplets et réduits en fragments ; d'autres enfin ont une origine douteuse.
A cause de leur rareté, on a fait longtemps état de toutes les pièces indistinctement, bonnes et mauvaises. Aujourd'hui, les documents se sont multipliés. On a pu rejeter ceux qui étaient incomplets ou douteux et les rem-
i2 LES RAGBS QUATERNAIRES
placer par des meilleurs. C'est ainsi, par exemple, que la dénomination de race de Gannstatt, après diverses alternatives, a fait place à celle de race de Neanderthal et que celle-ci môme semble susceptible d'être changée. Elle est changée, devrais-je dire, cardans les galeries du Muséum les étiquettes ne portent plus que a Race de Spy. »
Cannstatt. — Le crâne de Gannstatt est si célèbre qu'il nous faut en dire un mot.
Il semble avoir été trouvé en 1700 au cours de fouilles dans un oppidum romain ordonnées par le duc Eberhard- LuDwiG DE Wurtemberg. (Gannstatt est actuellement une ville manufacturière très peuplée (22000 habitants), à une lieue environ au N. de Stuttgartt.
Les objets provenant de ces fouilles, très mêlés, comprennent des pièces archéologiques variées, depuis des ossements de mammouth, d*ours, d'hyène, jusqu'à des vases romains. Ils furent exposés au musée de Stuttgartt. G'est là qu'en 1835, Jœger trouva au milieu d'eux un fragment de crâne réduit au frontal et à une partie du pariétal droit. Jœger, sans autre critique, l'admit comme provenant des fouilles de 1700, comme contemporain des débris fossiles et vit dans cette trouvaille la preuve de la coexistence de l'homme et des faunes éteintes.
Le crâne de Gannstatt a des sinus frontaux très saillants, un front étroit et fuyant, des orbites formant un bourrelet proéminent. L'épaisseur des os est très grande. Le crâne apparaît comme ayant dû être fortement dolichocéphale.
La certitude scientifique n'a pu être établie au sujet de l'origine de ce crâne. Aussi a-t-on fini par le rejeter à un plan secondaire ; et on plaça au premier rang le crâne de Neanderthal, dont la publication fut d'ailleurs faite un an après celui de Gannstatt.