‹ Les races quaternairesChapitre 5 sur 7 · TYPE CRANIEN DE SPY-NEANDERTHAL · texte numérisé non relu

TYPE CRANIEN DE SPY-NEANDERTHAL

qui la recouvre (fig*. 3) de sorte que le squelette a pu être entraîné des couches superficielles de ce plateau. Remarquons encore que Bernard Davis et Virchow, le célèbre anatomo-pathologiste allemand, ont fait du crâne de Néanderthal une pièce pathologique. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

Sans nous arrêter aux crânes de Brux et de Podbaba (Bohême) qui ont été très discutés, passons au crâne d'Ëg'uisheim.

ËGuisHEiM. — Ëg'uisheim est une localité située à 7 ki-

EGUISHEIM ^-..NEANDERTHAL.

Fig. 4. — Crânes do Néanderthal et d'Equisbeim superposés.

lomètres au S.O. de Colmar. En 1865, on y découvrit des fragments de crâne, un frontal et un pariétal droits, dans une tranchée creusée à 2 m. 50 de profondeur. La même couche comprenait des ossements d'équidés, de bovidés, le frontal d'un cerf et une molaire d^Elephas Pri7nigenius, L'analyse chimique faite par Scheuuer-Kestner a démontré la contemporanéité des ossements fossiles et des os humains.

Ce crâne d*Eg'uisheim a des sinus frontaux très développés, les arcades sourcilières proéminentes, moins cependant que celles de Néanderthal. La dolichocéphalie est très accusée. Ce crâne, bien que surbaissé, aurait, suivant ScHWALBE, une hauteur beaucoup plus grande que celui de Néanderthal (fig. 4). Les os en sont très épais, atteignent 11 millimètres d'épaisseur.

Je n'insiste pas sur les fragments de crânes trouvés en 1844, à Denise près du Puj (Haute-Loire). Ce sont des pièces peu propres à l'étude, étant prises dans une gangue épaisse et solide.

Le crâne de Marcilly-sur-Eure, découvert en 1885, est aussi considéré comme néanderthaloïde. Malheureusement il est incomplet ; et on a perdu sa trace, à ce que m'a assuré M. le D^ Paul Raymond, qui à plusieurs reprises s'est enquis de ses destinées.

En 1892, on a trouvé à Bréchamps (Eure-et-Loir) dans la terre à briques de Beaudeval, un crâne mieux conservé dont M. Manouvrier a pu faire l'étude et qui a un indice céphalique de 75, 5 et une capacité de 1400 ce. environ.

En Angleterre,en Irlande,des exemplaires plus ou moins complets de crânes néanderthal oïdes ont été découverts à diverses reprises.

En outre plusieurs mâchoires inférieures qu'on suppose appartenir à la même race ont été trouvées en des points très distants.

Spy. — Nous arrivons enfin à une fouille faite avec méthode et dans des conditions qui en font une observation scientifique. La découverte de Spy doit son importance à ce qu'elle nous a donné, joints aux crânes, les squelettes, sinon entiers, du moins composés de la plus grande partie de leurs os, de deux sujets. En outre, fait capital, leur

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niveau, le point de leur gisement a été relevé avec soin par Marcel de Puydt et Lohest, de Liège. La découverte fut faite en 1886 sur une terrasse de 11 m. sur 6 m., placée en avant d'une grotte située au-dessus d'un ruisseau, rOrneau, qui traverse le territoire de Spy. Spy est une commune beige située entre Namur etGembloux.

Un éboulis de terre brune recouvre un terrain tuffacé et contenant des silex taillés avec des ossements de cerf et de mammouth. Au-dessous est un lit peu épais contenant du Rhinocéros Tichorhinus, du Mammouth^ du Cerf^ du Renne, des silex taillés, des pointes moustériennes, des objets en ivoire et en os. Plus bas encore est un terrain jaune comprenant du Rhinocéros TichorinuSy du Maynmouthy Cerf, Renne et des silex moustériens. C*est dans cette dernière couche que les deux squelettes furent trouvés.

