LA VOIX
Madame, vous chantiez, impérieuse, ardente, Et je pleurais ! Frissons, murmures, à la fois Cris et flammes, l'enfer, le paradis de Dante, Toutes les voix n'en faisant qu'une : votre Voix!
Ah ! comme vous savez sur l'aile de la note
Faire monter le mot sonore éperdûment,
Et, quand Schubert gémit, ou quand Schumann sanglote,
Crucifier nos cœurs d'un sublime tourment !
Quel élan, quelle fougue et quel feu sombre ! Comme • Vous donnez de la vie aux sons et comme on sent Toute la joie et toute la douleur de l'homme Rire et pleurer dans votre inoubliable accent !
Et le musicien, Madame, et le poète Vous disent, à genoux, merci d'être pour eux La Voix, l'envol du verbe ému, ce qui complète L'œuvre où s'est attardé leur effort douloureux ;
Car ainsi qu'un vaisseau cinglant à pleines voiles Vers le port qui s'abrite au creux des horizons, Votre Voix, vers le havre espéré des Etoiles Nolise l'Idéal sur l'océan des Sons !