‹ Les radesChapitre 8 sur 47 · JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

JEUNES FILLES

Jeune fille ^ la grâce emplit tes dix-sept ans.

Ton regard dit : « Matin », et ton front dit : « Tr intemps » /

// semble que ta main porte un lys invisible.

Don Juan te voit passer et demeure impassible.

Victor Hugo.

A Madame Jeanne Perdriel-Vaissière.

Les trois soeurs

A mes nièces Magdeleine et Suzette.

CE soir où Paris dort sous la stupeur de juin, Mon âme au vent de la mémoire ouvre ses voiles Et vogue vers un ciel occidental, très loin, Là-bas, quand, par des soirs pareils, l'odeur de foin Embaume immensément le champ bleu des étoiles.

Angèle, Marguerite et Marthe, toutes trois Rieuses et portant au front de la lumière, Dans le même décor intime qu'autrefois, Charme du vieux logis breton, je vous revois, Et mille souvenirs m'enlacent comme un lierre.

Marthe, assise parmi les roses, dit des vers D'une voix lente et grave et qui glisse, en sourdine, Par des chemins de lune incertains et divers, Insinuant dans les calices entr'ouverts Un peu de la divine âme de Lamartine.

Marguerite, aux cheveux de qui le soleil luit, S'en vient à pas pressés, active et familière, Faire à ses chers oiseaux la toilette de nuit, Et c'est plaisir de voir comme va, sans un bruit, Cet oiseau voltigeant autour de sa volière.

Angèle chante et rêve et regarde ses sœurs. Pensive avec des yeux profonds de velours sombre. Et, fleur vivante qui s'incline sur des fleurs. Aspire les parfums et goûte les douceurs De toute la caresse innombrable de l'ombre.

Angèle, Marguerite et Marthe, ainsi, ce soir, Vers vous mon souvenir de poète se penche, — Et, telles que, jadis, au seuil du jardin noir Je vous vis,— longuement s'attendrit à revoir Votre triple lueur harmonieuse et blanche.

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