Vous remarquerez que c'est la première fois que je puis vous parler d'une fouille faite avec le relevé minutieux des couches, avec le détail de Tinstrumentâtion, de Toutillage correspondant, avecTénumération de la faune, d'une fouille faite en terrain vierge, sous la surveillance immédiate d'hommes compétents. C'est ce qui m*a fait dire que Spy réunissait une grande partie des conditions qu'exige une observation scientifique. C'est donc pour nous une base solide.

Qu'étaient ces squelettes ? Ils étaient couchés à 2 m, 50 l'un de l'autre. Celui qu'on put voir bien en place était dans le décubitus latéral droit, la main droite au niveau du maxillaire inférieur. Bien que ces squelettes ne soient pas complets, ils comprennent les segments les plus importants : humérus, cubitus et radius, côtes, bassin, fémur, tibia, calcanéum. Ils ont été étudiés par Fraipont. Les deux crânes sont allongés, avec la voûte surbaissée. L'un a pour indice céphalique 70; l'autre, 74 (?). Le frontal est du type Néanderthal. Les caractères sont plus mar-

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qués sur Tiin des crânes que sur l'autre ; les sinus frontaux sont énormes; le front est bas, fuyant, avec une saillie en bourrelet des arcades sourcilières. Ces crânes sont brisés, mais ils sont accompagnés de frag'ments des mâchoires supérieure et inférieure. Ces mâchoires sont très fortes et armées de dents g-rosses et usées.

L'examen des os des membres a permis de supputer la taille de ces sujets. Elle est petite, comparable à celle des Lapons actuels, à celle des peuples des pays à faune froide.

On a trouvé, tant en France qu'àrÉtranger, Anjo^leterre, Irlande, Belgique, Hollande, Allemagne, Bohème, Moravie, des fragments de crânes plus ou moins comparables et qui ont des caractères néanderthaloïdes. Ils sont considérés comme valables par les uns, douteux parles autres. Je ne puis les discuter aujourd'hui et je n'ai pas d'ailleurs la compétence voulue. Dans unbut desimplifîcation, je n'ai retenu ici que les exemples les plus saisissants. Je vous ai dit que les crânes de Cannstatt, de Néanderthal, d'Eguisheim ne pouvaient compter qu'à titre d'appoint et que Spy seul était digne de servir de base au raisonnement. Je crois bien fondées les critiques qu'ont adressées nombre de savants aux premières découvertes. J'admets sans restriction toutes les objections qu'a élevées, entre autres, l'un des adversaires les plus autorisés des doctrines préhistoriques actuelles, M. de Lapparent, dans son tout récent ouvrage sur les Silex taillés et V ancienneté de Vhomme. Chacun sait dans quel style élégant et clair l'éminent géologue fait ses exposés, avec quelle logique serrée il déduit ses raisonnements, avec quelle aisance son esprit souple sait, dans la discussion, allier la plus grande courtoisie au plus subtil persiflage. Je l'ai vu néanmoins avec un assez vif désappointement, dans la brillante controverse qu'il suscita en 1905 et 1906, négliger tout à fait la découverte de Spy qui date de 1886. Le nom de

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Spy n'est pas même prononcé dans son réquisitoire : un silence aussi profond sur la fouille belg'e et ses conséquences étonne. Je puis me tromper, mais^ à mon sens, la découverte de Spy, loin d'éclipser et d'annuler Cannstatt, Néanderthal, et Eguisheim leur donne une valeur qu'ils n'avaient pas. Les crânes de Spy permettent en effet de grouper dans une catégorie assez homogène ceux des précédentes découvertes. Je ne sache pas en effet que personne ait mis en doute que ces divers fragments de crânes ne fussent des ossements humains vrais. Le différend n'existe que sur leur âge, sur l'époque où vivaient les hommes dont ils sont les témoins. Il est acquis, non pas archéologiquement, si l'on veut, mais anthropologiquement, que le type connu sous le nom de Néanderthal existe, que certains hommes ont eu des crânes de ce type ^rès spécialisé. Je puis ajouter, me fondant sur des observations prises en d'autres sciences, que ce type a dépassé les temps préhistoriques, qu'il s'est perpétué dans la suite des âges et même qu'il existe encore de nos jours. On le rencontre dans les cimetières d'époques peu reculées relativement. Dans ce Musée môme les crânes trouvés par le baron de Baye dans les sépultures du Petit-Morin offrent plusieurs exemples du type Néanderthal atténué. On les trouve dans les vitrines des ethnographes qui ne visent que les races encore vivantes, dans les laboratoires où les pathologistes étudient les formes des dégénérescences. C'est pourquoi, de quelque nom dont on l'affuble, il est juste de tenir pour scientifique et véritable la description du crâne dit de Néanderthal, caractérisé par une dolichocéphalie accusée, une prédominance considérable du crâne postérieur sur le crâne antérieur, l'épaisseur des tables osseuses, la disposition en" bourrelet des arcades sourcilières, la saillie des sinus frontaux, la visière du front bas et fuyant, et le surbaissement de la voûte.

