CHAPITRE L
Jean-Joseph de Rafélis, Comte de Biioves et de Saint-Roman ;
Lieutenant général des armées navales ;
Colonel du régiment de Marseille du corps royal de la marine ;
Grand'Croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis ;
Chevalier de Cincinnatus.
J^Tfjean- Joseph de Rafélis, comte de Broves et de Saintq ff Roman, fut le fils aîné de noble Joseph-Barthélémy |Lj|j? de Rafélis, seigneur de Broves et de St- Roman, et de dame Anne-Marguerite de Glandevès Castelet, dame de Broves et de St-Roman. Il naquit au village de Broves, près Draguignan, en Provence, le 8 juillet i^i5. 11 l'ut baptisé dans l'église du lieu, et il eut pour parrain, noble Joseph de Rafélis, seigneur de Broves, son grand-père ; et pour marraine, « Madame Marie de Flotte d' Agonit, dame baronne de Glandevès Castelet, son aïeule maternelle. ))
Les souvenirs de la jeunesse de Jean-Joseph ont été
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effacés par le temps ; nous n'avons que des conjectures relativement à son éducation première ; nous pensons qu'il fit la plus grande partie de ses études à Brovès, sous la direction de son père, qui se faisait aider dans ce travail par un ecclésiastique, dont la signature se voit sur tous les actes de baptême des enfants de Joscph-Barthéiemy, et qui signe : Blanchet, vicaire ; ce digne prêtre figure dans les registres du village de Brovès depuis 1716 jusqu'en 174°- Dans la suite, monsieur de Brovès, appela à son aide des ecclésiastiques, spécialement chargés de l'éducation de ses nombreux enfants ; nous trouvons le nom de l'un d'entr'eux au baptême de Claude-César, le plus jeune des fils de M. de Brovès, en 1737; il signe : Bernard, ecclésiastique. Enfin, Jean-Joseph compléta vraisemblablement ses études au collège des Pères de la doctrine chrétienne à Draguignan ; il entra dans la marine à l'âge de i5 ans ; il fut nommé garde de la marine le 3i janvier 1730. Il fît d'abord nombre de campagnes comme officier subalterne ; dès 1744 il était chevalier de Saint- Louis, et capitaine au régiment de la marine : il est ainsi qualifié dans les registres de l'état civil de Draguignan.
(( 27 janvier 1744* noble Jean-Joseph Raphélis de Brovès, chevalier de St-Louis, capitaine au régiment de la marine, est parrain au baptême de Jean- Joseph Cala, fils de Jean-Joseph Cala, chirurgien. Signé : Saint-Roman Brovès (1). »
En 1746, « messire Jean- Joseph de Rafélis de Saint- Roman, capitaine de grenadiers au régiment de la marine, fut témoin du testament de noble Melchior de Raimondis, le 16 janvier 1746 (2). »
Les états de service de Jean-Joseph, extraits des archives du ministère de la marine, portent qu'il fut nommé enseigne de vaisseau le Ier juillet 1735, et lieutenant de vaisseau le Ier janvier 1746.
(1) Etat civil de Draguignan, folio 115, 1744.
(2) Archives du Var, Insinuations, 1729 à 1748, folio 854.
11 commanda une galère sous les ordres de son amiral, en 1^53 ; en 1754, il commanda comme lieutenant de vaisseau, la frégate la Hardie. Le 29 septembre 1754, il se trouvait au Havre, comme capitaine de compagnie, et reçut ordre de rejoindre son département de Toulon.
« 29 septembre 1754. Département de Toulon. Ordre à M. Jean- Joseph Rafle lis de Broves, lieutenant de vaisseau, et capitaine de compagnie en quartier au Havre, de se rendre à Toulon, du Havre où il est (1). » Mais il parait qu'il retourna de Toulon au Havre, ou que l'ordre qui lui avait été donné de se rendre à Toulon fut annulé, car en 1755 nous le retrouvons au Havre : « Département de Toulon. Ordre à M. Jean-Joseph de Raflelis de Broves, lieutenant de vaisseau, capitaine de compagnie, en quartier au Havre, de se rendre à Toulon, du Havre où il est
Il fut nommé capitaine de vaisseau en 1756 (i5 mai 1756) (3), et commanda la Minerve pendant onze mois, de 1757 à 1758. En 1762, il fut détaché de l'escadre de Toulon ; avec le vaisseau le Sagittaire, sur lequel était son pavillon de commandant, avec une frégate et un chébec, il fut envoyé en croisière dans l'Archipel, contre les pirates grecs et barbaresques.
Pendant les troubles qui agitèrent l'Europe depuis 1743 jusqu'en 1747» il a fait toutes les campagnes des escadres unies d'Espagne et de France. Etant lieutenant de vaisseau à bord de la Flore, commandée par le futur amiral Bompar, il assista à toutes les croisières de l'escadre de Toulon, sous les ordres du lieutenant-général de Court, dans la Méditerranée ; et notamment il prit part au combat naval, qui se livra dans les eaux de la Ciotat, sur Les côtes de Provence, et dans lequel la marine française vint si à propos au secours de la marine espagnole, qui allait
(1) Archives do la Marine.
(2) Archives de la Marine.
(3) Archives do la Marine.
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être fort endommagée par les attaques des vaisseaux anglais. Ces derniers avaient vent en poupe, tandis que les vaisseaux espagnols ne pouvaient manœuvrer que pour fuir. A cette bataille navale, assistait aussi l'oncle de Jean-Joseph, le chevalier de Glandevès, qui commandait le vaisseau le Zéphir. Cette bataille navale offre cette singularité, qu'elle fut livrée de part et d'autre, avant la déclaration de guerre qui n'eut lieu que le i5 mars 1744» tandis qu'on s'était battu le 22 et 23 février.
Jean-Joseph navigua ensuite, toujours sur la Flore, dans les petites escadres que l'on forma pour donner de l'occupation à l'amiral anglais Mathews. La frégate la Flore, et la barque V Hirondelle, convoyées par le vaisseau VHeureux, commandé par M. de Vaudreuil, se dirigèrent au mois de juillet 1744* vers les îles St-Pierre, d'où elles firent route vers le Levant, pour favoriser les commerçants, gardés d'ailleurs par le vaisseau VHeureux, dont la mission était de croiser dans le canal de Malthe ; M. de Glandevès avec le Zéphyr, le Tjrgre, YEole, le Ferme, fut envoyé aux îles d'Amérique (1).
Le a9 décembre 1753, Jean- Joseph de Broves reçut de son père une dotation destinée à l'aider à se soutenir dans sa carrière, et à figurer avec honneur parmi les officiers de la marine. « 29 décembre 1753, donation de la terre et seigneurie de Broves et de St-Roman, faite par messire Joseph-Barthélémy de Raphélis, chevalier, seigneur de Broves et de St-Roman, en faveur de messire Jean-Joseph de Raphélis, chevalier de St-Louis, lieutenant de vaisseau, capitaine des compagnies franches au département de la marine, son fils aîné, qui est émancipé (2). »
Jean-Joseph fut nommé capitaine de vaisseau, ayant rang des brigadiers ez armées, le 25 mars 1765(3).
(1) Le Courrier d'Avignon, numéro du 7 juillet 1744. {2) Insinuations de la sénéchaussée de Draguignan, dotations, 1753-1754, folio 9. Archives du Var.
(3) Archives de la marine, états de service.
LES RAFÉLIS 8l
En cette qualité, il commanda le Protecteur, sur lequel le prince des Listenois avait son pavillon; il fut, en même temps, capitaine de pavillon du prince, et commandant en second de l'escadre. Cette nomination fut demandée pour lui, par deux ofliciers généraux les plus recommandables.
Le commandeur de Glandevès, lieutenant-général des armées navales, écrivait au ministre de la marine, le i3 février 17G6 :
«... J'ai un neveu, fils de ma sœur, nommé M. de Broves, qui se trouve bientôt à la tète des capitaines de vaisseau, qui ne demande pas mieux que de servir. Gomme suivant toute apparence, des armements vont avoir lieu au port de Toulon, je vous supplie de donner à M de Broves, le commandement d'un des vaisseaux, qui pourront être armés. Cela le mettra à môme de vous faire sa cour, de remplir ses devoirs, et de mériter les grâces de Sa Majesté.
« Signé, Gh. de Glandevès. (1). »
Le chevalier de Glandevès mourut bientôt après avoir écrit cette lettre, qui parvint toutefois à son adresse, car elle existe encore au ministère de la marine. Mais la mort de M. de Glandevès ne fut point pour M. de Broves un malheur irréparable, puisque quelques jours après, le commandeur de Raimondis d'Eoulx, écrivait encore au ministre :
« J'ose vous demander vos bontés et votre protection pour M. de Broves, capitaine de vaisseau, pour obtenir le commandement d'un vaisseau, ou d'une frégate, si le roi en fait armer au printemps prochain ; cet officier vous est connu par ses services ; et ses commandements de la frégate la Minerve, en 1767, et du Sagittaire, dans la dernière escadre, commandée par M. de Bompar, vous assurent que c'est moins le désir que j'ai de lui rendre service, que celui de vous présenter un excellent sujet, qui est à la tôte des capitaines de vaisseau, et qui veut
(1) Archives de la Marine.
8ij UNE FAMILLE DE PROVENCE
tâcher de mériter de plus grandes grâces. C'en serait une pour moi, si vous vouliez bien avoir égard à l'intérêt que je porte à cet officier, pour lui-même, et pour le respect que j'ai à l'égard de la mémoire du chevalier de Glandevès, son oncle, mort lieutenant-général des armées navales. Ma reconnaissance égale le respect infini, avec lequel, etc. « Signé: De Raymond d'Eoulx. » (i).
En 1767, M. de Broves, sous les ordres du prince de Beauveau, fut chargé d'une mission de confiance. Il s'agissait de visiter avec soin toutes les côtes du Languedoc, afin de juger de la possibilité d'y établir un port de guerre. M. de Broves s'acquitta de cette importante tâche, il parcourut tout le littoral, depuis Marseille jusqu'à Cette ; désigna le point qui lui parut le plus apte à devenir un port de guerre ; il dressa des cartes et des plans ; il rédigea des mémoires, qui doivent exister encore au ministère de la marine. Le tout fut mis sous les yeux du roi, dont la satisfaction fut si complète, qu'ayant en ce moment des vues et des projets sur l'île de Corse, il crut devoir mander M. de Broves à la cour, « pour recevoir les instructions sur les plans que Sa Majesté avait formés sur l'isle de Corse. » (1).
Campagne de Corse
Il ne s'agissait de rien moins que de la conquête de la Corse, qui, depuis 1744» avait essayé successivement de s'ériger elle-même en royaume avec Théodore, puis en république avec Paoli, puis en colonie anglaise, avec les émissaires de la Grande Bretagne.
Pour cette expédition, j'allais dire pour ce coup de main,
(1) Archives de la marine.
(2) Lettre de M. le comte de Broves, archives de la marine.
l'on réunit secrètement à Toulon, des troupes de débarquement, et l'on prépara une escadre. Le marquis de Chauvelin fut mis à la tête des troupes, et eut le commandement en chef. M. de Broves, capitaine de vaisseau, ayant rang de brigadier ez armées, reçut le commandement de l'escadre.
L'escadre était ainsi composée : le vaisseau la Provence, monté par le commandant de l'escadre; le vaisseau le Sagittaire, commandé par le chevalier de Fabry ; V Engageante, commandée par le chevalier de Modène ; la frégate la Mignonne, commandée par M. de Venel ; le chebek le Caméléon, commandé par M. de Gaujac ; le vaisseau le Séduisant, commandé par M. d'Albert de Rions ; la frégate la Sultane, commandée par M. de Sade ; la frégate La Topaze, commandée par le chevalier d'Albert de Saint-Hippolyte.
Monsieur de Broves lui-même, raconte sa campagne de Corse, dans les lettres qu'il écrivit au ministre, pour le tenir au courant des événements de l'expédition ; toutes ces lettres, qui ont été mises, en leur temps, sous les yeux du roi, de son conseil, et de ses ministres, ont été retrouvées au ministère de la marine ; nous n'avons qu'à les transcrire, car mieux que tout ce que nous pourrions dire, elles feront à la fois connaître le caractère de l'homme et les opérations du général. Ces lettres sont adressées à Monsieur de Ghoiseul, ministre de la marine.
« En rade de Toulon, 26 juillet 1^68. »
w Monsieur le duc, j'ai fait sortir aujourd'hui les chebeks ; de peur que leur sortie ne tire à conséquence, les petits navires ont ordre d'aller jusqu'en vue de la Corse, pour surveiller ce qui se passe de ce côté.
« 6 août 1 y 68. — Nous sommes descendus dans le golfe de Saint-Florent. Le marquis deChauvelin s'est emparé de quelques tours élevées sur la cote. L'ennemi a abandonné le terrain, pendant la nuit. Je pars avec l'escadre, afin de
faire le tour du littoral, et pour canonner l'ennemi, partout où je l'apercevrai. En attendant, nous avons débusqué l'ennemi de toutes ses positions, et nous avons entièrement débarrassé le golfe de Saint-Florent. Ce golfe offre un bon mouillage pour les vaisseaux de guerre, il n'y a qu'à reconstruire les batteries et rétablir les forts ; dès lors, les vaisseaux surpris par le mauvais temps y seront en sûreté. »
« 7 août iy68. — J'ai l'honneur de vous écrire encore aujourd'hui, Monsieur le Duc, pour vous signaler l'approche d'une escadre anglaise, et je viens vous demander vos intentions sur ce que je dois faire. Faut-il éviter les Anglais ? Cela serait honteux, en temps de paix surtout. Dois-je les attendre, et savoir ce qu'ils veulent ? Cela pourrait être dangereux, car l'escadre anglaise dispose de forces supérieures. J'attends avec impatience les ordres qu'il vous plaira de me donner. »
« 2 y août ij68. — J'ai l'honneur, Monsieur le Duc, de vous communiquer les ordres de service que j'ai cru devoir établir dans l'escadre. J'ai également l'honneur de vous rappeler que nous avons besoin de vivres, et qu'il serait bon de mettre à notre portée des dépôts de vivres. J'ai également le devoir de m'excuser de n'avoir pas toujours tenu compte de vos commissions et instructions ; car il est quelquefois impossible d'exécuter à la mer, ce qu'on désirerait.
« Nous avons eu un coup de vent, qui a dispersé la flotte ; ce sont des événements que toute la prudence humaine ne peut pas prévoir. Suivant vos instructions, j'ai fait embarquer les Jésuites d'Ajaccio, et j'ai ordonné à la Mignonne de se rendre à Bonifacio pour embarquer les Jésuites, qui s'y trouvent, et de rejoindre ensuite la croisière. »
« 3 1 août ij68. — Je pense que Sa Majesté ferait bien d'acheter deux ou trois brigantins génois. Ces petits navires peuvent embarquer 6o hommes et porter des canons et des pierriers, et seraient suffisants pour détruire la petite
marine Corse, qui ne se compose que d'une galère. Paoli n'a que cette galère, et quelques autres petits navires ; les bâtiments de Sa Majesté sont tros gros pour cette besogne, et ils ne peuvent se rendre dans les petits golfes, ou criques, dans lesquels les petits corsaires barbaresques et Corses vont se réfugier. »
« 3o septembre ij68. — J'ai l'honneur, Monsieur le Duc, de vous informer d'un événement bien désagréabie et fâcheux, arrivé à Messieurs de Boade et d'Aimeri, lieutenants de mon vaisseau ; ils furent arrêtés hier au soir, sur les cinq heures un quart, à très peu de distance du camp, où ils avaient été se promener. Trois Corses armés firent feu sur eux ; M. de Boade fut blessé au bras ; ils coururent l'un et l'autre de toutes leurs forces, mais d'Aimeri, ayant eu le malheur de tomber après avoir fait une centaine de pas, fut rejoint, fut pris, dépouillé, et conduit à Paoli. Je n'ai su ce dernier détail que ce matin ; jusque là, je ne doutais pas qu'il n'eût été assassiné. L'oiïicier fut emmené au château de Corte, ou se trouve Monsieur le général de Paoli. »
(( 6 octobre iy68. — Je crains bien, Monsieur le Duc, que cette campagne n'ait pas tout le succès qu'on espérait, et que la journée du 5 septembre avait semblé nous promettre. La maladie plus que la guerre décime considérablement nos troupes. Je crois que toute la marine de Paoli est tombée, avec le désarmement de sa galère, qu'on m'a dit avoir été vendue à Livourne ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on n'en entend plus parler. J'espère que Messieurs de Modène et de Venel se débarrasseront en lin de leurs Jésuites et qu'ils viendront me joindre ici. »
« Octobre iy68. — La galère de Paoli, loin d'être désarmée, est toute prête à mettre à la voile, pour Yillefranehe. J'ai de suite détaché deux chebeks, pour lui donner la chasse, et la bloquer partout où ils la trouveraient.
<( Le mauvais temps éloigne quelquefois les croiseurs, et si malheusement il atterrit quelque bâtiment, je vous supplie de croire qu'il n'y a pas de ma faute, ni de celle des officiers, que j'emploie à cet effet. J'ai décidé de ne laisser ici qu'une seule frégate avec quelques petits bâtiments. J'ai l'honneur de vous demander le commandement de ces petits bâtiments, pour mon lieutenant Monsieur de Raimondis. Tout officier n'est pas propre à commander ces petits bâtiments ; il faut employer là des gens dont la santé et l'habitude de la mer concourrent avec le zèle et la bonne volonté. Beaucoup d'officiers demandent ce commandement, il n'y en a pas beaucoup cependant qui sachent commander. Je m'embarque sur le Roj'al-Roussillon , le 3i octobre 1768. J'ai l'honneur de vous soumettre un plan d'expédition sur l'Isle Rousse et sur la Balagne. Il me parait que toutes les mesures de terre et de mer qui sont adoptées, sont si bien prises, que rien ne saurait manquer. Cependant quand on dépend de la mer et des vents, on ne peut se flatter de rien. Tout se réduit à deux choses, le beau temps et le secret. »
« Ier novembre 1368. — Monsieur le Duc, j'ai le regret de vous informer que j'ai eu un bien mauvais temps ; j'ai été bien heureux de n'être pas sorti du golfe, car immanquablement tout mon convoi aurait été dispersé. »
« 20 novembre ij68. — Monsieur le Duc, notre plan n'a pas été plutôt arrêté qu'il. a été aussitôt connu de Paoli, qui tout de suite s'est porté sur la Balagne, ou sa présence a déconcerté nos projets. J'ai à vous faire connaître une jolie manœuvre exécutée par Messieurs de Boade et le chevalier de Glandevès. Ayant aperçu une felouque corse, qui se tenait au large, et semblait vouloir entrer dans un port, je fis voile pour lui couper le chemin. Dès qu'elle me découvrit, elle vira de bord, mouvement qui me la rendit de suite suspecte. Je mis immédiatement une chaloupe et un canot à sa poursuite. M. le chevalier de Glandevès commandait la chaloupe, et il
LES RAFÉLIS Sj
avait ordre d'amener la felouque. Pendant toute la nuit on chercha ce petit bâtiment, mais il avait disparu ; ayant supposé qu'il devait être au mouillage dans quelque havre, M. de Glandevès conçut le projet de l'aller enlever au mouillage. Pendant ce temps il aperçut un bâtiment que l'obscurité lui fit prendre pour la felouque désirée ; il vogue dessus, malgré la fusillade la plus vive, qui partait de tous côtés ; il aborda le bâtiment d'un côté, tandis que M. de Boade l'abordait de l'autre. C'était une tartane ; comme les Corses n'ont pas de tartanes, il ne voulut pas y mettre le feu, de peur de soulever des tracasseries. Après avoir exploré le havre, pour voir s'il n'y avait pas de navires, il manœuvra pour en sortir et me rejoindre. Tout cela s'est passé de notre part en silence, et sans tirer un seul coup de fusil ; ils en ont cependant essuyé beaucoup, et même plusieurs coups de canon. L'on n'a pas été aussi content des équipages que je l'aurais désiré. Cela n'est pas étonnant, le feu était très vif; nos batteries ne tiraient pas ; les premiers coups de fusil font toujours quelque impression sur cette espèce de gens. Nous n'avons perdu personne ; seul, un soldat d'artillerie a été blessé grièvement. »
« i3 décembre i y 68. — Il se parle encore de la galère de Paoli. Klle est à Livourne et elle est gardée et surveillée par M. de Saint-Nazaire. Si cette galère est commandée par un homme de tète, je crains bien qu'elle ne nous échappe. M. de Saint-Nazaire a pris toutes les dispositions nécessaires et l'on peut s'en rapporter à lui ; c'est un officier de la première classe, je n'en connais pas de plus instruit et de plus capable. Je suis persuadé que la galère de Paoli, et que les autres bâtiments, que nous avons imaginé appartenir à Paoli, ne sont autre chose que des barbaresques. Ces corsaires ont l'inconvénient de fouiller nos bâtiments, d'arrêter les napolitains qui nous apportent des \ ivres, et peut-être cle finir par nous
apporter eux-mêmes la peste. »
« 24 novembre 1 y 68. — Si la saison était plustraitable, je me douterais qu'on ait repris le projet de s'emparer de de la Balagna ; mais je chasse ça, comme une mauvaise pensée. Monsieur de Ghauvelin voudrait-il exposer l'escadre du roi au mois de décembre, sur une côte battue par tous les vents, et où dans trois semaines je n'ai pas eu 24 heures de beau temps ? Je ne puis le croire. Cependant je m'attends à tout : J'ai eu l'occasion de juger pendant cette campagne que les vaisseaux du roi et leur conservation, n'étaient pas regardés comme un objet bien intéressant ; je pourrais en citer des exemples. »
« 2 décembre 1 y 68. — Monsieur le Duc, j'ai l'honneur de vous informer que j'ai reçu des avis certains de nouveaux armements de Paoli. Une grosse felouque Napolitaine vient d'être armée à l'Isle Rousse, où elle s'était rendue sous quelque mauvais prétexte. Les gens de Paoli ont fait semblant de l'arrêter de force, mais ils étaient d'accord avec le patron, qui la leur a vendue et tout de suite elle a été armée ; on l'a vue sous voile mardi dernier. Ce bâtiment porte un canon de l'avant, 2 espingoles, 16 avirons, 3o ou 35 hommes d'équipage ; il croise depuis le golfe de Calvi jusqu'au golfe de Saint-Florent. Malheureusement, dans ces temps, les coups de vents sont fréquents, et lorsqu'ils nous éloignent, on a de la peine à revenir. »
« 4 décembre iy68. — Monsieur le Duc, j'ai l'honneur de vous demander un bâtiment de plus, car M. de Saint-Nazaire est toujours à Livourne et ne sait quand il reviendra nous rejoindre. »
« g décembre ij68. — Je suis obligé de prolonger mon séjour dans les eaux de la Corse, à cause de la nouvelle qui s'est répandue d'un nouveau mouvement de Paoli, qui veut faire passer du monde au cap Corse, et le faire soulever. On reçoit en effet, la nouvelle que Paoli veut faire passer du monde par mer au cap Corse. J'ai déjà détaché des navires pour aller s'opposer à ce mouve-
ment. La Mignonne est déjà en route. J'ai envoyé une felouque armée, fouiller toutes les baies et calanques. L'on n'a trouvé que deux bâtiments, qui étaient tirés à terre sur le sable ; j'y ai fait mettre le feu. Le plus gros tout neuf, pouvait porter 5o à 60 hommes. Je change tous les jours les équipages de la felouque ; c'est une espèce de bivouac de 24 heures, qui ne fatigue personne, qui ne coûte rien au roi, et qui habitue oilicier etsoldat, à se tenir sur ses gardes, et à savoir se passer des petites commodités des vaisseaux. »
« 18 Décembre. — Monsieur le Duc, M. de Ghauvelin m'a écrit que Paoli veut célébrer les fêtes de Noël, avec sa troupe, au cap Corse, et qu'il faut que l'escadre demeure autour de l'île vers ces fêtes Je suis bien éloigné de croire que M. de Ghauvelin veuille m'inculper ; mais sa campagne a été si malheureuse, il peut encore lui arriver des choses si fâcheuses, et il a si peu de notions de notre métier, que sans avoir la moindre volonté de me nuire, il n'aurait pour me perdre, qu'à rendre les choses comme il les voit ; si vous avez la bonté de vous mettre un instant à ma place, ma position est très critique ; j'ai servi, depuis quatre mois que je suis ici, avec une approbation générale, il serait bien fâcheux pour moi, que le moment de mon départ fut l'époque d'un mécontentement, et d'une plainte portée contre moi. »
Réponse de M. de Broves à M. de Ghauvelin
« Vous m'annoncez, Monsieur, une bien fâcheuse nouvelle, et il est bien malheureux qu'elle me soit parvenue, après le départ ou l'éloigneinent de tous nos bâtiments, qui devaient, ainsi qu'il avait été convenu, le l3 novembre 17O8, être désarmés à Toulon. Je dois vous dire, (railleurs, que si des bâtiments Corses existent réellement, ce dont je me persuade diilicillement, il est en cette saison morale-
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ment impossible de les empêcher de passer. La nuit ils suivront la côte, et auront abordé le cap Corse avant que je m'en sois douté. Les coups de vent trop fréquents nous empêchent de nous tenir assez près de terre. Il faut d'ailleurs rentrer à Toulon avant la fin de décembre. Je ne mériterais pas que le roi me confie des vaisseaux, si je les exposais à périr. J'ai même pris beaucoup sur moi, en retardant mon départ ; en agissant ainsi, je vais contre les ordonnances. C'est un sacrifice que je vous ai fait, et une grande marque d'attachement que je vous ai donnée. »
« 24 décembre 1368. — Les Corses ont une felouque armée à Ajaccio, une autre à l'Isle Rousse ; ils ont, en outre, des bateaux, qu'ils tiennent à terre, et qu'ils mettent à la mer quand l'occasion l'exige . Il me parait que l'on devrait ordonner que tous les bâtiments, qui passent devant la Corse, soient escortés. La felouque Corse d' Ajaccio a enlevé une tartane chargée de poudre, et une autre qui portait des officiers en France ; il est vrai que la tartane n'était pas armée ; les officiers et sergents avaient bien des fusils et des cartouches, mais les fusils étaient sans baguettes, et les cartouches sans balles. Cela ne peut pas s'imaginer : il n'y a cependant rien de plus vrai, malheureusement. Les patrons des barques, complices des Corses, avaient averti ces derniers. Voilà pourquoi je crois qu'il serait bon d'escorter toutes les tartanes et barques devant passer dans les eaux de la Corse. La prise de la tartane chargée de poudres fait un si grand vide dans la poudrière de l'armée, que le général m'en demande. J'espère que vous ne désapprouverez pas que je lui aie donné toute celle qui m'était inutile. »
« Toulon, 3o décembre ij68. — Je désire que Monsieur le Duc soit content de ma campagne ; j'ai toujours été au bien du service. Vous m'avez promis de m'employer tout le temps que durera l'expédition en Corse. Si j'étais assez malheureux pour que vous ayez fait d'autres arrangements, permettez que je vous supplie de vouloir bien
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me le marquer. Tous les navires, laissés dans les parages de la Corse, sont munis et approvisionnés ; des ordres et des instructions ont été donnés aux commandants.
<( Au commencement de cette expédition, on croyait tout aisé, maintenant, on croit tout difficile. Sans tomber dans l'un ou dans l'autre de ces deux excès, je crois, Monseigneur, que si les Corses veulent défendre leurs postes, il y aura bien des coups de canons à essuyer, avant de pouvoir en rendre ; il faut quelque chose qui leur en impose, et au moins un gros vaisseau de plus dans l'escadre.
« Signé : Rafélis Broves. »
Monsieur de Broves rentra donc en France et désarma son vaisseau le dernier jour de décembre 1768. Monsieur de Chauvelin, général des troupes débarquées en Corse, revint à Toulon sur le vaisseau la Provence, que montait M. de Broves. M. de Chauvelin avait eu soin de prévenir ce dernier par le billet suivant : « Je passerai sur votre bord, avec d'autant plus de plaisir, que je me suis trop bien trouvé de toutes vos honnêtetés, pour ne pas le désirer. Signé : Chauvelin. »
Ce général déclara aux ministres qu'il était satisfait du commandant de l'escadre, et rendit le meilleur compte de ses services (1).
L'année suivante le roi de France voulut continuer l'expédition commencée contre la Corse ; il donna le commandement de l'armée de terre au comte de Vaux, et celui de l'armée de mer à messire Jean-Joseph de Rafélis de Broves, capitaine de vaisseau, faisant fonction de chef d'escadre, et montant la frégate VAtalante, le vaisseau la Provence ayant été désarmé à Toulon, le Ier janvier i;*'^.
Le départ de l'escadre et du général de \ aux avait été fixé au 6 mars î^b'i), mais l Atalante et les autres bâtiments venus de Corse n'étaient pas prêts ; il fallut alten-
(1) Archives de la marine.
dre jusqu'au 26 mars 1769. M. de Broves avisa le duc de Choiseul de ce délai nécessaire, et dans sa lettre il ajoutait : « Et pour ce qui est de me concilier avec Monsieur le comte de Vaux, le nouveau général, vous pouvez être assuré d'avance qu'il n'y aura entre lui et moi, ni plainte, ni tracasserie ; je ne le connais point, mais il faudrait qu'il soit bien difficile, ou qu'il exige des choses bien singulières, si nous n'étions pas d'accord (1). »
Le 26 mars 1769, M. de Broves partit de Toulon et conduisit en Corse, le nouveau général « qui craignait beaucoup la mer » et qui débarqua à St-Florent ; avant de se quitter, le marin et le général, se firent de mutuelles recommandations, et M. de Broves promit d'envoyer deux chebeks, dans le golfe Jouan, entre le i5 et le 20 avril, pour embarquer le lieutenant-général du Bourset, qui devait rejoindre le comte de Vaux. En annonçant ces nouvelles au ministre, M. de Broves ajoutait ces quelques lignes : <( Je vois, monseigneur, avec quelque espèce de peine, que je ne pourrai pas rendre des services bien distingués dans cette campagne. L'espèce de bateau que je monte, et la façon dont je suis armé, m'annoncent que ma besogne roulera sur l'unique objet d'empêcher les secours du dehors d'aborder en Corse. »
Vers le 5 avril, M. de Broves est rejoint dans le golfe de Saint-Florent par M. de Glande vès, son cousin, qui montait une frégate. M. de Broves restait en station dans ce golfe sur YAtalante ; l'un des chebeks croisait entre Bastia et l'île d'Elbe ; le deuxième chebek avec une felouque du roi, surveillait Calvi et le cap de la Matelle ; la corvette la Flèche croisait depuis le cap Corse jusqu'à Bonifacio ; la corvette la Barque naviguait depuis Bonifacio jusqu'à Porte-Vecchio, poussant ses bordées jusqu'à Aleria ; un troisième chebek servait de transport, et le Caprqy était à la disposition du général de Vaux.
Le 6 avril iy69, le chef d'escadre détacha le vaisseau le Rusé, pour aller surveiller le port de Livourne. Il écri-
(1) Archives de la marine, dossiers et campagnes,
vit ce jour là : « Il est toujours question de la galère de Paoli ; elle est toujours bloquée à Livourne ; j'ai expédié à Livourne M. de Damas sur le Rusé ; je tremble que ce corsaire ne nous fasse des prises, je n'ai pas assez de marine, il faudrait quelques bâtiments en plus ; M. de Vaux lui-même est lâché de n'en avoir pas demandé davantage. »
« 3o avril iy69. — Monseigneur, je pars avec l'agrément de M. le général de Vaux, pour faire une croisière par Ajaccio, Bonifacio, vers l'est de l'Ile. M. de Vaux, à la tête de 22 bataillons, doit marcher vers la Nubio, et M. de Marbeuf doit arriver avec le reste des troupes, par l'autre côté. L'on est campé à Oletto ; personne ne doute du succès, et on pense que la campagne ne sera pas longue. »
La campagne étant fort avancée, M. de Broves alla à Ajaccio le 5 mai, et ayant reçu les ordres du général il prit des dispositions pour renvoyer dans le port de Toulon les bâtiments qui ne lui étaient plus nécessaires ; néanmoins il croyait devoir prévenir le ministre des dispositions des insulaires, à l'égard des Français : « Les Corses de ce côté de l'île, ne sont pas plus nos amis que ceux du côté de Bastia. Dernièrement, ils ont assassiné dix hommes, qui avaient été engagés, dans nos troupes, et ils ont essayé d'empoisonner une citerne ; cela n'annonce pas des dispositions bien pacifiques ; mais il faudra bien qu'ils cèdent à la force. »
L'Atalante, la Flèche et V Hirondelle, se rendirent vers le 25 mai à l'Isle Rousse ; le chef d'escadre, avait ordre de la sommer de se rendre : « En arrivant, j'envoyai à terre ; je fus fort étonné, et je vous l'avoue, même un peu fâché, de ce que le commandant de ce port demanda à capituler. »
Vers le ior juin 1769, M. de Broves reçut dos instructions très sévères sur la conduite à tenir, à L'égard des barbaresques ; et le 7 juin, sur la demande de l'intendant, il porta des fonds pour L'armée à Ajaeeio et à
Calvi, et organisa une croisière avec les frégates et bateaux sous ses ordres. Pendant ce temps, M. de Narbonne avec sa troupe, vint joindre M. de Vaux à Bocognano, et M. de Marbeuf marcha vers Porto-Vecchio : « Il y a tout lieu de croire, disait le chef d'escadre, que tout sera fini d'ici à huit jours. »(i).
En effet, le 12 juin, le général reçut la soumission de plusieurs provinces de la Corse, et l'escadre opéra son retour à Toulon, pour embarquer des troupes qu'elle revint débarquer, par ordre du général, dans le golfe de Valenço (alias Salenço.)
(( A six heures du soir, tous nos bâtiments, VAtalante, la Flèche, la Barque, deux felouques et deux transports, furent déblayés ; je me proposais de sortir de suite du mouillage, où je n'avais été que malgré moi, quand tout à coup, il s'éleva de la mer, dans la partie de l'ouest, un coup de vent qui m'en empêcha. Obligé de rester sous une pluie qui fait frémir, je pris toutes les précautions imaginables, pour me maintenir et ne pas chasser sur mes ancres. Le vent, que la mer avait déjà annoncé, ne tarda pas à se faire sentir ; il fut modéré pendant vingt-quatre heures ; mais, dans la nuit du i5 au 16, il fraîchit si fort, et la mer devint si grosse, que je me suis trouvé pendant dix-huit heures dans le péril le plus pressant, ne sachant pas si je serais englouti par la mer, ou si je serais jeté sur un banc de sable, dont les brisants n'étaient qu'à un câble de moi. Trois tartanes furent ouvertes et firent côte. M. d'Entrecasteaux et M. de Trans furent détruits ; le second pourra se réparer, et je lui ai laissé tout ce qui lui est nécessaire pour venir me rejoindre. Enfin, de ma vie, je n'avais vu un aussi mauvais temps, et c'est bien moins aux précautions que j'avais prises, que je dois le salut de ma frégate, qu'au ressac de la mer qui m'a soutenu et qui soulagea mes câbles. Nous devions cependant tous y périr. M. de Virieu me rendra justice sur l'extrême répugnance que j'avais marquée à débarquer sur cette côte. Tout oon-
(1) Archives de la marine.
courut à me faire illusion : beau temps jusqu'à midi : dire des habitants qui assuraient que d'autres vaisseaux étaient venus dans ce lieu de débarquement ; je n'ai perdu que deux hommes dans ce débarquement, mais il m'a fourni l'occasion d'en connaître beaucoup qui sont impayables. » (i).
Du 23 juin au 27 juin 1769, M. de Broves expédia la frégate la Flèche à Toulon pour aller quérir des fonds destinés l'armée, et la frégate V Hirondelle à Galvi, croyant qu'il était inutile de l'envoyer à Livourne, la nouvelle s'étant répandue que la galère de Paoli était sortie de ce port. Le 27 juin 1769, M. de Broves écrivait encore au ministre : « J'ai reçu dans son temps une lettre de M. de Vaux, qui prouve que ce général a senti l'utilité dont ma petite escadre a été dans cette expédition. En effet, on ne peut servir avec plus de zèle, se porter avec plus de bonne volonté et d'intelligence à tous les mouvements que le général a demandés de nous ; il a été prévenu dans tout ce qu'il désirait, et nous avons quelquefois été assez heureux pour accélérer la reddition de postes très importants, notamment celui de l'Isle Rousse. Il m'en a remercié.
« Notre débarquement au golfe de Yalenço, a très-bien réussi, et nous y avons beaucoup souffert ; plusieurs tentatives que nous avons faites sur la côte, dans le dessein d'y attirer du inonde, ont toujours rempli l'objet qu'on s'était proposé. Tout ce qu'il a été possible de faire, nous l'avons fait ; j'ai l'honneur de vous demander des récompenses pour mes officiers, notamment pour M. de Framont, marin depuis 22 ans, pour lequel je sollicite la croix de Saint-Louis. » (2).
Le 2 juillet 1769, l'on apprend que la galère et les deux corsaires corses n'ont point, comme on l'avait cru, quitté le port de Livourne. Le chef d'escadre l'ail redoubler d'attention et de surveillance, et remplace M. de Glandevèa par M. de Raimondis, dans la mission de surveiller
(1) /Vrchivos do la marine.
(2) Archives de la marine.
Paoli. Paoli s'était embarqué à Porte-Vecchio, sur un vaisseau anglais, avec la permission du général de Vaux. Voici quelques lignes de M. de Broves, et de M. de Glandevès, qui semblent ne pas justifier la haute idée que Ton a généralement du fameux Paoli.
« Il est aisé de juger par la réception qui a été faite à M. Paoli par les Anglais et le roi de Sardaigne, combien il était protégé. Je n'entre dans aucun détail de son arrivée àLivourne. M. de Raimondis, qui était à Porte-Vecchio, lors de l'embarquement de Paoli, m'en a raconté des traits de pusillanimité et de faiblesse, qui passent toute imagination ; s'il était mieux connu, il ferait moins de bruit. » (i). (( Ce chef, Paoli, avait déjà perdu beaucoup de sa considération, et on commençait à l'apprécier pour ce qu'il vaut. » (2).
De son côté, M. le chevalier de Glandevès, qui fut témoin de l'arrivée de Paoli à Livourne, écrivit ce qui suit : « J'ai à vous parler de la fuite de Paoli hors de la Corse, et de son arrivée à Livourne. Il s'est embarqué vraisemblablement à Porte-Vecchio, où nous savions que deux vaisseaux anglais l'attendaient. Les Anglais ayant tous leurs pavillons à l'avant et à l'arrière de leurs vaisseaux, arrivèrent à Livourne. Le défunt général ne voulut mettre pied à terre qu'à la nuit close, pour éviter d'être suffoqué par la populace. Il n'y a pas de jour que je ne sois tenté de témoigner au gouverneur de Livourne, combien il est indécent que le pavillon corse, qui n'aurait jamais dû être toléré, le soit à présent. Paoli, débarquant de son vaisseau, s'en fut en voiture chez le consul d'Angleterre, venu de Pise exprès pour le recevoir. Le consul l'emmena, une heure après, dans va voiture, jusqu'à Pise, et de là à Florence. Je doute qu'il soit plus agréablement en Angleterre que dans ce pays, qui le comble d'honnêtetés, jusqu'à lui faire les premières visites ; on lui adresse
(1) Lettre du 2 juillet 1769, au ministre.
(2) Archives de la Marine; lettre au ministre, du 7 juillet 1769.
scs lettres à Son Excellence M. le général Paoli. Le vaisseau anglais a amené quantité de Corses, entre avilie, Clémente Paoli, frère du général. »
Signé, C'i. de Glandevks (i). »
Campagne de Tunis
Le il juillet 1^69, M. de Broves étant à Toulon, sur le point de faire désarmer tous ses vaisseaux, reçut du ministre Tordre de se rendre à Tunis avec X Ai al an te et la Flèche, pour négocier avec le Bey, au sujet des pirates et des corsaires, qui venaient écumer les mers jusques dans les eaux de la France, et particulièrement dans les parages de la Corse. Précédemment, au cours de l'expédition de Corse, M. de Broves s'était souvent plaint des pirateries commises par les barbaresques. Dans une lettre au ministre, du 20 avril 17O9, il déclarait « que les pirateries barbaresques avaient pris de telles proportions, que la religion, c'est à-dire l'ordre de Malthe, avait cru devoir armer sa flotte et la mettre en campagne, pour courir sur les bâtiments des corsaires. »
En conséquence, le i5 août, X Atalante mouillait dans le port de Tunis, et le commandant obtenait du Bey une audience, dont il rend compte dans la lettre suivante :
« Devant Tunis, le 20 août i?6g. » <( Monseigneur,
u Le Bey m'a donné audience samedi dernier : DOUS n'avons échangé que des politesses de part et d'autre, ,1e lui dis (pie je ne prenais pas congé de lui. parcequejeme proposais de le revoir incessamment, et je le suppliai de
(1) Archives de la marine.
permettre que ce soit plus tôt que plus tard. Il me répondit qu'il me reverrait avec plaisir. Mais des affaires dans l'intérieur de son sérail ont retardé cette seconde entrevue, qui n'a eu lieu qu'hier. Les dispositions du Bey paraissent peu favorables ; il ne me craint pas assez ; je tremble que d'arriver ici, avec deux frégates seulement, bien loin de lui en imposer, ne lui donne plus d'audace qu'auparavant. Si je suis obligé de détacher la Flèche pour vous informer de l'obstination du Bey, j'aurai l'honneur de vous exposer mes idées sur les moyens que le roi pourrait employer pour le châtier, et le faire repentir de son entêtement. »
<( Devant Tunis, à bord de Z'Atalante, Ier septembre i y 6g ».
« Monseigneur,
« J'ai l'honneur de vous informer que le Bey prend beaucoup d'humeur de mon séjour prolongé dans cette rade, et je crois qu'il est très inquiet des suites de son refus. Il fait armer secrètement, et s'il osait, je ne doute pas qu'il ne prévint le châtiment qu'il mérite. J'ai mandé à M. de Saizieu d'éviter, autant qu'il le pourra, de lui donner de l'ombrage ; il serait fâcheux qu'il fasse quelque incartade, avant l'arrivée de vos ordres ; avec les barbares on ne peut compter sur rien, et M. de Saizieu aura peut-être beaucoup de peine à éviter qu'il ne se porte à quelque extrémité ! Deux vaisseaux Vénitiens ont apporté des présents, selon l'usage. Un général Hollandais est venu également mouiller dans cette rade. J'ai jugé à ce propos qu'il avait ordre de satisfaire le Bey. Toutes ces nations le gâtent à qui mieux mieux. Le Bey désirerait bien que nous nous montassions sur le même ton. »
La division navale de M. de Broves séjourna devant Tunis jusques vers le miilieu d'octobre 1769 ; à cette
date elle reçut l'ordre de rentrer à Toulon ; de Toulon M. de Broves écrivit au ministre.
u En rade de Toulon, iy octobre zyOg.
« Monseigneur,
« J'ai l'honneur de vous adresser une lettre que le Bey de Tunis nia chargé de vous remettre. C'est un compliment sur la conquête de la Corse, et une déclaration pure et simple de regarder d'ores en avant cette île comme une province de la France. 11 s'est réservé de traiter des conditions vis-à-vis de M. de Saizieu ; mais, attendez-vous, monseigneur, à des prétentions aussi ridicules qu'indécentes.
« Ma dernière audience s'est très-bien passée et le prince a pris sur lui d'y mettre beaucoup d'honnêtetés. Je dis a pris sur lui, car à travers toutes ses politesses, je me suis méfié qu'il me ménageait la petite mortification de n'être pas salué, quand je retournerais à mon bord. Il a, dit-il, salué le commandant Vénitien, à cause des présents qu'il en a reçus, et le général Hollandais à cause de son grade. Au surplus les choses sont en bon état. »
Les choses ne demeurèrent pas en ce « bon état », car au mois de mai 1770, le roi fit armer à Brest une escadre composée du vaisseau la Provence, du vaisseau le Sagittaire, de la frégate YAtalante, de la frégate la Mignonne, de la frégate la Tampone, celle-ci était commandée par M. de Surville. A ces navires se joignirent la frégate 17//rondelle, les vaisseaux le Singe, le Séduisant et Y Elu a, la corvette la Salamandre. Cette escadre eut ordre de se rendre à Toulon pour y déposer des canons, et autres munitions de guerre, à Cadix pour y porter de L'or et de l'argent, à Marseille et à Gènes, puis d'aller se mettre sous les ordres de M. de Broves, qui était à Toulon, avec la Flèche et YAtalante.
Le 25 mai, M. de Broves prit le commandement de cette escadre de douze vaisseaux de guerre, et il demanda
M. de Glandevès, son cousin, le plus jeune des neveux de sa mère, pour capitaine de pavillon, devant commander la Provence. Il demanda en outre la permission de faire arborer au mat de misaine de son vaisseau, le pavillon carré d'officier général. Tout cela lui fut accordé, et il prit la mer, avec ordre de se rendre à Tunis, et de s'emparer de gré ou de force de tous les corsaires qu'il rencontrerait. Le 4 juin, il rencontre en effet de grosses péniques de 16 à 18 canons, il fit tirer dessus, et le commandant de l'un des vaisseaux de l'escadre acheva de les détruire.
« Devant Tunis, 28 juin ijjo.
« Monseigneur, j'ai déclaré ce matin au Bey, par une lettre, que j'allais agir hostilement ; je ne lui ai donné que 24 heures pour se soumettre aux conditions que Sa Majesté exige. Il avait demandé jusqu'à samedi, mais il m'aurait mené loin, si je n'avais pas rompu les négociations.
« Je vais devant Bizerte, place la plus forte après Tunis, je canonnerai le fort, et bombarderai la ville. Je reviendrai de là à Porte-Farine, que je ne suis pas sûr de pouvoir attaquer avec succès. J'irai de là sur la cote de l'Est, canonner et bombarder Souza, ville considérable, à laquelle le Bey est fort attaché. Si ces actes ne font pas rentrer le Bey en lui-même, j'insulterai ses batteries et même la Goulette. Ces forts ont été remis en état, et même l'on y a ajouté des batteries. »
« En rade de Tunis, le 10 juillet ijjo.
« Je viens d'essuyer pendant vingt-deux jours, une fièvre continue avec redoublement qui m'a mis à la mort. Je n'en ai plus depuis deux jours, mais mes forces épuisées ne me permettent plus de me soutenir. Je reprendrai mes opérations, l'extrême désir que j'en ai, me le fait espérer. Les galiottes à bombes avaient besoin d'un très grand
LES RAFELIS IOI
radoub, les affûts des pièces étaient fendus, et tontes les chevilles étaient a remettre. M. de Faucher a dû vous rendre compte de l'expédition de Bizerte, dont je lui avais donné la direction, en lui remettant le commandement. J'étais alors dans la dernière période de ma maladie, et hors d'état d'ouïr et de juger.
« J'ai trouvé les choses bien différentes de ce qu'on m'avait dit. Depuis deux ans le Bey travaille à mettre ses places en état de défense, il a bâti des forts, fait des galeries, placé des batteries armées de canons.
« Le port de Porte-Farine, dont l'armement, disait-on, devait au plus occuper un chebek, m'oblige au contraire à immobiliser, pour le garder, une frégate et un chebek, ce qui me rend très court en bâtiments.
u Je ne puis tirer l'eau que de Malthe, les rivières de Sardaigne sont empoisonnées par le chanvre qu'on y met à tremper.
« J'espère m'acquitter assez bien de ma mission, pour que Sa Majesté soit contente de mes services ; mais pour la paix, je ne crois pas que nous l'ayons cette campagne. Veuillez envoyer des bâtiments de plus, pour bloquer les ports. Je me présenterai devant Bizerte et Porte-Farine, et je me rabattrai sur Souza, dont je ferai un exemple ou je ne le pourrai. »
« A bord delà Provence, 1 6 août iyyo.
« A Monsieur le duc de Praslin.
« Parti le 16 juillet de La rade de Tunis, je lus
mouiller devant Porte-Farine ; au premier coup d'oeil, ce
port me parut dans un état d' éloigne ment trop considérable. M. de Saint-Césaire, que j'avais chargé de mesurer les distances, m'informa que L'endroit Le plus proche, où L'on pourra mettre les galiottes à bombes, avec deux pieds de
tirant d'eau, est encore éloigné du port de r.ÔOOtoises,
Ce grand éloigneraient rend le bombardement impraticable
ou du moins inutile. M. d'Oppède m'a suggéré l'idée de fermer ce port, en faisant couler bas deux mauvais bâtiments maçonnés ; j'allais écrire à Malthe de me les envoyer, quand j'ai appris par mes pilotes que les Algériens avaient tenté le môme expédient, dans une autre guerre, et inutilement.
« Leur ouvrage n'était pas encore terminé, que la force des courants agrandit ce passage, et le rendit tel qu'il est à présent.
« Je ne vois pas d'autre ressource pour nuire au Bey, que d'y tenir des bâtiments en croisière, qui n'empocheront peut-être pas les corsaires d'en sortir, mais ils les empêcheront de nuire.
« Le 17, j'ai remis sous voile pour Souza, où je n'ai mouillé que le 26, ayant vents et marées contre moi. Les vents étaient si forts, que le 22, à deux heures du matin, je me trouvais si près de la terre, que je n'avais pas plus d'un câble à aller pour m'échouer.
« Je restai calme et je m'en tirai au moyen de grelins, que je fis porter au large, et sur lesquels je me tins pendant deux heures. Le Sagittaire fit de même. Le même jour, je fis marquer le mouillage des galiottes à bombes, le plus près possible de terre, et le plus à l'abri du feu qu'il ne fut possible. Je les fis mettre en état de commencer le bombardement.
« Le 27 après midi je fis jeter quelques bombes, mais le vent du large, qui règne sans cesse, et la mer qu'il élève, m'obligèrent à retirer les galiottes, après qu'elles eurent jeté 5o 01160 bombes dans la ville. La place tira à toute volée, mais aucun boulet ne porta.
« Le 28, le vent du nord était très frais, il y avait grosse mer, une de mes amarres a cassé, j'ai été entraîné très près de la ville, et j'ai été étonné qu'on ne m'ait pas tiré dessus.
Le 29, j'ai relevé mon ancre, je l'ai rapportée où je l'avais mise d'abord, et j'ai empenellé (1) ; les autres vaisseaux ont fait de même. »
(1) Erapeneller veut dire jeter une petite ancre au-delà de la grosse, afin que le navire soit mieux amarré.
LES RAFÉLIS Io3
« Les galères de Malthe qui m'ont suivi, espérant m'être utiles dans cette expédition, ont infiniment souffert, et une d'entre elles fait beaucoup d'eau, et a obligé le généra] à quitter le mouillage, pour aller se radouber à Lampedouze. Il m'avait promis de me rejoindre, mais je le crois à Malthe, attendu qu'il n'a plus reparu.
<( Du 28 juillet au 4 août, la mer ne m'a pas permis de continuer mes opérations de bombardement.
« Le 4, la nier étant assez calme, je lis avancer les galiottes, elles jetèrent plus de 200 bombes, avec beaucoup de succès, mais il en coûta la vie à M. de Missicssi, enseigne de vaisseau, à bord de la Salamandre, qui fut tué par un boulet perdu, qui est le seul ayant atteint cette galiotte. L'Etna eut un pilotin blessé à la main, dans la même journée. Les ennemis ont placé sur le bord de la mer, en un bois qui est dans le voisinage, quelques pièces de canon, qu'il ne m'a pas été possible de démonter, à cause de l'éloignement, et du peu de fond qu'il y a dans cette partie de la côte. Ils ont fait usage de deux mortiers, mais leurs bombes ne venaient pas à moitié chemin des galiottes.
« Le 5, avant midi, je fis tirer environ 40 bombes, les ennemis ayant multiplié les bouches à feu, j'ai attendu qu'il fasse nuit, pour recommencer de 10 heures du soir à 3 heures du matin; j'ai jeté 180 bombes, qui presque toutes sont tombées dans la ville; les ennemis n'ont riposté que deux ou trois coups de canon, qui n'ont fait aucun elfet.
« Du G jusqu'au 10, on n'a rien pu l'aire. La ville est située dans le fond d'un golfe, en un terrain fort bas ; ses approches sont défendues par de 1res bonnes fortifications, armées de 76 canons, qu'il n'est pas possible à des \ aisseaux de faire taire. Les vents et la mer venant toujours du large, il faut absolument aller devant la place en se touant, et revenir de même : opération qui nul les vaisseaux à la merci de L'ennemi, pendant quatre heures : sans compter mille autres inconvénients, qu'il n'est pas possible de parer.
« Quoique je me flatte de n'avoir pas besoin de justification auprès de vous, vous avez été si fortement prévenu, et moi aussi, que je ne trouverais aucun obstacle à rien, que j'ai cru nécessaire de mettre la vérité sous vos yeux. J'ai dû vous faire connaître la véritable position de tout ce pays-ci; car ce que je trouve à Souza, je le trouve à Bizerte, je le trouve à Tunis, et je le trouverai partout où je pourrai me présenter.
« Le Bey s'attendait à cette guerre et s'y préparait depuis la conquête de la Corse ; et, sans qu'on s'en doute, il a mis ses places à l'abri des insultes. Je crois que nous n'avons rien de mieux à faire pour le bien du service de Sa Majesté, que de m'en tenir à faire le plus de mal possible ici. La ville est riche et très peuplée, sans être grande. Elle est peut-être la seule qui soit dans le cas d'être bombardée avec succès.
a D'ailleurs, ceci est incontestable, il faut quitter au plus tard à la fin d'août. Les vents du nord mettraient l'escadre dans les plus grands périls. Ce bombardement fini, je retournerai dans le golfe de Tunis, pour me radouber. VEtna a besoin d'être calfatée, le peu d'eau qu'elle fait ne m'inquiète pas ; mais je juge que lorsqu'elle aura tiré ioo ou i5o bombes, ce sera tout ce qu'elle pourra faire. Je la mettrai en état de tenir la nier, et comme ce bâtiment me sera inutile, je l'enverrai désarmer ainsi (pie la Tampone. Quant à la Goulette, il est inattaquable, tant à cause de sa situation, qu'à cause des canons dont il est lardé. Je renverrai à Malthe les felouques qui me sont inutiles. J'attends avec impatience que la Tampone, que j'y ai envoyée, pour faire de l'eau, me soit renvoyée. Je reste avec les deux galiottes et le Sagittaire. Je crois que c'est la première fois que des vaisseaux aient suppléé à tous les besoins des galiottes qui opèrent. J'esj)ère, Monseigneur, que la position dans laquelle je me mets, vous prouvera mon zèle : j'aurais pu prendre avec moi quelques bâtiments, mais il fallait les retirer de la croisière, ce qui me paraissait très dangereux.
LES RAFKLIS Io5
« Il ne me reste plus ([ira vous parler des bâtiments nécessaires pour garder les croisières, et intercepter le commerce ; je pense qu'il faut au moins quatre frégates. Le commandant de la division gardera la rade de Tunis, ai ec lu Barque on lu Flèche. Une troisième frégate croisera devant Porte-Farine jusqu'à Bizerte ; la quatrième frégate établira sa croisière depuis le cap Bon jusqu'aux côtes de Barbarie. Si Sa Majesté voulait envoyer une cinquième frégate, cette dernière pourrait être employée à croiser depuis le cap Zinié jusqu'en Sardaigne.
«M. d'Arbaud, prendra, je pense, tous les vivres «à Toulon, avant son départ pour Naples. Je laisserai à YAlalante tous ceux qui ne nie seront pas nécessaires, pour faire mon retour en France, dans les derniers jours de septembre.
« Les chebeks ne peuvent rester dans ces mers ici que jusques fin septembre. Ce serait les exposer beaucoup que de les y laisser plus longtemps. Ils ne sont pas assez forts pour supporter la mer, et il n'y a pas ici assez de ressources pour le mouillage.
« J'ai embarqué M. de Raymondis sur la Tampone. el le laisserai à Malthe. Cet officier a été malade de La fièvre
et du scorbut, je craindrais pour lui s'il continuait la campagne. »
« A bord de la Provence, 21 août i~~o. « A Monsieur de Praslin.
« Monseigneur, depuis le 26 juillet que je suis devant Souza, je n'avais pas encore pu faire jouer les galiolles à bombes, Mais le 1 1 elle [a, j'ai élé assez heureux pour pouvoir jeter 5oo bombes dans la ville, sur les principales maisons et magasins ; M. d'Oppède dit que le dommage causé peut s'évaluer de 7 à 8 millions : c'est
exagéré.
« Les galères de Malthe m'ont rejoint devant Souza, la veille de mon départ, à la réserve de celle de M. de Suffren, qui fut entr'ouverte par la grosse mer, lors du coup de vent du 28. Elle est restée à Malthe et est condamnée.
« Les autres, avec une frégate, me suivront devant Tunis ; l'intention du Grand Maître est qu'elles ne me quittent que quand je me retirerai. Je suis bien fâché de n'avoir encore pu faire usage des talents de M. Le Bailli de Stachelenden qui les commande. Mais des forces supérieures étaient contre nous, partout où nous nous sommes présentés ; il y avait folie de rien tenter ; et nous avons dû nous borner à empêcher une foule de corsaires de sortir et de faire des prises. Au reste, Monseigneur, les attentions du Grand Maître pour notre (lotte sont sans bornes. Je ne lui ai rien demandé, et il n'a cessé de me faire offrir tout ce que je pouvais désirer. Le général ma même fait prévenir qu'il faisait armer les vaisseaux de la religion, pour les faire arriver sur les côtes de la Tunisie vers fin septembre 1770. ))
Dès la fin de septembre 1770, le Bey commença à vouloir traiter de la paix, et M. de Broves fut le négociateur de cette paix, ainsi que le prouve la lettre suivante adressée au duc de Praslin .
« En rade de Tunis, 20 septembre ijjo.
« Monseigneur. Je m'étais proposé d'avoir l'honneur de vous rendre compte dans cette dépèche des motifs qui m'ont déterminé à ne pas suivre exactement l'esprit de mes instructions, dans les articles relatifs aux dédommagements des frais de la guerre, et à me relâcher aussi sur l'indemnité à exiger en faveur de la compagnie d'Afrique. Il ne manque pourtant à celle-ci que la forme, car, dans le fond, les avantages que cette paix lui procure, sont peutêtre préférables à l'argent comptant, et elle doit être satisfaite .
« 11 n'en est pas même pour les dépenses de l'armement. Je sens bien que le remboursement en est très hasardé, mais j'ai été obligé de céder aux circonstances. M. de Saizieu vous les détaillera, il est inutile que je vous les répète. J'ajoute seulement que si la guerre avait encore duré six mois, notre pavillon était discrédité, notre commerce et notre crédit étaient perdus dans le Levant. C'aurait été bien pis, si les Anglais étaient parvenus à faire leur traité avec le Bey, qui, désespéré de ce que nous l'avons prévenu, et furieux de voir ses ports bloqués, et ses villes détruites, était sur le point de tout sacrifier au désir de se venger. Les suites de son dépit étaient d'autant plus à craindre, que depuis qu'il a fait mourir son concurrent, il est, on ne peut plus tranquille dans l'intérieur de son pays. D'ailleurs je puis vous assurer qu'il se souviendra longtemps de cette leçon ; elle lui coûte des sommes immenses, et s'il n'est point soumis, il est du moins bien humilié. M. de Saizieu a mis ses réponses, dans son paquet qui vous parviendra par le même courrier. »
La campagne contre Tunis se continua ainsi pendant tout le mois d'octobre. L'on exécuta des croisières, des blocus, des bombardements, l'on fit la chasse aux corsaires, et l'on poursuivit les négociations entamées depuis la fin septembre, pour conclure un traité de paix. La paix était résolue en principe, car peu à peu le général renvoyait en France ses chebeks, ses galiottes, sa frégate la Barque ; M. de Coriolis était envoyé à Bùne avec une autre frégate, M. de Saint-Césaire était chargé par le général daller en Corse, porter à M. de Marbœuf la nouvelle de la situation nouvellement acquise à l'égard de la régence de Tunis. Les malades et les scorbutiques étaient aussi renvoyés en France ; l'on donnait du repos aux équipages, qui avaient tous plus ou moins le scorbut « on leur (humait de la viande fraîche, pour faire cesser ça. » (1).
(1) Lettre do M. de Brovcs. Archives de la marine.
Enfin la paix fut conclue définitivement le 14 novembre i^7o.m< La paix vient d'être signée à bord de la Provence par M. de Broves. Le gendre du seigneur Bey était venu apporter au général les traités de paix. Il a désiré visiter mes galiottes à bombes, je lui ai montré avec plaisir, ces instruments de notre réconciliation ; ils étaient noblement parés, et tout s'est ressenti du rétablissement de la bonne harmonie. » (i)
L'escadre française rentra à Toulon dans les derniers jours du mois de novembre 1770. Le 26 novembre le chef d'escadre écrivait au ministre : « Le bey de Tunis est persuadé que je suis l'auteur de celle guerre, et il m'abhorre. Je n'ai pas cru devoir insister sur l'audience qu'il aurait dû me donner ; j'ai craint qu'il ne me reçoive trop mal, et que les affaires n'en souffrissent. La haine qu'il a pour moi, entre pour beaucoup dans l'envoi ridicule d'ambassadeurs, qu'il a fait. Il a voulu qu'ils me prévinssent, de peur que je ne le desserve auprès de vous. Je ne doute pas qu'ils ne lassent des plaintes très ainères sur mon compte. »
De iyyi à 1338
Lorsque M. de Broves reçut la mission d'aller châtier le bey de Tunis, il se trouvait en voie de contracter mariage ; alors âgé de 54 ans, et ayant jusque là, voué sa vie au service du roi, en étant de toutes les campagnes, et en assistant à presque toutes les batailles navales, auxquelles la marine française avait été employée depuis i~3o, il songeait à ses vieux jours, il voulait un héritier, et avait déjà fait le choix de celle qui devait désormais être sa compagne. Lorsque la guerre de Tunis fut terminée, il se mit en devoir
(1) Archives de la marine, lettre de M. de Champmorin au ministre.
LES RAFÉLIS Io9
de réaliser ses projets d'alliance. Dès le 10 novembre 1770. il demandait à son ministre l'autorisation de se marier, el de prendre dans son contrat de mariage la qualité de «lut* d'escadre, dont le brevet ne lui avait pas encore été conféré, maigre'' qu'on l'eût autorisé à se donner ce titre, lors de la conclusion et de la signature du traité de paix avec le bey de Tunis.
« De Toulon, 10 novembre ijyo.
« Monseigneur. Permettez que j'ai l'honneur de vous demander votre agrément, pour mon mariage avec M1,e de Hipert, fdle d'un procureur général au parlement de Provence, qui a l'honneur d'être connu de vous. Ce mariage qui avait été différé, à cause de ma campagne à Tunis, ne m'empêchera pas d'aller à la cour.
« J'ai également l'honneur de vous demander la permission de prendre le titre de chef d'escadre, et permettez moi d'ajouter qu'il est douloureux pour moi d'être débarqué capitaine de vaisseau, après une expédition dans laquelle personne n'a eu à se plaindre, et alors que tout le monde croit que j'ai mon brevet de chef d'escadre dans ma poche. » (1).
L'amiral Bompar, ami de M. de Broves, et son chef hiérarchique au département de Toulon, écrivit dans le même sens au ministre.
« Toulon, 20 novembre ijjo.
« J'ai eu l'honneur de vous écrire le i5 de ce mois, pour vous demander la permission du mariage de M. de Broyés avec Mlle de Ripert de Montclar ; et comme il se pourrait qu'il désire conclure ce mariage axant d'avoir reçu votre
(I) Archives de la marine.
agrément, j'ose espérer que vous ne désapprouverez pas que je l'ai devancé de quelques jours. » (i).
Toutes les permissions sollicitées furent accordées : le ministre répondit quelques jours après : « On peut autoriser M. de Broves à prendre, dans son contrat de mariage, la qualité de chef d'escadre, parce que Sa Majesté a l'intention de le nommer à la première promotion. » (2).
Le mariage de M. de Broves fut donc célébré à Saint- Saturnin, près d'Apt. Il est probable, qu'usant de l'autorisation donnée par le ministre, M. de Broves prit le titre de chef d'escadre dans son contrat de mariage. Nous remarquons cependant que, dans les publications des bans de ce mariage, qui eurent lieu à Broves, cet officier général n'est point qualifié ainsi . « Publication du mariage entre messire Jean-Joseph de Raphélis, capitaine de vaisseau, brigadier des armées navales, et Françoise-Gabrielle-Emilie de Ripert, frile de Jean-Pierre -François de Ripert- Montclar, procureur général au Parlement de Provence, et de Catherine de Lisle, de la ville d'Aix, âgée de 23 ans. Ce mariage a été célébré à Saint-Saturnin près d'Apt, le 6 décembre 1770. » (3).
Ghauvet d' Allons, beau-frère du nouvel époux, ne manqua pas de chanter en vers de sa façon, les exploits et le mariage de son illustre parent :
(1) Archives de la marine.
(2) Archives de la marine.
(3) Etat civil de Broves, 1770, folio 7.
LES RAFELIS III
A Monsieur de Broves>
(Après son expédition contre Tunis)
Vous associez votre nom
Au nom des vainqueurs de Carthage,
On vous voit tel que Scipion,
Punir, sur le même rivage,
D'un peuple barbare et sans foi,
L'insolente piraterie
Et comme il servit sa patrie,
Vous servez votre roi.
Il n'échappa pas à l'envie Qui publiquement l'accusa, Mais en France ce n'est pas ça ; Maniérée et plus polie, Elle attaque avec perfidie, Pour épargner le soin qu'on a Lorsqu'il faut qu'on se justifie.
Ainsi vous serez seulement, Calomnié bien sourdement.
Mais je vois sans la moindre crainte, Conspirer contre vos destins ; Rien ne peut y porter atteinte, Ne sont-ils pas entre les mains, Et des Ghoiscuil, et des Praslina ?
Digne soutien de cet empire, Vainement l'envie à nos veux, Veut déguiser ses traits hideux, Et la bassesse qui l'inspire : Elle ne réussit pas mieux, A nous surprendre, qu'à vous nuire.
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Repoussant son souffle empesté,
Regardez avec vanité,
La' Corse, qui n'a pu défendre
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Et Brovès, parmi ces débris, Armé des foudres de Louis, Dont il a rempli la vengeance, Dictant au nom de sa puissance,
En maître, des lois à Tunis.
Voyez ce héros, dont l'audace No s'arrête qu'en triomphant;
Et qui, dans la seconde place
Décidé, vigdant, Parait digne du premier rang :
Epris de la gloire, Signalé par d'heureux combats, Et qui se dérobe au trépas, Entre les bras de la victoire.
Général, négociateur,
Aussi redoutable qu'habile,
11 sait unir à la valeur,
Le talent de le rendre utile, Et descendu de ses vaisseaux, Se livrant dans un doux repos Aux arts, à la chasse, à la table, Cher aux belles, à ses vassaux, Lorsqu'il ne fait plus le héros Il est encore un homme aimable.
Quittez enfin après trois ans,
Un élément triste et terrible.
Ne seriez vous donc plus sensible,
A tous les charmes du Printemps,
Ni même à ce loisir paisible,
Que le cœur goûte dans les champs I
LES RAFÉLIS Il3
Pour le vain éclat des conquêtes,
N'abandonnez pas vos pasteurs;
Si vos triomphes sont flatteurs,
Rien n'est plus joyeux que leurs fêtes.
Venez dans ces retraites,
Vivant pour vous, loin des grandeurs,
Cultiver encore des fleurs,
Voir danser au son des musettes,
Et chiffonner les Timarettcs.
Vos talents, votre valeur,
Un traité, plus d'une victoire
Assurent à votre mémoire,
Le brillant mais stérile honneur,
D'orner les fastes de l'histoire.
Il est juste, après tant de gloire,
Que de beaux yeux, un tendre cœur,
Vous assurent votre bonheur.
Sans l'art d'aimer, sans l'art de plaire,
Quel parti tirer du repos?
Ce que peut de mieux un héros,
Heureux, C'est c'est.... d'en faire.
S'il se peut, servez \otrc femme Comme vous servez votre roi :
Et les jaloux de vos exploits, Vont l'être aussi de votre flamme (l).
. La strophe dans laquelle Chauvet 6V Allons nous parle « de perfidie, d'envie maniérée et polie, » ne laisse aucun doute sur les tentatives qui furent faites pour amoindrir ou pour détruire aux yeux du roi, les mérites acquis par M. de Broves, dans la double campagne de Corse et de Tunis. Ses opérations dans la régence, ses négociations auprès du bey de Tunis furent sans doute l'objet de critiques perfides, inspirées par la jalousie, et formulées par
(l) Poésies do Chauvet d* Allons, volume presque unique, entre les mains de M. Mireur, de DragulgnaL.
des officiers généraux, secrètement irrités de voir qu'un simple brigadier, leur subalterne, avait eu, à leur place, la confiance du roi, et avait obtenu des succès qu'ils se croyaient bien plus que lui, capables et en situation d'obtenir. Les accusations paraissent même avoir été sérieuses, car douze jours à peine après son mariage, M. de Broves fut obligé de se rendre à la cour, où il était mandé par le roi, sans doute pour fournir les explications, qui étaient nécessaires, afin de justifier ses actes, et de fournir aux ducs de Choiseuil et de Praslin, ses protecteurs, les moyens de les approuver, et d'en faire valoir le prix aux yeux de la cour. C'est peut-être encore à cause de ces misères soulevées par des rivalités inavouables, que M. de Broves, qui pendant près de trois ans avait rempli, avec distinction, les fonctions de chef d'escadre, et qui avait joui des honneurs et prérogatives attachés à ce grade, n'en obtint cependant le brevet que le i5 novembre 1771. Pour la même raison sans doute, cet officier général, qui était chevalier de Saint- Louis, depuis le 17 février 1750, ne fut promu commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, que le 9 décembre 1771- Encore fallut-il qu'il adresse au ministre une sorte de plaidoyer, pour faire valoir ses droits. Dans une lettre à M. le duc de Praslin, il énumère,en efTet, ses campagnes; il raconte ses quarante années de services, son expédition de Corse, celle de Tunis, ses négociations avec le bey, il rappelle les approbations et les louanges accordés à sa conduite militaire, par les généraux et par les ministres, et il conclut par ces paroles : « Voilà, Monseigneur, les titres que j'ai à vos bontés et aux grâces du roi. si vous m'en jugez digne, je vous supplie de m'accorder le cordon rouge, comme la seule marque publique que Sa Majesté puisse me donner de sa satisfaction, la seule qui puisse me flatter, et qui soit faite pour la chose ; il me paraît aussi que Sa Majesté ne peut guère me refuser le brevet de chef d'escadre à prendre rang à la promotion. Je ne peux pas cesser d'en prendre la qualité, après que le roi a écrit dans le port, qu'il le trouvait bon. Sept ou
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huit de vos officiers généraux sont entrés après moi au service, et quatre capitaines pins jeunes que moi, m'ont passé sur le corps, je ne sais pas pourquoi?
« Vous ne voulez pas renvoyer mécontent et humilié un officier, qui a servi pendant quarante-deux ans, sacrifié sa santé et son bien, au désir de se faire connaître, et d'attirer les grâces du roi. » (i).
Cette lettre produisit un heureux effet, car le brevet de commandeur lut accordé à M. de Broves, le 9 décembre 1771, et celui de chef d'escadre le i5 novembre 1771. Il parait toutefois qu'il jouissait du titre, des honneurs, et du traitement de ce grade, depuis le 12 août 1771 ; nous avons en elfet vu aux archives de la marine une lettre adressée au ministre par l'amiral commandant le port de Toulon, le 12 août 1771, dans laquelle il est dit : « J'ai reçu la lettre par laquelle vous me mandez que Sa Majesté a accordé le grade de chef d'escadre à M. de Broves, qui doit jouir des appointements de ce grade à partir du jour de sa nomination ; je le ferai employer en conséquence sur les états.»
A partir de cette époque, M. de Broves prit le titre de comte. Au XVIII'ne siècle, on a contracté l'usage d'attribuer le titre de marquis à quiconque avait été admis à la cour ; la qualification de comte appartenait aux ambassadeurs, aux ministres plénipotentiaires, aux premiers présidents, aux olliciers généraux, brigadiers et colonels. L'usage universellement admis dans ce temps là, voulut que ces dignités héraldiques ne fussent point viagères, mais héréditaires, etque, acquises par un homme éminent, elles passassent à leurs héritiers : le roi lui-même autorisa facilement les familles à porter ces litres, ainsi que eela peut se voir en nombre de lettres patentes, de pièces ollicielles, de brevets et d'ordres de services.
Les lettres patentes qui conférèrent le titre de comte à Jean-Joseph de Rafélis se retrouveraient certainement
(t) Archives do la marine
Il6 UNE FAMILLE DE PROVENCE
quelque part, s'il était nécessaire de les produire. Toujours est-il, que dès 1772, Jean-Joseph fut comte de Broves. Toutefois, celui qui rédigea l'acte de baptême « de Joseph- Guillaume-Emilien de Rafélis de Broves. » dit simplement qu'il était « fils de Jean-Joseph de Rafélis de Broves, chef d'escadre, commandeur de Saint-Louis, colonel du régiment de Marseille. (1) ». Mais l'ecclésiastique qui enregistra cet acte le 24 octobre 1772, fut probablement distrait, car il oublia de mettre, dans l'acte, le nom du parrain et de la marraine. L'enfant était né au village de Broves, le i5 octobre 1772, il avait été ondoyé le 16 octobre, et il fut solennellement baptisé le 24.
Cet enfant unique du comte de Broves, ne vécut pas ; il mourut en effet à Draguignan, quelques jours avant le départ du chef d'escadre pour sa dure et longue campagne d'Amérique. « 26 mai 1778, sépulture de Joseph-Guiliaume- Emilien de Rafélis-Broves, fils de Jean-Joseph de Rafélis- Brovès, chevalier, chef d'escadre des armées navales, commandeur de Saint-Louis, et de Gabrielie-Emilie de Ripert de Montclar, âgé de 5 ans et 6 mois, décédé le 25, enseveli au cimetière de l'Observance. » (2).
L'on croit avec de justes raisons que dans le cours des années qui s'écoulèrent de 1772 à 1777, le comte de Broves, ne fit campagne que dans la Méditerranée ; il y avait dans ce temps là, à Toulon, une escadre spéciale, composée de deux vaisseaux, de deux frégates, de plusieurs chebeks et de nombre de galiottes, toujours armés pour courir sus aux corsaires, aux pirates, et aux barbaresques, dès qu'ils étaient signalés dans les parages des mers de France, d'Italie, d'Afrique, voire môme dans l'Archipel. M. le comte de Broves était à la tête de cette escadre, et pendant ces six années partagea sa vie, entre la mer, sur laquelle il faisait de courtes et rapides croisières, et sa patrie, où il faisait de longs séjours, soit à Draguignan, dans l'hôtel
(1) Etat civil de Broves 1772, folio 7.
(2) Etat civil de Draguignan.
qu'il avait acheté aux Villeneuve Flayosc, à la rue Saint- François, soit à Brovès, où il se plaisait à aller respirer l'air des fraîches montagnes, et des vertes prairies. Chauvet d'Allons nous a révélé les goûts de ce vieux soldat ; il aimait la chasse, il ne dédaignait pas la société des paysans, il se plaisait aux champs, au bruit varié des clochettes, il aimait à passer la revue de ses moutons et de ses poulains, il prenait plaisir à voir danser au son de la musette, et, comme dit Chauvet d'Allons, à voir chiffonner Timarette. Mais tous ces enchantements rustiques, il les contemplait de haut et de loin, et en quelque sorte impassible, La haute physionomie du comte de Broves s'accommoderait mal des folâtreries pastorales de Chauvet d'Allons.
Sur la vie maritime du comte de Broves, de 1772 à 1778, nous ne possédons que deux documents fort courts.
« Toulon, i/f octobre 1 yy3 .
« Monseigneur, J'ai l'honneur de vous informer que la frégate la Mignonne appareillera demain matin. J'ai donné des ordres à M. de Barras de suivre la cote jusques dans l'est de Fréjus, pour tâcher d'éloigner les corsaires, dont il est question dans les dépositions que j'ai eu l'honneur de vous envoyer. Trois petits bâtiments arrivés aujourd'hui, ont encore déposé avoir été avertis, sur la côte, qu'il y croise une barque et une galiotte barbaresque.
« Comme nous voilà bientôt à l'époque de la foire franche, ces bâtiments, s'il est vrai qu'ils existent, pourraient faire beaucoup de mal, et faire beaucoup de prises, et il serait bien essentiel de leur faire peur. L'ordre <|ue je donne à M. de Barras, ne saurait le déranger essentiellement de sa route. J'ai fait écrire à Gênes, et sur la côte d'Italie, pour prévenir les bâtiments qui se proposent de venir en France.
« Signé, Bhovès. »
Il8 UNE FAMILLE DE PROVENCE
Lettre adressée à M. de Broves, par le Bey de Tripoli.
« Commandant de la frégate de l'empereur de France, notre ami,
« Ce jour que vous êtes venu, avec le consul et le chancelier, et que je vous ai parlé de ma propre bouche, du mauvais traité de votre consul, depuis étant venu au château, avec grande rage, et grande superbe devant moi, frappant du pied et des mains, avec de mauvaises paroles, devant tout mon peuple, il a mangé beaucoup de mou honneur, présent toutes les nations, j'en ai grand déplaisir. Je vous demande de dire à l'empereur de France, de me délivrer de ce consul, et de m'en donner un autre qui soit bonne personne. »
Le chevalier de Fabry succéda en 13778 a M. de Broves, dans le commandement de l'escadre de la Méditerranée, et s'y illustra par maints combats heureux, et par des prises nombreuses, faites sur les Anglais, et sur les barbaresques.
Guerre de V Indépendance d'Amérique
Le 10 juillet 1778 le roi Louis XYI, en une lettre adressée au duc de Penthièvre, déclara la guerre à l'Angleterre; celle-ci mécontente de ce que le roi de France, avait reconnu l'Indépendance de l'Amérique septentrionale, et de ce que La Fayette, avec un grand nombre de gentilshommes français, étaient entrés dans l'armée de Washington , commença, avant toute déclaration de guerre, les hostilités contre la marine et les colonies françaises, par l'attaque de la frégate la Belle-Poule, commandée par la Clochetterie, et par la confiscation de deux frégates françaises la Pallas et la Licorne.
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Dans cette guerre de l'indépendance d'Amérique, la plus juste et la plus populaire de toutes les guerres soutenues par notre patrie, où les Washington, les Sullivan, les Lafayette, les d'Estaing, brillèrent au premier plan, le Comte de Broves joua au second rang, un rôle considérable et distingué, que l'histoire générale n'a peut-être pas remarqué, parcequ'elle laisse presque toujours dans l'ombre, le mérite des hommes utiles, afin de faire briller davantage la gloire des hommes célèbres.
Le comte de Broves, qui fut dès le début de la campagne, le troisième chef de l'escadre, devint le lieutenant du Comte d'Estaing, depuis le 12 août 1779 jusques à la fin de la campagne ; et il commanda en chef l'escadre du comte d'Estaing depuis le 11 septembre 1779 jusqu'au mois de janvier 1789. La suite de ce récit montrera combien ces faits sont véritables.
Le comte de Broves ayant son pavillon de chef d'escadre à bord du César, vaisseau de 74 canons, partit de Toulon, avec l'année navale du Comte d'Estaing, vers la fin du mois de juin 1778. Il avait pris pour capitaine de pavillon M. de Raimondis, son compatriote Dracénois, et son parent. Il avait auprès de lui, comme oflicicr d'ordonnance, son neveu Joseph-Barthélémy de Rafélis de Broves, pour lors lieutenant de vaisseau. Avant d'entreprendre cette lointaine et dangereuse campagne, il mit ordre à ses affaires personnelles, fit son testament et engagea son épouse à prendre aussi ses dispositions, comme s'ils ne devaient plus se revoir en ce monde. Et en effet le 5 juin 1778, (( la dame Francoise-Gabrielle-Emilie de Ripert de Monclar, épouse de Jean-Joseph de Raphélis, comte de Broves, chef d'escadre des armées navales, et commandeur de Saint-Louis, fit son testament mystique et secret, écrit par M. Honoré Minard, avocat. Elle léguait L'usufruit de son bien à son mari, et instituait héritière générale, Madame Catherine de Lisle, veuve de M. Jean-Pieire- Francnis de Ripert de Montclar, procureur-général au parlement de Provence, sa mère. Ce testament fut fait à la
maison de M. de Brovès, son mari, dans l'appartement qu'elle y occupait au premier étage (i). »
L'armée navale du Comte d'Estaing, arriva vers la fin de juillet 1778, à Shandy-Hook : Le vice-amiral français cherchant à concerter ses mouvements avec l'armée du général Washington, essaya de pénétrer dans la rade de Shandy-Hook, mais l'eau n'étant pas assez profonde, il fut obligé de s'éloigner le 22 juillet, sans avoir rien fait, que donner la chasse, à quelques vaisseaux anglais, et faire échouer sur le sable le Roébuk, vaisseau anglais.
D'Estaing, fit voile pour Rhode-Island, dans le dessein de l'attaquer, de concert avec les généraux américains, et avec Lafayette : on devait fondre sur Rhode-Island, en même temps du côté de la terre et du côté de la mer. Dès le 9 août les Américains étaient en présence de Rhode- Island. Ayant disposé batteries et retranchements, ils attendaient pour attaquer l'arrivée de la flotte française. Celle-ci au sortir de Shandy-Hook, passant devant New- York, fut canonnée par les batteries de cette ville, et suivie par l'escadre anglaise, composée de dix gros vaisseaux. Le combat était engagé entre les deux escadres, lorsque tout à coup lèvent le plus furieux troubla les manœuvres, déconcerta les pilotes, et inquiéta les deux amiraux. Bientôt de part et d'autre on perdit tout moyen comme toute volonté de combattre, on n'eut plus de force et d'intelligence que pour lutter contre les éléments. En quelques heures, les voiles sont arrachées, les mâts rompus, les vaisseaux emportés dans tous les sens. Cette tempête fut plus fatale aux Français que le combat le plus désastreux. Le comte d'Estaing et le comte de Broves nefurentpas mieux traités l'un que l'autre. Le Languedoc, vaisseau amiral, errait sans gouvernail, sans mats, et sans canons ; il fut rencontré par l'un des plus petits vaisseaux Anglais, et se vit menacé de devenir la proie d'un aussi méprisable ennemi. D'Estaing pour échapper à la poursuite
(l)llnsinuations de la Sénéchaussée de Draguignan. 1778, fol. 93.
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obstinée de ce petit vaisseau anglais, se surpassa en ressources, en inventions, en stratagèmes ; le soir, le vent devint un instant contraire à l'Anglais, mais il lui redevint bientôt favorable, et le Languedoc continua d'être chassé. La nuit étant tombée, et les brouillards étant devenus très épais, le Languedoc espéra se dérober ; mais dès que le jour se leva Ton reconnut que Ion était encore poursuivi et ce gros vaisseau serait tombé sous les coups d'un petit navire, si quelques bâtiments français n'avaient enfin paru dans le voisinage, et ne fussent accourus pour sauver l'amiral d'un désastre certain.
M. de Broves a raconté lui-même les péripéties et les aventures de son vaisseau le César, après l'affaire de Rhode-Island.
« 2j septembre 1 738.
« Monseigneur. Le coup de vent du n au 12 août, qui a duré plusieurs jours, et qui m'a séparé de l'escadre, m'a mis dans le cas de me trouver plusieurs fois parmi l'escadre ennemie.
« Je ne savais pas le Languedoc dématté, et j'allais le chercher à Rhode-Island. Deux tentatives que j'avais laites pour m'y rendre, et pour le joindre, ne m'avaient pas réussi ; je n'avais vu que des Anglais. Le 16, étant retourné sur les mêmes parages, le temps très embarrassé, je découvris dans une éclaircie, à 3 heures après midi, cinq bâtiments, dont deux restaient au vent, et les trois autres sous le vent. J'avais au vent, à moi, un vaisseau et une corvette, et sous le vent, à environ deux lieues, trois autres bâtiments, dont deux étaient ensemble ; un gros et un petit : le troisième était à l'arrière de ces derniers, à environ une lieue, mais beaucoup plus près de moi ; il était dématté de son perroquet de fougue, et il travaillait à guinder ses mats de perroquet. Le vaisseau qui était au vent après avoir navigué vers la corvette, fit roule sur moi. courant au bord opposé, et venant, en dépendant, pour me rapprocher.
« Lorsqu'il fut à deux ou trois portées de canon, je m'aperçus qu'il voulait me passer à une grande portée. Je tins le vent autant qu'il me fut possible. Comme le vaisseau allait me passer, je mis mes pavillons, et je les assurai de deux coups de canon. Ce vaisseau n'ayant pas répondu, je lui fis tirer à boulet. Il hissa alors son pavillon, il me répondit d'une partie de son artillerie. Les quatre autres bâtiments mirent aussi leurs pavillons. Je ne fis pas tirer davantage, et avant qu'il fut à mon travers, je mis au môme bord que lui. Je m'aperçus alors que je le joignais, malgré qu'il eut grayé ses bonnettes, et mis toutes les voiles qu'il pouvait mettre ; après une heure de chasse, voyant qu'il n'avait plus d'autre ressource pour in échapper que d'arriver, en me lâchant sa bordée, et, à la faveur de son feu, me passer de l'avant, pour aller joindre les autres vaisseaux, il a arrivé tout à coup, et a tiré toute sa bordée. J'ai arrivé un peu pour lui donner la mienne, et tenant le vent, je me suis mis à petite portée de fusil. Je l'ai combattu une demiheure à cette distance ; mais ne voulant pas donner aux autres vaisseaux le temps de nous joindre, j'ai tenu le vent tant que j'ai pu. Je l'ai approché à portée de pistolet deux ou trois fois. Son bâton de foc, croisait presque le mien, et j'ai cru qu'il voulait m'aborder. Je l'ai combattu deux heures à cette même position, et j'avais lieu de croire, par son feu presqu'éteint, et par ses pompes qu'il faisait aller, qu'il était près d'être rendu, quand un malheureux coup de canon m'a démonté la roue de mon gouvernail. Cet accident, qui n'a pu être réparé qu'au bout d'un quart d'heure en me servant du palan de la Sainte Barbe, qu'il a fallu placer, a laissé le vaisseau anglais maitre de faire ce qu'il voulait.
« Se trouvant pour lors sur mon arrière, il m'a tiré quelques volées de canon, qui ne m'ont fait aucun mal, et a tout de suite gouverné sur un vaisseau, qui venait au devant de lui, et qui l'a joint, dans moins d'une demi heure. Les deux autres bâtiments faisaient aussi tous leurs efforts pour arriver. Il fallut qu'il fut bien mal, puisque aucun de
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ces vaisseaux n'a fait mine de vouloir me chasser. Malgré le dégrément où ils me voyaient, ils ne se sont occupés qu'à lui donner du secours.
« Comme la nuit approchait, j'ai travaillé à réparer quelques manœuvres, et j'ai mis le cap à L'o5o. J'ai couru cette bordée jusqu'à dix heures du soir, que j'ai reviré et mis le cap à E.i/4 S.E. Par cette route, j'aurais dû rencontrer les vaisseaux que j'avais quittés, à l'entrée de la nuit, mais je n'en ai trouvé aucun.
« Le vaisseau que j'ai combattu, est percé de 12 sur 12 ; porte de 24, à la première batterie, de 12 à la seconde, et de G sur le gaillard d'avant.
(( Le combat a commencé à 5 heures, et a fini à 6 heures et demie. Dès qu'il a été hors de portée, le vaissseau a jeté ses ponts à la mer, pour boucher ses voies d'eau : il doit avoir beaucoup perdu, car il était farci de monde, et j'ai toujours fait tirer à plein bois. Il m'a paru au contraire qu'il dirigeait ses feux à la mâture, aussi, n'avais-je pas une manœuvre qui tint, il ne m'a tué du monde, que dans le milieu du vaisseau, du mât d'artimon au mat de mizaine. Je n'ai pas eu un homme touché ni à la première batterie, ni à la dunette, ni sur le gaillard d'avant. Une mousquetterie du passavant a été fort maltraitée. Sur 18 ou i9 hommes du régiment de Hainaut, j'en ai eu douze tués ou blessés par le canon ; j'ai perdu de quatorze à quinze hommes, et j'ai eu quarante-deux blessés, dont plusieurs dangereusement. M. le chevalier de Foucauld, lieutenant au régiment de Hainaut, est du nombre des morts.
« Monsieur le chevalier de llaymondis, mon capitaine de pavillon, a eu le bras droit emporté par un boulet de canon, après trois quarts d'heure de combat. Il voulut revenir sur le pont quand on l'eut pansé. M. de l'ioublanche, enseigne de vaisseau, a été très gravement blessé aux deux euisses, par un boulet de eauon : je crains qu'il ne soit estropié.
« Sans l'accident arrivé à la roue de mon gouvernail.
j'aurais eu la satisfaction d'enlever un vaisseau au milieu d'une petite escadre.
« M. de Castelet, mon capitaine en second, et tous mes officiers et gardes de la marine, ont l'ait leur devoir, et tout ce qu'on peut attendre de gens pleins d'honneur et de zèle. J'ai été on ne peut plus content des soldats de marine et de terre, de quelques-uns de mes maîtres d'équipage, et de tout le pilotage.
u Mais en revanche, j'ai été on ne peut moins content de mes matelots et de mes canonniers bourgeois ; j'en ai cassé plusieurs, que j'ai remis matelots à 12 livres, et j'ai encore été trop indulgent ; cela fait frémir î Je me proposais au jour de faire route sur la terre pour me rallier à l'escadre, mais vers les 6 heures, j'ai découvert sous le vent, à moi, un vaisseau qui m'a paru de ma force. Je n'ai pas changé de route, mais je n'étais pas en état de l'aller attaquer. D'ailleurs, je ne le croyais pas seul. En effet, trois heures après, j'ai découvert un autre gros vaisseau, qui courait la bordée opposée au mien. Quand il a été par mon travers, il a tenu le plus près tant qu'il ajpu, et forcé de voiles.
« Comme il s'était beaucoup rapproché, il m'a fait des signaux de reconnaissance, auxquels n'ayant pas répondu, il a continué à chasser. Je changeai alors nia grande voile qui était toute coupée. Quand elle a été en place, j'ai vu que je le gagnais ; il a pris son parti. Le dernier vaisseau m'a paru à trois ponts, et est, je le crois, la Princesse Royale, car il a deux galeries.
(( Ne pouvant pas me flatter de gagner Rhode Island, j'ai pris le large, et après m'être un peu réparé, j'ai fait route par Boston, où je suis arrivé quatre ou cinq jours avant M. le comte d'Estaing, qui ne sachant ce que j'étais devenu, a été fort aise de m'y rencontrer.
(( Signé, Brovès. »
LES RAFELIS IQ5
« Du 24 octobre ijj8.
« Je viens d'apprendre par les prisonniers que le vaisseau que j'ai rencontré s'appelle Ylsis ; il a réellement cinquante-huit canons, il était, en effet, près de couler bas, quand il a été assez heureux pour pouvoir m'échapper. On avoue qu'il a perdu 44 hommes, cela doit être, vu qu'il était farci de monde, ayant des troupes de débarquement. Le vaisseau anglais le Saint- Alban a été témoin du combat, et il a été tancé, pour n'avoir pas employé tous ses moyens, pour venir au secours deYIsis, et pour ne m' avoir
pas suivi.
« Brovès (i). ))
Le comte de Brovès était aux côtés de M. le comte d'Estaing, vice-amiral commandant l'escadre française, lorsque le 22 septembre 1778, ce général fit son entrée publique dans la ville de Boston, où il fut reçu avec tous les honneurs dus au chef de la flotte alliée, au bruit du canon des forts et des vaisseaux. Un comité de l'Assemblée Générale des Etats-Unis d'Amérique assistait à son débarquement, et le conduisit à la chambre du conseil ; après avoir entendu les compliments de félicitation à la Chambre, il alla avec sa suite, composée de MM. de Borda, de Brovès, de Beuvron et de tous les capitaines des vaisseaux de l'escadre française, déjeûner chez le général Hankok. Le 25, il y eut un banquet chez le gouverneur de la ville de Boston, dans lequel il y eut quatre cents couverts. (2)
Pendant le séjour de l'escadre française dans la rade de Boston, les officiers étaient souvent invités par les Américains à des diners et à des fêtes. Le comte de Brovès accompagnait toujours M. le comte d'Estaing : « M. de Brovès m'a rendu à bord du Tonnant La proposition d'aller dîner avec vous chez M. le gouverneur de Boston.
« Signé, Beuvron. 27 août 1778 (3) ».
(1) Archives de la marine.
(2) Journal politique de Bruxelles, octobre 1778, page 225.
(3) Archives de la marine.
Iq6 UNE FAMILLE DE PROVENCE
Lorsque le comte d'Estaing entra à Boston, il s'empressa d'organiser dans la ville un service religieux à l'usage de ses équipages. 11 se fit céder une église presbytérienne, où il installa les aumôniers de la flotte ; les Anglais se moquèrent de lui, dans leurs journaux, à ce sujet. (( Le comte d'Estaing en arrivant à Boston, n'eut rien, dit-on, de plus pressé que de s'emparer d'une église presbytérienne, dont il a fait une chapelle catholique ; le clergé de sa flotte s'y est rendu processionnelleinent pour la consacrer, il était précédé d'une grande croix, et le vice amiral terminait la marche in-ponlificalibus . » (i).
Nous savons, par le même jonrnal, qui cite les phrases précédentes, que le comte de Broves avec La Fayette, les capitaines de vaisseau Bougainville, Suflren, Du Castelet et de la Motte-Piquet, assistèrent à cette consécration, ou bénédiction de chapelle, au sujet de laquelle les Anglais cherchèrent à exciter les susceptibilités des protestants américains ; ils s'appliquaient à jeter des causes de méfiance et de haine entre Américains et Français. C'est avec cet esprit brouillon qu'ils commentèrent le triste accident qui arriva à M. de Saint-Sauveur, l'un des capitaines de la division navale de M. de Beuvron, et peut-être parent de M. de Broves, car Saint-Sauveur était probablement un Rafélis Saint-Sauveur. « Il est arrivé, Monseigneur, un grand malheur. M. le comte de Saint-Sauveur, mon beaufrère, étant, par ordre de M. le comte d'Estaing, dans la ville de Boston, pour travailler aux approvisionnements de l'escadre, une quantité de soldats boulangers y ont pris querelle avec des Américains. M. le comte de Saint-Sauveur et le comte de Pléville partirent immédiatement pour faire finir cette émeute. Lorsqu'ils se retiraient tous les deux, cinquante coquins se sont jetés sur eux. M. de Saint-Sauveur, mon beau-frère, reçut un coup de bâton
(1) Papiers anglais, cités par le journal de Bruxelles, octobre 78. folio M.
1778, folio 94.
mortel au-dessus de l'œil, dont il est mort sept jours après. Tous les commandants et gouverneurs du pays ont été
affligés, et ont fait, m'a dit M. le comte d'Estaing, tout ce qu'il est possible de faire, pour témoigner de véritables regrets, d'avoir vu chez eux un événement aussi funeste.
« Signé Beuvron. (i) ».
Les papiers anglais donnèrent cet événement, comme un indice des sentiments malveillants du peuple américain, à l'égard de ses alliés. Les Anglais avaient peutêtre raison. Quant aux marins français, avec leur légèreté ordinaire, ils déplorèrent la mort de M. de Saint- Sauveur, et trouvèrent moyen de placer, jusques dans leurs condoléances, quelques pointes de plaisanterie. Le comte deBroves écrivait en effet : « L'accident du pauvre Saint-Sauveur me désole ; en vérité, j'ai été désolé de ces malheureux coups de bâton. J'aime Saint- Sauveur de tout mon cœur, et je ne vois pas de nécessité à ce que son beau-frère, le général de Beuvron, ait 26.000 livres de rentes de plus. (2). »
Après l'entreprise malheureuse et la tempête funeste du mois d'août 1778, aux abords de Rhode Island, les conseils de guerre auraient dû être fréquents dans F état-major de l'armée navale, car l'on se trouva maintes fois dans des situations très critiques. Les talents de M. le comte d'Estaing n'étaient pas contestés, mais l'on était mécontent du second officier général de la (lotte, le comte de Beuvron, c'est de lui que parle le bailli de Sulfren, dans les Lettres qu'il écrivait à Madame d'Alais : « Notre second officier général, qui était dans L'imbécillité, est tombe dans L'enfance. » De son côté, le comte de Beuvron, chef d'escadre, se plaignait amèrement du commandant en chef : Ce n'est pas ma faute, écrivait-il à M. d'Estaing, si le Tonnant l'ait
(1) Archives de la marine, lettre du comte de Beuvron au ministre. 10 octobre 1778.
(?) Archives de la marine. Lettre du 12 septembre 1*3
de l'eau ; c'est votre aide-major M. de Borda, qui m'est venu entrer dans le cul... de sac de Fort-Royal, (i). »
« Je ne m'attendais pas à recevoir l'assurance que je n'aurais aucun secours de l'escadre, d'autant plus qu'elle enlève tous ceux que je pourrais avoir du port. Le Tonnant sera toujours précieux à toute escadre ». Plus tard, étant malade, ou prétendant l'être, le comte de Beuvron quitta l'escadre le 12 août 1779. Le comte de Broves ne partageait pas, ou feignait de ne pas comprendre les sourds mécontentements de l'état-major. Il était au mieux avec M. de Borda qu'il appelait : « Mon cher petit major. » M. d'Estaing lui accordait une confiance toute particulière et une respectueuse amitié. M. de Broves était estimé des officiers, et dans sa division navale, il y avait des officiers tels que Bougainville et Suffren. Il n'était dans tout le cours de l'année 1778 que le troisième officier général de la flotte française ; M. de Beuvron était le second par l'ancienneté, et M. de Broves recevait des ordres de lui, en l'absence de M. le comte d'Estaing. « M. de Broves m'a envoyé M. de Bougainville et de Suffren pour demander des ordres à cause de l'escadre anglaise qui est en vue. Je leur ai fait observer votre pavillon, et leur ai mis le respect qu'ils vous devaient sous les yeux. J'ai fini par les renvoyer chacun sur leur vaisseau, leur disant de se tenir prêts à exécuter vos ordres, les assurant que j'aurai l'honneur de vous voir. Je les ai engagés à vous obéir avec zèle, ne pouvant, ni ne devant faire autrement, notre devoir nous l'imposant (2) ».
Ainsi renvoyés et morigénés par M. de Beuvron, Bougainville et Suffren, ne durent pas être contents, et l'on s'explique le mot de M . de Suffren « Notre deuxième officier général qui était déjà dans l'imbécillité est tombé
(i) Lettre du 5 janvier 1779.
(2) Lettre du comte de Beuvron au comte d'Estaing. Archives de la marine.
LES RAFÉLIS Iq9
dans l'enfance ». Au reste, le général français n'aimait pas à demander conseil aux capitaines de sa flotte ; il se contentait de demander à ses chefs d'escadre, M. de Beuvron, et M. de Broves, de lui envoyer verbalement leur avis, sur la position de l'escadre, et sa sûreté en cas d'attaque venant de l'ennemi ; M. de Broves prit part à tontes les batailles navales du comte d'Estaing : il était à Sainte- Lucie et à Saint-Vincent : ce dernier combat fut heureux, et M. de Broves écrivit au général pour lui adresser ses compliments.
Puis eut lieu la dernière victoire remportée par la monarchie, la victoire de la Grenade. Le César, commandé par M. de Broves, et le Tonnant, commandé par M. de Breugnon, eurent à supporter tout le poids de la bataille. « L'un des gros vaisseaux qui, dans cette journée, surpassa l'idée qu'on avait de sa force est le Tonnant. M. de Breugnon qui était malade à la mort s'est fait porter sur le pont, la présence de l'ennemi lui ayant rendu sa vigueur, il a foudroyé le Barington, vaisseau amiral anglais, et l'a forcé à quitter la ligne, (i) ».
« Au combat naval de la Grenade, le chef d'escadre Bafélis-Broves, se distingua d'une façon remarquable. Son vaisseau, le César, et ceux de s:i brigade, furent les premiers au feu, et les plus maltraités. Si toute l'escadre avait combattu comme le César, il n'est pas douteux qu'on ne se fut alors emparé de la plus grande partie de la flotte anglaise. Malheureusement, neuf vaisseaux français ne purent prendre part au combat. Malgré l'avantage du vent favorable, et celui du plus grand nombre de vaisseaux, les Anglais furent obligés de prendre la fuite, et furent poursuivis jusqu'à 9 heures du soir. (-2).
« Le César, le Fendant et VAnnibal, se trouvèrent
(t) Journal do Bruxelles, septembre 1779, folio 178,
(2) Journal politique de seplcmbre 1779.
l3o UNE FAMILLE DE PROVENCE
exposés au feu de toute la flotte anglaise. Les vaisseaux qui ont le plus souffert sont le César, YAnnibal et la Provence. » (i).
Après la bataille du 6 juillet 1779 (la Grenade), M. de Broves écrivit au ministre : « J'ai eu l'honneur de vous écrire de Boston, et en vous rendant compte de mon combat du 16 août 1778, j'ai eu celui de vous mander que je n'avais été content ni de mes matelots ni de mes canonniers.
« Je m'empresse de vous informer qu'il n'est pas possible d'être mieux servi, ni mieux écouté que je l'ai été, dans l'affaire du 6 juillet. Il n'y a pas eu un seul homme, dans tout mon équipage, qui n'ait montré tout le zèle et toute la valeur qu'on peut désirer. M. le comte d'Estaing m'a demandé un mémoire pour les grâces que j'avais à demander. Je le lui ai remis, et il s'est chargé de vous le faire parvenir, avec les notes qui m'ont été données par les capitaines de ma division. Je ne vous parle pas de moi ,ni de mon neveu, c'est l'affaire du général. J'ai l'honneur seulement de vous demander la continuation de vos bontés (2).
« Signé, Comte de Broves. »
Nous avons dit qu'une très grande intimité régnait entre l'amiral et le comte de Broves ; le ton affectueux qui règne dans toutes les lettres, le prouve avec surabondance. « Votre coup à la tête (3) nie fait de la peine, et je suis bien fâché que vous ne vous soyez pas fait tirer une palette de sang. »
c< A bord du César, le 23 février ijjg.
« Mon général, ne disposez-vous pas de tout, et surtout de moi ? — J'ai l'honneur de vous demander seulement de
(1) Journal politique, 10 septembre 1779, page 130.
(2) Lettre du comte de Broves au ministre, du 9 juillet 1779. Archives de la marine.
(3) M. d'Estaing avait été blessé d'un coup de feu à la tête.
LES RAFÉLIS l3l
faire sentir à M. de Golonia qu'il manque essentiellement à tous ses devoirs ; il est parti pour 24 heures ; il s'en est allé sans prévenir M. du Castelet, qui commande le vaisseau, et au lieu d'un jour, il s'en absente dix ou douze : depuis que nous sommes dans cette rade, il n'a pas fait de service. Au surplus, votre bonté sera toujours une règle pour moi, trop heureux de pouvoir vous imiter en quelque chose. (1).
« Signé, Brovès. »
« Mon cœur est trop plein, mon général, pour que je puisse vous dire quelque chose. L'arrivée de M. M... m'a un peu tranquillisé, j'étais dans les plus grandes alarmes au sujet de vos blessures ; ce n'est pas votre faute, si elles ne sont pas plus graves ; je m'en doutais et je tremblais (2). »
Ce dernier billet était écrit le 10 septembre 1779, pendant la malheureuse expédition de Savanah, dans laquelle d'Estaing fut à la fois battu par les Anglais et joué par le général Prévost , qui eut l'art de prolonger une trêve jusqu'au temps qu'il eut été fortifié, et près d'être secouru. (3).
L'escadre de M. d'Estaing fut confiée à M. le comte de Broves, depuis le 11 septembre jusqu'au commencement de novembre 1779, époque du rembarquement général, et du retour en France. L'on embarqua les troupes pour l'expédition de Savanah, le i5 août 1779, et l'on partit le môme jour. L'on débarqua à Bucley dans la baie de Kosalba ; au moment même de son départ pour aller établir son camp à Meninghause, puis à Savanah, le (-ointe d'Estaing investit M. de Broves du commandement de l'escadre française, composée de quatorze vaisseaux de ligne, et de sept ou huit frégates.
(1) Archives de La marine.
(2) Ibid.
(3) Lacretolle, tomo 5, page 204,
l3a UNE FAMILLE DE PROVENCE
Copie de l'instruction laissée à M. le comte de Broves par M. d'Estaing-,
« M. le comte de Broves continuera d'occuper le même mouillage, il aura sous ses ordres les quatorze vaisseaux de ligne de la môme station, le nombre des frégates sera incertain, parce qu'elles doivent presque toutes être sous voile, et leur séjour au mouillage ne sera que passager. Celles qui se trouveront en vue du César, ainsi que tous les autres bâtiments, exécuteront les signaux de M. le comte de Broves, à moins d'ordres différents, dont elles lui rendraient compte.
« Si les circonstances maritimes, ou si la promptitude de leur mission les empêchaient de remplir ce devoir, les frégates feraient connaître l'impossibilité d'exécuter ce signal, en l'exprimant par pavillon hollandais, seconde répétition, qui veut dire non.
« L'objet de la mission de M. le comte de Broves est d'intercepter tous les secours qui se présenteraient pour entrer à Savanah, notamment le convoi de troupes et de vivres, que l'on attend de New- York, et qu'on suppose escorté de troupes de débarquement, par trois vaisseaux de guerre de 60 ou 64 canons.
M. le comte de Broves devra assurer, autant que les circonstances le permettent, la conservation des vaisseaux, soit contre les coups de vent, soit contre l'ennemi. Les pilotes pratiques supposent qu'après tout ce que nous venons d'essuyer, il n'y a rien à redouter dans la saison actuelle ; ils assurent que des marques certaines annoncent les coups de vent, trois mois avant qu'ils existent. M. le comte de Broves ne balancerait donc pas à appareiller, si les pilotes l'avertissent que les pronostics du ciel ne présagent pas de vent ; il appareillerait aussi, si l'ennemi apparaissait en nombre inférieur, ou supérieur, si des motifs militaires le décidaient à mettre à la voile. Mais dans tous les cas, il fera le plus grand effort possible pour
LES RAFÉLIS I 33
revenir le plus tôt possible au mouillage, pour empêcher tout débarquement de troupes ennemies. La gloire du roi, et le salut de ses troupes de terre, dépendent indispensablement de la vigilance de M. le comte de Broves.
(( M. de Broves fera mouiller les vaisseaux dans Tordre qui lui paraîtra convenable. Il leur prescrira celui qu'ils tiendront au cas d'appareillage, pour cause d'ennemi, de coup de vent, etc., il distribuera, pour chasser, les vaisseaux qui lui paraîtront les meilleurs voiliers ; il fera toujours appareiller, au jour, au moins une frégate ou corvette, que je ferai en sorte qu'il ait toujours avec lui.
« M. le comte de Borda remettra suivant l'occasion à M. le comte de Broves les ordres par écrit, que je lui ai laissés, pour toutes sortes de circonstances, que j'ai tâché de prévoir ; il lui communiquera aussi les ordres donnés aux dix vaisseaux en station à l'embouchure du détroit de Rosalba ; à la frégate mouillée devant la rivière de la Sapello ; aux deux qui sont devant Fort-Royal ; à la frégate qui est devant le détroit de Saint-Hélène, et à Y Amazone, qui croise depuis le détroit jusqu'à Savanah.
« 11 est probable qu'après le débarquement fait, deux vaisseaux de la station du détroit de Rosalba iront renforcer ceux qui bloquent Fort-Royal, il y aura alors deux frégates croisant au vent pour avertir des forces qui pourraient arriver du Sud .
« J'ai l'honneur de recommander à M. le comte de Broves, de faire délivrer à M. Durumain tous les moyens possibles en canons, hommes, embarcations, pour exécuter les ordres qu'il a de poursuivre les bâtiments ennemis, dans l'intérieur de la rivière de Savanah, et d'y établir communication avec lui.
« Fait à bord du Languedoc, en rade de Rosalba, le \septembre 17^9. Signé, EsTAlNG,
« Pour copie conforme,
« ËSTAING (i). »
(1) Archives de la marine, campagne d'Amérique.
l34 UNE FAMILLE DE PROVENCE
« 20 septembre ijjg.
« J'ai l'honneur de prier M. le comte de Broves de donner les ordres les plus précis et les plus prompts, et de faire employer tous les moyens possibles, pour l'aire charger sur une frégate, toutes les bombes, fusées, poudres, crapeaux, mortiers et canons, et de les faire débarquer à Thundée-Blok-Bluk.
« Le prompt envoi de ces pièces d'artillerie est de la plus grande importance pour la gloire des armes du roi, c'est tout dire, et M. de Broves goûtera certainement ce motif.
(( Fait au camp, devant Savanah, le 20 septembre 1^9.
« Signé, d'Estaing (i). »
« Il sera envoyé à Thundée-Blok-Bluk, huit pièces de canon de 18 avec leurs affûts, munitions, armements et équipements et 600 coups pour chaque pièce, 5oo boulets, 5oo gargousses, 10 barils de poudre, plomb en barre, tous les sacs à terre.
« Fait au camp de Savanah, 20 septembre i""9.
(( Signé, d'Estaing (2). »
« 2 1 septembre ijjg, à bord du César.
u La frégate la Boudeuse arriva hier si tard, qu'il n'y a pas eu possibilité d'embarquer de jour à bord du Diadème les effets demandés par le général. La nuit n'a pas été belle, et en ce moment ici, le vent, la mer, et les courants ne permettent pas de transporter plus tôt. La Boudeuse est partie ce matin à 5 heures ; M. de Broves a eu l'honneur de vous écrire . Je suis désolé de ne pouvoir accomplir vos ordres aussi exactement que je le voudrais, mais je ne puis aller contre tout. Depuis que vous avez quitté
(t) Archives de la marine, campagne d'Amérique. (2) Archives de la marine, campagne d'Amérique.
LES RAFÉLIS I '35
l'escadre je n'ai pu communiquer avec elle qu'un seul jour, à cause du mauvais temps.
« Signé, comte de Broves (i). »
a 22 septembre i yjg.
«... Mon général, Lryvely est arrivé ici, amenant deux prises anglaises. L'une est très mauvaise et vide ; l'autre, qui a tous ses mâts, est chargée de cables, d'habits et d'armes. Les prisonniers ont assuré qu'un vaisseau de 5o canons, nommé ïExpériment, devait arriver demain. Ce vaisseau ne peut manquer de tomber entre les mains de ceux que vous avez devant Fort-Royal, ou du Fendant et du Zélé que je vais envoyer entre Fort- Royal et Savanah. Nous avons essuyé quelques avaries dans le coup de vent qui a eu lieu. Le Magnifique a fait signal d'incommodité dans son gouvernail, dans sa poulaine, et dans son beaupré, avaries difficiles à réparer à la mer. • « Le Marseillais a encore une avarie à son gouvernail. Hier, plusieurs vaisseaux ayant chassé sur leurs ancres, le Robuste a été obligé de mettre sous voile, pour ne pas être abordé ; je crois le voir revenir pour reprendre le mouillage. Le Languedoc m'a fait dire qu'il avait une voie d'eau considérable, et qu'il gouvernait avec beaucoup de peine. Il n'a pu encore reprendre l'ancre qu'il avait laissée, quand j'ai été obligé de couper mes cables. J'aurais voulu, mon général, vous épargner ces petits détails dans lesquels je suis entré, sur l'état de votre escadre, ils vous aflligeront, mais il faut bien que vous en soyez informé.
« Signé, Broyés, (a) ».
« 2Ô septembre IJJ9*
« Je vas faire partir la Cérès, avec les effets que vous avez demandés. Si j'avais des embarcations, je ferais par-
(1) Archives do la marine, campagne d'Amérique.
(2) Archives do la marine.
l36 UNE FAMILLE DE PROVENCE
venir à la rivière de Savanah, ce qu'il me reste encore à vous envoyer. Toutes les chaloupes de l'escadre sont hors d'état de naviguer, et si on les chargeait, elles couleraient bas. Tout ce que j'ai pu faire, c'est d'en donner deux pour porter des bombes et des mortiers. Il est impossible d'envoyer les gros mortiers ; l'effort qu'on a fait pour cela n'a abouti qu'à endommager davantage deux chaloupes. La mer est toujours fort grosse, et j'ai grand peine à communiquer avec l'escadre.
« Nous n'avons plus que pour deux quarts d'eau par jour. L'escadre est dans un état pitoyable. Les vaisseaux ne peuvent plus armer les deux batteries. 11 m'est impossible de vous envoyer les 36 hommes de marine que vous me demandez.
« j'ai eu la satisfaction de voir arriver l' Expérlment à la remorque de la Cérès, qui l'a pris, après l'avoir combattu avec le Fendant et le Zélé. Nous avons aussi un autre b.àtiment de commerce, qui était sous l'escorte du vaisseau YExpériment. Que faut-il faire de tous ces bâtiments ? Je ne sais plus qu'en faire ? Ils mangent mes vivres, et boivent mon eau, qui commence à devenir rare, sur tous les vaisseaux. J'aurais besoin de quelques charpentiers.
« Signé, Brovès (i). »
« A bord du César, le 26 septembre 1 y y g.
« Impossible, mon général, de vous envoyer les gros mortiers, ni les canons de 18. Je vois avec la plus profonde douleur, que malgré le zèle que je mets, et toute la peine que je me donne, je suis bien loin de remplir la tache que vous me confiez. Je sens trop vos besoins, pour n'être pas désolé de cette lenteur. La mer est toujours grosse, il ne cesse de souffler un vent diabolique, nous n'avons point d'embarcations. Le hasard vient de m'envoyer deux goë-
(1) Archives de la marine.
LES RAFKLIS l3^
lettes, j'en profite pour vous envoyer des hommes, des charges de canons de 18, dont vous devez manquer.
« Signé, Broves(i). »
« A bord du César, le 28 septembre 155g.
(( Je me flattais de pouvoir vous envoyer par une goélette le reste des troupes et effets que vous demandiez, mais la goélette a disparu. Nous sommes horriblement contrariés dans cette malheureuse expédition. Je ne doute pas qu'elle ne finisse par un succès; mais, mon général, vous dirais-je mes plus grandes peines, et mes plus vives inquiétudes ? Vous vous exposez trop, vous vous exposez beaucoup plus que vous ne devriez ; vous succomberez et nous serons perdus. Je vous jure que c'est là ma frayeur ; je vous exhorte à vous ménager davantage, car le bien de l'Etat est attaché à la conservation de votre personne.
« L'on nous a parlé d'un convoi, qui doit être escorte d'un vaisseau de 74 canons, doublé en cuivre, d'un autre vaisseau de 5o canons, et d'une frégate.
« J'ai fait appareiller quatre vaisseaux, sous les ordres du comte de Grasse, et je leur ai ordonné de croiser au nord et au sud de Fort-Royal, et de se tenir en vue de notre escadre. Je ne crois pas possible de mater YExpériment avec les mâts de la Bricole.
« Le Sphynx a son gouvernail rompu ; le César a son taille mer en mauvais état ; j'ai fait placer des étriers en attendant qu'on puisse le réparer. Nous avons beaucoup de malades et de morts, à cause du manque d'eau. La mer est affreuse, je suis à un quart de cable de Baltimore et je ne peux envoyer à manger à l'officier que j'y ai mis. < 1 ce qui m'afflige le plus, c'est que mon pilote m'affirme que ce sont les beaux! temps de La saison.
« Le Sphynx m'a donne ce matin une grande inquiétude : il a chassé sur ses ancres, il m'a demandé une ancre que je n'ai pu lui fournir, il a enfin heureusement tenu.
(1) Archives de la marine.
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<( Je vous ai envoyé les sacs à terre, les pelles, les pioches, la mitraille, les boulets, la poudre, les canons, les mortiers et les hommes.
« M. le comte de Grasse est en croisière avec la Proçence, le Fantasque et le Marseillais. Je le ferai relever incessamment par le Magnifique, le Tonnant, le Sagittaire et le Thortezieu. L'on me signale un vaisseau de 74 canons, et deux de 64. Dans l'état où sont les nôtres, ce n'est pas trop de quatre vaisseaux contre trois.
« Signé, Broves (i) ».
<( 4 octobre 1 y JQ .
« Je fais appareiller la Boudeuse pour aller dans la rivière de Savanah. J'ai fait embarquer les deux compagnies de Monjac, Goo bombes de 18, 200 de 12, deux barils de fusées de bombes, etc.
« Je m'occupe jour et nuit de vos besoins ; vous pouvez croire que personne ne s'intéresse plus particulièrement que moi à votre gloire, et au succès des armes du roi. Mon attachement pour vous est à toute épreuve. Permettez que je ne vous écrive pas plus longuement ; je n'ai pas le temps de le faire.
« Signé, Broves (2) ».
(( 8 octobre 1 y y g.
« Je vous envoie de petits obusiers, des grenades royales, des grenades ordinaires, enfin tout ce que j'imagine pouvoir vous être utile, pour le succès de votre expédition.
« Les besoins de votre escadre augmentent tous les jours et je ne vous cache pas qu'ils viennent à un point tel, qu'il sera difficile d'y remédier. Nous avons 1.800 malades, nous manquons d'eau. Messieurs les capitaines m'ont dit que la moitié de leurs équipages leur manquent, et il y en
(1) Archives de la marine.
(2) Archives de la marine.
LES RAFÉLIS l30
a plusieurs, qui ne sont pas en état d'aller croiser à cause du petit nombre des matelots. Hier, la moitié de l'escadre a chassé sur ses ancres. Le navire qui nous avait apporté du bois a été emmené par la mer, et Dieu sait quand il pourra nous rallier.
« Signé, Brovès (i) ».
a g octobre iyyg.
((... Mon général, le Magnifique qui était parti hier sous les ordres de M. de Barras, est rentré hier au mouillage, avec une voie d'eau très considérable. Je crains fort pour ce vaisseau. Je vous prie de me donner vos ordres, pour dans le cas où il ne serait pas possible de remédier à cette voie d'eau ; tous les calfats et plongeurs de l'escadre sont chez lui ; on n'a pas encore pu trouver où est Le mal. M. le comte de Grasse qui y est allé, me fera part de son opinion. (A 10 heures) les plongeurs ont trouvé deux voies d'eau.
« Le Magnifique a fait par degré, depuis le combat de la Grenade, 4 pouces d'eau par heure, quand le vaisseau fatiguait. Le 5 octobre, l'eau a augmenté jusqu'à 5 pouces ; le 6, elle a monté jusqu'à 7 pouces ; le 7, jusqu'à 20 pouces; les pompes ont à peine pu le vider.
« Signé, Broves (2) ».
Sous l'empire de toutes ces mauvaises nouvelles, le comte d'Estaing résolut de brusquer l'attaque de Savanah, essayant de sortir de cette situation de jour en jour pins critique ; le 9 octobre 1779, il attaqua les lignes ennemies l'épée à la main ; il reçut trois blessures, et s* exposa tellement au feu de l'ennemi, que les deux grenadiers, qui avaient obtenu l'honneur de le relever et de le porter , furent enlevés par un coup de canon, en voulant soulever le brancard sur Lequel il était couché. (3).
(1) Archives de la marine.
(2) Archives de la marine.
(3) Journal de Bruxelles, décembre 1770, page 172.
T/Jo UNE FAMILE DE PROVENCE
Mais une trahison avait livré son plan d'attaque (i), et les Français repoussés, ne purent avoir d'autre satisfaction que celle d'avoir causé beaucoup de dommages à l'ennemi.
Lettre de M. d'Estaing à M . de Broçès
« Au camp de Savanah, 10 octobre i y y g.
« Monsieur, vous savez par M. Lemaiff, ce qui a été, ce ce qui est, et ce que je voudrais qu'il pût être ; en voici l'extrait.
a Le rembarquement de l'artillerie et des troupes. L'expédition la plus prochaine de six vaisseaux, pour la baie de Ghasepcak, 3 frégates et une portion de troupes, calculée sur le plus grand nombre qu'elles pourront en recevoir pour la Grenade et Saint-Vincent. Notre départ pour aller rejoindre les vaisseaux de la baie de Ghasepcak, et pour y trouver les possibilités de retour le plus prochain en Europe.
« Tous les points capitaux sont assujettis à une foule de détails, relatifs à l'eau, à nos malades, à nos blessés, à l'état du Magnifique.
» Le fier Rodrigue suivrait les vaisseaux deChasepcak, les piloterait, et nous laisserait des pilotes.
« J'ai l'honneur d'être, avec autant d'attachement que de respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Signé, le comte d'Estaing (2) ».
M. de Broves, immédiatement informé, écrit au général, le 10 octobre 1779.
« Mon général, mon cœur est trop plein pour pouvoir vous dire quelque chose. L'arrivée de M. M... m'a un peu tranquillisé. J'étais dans les plus grandes alarmes, au sujet de vos blessures. Ce n'est pas votre faute, si elles
(1) Journal de Bruxelles 1779. Ibid.
(2) Archives de la marine.
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ne sont pas plus graves. Je m'en doutais, et je tremblais. <( Parlons de votre escadre, elle est dans une situation à ne pouvoir pas se passer de son général. Donnez?moi la satisfaction de vous y rendre le plus tôt possible. Je prendrais vos ordres ; je les ferai exécuter, je vous soulagerai, mais, je vous en supplie au nom de tous, venez la joindre ; il est de la plus grande importance que vous rembarquiez ; c'est essentiel que vous nous rejoigniez. Il faudrait entrer dans beaucoup de détails, c'est inutile. Je me flatte que vous serez, après demain soir, sur votre vaisseau.
« Signé, Brovès (i) ».
Le même au même.
« A bord du César, le 1 1 octobre iyyg.
« Je n'ignore pas combien votre présence serait nécessaire à l'armée, étant si mal secondé, dans cette malheureuse circonstance. Mais vous vous devez avant tout à votre escadre. Il faut que vous nous rejoigniez ; il faut vous y décider. Si le temps se gâtait, que deviendrionsnous ? Je ne vous laisserais certainement pas. Je risquerais plus tôt tout, que de vous abandonner. Et quand même je tiendrais ici, le retard qu'occasionneraient de plus longs délais serait irréparable. Nous n'avons plus qu'une petite quantité d'eau, nous n'avons point de ressources ou fort peu, pour en faire ; nous n'avons pas le plus petit secours pour nos malades ; le Fendant, à lui seul, en a 260. L'on vous reprocherait de nous avoir abandonnés ; vous répondez de la vie des autres, et de la conservation des forces du roi. Je me flatte, mon cher gênerai, de vous revoir le plus tôt possible.
« Le Magnifique est toujours dans le même état ; j'ai fait enlever les canons ; j'ai mis 200 hommes aux pompes : l'opinion commune est que ce vaisseau est délié, et crache ses étoupes. J'ai prévenu le comte de Grasse <le son pro-
(1) Archives do la marine
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chain départ. Je pense qu'il conviendrait de lui donner le Fendant au lieu du Sphynx, à cause de la prodigieuse quantité de malades. L' Impérieux sera radoubé. Je mets la Fortune en état de suivre vos ordres, et lui fais donner de l'eau. J'ai donné l'ordre à la Cérès, d'aller mouiller au bas de la rivière de Savanah. à côté de la Blanche, et l'on travaille avec ardeur au déblayement. Le Rodrigue est prêt à suivre M. de Grasse, (i).
« Signé, Brovès. »
« A bord du César, / 1 octobre, 5 heures du soir.
« J'ai l'honneur de vous informer de l'arrivée de Y Amazone, qui est arrivée remorquant YAriel, commandé par M. Thomas Makensie, vaisseau de 20 canons de 9, et de 6 canons de 4- Ce bâtiment s'est parfaitement bien défendu ; il ne s'est rendu qu'après avoir perdu son grand mat, son mât d'artimon et son mât de misaine. M. de la Pérouse a perdu i3 hommes, tués sur le carreau, et il en a 14 blessés très dangereusement. Il a un mât de hune à changer, et beaucoup de manœuvres coupées. Cette frégate dans cet état nous embarrassera, et je prendrai le parti de la remettre à M. de la Pérouse, qui m'a dit qu'il se chargerait de la conduire à Charleston. Il est fâcheux que nous ne puissions la mettre en état de suivre votre escadre. C'est un vaisseau doublé en cuivre, et qui a 170 hommes d'équipage. Si mes arrangements n'étaient pas de votre goût, mon général, je vous prie de me faire passer vos ordres. M. de la Pérouse a besoin de deux ou trois jours pour se réparer, et je serai à temps de changer ce que vous trouverez qui n'est pas bien.
(( C'est hier matin que la Pérouse a combattu et fait sa prise.
« Signé, Brovès (a). »
(1) Archives de la marine.
(2) Archives de la marine.
« A bord du César, le 1 2, à 10 heures du matin.
« Il arrive dans cejmomeut deux bricks, armés en guerre, avec ordre de nous joindre. Il y a un officier qui vous est dépêché par le gouverneur de Gharleston.
La Bricole et la Truite sont entrées dans la rivière de Savanah. Je viens de voir la Blanche et la Fortune sous voile pour en sortir. M. de la Pérouse se met en état de reprendre sa croisière, dès que la prise sera un peu déblayée. Je ferai mon possible pour la mettre en état de faire un peu de voile; mais ce travail exige plusieurs jours. J'attends de vos nouvelles, avec la plus grande impatience et le plus grand intérêt.
w Signé, Brovès (i). »
« Lettre du comte de Broves, au comte d'Estaing, à bord du César, 12 octobre 1 JJQ .
(( Nous avons débarqué hier la première batterie du Magnifique, avec les affûts et quantités de boulets. Ce soulagement n'a pas fait tout l'effet dont je m'étais flatté . Il y a un peu de diminution dans la quantité d'eau, mais c'est peu de chose. On travaille à la deuxième batterie, et l'on va essayer des toiles piquées, qui ne font que d'être achevées. M. le chevalier de Borda m'a dit toutes vos inquiétudes sur l'état de ce vaisseau ; il me tarde bien de vous en donner de nouvelles satisfaisantes. Si nous parvenons à le mettre à deux pompes, nous le sauverons. (A midi), l'on a appliqué la voile piquée, elle n'a encore rien produit et nous sommes obligés de quitter L'ouvrage, le temps se gâte. Mon général, venez nous rejoindre, M. de Borda m'a dit que vous vous trouvez mieux. Vous ne sauriez imaginer l'impatience où je suis, de savoir de nos nouvelles, et de vous assurer du respectueux attachement, etc.
« Signé, DE Broves.
« Pour copie conforme,
u Signe'' d'EstAINQ ('-i). »
(1) Archives de la marine.
(2) Archives de la marine.
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Lettre du comte de Broves au comte d'Estaing.
«12 octobre ijjg.
« Vous désireriez, mon général, pouvoir approvisionner l'escadre d'eau et de rafraichissements, afin d'éviter les relâches de Ghasepcak. J'ai réfléchi à cela, et j'avoue que je trouve, comme vous, de bien grands inconvénients à nous approvisionner à la baie de Ghasepcak. Vous savez mieux que moi l'énorme consommation, qui se fait, dans une escadre de trente vaisseaux ou frégates, et si nous avons été embarrassés à Boston l'année dernière ; à quoi ne devons-nous pas nous attendre dans la baie de Ghasepcak? Les grandes ressources de cette baie sont à quatre lieues du cap Henri, dans un endroit appelé Baltimore, où l'on remonte aisément quand il fait beau, mais quand viennent les mois d'octobre et de novembre, ces mers deviennent très orageuses. Et, mon général, il faut songer qu'il nous faut, non seulement le journalier, mais encore qu'il faut parer au remplacement des vivres consommés ; j'ajoute l'état de nos vaisseaux, et le danger d'être attaqués à l'approche des côtes de la Bretagne, avec des vaisseaux qui font de l'eau, qui sont vieux, qui menacent ruine.
« Si vous me permettez, mon général, de vous donner mon opinion et mon avis, voici ce que j'aurai l'honneur de vous proposer.
« La plupart des vaisseaux de Brest, manquent de tout, et sont remplis de malades ; ne pourriez-vous pas les envoyer sous les ordres du comte de Grasse, et faire votre rentrée en France avec les vaisseaux de Provence ? ils sont tous en état de vous suivre, et de faire la traversée ; vous pourriez même en donner quelques-uns à la frégate que vous vous proposez d'envoyer aux Iles sous le Vent. Nous avons le Champion et Y Expérimenta sur lesquels nous pourrions mettre une partie de nos scorbutiques. On ravitaillerait bien plus tôt douze ou quinze bâtiments, que trente, vous arriveriez en Europe avant le mauvais temps ;
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vos vaisseaux seraient réparés avant l'hiver ; et au printemps, ils seraient en état d'aller à la nier, ou de figurer dans nos armées navales.
« La confiance que vous m'avez témoignée, m'a enhardi à vous proposer mes idées ; si vous ne les trouvez pas justes, je ne me formaliserai pas. Elles vous prouveront que je m'occupe du bien, et de votre situation. J'ajouterai que je crains la mauvaise volonté de nos alliés : nous avons eu bien de la peine à en obtenir quelque chose l'année dernière, que serait-ce de celle-ci ? Je leur lais peutêtre injure, mais je ne peux pas ne point m'en méfier.
« Signé, Broves (i). »
Les idées du comte de Broves furent adoptées de suite par le général ; la levée du siège de Savanah fut dès lors décidée dans l'esprit du comte d'Estaing, qui leva en effet le camp le i9 octobre 1779.
Selon l'avis de M. de Broves, le vice-amiral résolut de diviser son armée navale en trois escadres ; lune, sous les ordres du comte de Grasse, se rendrait à la Martinique : la seconde, sous les ordres de M. de la Mothe-Piquet, irait à Saint-Domingue ; et la troisième escadre, sous les ordres du général, devait rentrer à Brest. Nous verrons que les événements donnèrent par le fait, le commandement de cette troisième escadre à M. le comte de Broves.
(1) Archives de la marine.
l46 UNE FAMILLE DE PROVENCE
Lettre écrite à M. de Broves, sous la dictée du comte d'Estaing.
« Thundée Blok-Bluk, 12 octobre ijjq.
« Monsieur. Le général a pris lecture de votre lettre ; la mauvaise nuit qu'il vient de passer, occasionnée par le travail d'hier, l'empêche d'avoir l'honneur de vous répondre lui-même. Il approuve d'avance tous les arrangements que vous ferez dans la division de M. de Grasse, et le changement du Fendant à la place du Sphynx.
« Quant au rembarquement du général, je pense qu'il ne peut être que dans trois ou quatre jours, j'aurais désiré que cela fût plus prompt, mais son état actuel est le seul obstacle à ses désirs.
(( Signé, Lemaiff. »
Letfre de M. le comte d'Estaing, à M. le comte de Broves
« Thundée Blok-Bluk, i3 octobre IJJQ-
« L'état si inquiétant du Magnifique est sans contre dit le plus grand des malheurs actuels ; c'est celui que je ressens le plus vivement. Un beau vaisseau de moins pour le roi est une chose dont je ne me consolerai jamais.
(( Rien n'annonçait son dépérissement, il est nouvellement sorti des bassins ; enfin, que vous dirai-je, c'est là le comble de l'infortune. Je suis bien certain que vous ferez
l'impossible. Le Magnifique me parait encore bien loin d'être à deux pompes.
« Les motifs que vous me détaillez sont ceux qui me font désirer daller directement d'ici en Europe. Vous y entrevoyez la possibilité, je crois. Préparez tout, je vous supplie, pour cet objet important. J'y suis totalement décidé.
« Aurons-nous assez d'eau? On boit peu dans la saison des froids. Nous ne garderons tout au plus que de quoi armer nos deux batteries. Je renverrai toutes les troupes déterre sur les frégates, ou sur les vaisseaux de M. de Grasse. Il me paraîtrait biea diilicile d'en trouver, parmi ceux de Provence, qui soient en état de continuer une portion de campagne; si cela est praticable, nous l'examinerons.
« Le Champion ou tout autre bâtiment prendrait du biscuit et de la farine à Gliasepcak, pour les Iles-sous-le- Vent. Je croirais préférable de mener avec nous Y Ex périment et YAriel ; ce n'est qu'en Europe qu'ils pourront se remettre convenablement. Nous marcherons si mal, qu'ils ne nous feront pas perdre de temps. Nous n'aurons pour frégate que Y Amazone, car il est fort douteux que la Chimère puisse sortir à temps.
« Je ne vous parle point de ma santé, j'espère que ce ne sera pas toujours la même chose ; c'est en vérité ce qui m'inquiète le moins ; soyez bien persuadé que ce ne sera pas ce qui me fera rester un instant de plus à terre. Je suis plus occupé du temps qu'il fait, que des douleurs inouïes que je souffre. Je suis avec un respectueux attachement, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Signé, D'ESTAING (i). »
(1) Archives de la marine,
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Lettre de M. le comte de Broves à M. le comte d'Estaing.
« A bord du César, le i3 octobre IJJQ .
u J'ai enfin quelque chose de satisfaisant à vous mander, mon général. La voie d'eau du Magnifique est bouchée. Ce n'est point une déliaison du vaisseau qui l'occasionnait. C'est un mal local sur lequel l'emplâtre d'une toile piquée a fait son effet, et l'a guéri . Je le fais décharger, pour tâcher de boucher la voie d'eau par dedans ; la toile piquée, pouvant être emportée par un mauvais temps, pourrait mettre une deuxième fois le vaisseau en danger.
(( Ce travail est un peu long, mais après, nous serons tranquilles. Permettez, mon général, que je vous recommande votre santé.
« Signé, Comte de Broves (i). »
Réponse de M. tfEstaing à M. de Broves.
« Thundée-Blok-Bluk, 14 octobre 1339
« Oui, en vérité, ce que vous me faites l'honneur de m'écrire est bien satisfaisant. Je commence à espérer que le roi ne perdra pas le Magnifique. On ne veut pas même que je dicte, je me bornerai à vous offrir l'hommage de mon applaudissement, sur les ordres que vous avez donnés, pour qu'on tâche de connaître plus positivement, et pour qu'on tâche d'aveugler complètement la voie d'eau en dedans du vaisseau.
(1) Archives de la marine.
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« Tous les vaisseaux, sans en excepter le Magnifique, YAnnibal, le Réfléchi, suivront le comte de Grasse, d'abord à la baie de Chasepcak, et ensuite aux Iles-du-Yent. MM. de la Mothe-Piquet et de Yillard y recevront ou y trouveront des ordres pour conduire des bâtiments à Saint- Domingue, si les forces de l'ennemi ne sont pas trop supérieures et ne les en empêchent pas>
c< Gomme tous ces points capitaux n'ont pas été détaillés,dans ma dernière lettre, je me hâte de vous en instruire. Je crois qu'elle contient d'ailleurs tous les objets principaux, il n'y sera rien changé, et je vous prie d'agir en conséquence.
« Je ne sais si X Aventure aura suffisamment pressé son radoub à Charleston. Je crains que non, parce qu'une lettre de M. de Kersaint m'annonce qu'il entre dans les projets de M. de Bretigny, qui sont de vendre cette flûte. D'après cette même lettre, Ylphigénie était en état de vous rejoindre. Je suis inquiet de son retard. Renvoyez sans exception tous les bateaux, chaloupes et grands canots, il est temps de songer au rembarquement des troupes. Il faut pouvoir renvoyer au moins deux cents hommes à la fois. Donnez ordre au Languedoc de démonter son gouvernail ; une demi-heure de beau temps et une chaloupe suflisent pour cette opération. L'instant est précieux à saisir ; daignez veiller à ce qu'on ne le perde pas.
(( Signé, Estaixg (i). »
Lettre de M. le comte de Broves à M. de Borda, major de V escadre.
« A bord du César, i/f octobre i ~-<j . « ... Il y a sur tous les vaisseaux des femmes et des
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passagers anglais, qui ne sont ni soldats, ni matelots. Je crois qu'il convient de nous défaire de tout ça. Mais on ne le peut que sur un ordre du général. Demandez-lui quelles sont sur ça, ses intentions.
« Signé, Broves. »
Du même au même.
« 14 octobre lyjQ, à bord du César.
« J'appris hier au soir, mon petit major, tout le désordre qui règne à terre, et la négligence de la plupart des ofticicrs employés dans les chaloupes et canots. J'ai nommé M. le chevalier de Brès pour y aller commander, avec ordre de se concerter avec vous, de punir et de me rendre compte des ofliciers qui quitteront les bâtiments, soit de jour, soit de nuit. Je vous réponds que, s'il me porte quelque plainte, je punirai de manière à remettre l'ordre.
« Vous aurez tous les bâtiments que l'escadre peut fournir ; tous les besoins qu'elle peut avoir seront sacrifiés à l'objet important du rembarquement. Je n'ai pas eu l'honneur d'écrire au général, parce que je n'ai rien de plus à lui mander, sinon que tous les ordres qu'il m'a donnés, et tout ce qu'il désire sera exécuté, ou je ne le pourrai, et je me flatte que je le pourrai. Ainsi, qu'il soit tranquille à cet égard, et qu'il ne songe qu'à sa santé, et à nous venir rejoindre.
« Quelques-uns de nos vaisseaux de Provence ne sont pas prodigieusement à leur aise, soit pour les vivres, soit pour le bois, soit pour l'eau. Tous ces états sont exagérés, ce que je peux juger par ce qu'il me reste à bord du César. Au surplus, s'il leur faut quelque chose, j'espère que nous le trouverons. Je me flatte qu'il nous viendra de l'eau. Ne pourriez-vous pas occuper nos charpentiers, qui, je crois,
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ne sont à terre que pour libertiner. Dites au général que j'avais donné Tordre à M. de Boulainvillicrs de déplacer son gouvernail, je lui ai l'ait fournir ce qui lui était nécessaire, et son gouvernail doit être en place, au pis aller il y sera ce soir. Les autres gouvernails ont été raccommodés du mieux qu'on a pu.
« Le Magnifique m'a fait rendre compte qu'il avait fait déplacer sa bonnette, et qu'il ne faisait pas une goutte d'eau. Il m'avait témoigné hier la plus grande répugnance à continuer la recherche de sa voie d'eau, par les moyens que je lui indiquais. Il m'a dit qu'il l'avait fait. Je ne vous cache pas que je me suis méfié un peu. Je l'ai envoyé dire au chef de division M. le comte de Grasse. Je ne sais pas les ordres qu'il lui a donnés, mais je m'en suis débarrassé. Au surplus, s'il lui mésarrivait, ce ne serait pas la faute de M. le comte d'Estaing, ni la myenne (sic). Je lui ai donné des ordres, et je lui ai dit qu'il répondait de tout événement, vis-à-vis du roi et vis-à-vis de ses chefs.
(( Il faudra songer à donner un peu de monde à VExpériment. Si la Chimère ne sort pas de la Rivière, elle en fournira. Il me paraît inutile que ce bâtiment ait soixante à quatre-vingts hommes, au moment où nous en manquons
tous.
« UAriel n'est armé jusqu'à présent que du monde que lui ont fourni le César et le Marseillais.
« Toute l'escadre a fourni le peu d'équipage qu'il y a à bord de 1 Expérim en t .
« Faites lecture au général de ma lettre, évitez tant que vous pourrez de lui laisser la peine de m écrire ou de dicter, je sais que cela nuit beaucoup à son rétablissement.
« Signé, Brovès (i). »
Le passage de la lettre précédente relative au vaisseau le Magnifique s'explique par ce fait, en effet, fort singu-
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lier, que la voie d'eau du Magnifique avait disparu tout à coup, après qu'on eut enlevé la toile piquée destinée à la boucher à l'extérieur, et sans qu'on l'eût bouchée à l'intérieur. M. le comte d'Estaing, étonné et inquiet de ce fait, écrivit alors au capitaine de ce vaisseau, pour lui demander des explications sur cet « événement surnaturel qui n'avait jamais eu d'exemple ». « Vous devez, ajouta-t-il, vous défier, et après les ordres précis donnés par M. le comte de Broves, vous seriez responsable d'une heure de temps qui n'aurait pas été employée. Je ne doute pas de ce qu'un officier tel que vous m'écrit, mais nous devons tous les deux ne croire au miracle, que lorsqu'il est bien avéré. Agissez sur le champ, et rendez compte de tout à M. le comte de Broves. » (Lettre du comte d'Estaing, 17 octobre i779).
Lettre du comte de Broves au comte d'Estaing-.
« / 1 octobre 1 ïj9.
« Je n'ai pas eu l'honneur de vous écrire, et je sais que mon silence vous a inquiété. Mais soyez tranquille, mon général, lorsque j'ai eu l'honneur de vous proposer mes idées, j'étais certain qu'en nous gênant un peu, et en nous donnant de la peine, tous les vaisseaux pourraient suivre leur destination. J'ai pourvu aux vivres, j'en ai donné à ceux qui n'en avaient pas ; l'article de l'eau est on r.e peut plus difficile, mais j'espère que nous aurons le plus strict nécessaire. Je crois même que si chacun voulait se prêter aux circonstances, aller au bien, et être vrai, il ne nous en manquerait pas beaucoup.
« Quoi qu'il en soit, il faut se hâter de quitter ce mouillage, où nous consommons tous les jours au-delà de ce que nous pouvons remplacer.
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« L'on m'assure qu'on vous attend demain à bord «lu Languedoc, je vous assure que personne ne vous attend avec plus d'impatience que moi.
« Signé, Brovès (i). »
Pendant cette guerre de l'indépendance américaine, les Anglais et les Français, aussi embarrassés de leurs prisonniers les uns que les autres, étaient convenus entre eux qu'on échangerait prisonniers français contre prisonniers anglais. Voici les formalités qui avaient lieu dans ces occasions, l'exemple nous en est fourni par M. de Broves lui-même.
« 16 octobre 13 y g.
« Monsieur, j'ai l'honneur de vous envoyer l'acte de liberté pour l'olïicier anglais échangé contre M. de Canibis. J'ai recommandé qu'on aille prendre vos ordres, avant de vous amener l'olïicier anglais, afin qu'il ne voie que ce que vous voudrez lui laisser voir. Il a signé une parole d'honneur semblable à celle de M. de Canibis, dont voici la copie :
« Ayant été pris prisonnier par l'escadre de Sa Majesté très chrétienne, aux ordres de M. le comte d'Estaing, cl ayant obtenu la permission d'aller rejoindre l'armée de M. le major général Prévost, à Savanah, je donne ma parole d'honneur de ne pas servir Sa Majesté britannique, avant que M. le major générai n'ai fait signifier à M. le comte d'Estaing, l'acceptation de mon échange avec M. le chevalier de Canibis, lieutenant de vaisseau, cl ijiic jusqu'à la dite notification, je ne donnerai aucune intelligence
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de ce que je peux avoir vu, ou entendu sur les vaisseaux ou dans les lieux par où ils passaient, et par où je passerai pour me rendre à Savanah, comme aussi je ne dirai ni ne ferai rien en aucune manière, directement ou indirectement, qui puisse nuire au service de Sa Majesté très chrétienne. »
(( J'ai l'honneur, mon général, de vous assurer de mon respectueux attachement.
(( Signé, Brovès (i). »
Le siège de Savanah fut levé le i9 octobre i^9.Le comte d'Estaing battit en retraite et se rembarqua le 21, à bord au Languedoc. A partir de ce jour jusqu'au 28 octobre, le vice-amiral reprit le commandement de l'escadre, qui se composait dans ce moment de trente vaisseaux ; le 26 octobre, le vice-amiral donna Lui-même le signal de dérader, et chaque division navale partit pour sa destination indiquée plus haut. Toutefois l'escadre de Provence, que le comte d'Estaing ramenait en Europe, demeura à Rosalba, jusqu'au Ier novembre. Le 28 octobre 177Î), 1<' Languedoc, qui était au mouillage, chassa sur ses ancre s, et fut emmené par le vent avec le Cérès, la Provence et le Tonnant ; ces derniers rejoignirent le mouillage, mais le Languedoc que montait M. le comte d'Estaing ne reparut point. M. le comte de Broves redevint chef de l'escadre dès le 28 octobre. Le 3i du même mois, voyant que Faillirai ne reparaissait pas, M. de Broves réunit à bord du César tous les capitaines de la flotte. L'on tint conseil, et il fut arrêté que les besoins pressants de l'escadre ne permettaient pas de rester sur cette côte devant Savanah, et qu'il fallait appareiller le
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plus tôt possible, et faire route vers l'Europe ; cette résolution prise, on l'exécuta ; le Ier novembre, l'escadre de Provence, sous les ordres de M. le comte de Broves se dirigea sur Brest, où elle n'arriva que vers le 10 décembre 1779. L'amiral arriva à Brest le 7 décembre ; le Languedoc marcha plus vite encore que les autres vaisseaux. 11 est bien possible que la séparation du Languedoc d'avec le gros de l'escadre ait été prévue et combinée entre d'Estaing et de Broves, afin de permettre au vice-amiral d'arriver premier à Paris. L'on préparait alors une descente en Angleterre, de grands armements se faisaient, il est probable que d'Estaing voulait arriver assez tôt pour obtenir le commandement de cette nouvelle armée navale.
Le retour de l'escadre de M. de Broves en France n'est marqué que par les aventures de trois vaisseaux, qui en faisaient partie : du Sagittaire, de Y Amazone et du Marseillais.
Le Sagittaire, commandé par M. d'Albert de Rions, avait été chargé de remorquer YExpériment, vaisseau pris sur les Anglais, et qui n'était pas en état de marcher. Mais le 8 novembre, la mer étant fort grosse jeta le Sagittaire sur YExpériment. Ce dernier eut son beaupré brisé, et le premier eut tout son arrière enfoncé. M. de Broves ayant décidé d'envoyer les deux vaisseaux se réparer à Saint- Domingue, M. d'Albert de Rions, craignant de devenir la proie de l'ennemi, qui infestait les mers, du côté de Saint- Domingue, demanda à être abandonné à lui-même, aspirant gagner quelque port d'Europe. M. de Broves répondit qu'il était fort aise qu'il ait le courage de tenter la traversée d'Europe; il lui donna du pain, et commanda à Y Amazone de le suivre. Sur cela, M. de Broves ne voulut pas attendre que le Sagittaire eut réparé ses avaries, et fit force de voile. Le Sagittaire ,YExpérimente\ Y Amazone demeurèrent en arrière. Le 12 novembre, ils donnèrent la chasse à une goélette anglaise et la prirent : le >.S. ils prirent un bâtiment anglais, chargé de 3.000 quintaux de morue : ils l'ainarrinèrent et ils se dirigèrent sur Cadix.
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L'Amazone, commandée par La Pérouse, après un combat d'une heure, prit un corsaire de Bristol, armé de 22 canons et de 117 hommes d'équipage. Le Sagittale et Y Amazone chassèrent encore une frégate anglaise de 28 canons.
M. de la Pérouse s'était volontairement oiï'ert pour partager les dangers attachés à la commission donnée au Sagittaire. A bord de Y Amazone était M. le comte de Noailles, qui animé d'un même esprit, refusa de quitter Y Amazone pour passer sur le César, où M. de Broves désirait fortement de l'avoir. Le Sagittaire, Y Amazone et Y Expériment n'arrivèrent à Brest que vers le milieu de décembre 1779.
Le Marseillais, commandé par M. de Vertrieux, vaisseau en mauvais état, n'ayant plus que 34 hommes d'équipage valides, se sépara de l'escadre de M. de Broves, et ne l'ayant pu rejoindre, prit le parti de se rendre à Cadix ; dans ce port, ayant appris que la Méditerranée était libre, il se rendit à Toulon, en ne tenant pas compte de l'ordre de route qui lui avait été tracé, et qui lui ordonnait d'aboider à Brest. Dans une lettre du 20 janvier 1780, le comte de Broves demanda au capitaine du Marseillais pourquoi il n'avait pas cherché à rejoindre l'escadre, et pourquoi étant à Cadix, il n'avait pas attendu là des ordres, alors qu'il n'en avait aucun qui lui permit d'aller à Toulon. M. le comte de Broves, dans son rapport au roi, au sujet de cette infraction à la discipline militaire, dit : « S'il était permis de croire, comme bien des indices sembleraient le faire soupçonner, qu'il y ait eu réellement dessein prémédité de la part de ce capitaine d'abandonner l'escadre, et de revenir en Provence, au mépris de toute subordination, ce capitaine serait certainement dans le cas d'être traité avec les dernières rigueurs ; mais, comme, où les preuves manquent, les présomptions doivent plutôt venir à la décharge qu'à la charge des accusés, il est plus naturel de croire qu'une erreur grossière a seule conduit le sieur de Vertrieux. Cependant, comme il serait d'un trop dangereux exemple de ne pas réprimer de telles erreurs, on propose à Sa
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Majesté de marquer son mécontentement à ce capitaine, en prononçant contre lui une interdiction indéfinie.
« Signé, Comte de Broves (i). »
M. de Broves fut nommé lieutenant-général des armées navales, vers la fin de décembre 1779. Nous lisons dans le journal de Bruxelles, n° de décembre 1779, page 175 : « L'on parle d'une prochaine promotion dans la marine, dans laquelleMM. de Broves et Breugnon seront nommés lieutenants-généraux, et MM. de Bougainville et de Vaudreuil, chefs d'escadre. » Il paraît plus certain toutefois que M. de Broves fut lieutenant-général au cours de la deuxième année de sa campagne d'Amérique ; ses états de service, qui sont au ministère de la marine, portent qu'il fut nommé lieutenant des armées navales, le Ier mars 1779.
Dans le cours de l'année 1780, M. de Broves commanda une escadre, composée du Castor, de Y Actionnaire, du Solitaire, de l'Indien, du Tris ton, du Bizarre et de Y A fax. Ce dernier était monté par le lieutenant-général ; cette escadre était destinée à retourner en Amérique. Mais nous croyons qu'elle n'y alla point.
Par une lettre patente du icr septembre 1780, confirmant une autre lettre patente du 8 novembre 1778, le roi accorda au lieutenant-général comte de Broves une pension annuelle de 3i4 livres, et lui assura de plus le montant de ce qui lui restait dû de cette pension, savoir "3 7 5 livres i9 sols 8 denyers.
Le 8 février 1781, M. de Broves écrivait au ministre La lettre suivante :
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« Draguignan, 8 février ij8i.
« Monseigneur, je pense que ce ne serait pas vous faire ma cour, ni vous donner bonne opinion de moi, que de ne pas vous témoigner mon regret de n'être de rien, depuis plus d'un an, tandis que je vois employer successivement, à la tête de vos armées, deux de mes cadets. Ma sensibilité et mon zèle sont on ne peut plus alarmés de cette préférence, et je vous avoue que j'ai besoin, pour être rassuré, que vous veuilliez bien m'honorer de quelque marque de confiance. Je crois qu'il est inutile que j'aie l'honneur de rappeler mes services. Je sais par des personnes qui ont eu l'honneur de vous parler de moi, que vous les connaissez, et que vous rendez justice à mes faibles talents, et à ma bonne volonté.
« Signé, Comte de Broves »
Au dos de cette lettre, on voit, écrits de la main du ministre, ces quelques mots : « Lettre de M. le comte de Broves. »
Une maladie que fit ce dernier au mois de mars 1781, l'empêcha de bénéficier des grâces du roi, et de commander une des escadres que l'on envoya dans les Indes et en Amérique .
Messieurs Geoffroy et Fabre à Broves.
« Draguignan, le 6 mars iy8i.
« Celle-ci est pour vous dire que M. de Broves est toujours malade, et que par conséquent il n'est pas en état de
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s'occuper de quelque chose ; de sorte qu'il faut différer votre voyage, caril serait inutile que vous vinssiez demain, puisque vous ne pourriez pas seulement le voir ; quand il se portera bien, je vous en donnerai avis.
« J'ai l'honneur d'être, messieurs, avec attachement, votre très humble et très obéissant serviteur (i).
(( Segond »
La môme année, au mois d'août, le lieutenant-général fut encore atteint dans ses affections les plus chères. « n août 1781. Sépulture de Françoise-Gabrielle-Emilie de Ripcrt de Montclar, épouse de Jean-Joseph de Rafélis, comte de Broves, commandeur de Saint-Louis, lieutenant-général des armées navales, âgée de 33 ans, décédée le 10 août, enterrée au cimetière de la paroisse (2).
Ce lut alors que, songeant sans doute à prendre sa retraite dans une des villes maritimes de la mer Méditerranée, il vendit aux Villeneuve-Flayosc, qui le revendirent ensuite au sieur Latil, de Draguignan, le bel hôtel qu'il avait acquis à Draguignan, dans la rue Saint-François, près de la place du Marché. Cette belle maison, qui fut habitée par M. le comte de Broves, où mourut Mme de Broves, a servi pendant de longues années d'hôtel de la Préfecture du département du Yar. