‹ Les radesChapitre 11 sur 47 · LE TREFLE A QUATRE FEUILLES · texte numérisé non relu

LE TREFLE A QUATRE FEUILLES

Pour que le médaillon se vide el que l'amour S'échappe de mon àme éprise,

Il faudra, d'une main brutale et folle, un jour, Coeur et médaillon, qu'on vous brise !

Au bord du fleuve

COMME une vivante élégie, Fragile et mince, songe et fleur, Vous m'apparûtes par magie Au seuil grave de ma douleur.

Etait-ce illusion ? Etait-ce Réel ? Mon cœur bondit à voir Se profiler votre sveltesse Sur le grand ciel pâli du soir.

AU BORD DU FLEUVE 5l

là le parfum des proches roses,

Le ciel si beau, le soir si doux,

Toute la volupté des choses *

Soudain se fondirent en vous.

Debout sur la berge du fleuve, Vous me résumiez tout cela.

Et je suis sûr qu'une âme neuve Date en moi de cet instant-là.

Et, comme aux lointaines terrasses On aperçoit, d'un vol tremblant, Se poser les colombes lasses Sur des femmes de marbre blanc.

Je vis, avec des grâces souples Et des battements d'ailes fous, Je vis, éperdument, par couple^, Mes rêves se poser sur vous !

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JE VOUS vis au sortir de la messe, en été, Et ma tendresse alla vers vous, mademoiselle, Comme vers Marguerite, ange déjà tenté, La tendresse de Faust rajeunissant pour elle.

En corsage écossais et sous un canotier,

Vous aviez un exquis petit air doux et sage

Qui faisait, quand ils vous croisaient dans le sentier,

Se retourner les gens après votre passage.

Le matin rayonnait dans un joli ciel clair ; L'heure sonnait sur nous l'espérance et la joie ; Songeuse, vous alliez du côté de la mer Sou.^ le balancement d'une ombrelle de soie.

Et les charmes étaient par vous multipliés Du paysage un peu voilé de brumes roses, Et, svelte, sur les bleus lointains vous sembliez La vivante harmonie où s'accordaient les choses.

Au sortir de la messe, un dimanche d'été,

Ainsi je vous suivais par le sentier des grèves,

Et, fêtant mon amour avec votre beauté,

Des sons de cloche au loin passaient comme des rêves !

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Voulez-vous ?...

DéjA l'automne a fui ; demain, voici l'hiver. Le soir tombe ; un adieu sanglote au bord des routes, Et dans l'obscurité les chansons meurent toutes. Qui fêtaient le beau mois de mai puissant et vert.

Pourtant le ciel n'est pas entièrement couvert, Un peu d'azur encor demeure au fond des voûtes Sous lesquelles mon cœur tremblant erre aux écoutes, Car vous m'avez souri, vous de qui tout m'est cher.

VOITLEZ-VOLS ?... 55

Avec novembre meurt le dernier chrysanthème : Voulez-vous qu'un printemps naisse de notre amour, Et que, par un subtil et tendre stratagème,

Nos deux coeurs soient fleuris depuis des mois, le jour

Où les premiers lilas égaieront le ciel blême ?..

Il y a si longtemps qu'on ne m'a dit : « Je t'aime ! »

Aurore

LE ciel a dégrafé le lourd manteau de nuit Qui pesait depuis hier sur ses vastes épaules Le jour en frissonnant s'éveille entre les pôles ; Et, voici que dans l'est souriant monte et luit, — O fraîcheur des matins que l'avril fait éclore, — L'épanouissement rose et blond de l'Aurore ! Regardez ! regardez ! Au bord du ciel lointain Fleuri comme un mystique et lumineux jardin, La clarté rose et blonde encor grandit, pareille Au fantastique flux de quelque mer vermeille ;

AUPOPE

Et, tout à coup, sortant des havres du matin,

Vers le large du ciel le soleil appareille !

O Nature, debout devant toi, regardant

Ton soleil glorieux et sanglant qui se lève,

En cette jeune fille blonde au cœur ardent.

Une autre Aurore est là, qui te contemple et rêve.

La Forêt

FORET verte en mai, ce tut pour avoir, Dans les mois de sève où craque l'écorce, A ton ombre appris la joie et la force, Que l'homme a teinté de vert son espoir.

Forêt de béril, de rubis ou d'or,

Nous eûmes toujours légende pareille ;

Au cœur de tout homme un Rêve sommeille,

Au cœur de tout bois une Belle dort !

Épithalame

A Georges et à Marguerite Lemarchand

ILS se sont épousés au déclin de l'année, Dans la saison d'ennui., de tristesse et de mort ; Mais qu'importe à l'amour, victorieux et fort. Que la feuille en tombant cache la fleur fanée !

Au-delà des saisons dont la course est bornée, L'Amour qui fait leur joie emportera leur sort, Car l'horloge éternelle au fond du ciel s'endort Quand pour l'âme de l'un l'âme de l'autre est née.

6o LES RADES

La barque est désormais à l'ancre dans le port ; Us peuvent, de bonne heure ayant clos leur journée, S'entrelacer les mains devant la destinée,

Libérés de l'attente, affranchis de l'effort, Et pareils par l'espoir où leur âme se fonde, Malgré que l'un soit brun et que l'autre soit blonde.

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Janua Gaudii

JE compare parfois, jeune fille, tes yeux A des portes de joie ouvertes sur le monde. Par où tes rêves, beaux comme de jeunes dieux, Prennent leur course vagabonde.

Comme au ciel d'un rayon suprême traversé Persiste, aube du soir, une lueur dernière, Partout, ô jeune fille, où ta grâce a passé, II demeure de la lumière.

El partout, jeune fille, où ton sourire clair. Tel qu'un petit oiseau délicieux des Iles, Repose, éblouissant et vif comme l'éclair, Le vol de ses ailes subtiles,

Partout le cœur s'émeut, fleurit ou refleurit. L'espoir chante, la fleur s'entr'ouvre, le ciel brille, Partout où la caresse en suspens s'attendrit De ton sourire, ô jeune fille.

De même les premiers soleils, après l'hiver. Chauffant les arbres de Judée aux troncs moroses. Font surgir de leur bois qui ne semblait plus vert Un peuple inattendu de roses!

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La Savoyarde

Cor Jesu saeratissimurn, miserere nohis.

Au père Ubald d'Alençon.

DOMINANT la clameur énorme de Paris, Voix claire de l'espoir, voix grave du reproche, Ayant en elle tous les chants et tous les cris, Françoise-Marguerite a sonné, bonne cloche.

Au-dessus de Paris qui pleure, elle a pleuré Sur le remords, l'inquiétude et la détresse ■Des hommes dont le cœur sans foi s'est égaré ; Et sa voix Içur a mis au cœur une allégresse.

Au-dessus de Paris qui souffre, elle a souffert Parmi le venl d'automne et dans le soir qui tombe, Et, devant tous les yeux mouillés il s'est ouvert. Le ciel où palpitaient ses ailes de colombe.

Au-dessus de Paris qui chante, elle a chanté La résurrection des croyances perdues ; Sa voix où prêche l'éternelle Vérité Réveillera toutes les voix qui s'étaient tues.

Ah ! pleure, souffre, chante et prie ! Et fais des cieux Descendre les divins Alléluias, balance Tes sons sur le Paris qui pèche, -et sur tous ceux Qui vagabondent dans la nuit, sans espérance !

Janvier i 8gg.

A une mère

O l'amour d'une mère ! — amour que nul n oublie Pain merveilleux quun dieu partage et multiplie ! Victor Hugo.

NE l'accoutume pas à tes baisers, ô mère, Le fils qui boit la vie à tes seins familiers. Et garde que tes bras, beaux et souples colliers, N'attardent à son cou leur caresse trop chère.

Hélas ! Vous n'êtes pas l'un à l'autre liés,

Et c'est l'inéluctable loi qu'une heure amère

Sonne où l'enfant grandi s"en va vers la chimère :

Les fruits, quand ils sont mûrs, tombent des espaliers!

t)t> LES RADES

Et pourtant, au sortir de ton étreinte, ô mère. Ta tendresse plus que jamais est nécessaire A ton fils ; le désir de tes bras le reprend

Juste à l'heure où la vie implacable l'en sèvre, Et l'exilé presse à deux mains son front, pleurant Le baiser qu'y mettait soir et malin ta lèvre!

Dans le Cimetière de Samt-B

rieuc

Et lux perj-eîua luceat eis.

A Gustave Béjot.

Ar bord d'un paysage clair.

Sur le penchant d'une colline Qui va de la ville à la mer.

Le doux cimetière s'incline.

Dans chaque ailée oij, noir essaim, Naguère encor priait la foule Des visiteurs de la Tous-airt, Le Jong fleuve du soir s'écoule.

Plus de prière ni de chant; Seul, un son de cloche s'élance.

L'ostensoir du soleil couchant Effleure la mer en silence.

A l'orient tremblent un peu Les mâts des navires à l'ancre ; Et le croissant, qui monte, échancre La robe de l'horizon bleu.

... Et voici, fraternel échange, Que les morts, dans la fin du jour, r^rient pour les vivants à leur tour, D'une lointaine voix étrange.

Des sanglots sortent de partout, Au travers de la terre lourde ; Pas une tombe, ce soir, d'où Leur lamentation ne sourde \

Où tout à l'heure les vivants Priaient parmi les chrysanthèmes.

Maintenant bruit dans les vents La prière des morts eux-mêmes.

DANS LE CIMETIEPr: DE SAl NT-BR lELC fjQ

Et le chant triste, le doux chant, — Tandis qu'une lueur dernière Ensanglante encor le couchant, — Plane au-dessus du cimetière

Dont la haute croix fait songer.

Granit qu'animent les colombes,

Au seul, à l'éternel berger

Gardant le blanc troupeau des tombes !

y*'" novembre i 8q8.

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