20 LES RAGBS QUATERNAIRES

La persistance du type néanderthaloïde dans certains cas anormaux ou patholog'iques explique la déclaration que fit ViRCHow devant les crânes préhistoriques les plus anciens. Virghow fut un des plus g^rands anatomo-pathologistes : il était habitué aux types que produisent les processus morbides et de dég-énérescence, qui sont souvent considérés actuellement comme des retours ataviques, et qui peuvent n'être que des réactions naturelles devant des conditions déterminées. Qu'un lobe cérébral soit petit, parce que Têlre n'a pas encore parcouru tous les degrés de Téchelle évolutive, ou qu'un lobe soit réduit par l'empreinte définitive d'une cause morbide, la partie correspondante de la calotte crânienne le recouvrira de la même façon et la dégénérescence répétera la forme atavique. ViRCHow connaissait bien, pour les avoir vus chez des idiots ou des malformés du crâne, les types qu'on lui présentait. C'est pourquoi il ne pouvait hésiter et quand on lui montra Néanderthal, il répondit que c'était un crâne pathologique. Quand il vit Cannstatt ou Eguisheim, il répéta : pathologique. Et quand plus tard arriva la fameuse affaire du crâne de Trinil, il dit encore ; pathologique. ViRCHOW avait donc à la fois tort et raison. Il avait raison puisqu'on peut voir soit au Muséum, soit dans certaines collections pathologiques, des crânes d'imbéciles ou d'aliénés affectant le type néanderthaloïde. Il avait tort, puisque ce môme type se rencontre sur des crânes non pathologiques, crânes provenant de races encore existantes, et dont certains Australiens fournissent des exemples.

Il n'est pas rigoureusement exact de dire que la race de Néanderthal soitune race fossile, puisque individuellement ou ethniquement, elle existe encore à la surface de la Terre.

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loppée. La capacité du crâne est considérable. Broca Ta évaluée à 1590 ce, chiffre supérieur à celui que donnent les crânes de nos contemporains. Les orbites ne sont plus encerclées dans des bourrelets épais : leurs bords sont nets, minces et circonscrivent une cavité d'un contour parallalélogrammique spécial. Le grand axe de l'orbite est très allongé transversalement.

La taille des hommes de Néanderthal et de Spy était petite. A Cro-Magnon, le vieillard atteint environ 1 m. 82; et la femme, 1 m. 66.

Laugerie Basse. — Dans la même vallée, à quelques kilomètres de distance, M. Massenat, en 1872, a trouvé à Laugerie -Basse un squelette dans des conditions particulières de conservation. L'homme avait été tué probablement par Téboulement d'un bloc rocheux et était resté sur place. Il était dans le décubitus latéral gauche, tous les segments des membres en flexion, la main gauche sous le pariétal gauche, la main droite sur le cou. Ce squelette gisait au milieu d'un dépôt franchement magdalénien. Le crâne a le front élevé, les sinus frontaux peu accentués, la voûte crânienne est arrondie et bien développée. Il est dolichocéphale ; son indice céphalique et de 73,19. La taille du squelette a été évaluée à 1 mètre 649.

Plus tard en 1888,à Chancelade (Dordogne), MM. Hardy et Féaux découvrirent un squelette, dans le décubitus latéral gauche, la main gauche contre la tête, la main droite près du menton. Le crâne, qui a été étudié par M.Testut, présente des caractères de grande analogie avec celui de Laugerie-Basse. Il n'y avait aucun objet industriel dans la couche même où reposait le squelette ; mais plus haut étaient des silex et des ossements ouvrés, qui en font.

a LES tlAGEâ QUATEKNAIIIES

comme les deux précédents, un individu de l'époque magdalénienne.

Baoussé-Roussé. — Nous arrivons enfin à des recherches qui, par la méthode avec laquelle elles ont été poursuivies, passent au premier rang et sont dignes de servir de modèle.

Tout près de Menton, à une petite distance du Pont Saint Louis qui sert de frontière entre la France et l'Italie, s'élève un massif de rochers qui, à quelques pas du rivage de la Méditerranée, forment une sorte de promontoire. On les distingue de loin à leur couleur chaude. On les appelle les Roches-Rouges ou jBaoMSsJ-iîoussé dans le patois local, Balzi'Rossi en italien. Ces rochers sont creusés de grottes, toutes ouvertes sur la mer et qui sont devenues célèbres sous le nom de Grottes de Menton, En réalité, elles appartiennent à ritalie, dépendent d'un hameau voisin de Vinti mille, de Grimaldi. Ces grottes furent étudiées à divers points de vue par de nombreux savants, mais elles n'acquirent la célébrité qu'après la découverte de l'Homme de Menton par M. Emile Rivière, le 26 mars 1872, dans la grotte du Cavillon. Depuis lors, on n'a cessé d'y fouiller.

On compte aux Baoussé-Roussé neuf grottes. Parmi celles-ci, les principales sont :

La grotte des Enfants ^Siinsï nommée parce que M. Rivière y trouva, à 2 m. 70 de profondeur, en 1874-75, deux squelettes d'enfants de 4 à ans. Nous reviendrons plus loin sur cette caverne.

La grotte du Cavillon où M. Rivière trouva l'homme quaternaire de Menton a 6 m. 53 de profondeur. Ce squelette est conservé dans les galeries d'anthropologie du Muséum.

La Bausso da Torre, qui donna encore à M. Rivière

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deux squelettes adultes et un squelette d'enfant a 3 m. 75 et 3 m. 90 de profondeur.

La Barma Grande où M. Louis Julien, en 1884, découvrit un squelette dont le crâne est au Musée municipal de Menton, et où plus tard, M. Abbo découvrit de nouveaux squelettes, qui ont fait l'objet d'un travail de M. Verneau.

Enfin la grotte du Prince,

Nous ne retiendrons ici que les fouilles récentes faites aux frais du prince Albert de Monaco et confiées aux savants les plus autorisés. Conduites par M. le chanoine DE Villeneuve, elles furent étudiées par M. Boule au point de vue stratigraphique et paléontologique, par M. Verneau au point de vueanthropolog'ique et par M. Cartailhac au point de vue archéologique* Elles ont fait l'objet d'une communication capitale au Congrès de Monaco de 1906. Leur description est contenue dans un luxueux ouvrage, dont la publication, sous le titre de « Grottes de Grimaldi », est encore en cours. Il ne lui manque d'ailleurs pour être complet que la partie archéologique de M. Cartailhac.

Deux des grottes de Grimaldi, la grotte des Enfants et la grotte du Prince, ont été ainsi systématiquement fouillées couche par couche.

M. Boule a établi que les grottes étaientremplies de dépôts qui tous remontaient aux temps quaternaires. La grotte du Prince comprend à son niveau le plus bas une plage marine de la fin du Pliocène ou du début du quaternaire, où l'on trouve des coquilles de mollusques des mers chaudes.

Au-dessus de cette plage est une couche caractérisée par des espèces de faune chaude : Eléphant antique, Hippopotame ^ Rhinocéros de Merck, Ces dépôts sont si ancien^ ^

que M. Boule y a signalé une forme d'Owrs et une espèce chevaline à affinités pliocènes.

Plus haut, Y Hippopotame disparaît ; il reste VEléphant antique et le Rhinocéros de Merck ; en môme temps apparaît le Chamois, premier témoin d*une faune froide.

Puis, les espèces de faune chaude disparaissent tout à fait pour faire place aux aniniaux de faune froide, dont le Renne, Vous savez que jusqu'ici on ne pensait pas que le Renne eût vécu sur les bords de la Méditerranée. Aussi la constatation de M. Boule prend-elle une importance toute particulière.

L'Eléphant antique, VHippopbtame et le Rhinocéros de Merck correspondent au Pléistocène inférieur, à Tétag'e le plus bas du Quaternaire, au temps écoulé entre la 2® et la 3® période glaciaire et qui est, d'api-ès la classification de G. DE MoRTiLLET, le temps de Tépoque chelléenne. Or, ce n'est pas du Chelléen qu'on trouve à ce niveau dans la grotte du Prince, c'est du Moustérien. Et M. Boule insiste particulièrement sur ce point. Il tend, sinon à mettre l'industrie moustérienne au premier échelon de l'industrie humaine, à la considérer comme plus imparfaite que les outils chelléens, du moins à placer Chelles et Moustier sur le même plan. En somme, la stratigraphie paléontologique montre que les populations de faune chaude pouvaient concurremment employer les deuxtailles chelléenne et moustérienne.

Dans la grotte des Enfants, on ne trouve plus d^Eléphant antique ni d'Hippopotame, Les dépôts les plus inférieurs contiennent le Rhinocéros de Merck, VOurs des cavernes et l'Ours arctique: ils sont donc moins anciens que les plus anciennes couches de la grotte du Prince.

La grotte des Enfants est remarquable par les restes humains qu'elle renferme. Il est prouvé que tousses squelettes sont de l'époque quaternaire.

:; Ce sont par ordre de superposition :

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Un squelette féminin, le plus superficiel, trouvé par M. DE Villeneuve, à 1 m. 90 de profondeur ;

Puis les deux squelettes d'enfants jadis trouvés par M. Rivière, à 2 m. 70 de profondeur ;

Puis, trouvés par M. de Villeneuve, un squelette isolé à 7 m. 05; et enfin une double sépulture à 7 m. 75. Ces derniers squelettes étaient sur des dépôts qui contenaient le Rhinocéros de Merck, ce qui ne veut pas dire tout à fait sur une faune chaude^ car M. Boule fait remarquer que cet animal a survécu à V Eléphant antique et à V Hippopotame et se trouve aussi contemporain d'une faune froide.

Les squelettes de la Grotte des Enfants ont été étudiés au point de vue anthropologique par M. Verneau. Les squelettes supérieurs ont de g-randes analo|^ies avec le type de Cro-Mag'non. Les squelettes de la double sépulture inférieure en diffèrent dans de fortes proportions et présentent des caractères qui ont paru assez nettement distinctifs à M. Verneau pour en faire le type d'une race dite Négroïde de Grimaldi, Ces deux squelettes sont ceux d'une vieille femme et d'un adolescent.

Pour M. Verneau, celte race serait antérieure à Cro- Mag'non, intermédiaire entre Néanderthal-Spy et Cro- Magnon, de sorte qu'on aurait au bas de Téchelle de nos races, abstraction faite du Pithecanlhropus, qui ne nous intéresse pas ici :

1<* Néanderthal-Spy ;

2" Race nég-roïde de Grimaldi ;

3o Cro-Magnon.

M. Verneau, dans ses conclusions, semble ad mettre que l'humanité, avant do s'élever jusqu'au type de la race blanche, a passé par le stade inférieur nègre. Mais ses arg'uments ne sont pas décisifs et la filiation de nèg-re à blanc reste encore à prouver.

Pourquoi les squelettes de Grimaldi sont-ils dits négroïdes ? Parce qu'ils présentent divers caractères des

nègres. El voici les principales analogies sur lesquelles M. Verneau appuie sa thèse. La race de Grimaldi a une taille supérieure à la moyenne (Im. 87), un développement exagéré de Tavant-bras par rapport au bras, et de la jambe par rapport à la cuisse. Le membre inférieur est allongé comparativement au membre supérieur, La tête volumineuse est dysharmonique, c'est-à-dire que le crâne est allongé tandis que la face est large et basse. Les orbites sont larg-es à faible diamètre vertical. Le prognathisme des mâchoires est énorme. Le maxillaire inférieur porte un menton fuyant, à corps épais, à branches montantes larges et basses avec des condyles très inclinés en arrière. Le bassin a ses ilions verticaux, développés en hauteur, la crête iliaque est très courbée, Téchancrure sciatique est étroite, comme chez les nègres actuels. Il y a en outre des particularités de certains os, comme le cubitus, le fémur, le tibia. La saillie du talon est extrêmement prononcée.

Je dois dire que tous les anthropologistes ne semblent pas admettre sans réserves les caractères de cette race. Pour nous, archéologues, la détermination anthropologique est secondaire ; et il ne nous faut voir dans cette magnifique découverte que des témoins indiscutables du début des industries humaines. Or, c'est ici que dès considérations inattendues surgissent. Ces hommes que nous supposions soumis à des usages rudimentaires, vivant presque à l'état de nature, avaient déjà des habitudes significatives. M. Verneau, en effet, étudiant les conditions de ces sépultures, a pu conclure que les tribus quaternaires ensevelissaient les morts et pratiquaient divers modes d'inhumation. Les cadavres étaient soit enterrés sur un foyer ancien, quelquefois creusé par endroits, soit déposés dans des fosses assez vastes pour recevoir plusieurs corps. La fosse était même remplacée par une tombe rudimentaire constituée par quelques pierres debout, qui

SQUELETTES DE KRAFIN/L 29

parfois étaient surmontées de pierres posées horizontalement sur elles, de façon à former des sortes de petites cistes incomplètes qui n'abritaient qu'une partie du cadavre. Il n'y a aucune constance dans Tornementation des corps ni dans l'attitude des cadavres. Des six squelettes de la Grotte des Enfants, seuls, ceux des deux hommes adultes ont été colorés par le peroxyde de fer. La couche de fer oli^iste a teinté en roug'e indistinctement les ossements et les objets de parure : ce qui réduit à néant, dans ces sépultures tout au moins, l'idée de la coloration intentionnelle des os après décharnement du cadavre. Hommes et femmes étaient ornés de leur parure. Seuls, les jeunes enfants découverts par M. Rivière n'avaient ni parure, ni armes, ni outils; ils n'avaient que leur revêtement de coquillages.

Ce type négroïde n'est pas isolé. On peut lui appliquer ce que je vous disais de Néanderthal, ce qui était depuis longtemps connu de Gro-Magnon, dont le type crânien présente une grande dissémination et une longue survivance. Le môme faits'observe pour Grimaldi. M. Verneau, en ayant recherché les caractères dans diverses collections, les retrouva sur des crânes néolithiques bretons et de pays divers, tels que la Suisse, la vallée du Rhône et le nord de l'Italie.

SQUELETTES DE KRÂPINA

Krapina. — Il me reste à vous parler d'une découverte, qui a fait un certain bruit ces dernières années dan^ les

30 LES RAGES QUÀTERNAIIIES

milieux archéologiques. L'attention toute spéciale que M. Hubert m'a paru lui accorder, tant dans son Cours que dans ses entretiens familiers, les conclusions générales qu'elle semblait pouvoir suggérer m'ont fait un devoir de m'en préoccuper. Il s'agit de la station paléolithique de Krapina. Les mémoires originaux ayant été publiés en allemand, j'ai eu recours pour prendre une idée de la découverte aux analyses et travaux qui ont paru dans les recueils français. La lecture de ces travaux me jeta dans un grand embarras. L'un d'eux décrivait une race àhyperdolichocéphalie, un autre pariait de brachycéphalie et citait des chiflFres et des indices céphaliques, tels que 82-85, caractéristiques en effet d'une brachycéphalie nette. Tous deux cependant traitaient du même objet, de la découverte faite à Krapina par M. Gorjanovig Kramberger. Très perplexe, je sollicitais l'avis d'autorités indiscutables. Ces matières sont du ressort des naturalistes, et non des préhistoriens. Dans l'étude des races humaines, les préhistoriens font mieux de laisser parler les paléontologues que de leur opposer des objections assises sur les étages mal assurés des industries primitives. J'allai donc au Muséum. Je demandai avis à M. Boule. C'est un homme de haute science et de grande affabilité. Il nie dit simplement: « Je ne crois pas jusqu'ici qu'il y ait dans la découverte de Krapina un fait vraiment sensationnel. Jugez-en par vousmême». Et incontinent, il m'installa dans la bibliothèque en me mettant entre les mains le travail original et tout récent qu'il venait de recevoir de l'auteur même. Ce livre édité avec grand soin et un beau luxe d'illustrations est dû au D"" Karl Gorjanovig Kramberger, professeur de géologie à TUniversité d'Agram. Son titre : Der diluvialc Mensch von KrapinUy Wicsbaden, 1906.

Krapina est une localité croate, à quelque distance d'Agram, sur les bords de la Krapinica, affluent de la Dï'ave. Kramberger et Ostermann, son assistant, y trou-

SQUELETTES DE KRAFINA 34

vèrent des ossements humains correspondaDt à un nombre indéterminé de squelettes, des fragments osseux de dix ou douze crânes. Kramberger a étudié deux squelettes d'enfants et surtout deux squelettes d'adultes. H. Ober- MAiBR, en annonçant la découverte de la station paléolithique de Krapina, a signalé que la grotte était déjà vidée en partie par les ouvriers quand les fouilles systématiques commencèrent et que les ossements n'étaient plus qu'à l'état de débris. Le matériel d'étude n'était donc pas bon. D'ailleurs si l'on cherche dans les magnifiques planches de Touvrage de Kramberger la représentation des documents, on ne trouve comme pièce la plus démonstrative que le débris de crâne dont je vous présente le calque sommaire. On y reconnaît toutefois que les sinus frontaux sont développés, que l'avant du frontal est projeté en visière, que les arcades sourcil ières forment bourrelet^ bref un air de parenté avec le type de Spy-Néanderthal. Par une patiente et laborieuse reconstitution, Kramberger a recherché les dimensions et indices probables de ces crânes. Dans les tableaux qu'il publie, il note des mesures qui, linéaires se rapportent manifestement à la dolichocéphalie, et indicatrices correspondent à la brachycéphalie. On ne peut voir à cette discordance apparente qu'une seule raison, c'est qu'il ne s'est pas servi des unités françaises de mesure : d'ailleurs les chiffres comparatifs qu'il donne pour les crânes connus de Néanderthal et de Spy ne sont pas ceux de la notation française. Il peut vous sembler oiseux que j'insiste sur un tel détail ; mais cela tend à confirmer la critique qu'au début je faisais de l'interprétation trop servile des données numériques en zoologie. Il y a longtemps qu'on a tenté de parer à ce défaut. A tous les Congrès, on propose une entente internationale pour l'unification des mesures crâniométriques. A Monaco, en 1906, on est revenu sur ce sujet. Les points de repère sont si peu précis que chaque Ecole les choisit à son gré. A

Francfort, on avait établi une convention; elle n*a déjà plus cours. En France môme il y a des divergences dans les méthodes de mensuration. Comment, dès lors, arriver à un rapport exact, surtout si Ton considère que les crânes étudiés sont toujours si abîmés qu'ils nécessitent des restaurations, quelquefois même de véritables reconstructions?

Quoi qu'il en soit, la paléontologie permet d'attribuer la station de Krapina au paléolithique inférieur. Elle est très ancienne, car elle correspond à une faune chaude. Son industrie est moustérienne, ce qui vient encore corroborer le bien fondé des remarques que M. Boule a faites à la Grotte du Prince et son rapprochement du Ghelléen et du Moustérien.

Le type de Krapina semble être un type voisin de Spy- Néanderthal. Il n*est donc pas caractéristique d'une race spéciale. On ne peut y trouver aucun enseignement sur la migration des races paléolithiques.

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