‹ Les radesChapitre 12 sur 47 · MUSIQUES · texte numérisé non relu

MUSIQUES

La musique souvent me prend comme une mer'. Charles Baudelaire,

Les tiiganes jouaient un air Sombre, pensif et monotone, Pareil aux clameurs de la mer Sous Us crépuscules d'automne.

Jean Lahor.

A Rcnc Lenormaud.

Menuet

Au Trio Chaigneau.

C'est un décor exquis et coquet de W'atteau. Par la fenêtre ouverte au front noir d'un château Qu'entoure un grand jardin galant à la Française, Galante aussi, la lune entre et, sur le front, baise Une musicienne assise au clavecin.

Sous ses doigts fuselés s'évoque le dessin Vieillot d'un air dansant Louis-Quinzième, pavane Ou menuet, musique pâle et diaphane

.Dont l'àme exténuée au fond d'un rêve fuit...

Et, dans le grand jardin français baigné de nuit

Où le printemps célèbre avec les fleurs ses noces,

Frais, pimpants comme pour monter dans les carrosses

Du Roy, poudrés ainsi qu'aux fêtes de la cour,

Les arbustes tout blancs, taillés avec amour,

Aux sons du clavecin voltigeant dans la brise

Semblent à chaque instant attendre la reprise

De l'air de plus en plus grêle e,t diminué,

Pour esquisser un pas furtif de menuet...

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Musique dans le soir

EN été, par les soirs alanguissanis où l'âme Des choses dans un grand amour confus se pâme, On ne sait quel orchestre épars sous le ciel bleu Joue en sourdine un air doux et tendre d'adieu. Sérénade des bois, des vallons, des collines. Dont le chant triste emplit d'émotions divines

Les poètes épris de la beauté du soir

— Et, dans le ciel, ce sont, délicieux à voir

yb 1-ES RADES

Voleter en essaims tournoyants de chimères, Ce sont les nuageux, les frêles éphémères, Qui font, en se jouant au dessus des gazons, Frissonner parmi Tor pâli des horizons D'où la lune, pareille à quelque fleur, émerge. Cordelettes d'argent, les longs fils de la Vierge

Un air de flûte

UN air de flûte dans la nuit, Mélancolique, doux et tendre, Trace l'harmonieux méandre D'un ruisseau sonore qui fuit.

Sous les étoiles ce seul bruit Que j'écoute sans le comprendre Un air de flûte dans la nuit.

Mélancolique, doux et tendre

Chanson qui berçais mon ennui, Nul verbe ne pourra te rendre !

Qu'importe ! J'ai pleuré d'entendre Ce chant lointain qui me poursuit :

Un air de flûte dans la nuit !

Musique dans la rue

A Frédéric Blin.

ILS sont là deux chanteurs arrêtés dans la rue Autour de qui la foule un instant s'est accrue : Ouvriers las, venant des durs labeurs lointains, Commis pauvres humant le soir d'été, trottins Qui gagnent vingt-cinq sous chez les grandes modistes. Et tous, jeunes ou vieux, visages gais ou tristes. Épris de rêve et d'idéal sans le savoir. Ecoutent dans le calme et la douceur du soir,

So LES RADES

La romance d'amour naïvement touchante.

Qu'un des musiciens d'une voix fausse criante

Tandis que l'autre racle un violon usé.

El, chaque fois qu'un des couplets prend fin, grisé

Par l'air sentimental et les tendres paroles,

Ce peuple au cœur insouciant, aux lèvres folles,

Unit toutes ses voix pour chanter le refrain ..

Car on vit de chansons autant qu'on vit de pain.

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La Voix

A Madame Georges Collier.

C'est un soir dont l'adieu palpite sur les roses ; L'ombre, de son baiser de sœur, ferme leurs yeux, Et le jardin s'endort, ô nuit calme, où tu poses Mélancoliquement tes pieds silencieux.

L'heure est mystérieuse, inquiète et touchante. Etant faite, on ne sait, de ténèbre ou de jour. Et voici tout à coup, là bas, qu'une Voix chante, Où souffle un ouragan de colère et d'amour.

Elle évoque un lointain pays magique, une ile

Fabuleusement belle et riant au soleil,

Vers qui ma nostalgie appareille et s'exile

Sur des nefs s'enfuvant dans le couchant vermeil.

Elle évoque des clairs de lune sur les marbres D'où jaillissent, suivant un rythme fier et beau, Grêles et droits, mêlés au jeune élan des arbres, Ces lys épanouis en perles, les jets d'eau.

Elle dit lé symbole antique des légendes ; La marche des héros et des poètes vers L'aventure d'amour qui fait les âmes grandes, La lyrique splendeur où se hausse le vers.

Elle charrie en elle un flot de sang, les fièvres Du Désir idéal qui ne peut s'apaiser.

Et c'est le chant divin, le rouge chant des lèvres Qui s'unissent dans la fureur d'un long baiser.

Aimez la \'ie ! Aimez TAmour ! Elle rend ivre, La beauté de ce chant qui fait se pâmer l'air ; Écoutez cette Voix qui nous enseigne à vivre Pour adorer la Femme et le Ciel et la Mer 1

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