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SCÈNE PREMIÈRE

BRIZELX, seul.

BRiZEUx, en voyageur, un bâton à la main.

Arzannô ! Bois! Vallons!

// se découvre.

Pays où se complut Ma pure alïection d'enfant rêveur, salut ! Fils ingrat, je t'avais délaissé pour les villes Où les cœurs sont flétris et les âmes serviles. Pardonne à ton poète : il revient de Paris, L'àme en fête et de toi plus que jamais épris.

// respire fortement et longtemps.

Ah ! le bon air ! L'odeur suave !

(Q4 LES PADES

Un silence.

Est-ce un vertige Qui me gagne ? J'éprouve un trouble étrange !

Portant la main à son front.

Où suis-je Arbres, rochers, ravins, vous m'êtes familiers ; Mes souvenirs d'enfance à vous tous sont liés.

Se tournant l'ers le pont.

Voilà le pont Kerlô ! C'est bien le paysage

Qui demeurait en moi, là-bas, comme un visage

Au fond d'un cœur où vit le culte du passé 1

Je le retrouve tel que je l'avais laissé,

Rien n'est changé de tout ce que j'aimais : les saules

Où les enfants du bourg viennent couper des gaules

Penchent toujours leur chevelure au bord de l'eau,

Et ce feuillage blanc est celui du bouleau

Où je gravai ton nom avec le mien, Marie !

Sur les berges la même aubépine fleurie

Neige ses frais bouquets au vent du même avril,

Et sous le même pont de bois l'eau vive, au fil

De laquelle pendaient nos pieds, parmi la mousse.

Coule toujours avec la même plainte douce !

AU PONT KERLÔ K^D

Perdu dans son râpe.

Marie ! Ah ! mes amours de quinze ans ! C'est ici,

A l'âge où le front vierge ignore tout souci,

Que tes beaux cheveux bruns et tes calmes prunelles

Ont fait naître mon cœur aux grâces éternelles

D'un amour dont il reste à jamais parfumé ;

Et c'est ainsi qu'en moi ta main frêle a semé

Des fleurs, au gré de ta naïve fantaisie,

Qui devaient devenir des fleurs de poésie !

Bruyères aux grelots de pourpre, genêts d'or

Au calice desquels tout le soleil s'endort,

Digitales, bleuets, verveines, ancolies.

Pour tromper mon absence et mes mélancolies.

Toutes, pieusement, je les entremêlai,

Et ce bouquet de fleurs du Scorff et de l'Ellé,

Je viens te l'apporter sous la forme d'un livre,

O Marie, où j'ai fait tout le passé revivre !

Ouvrant un livre qu'il vient de tirer de sa poche et le feuilletant.

O livre cher, écrit pour l'enfant du Moustoir,

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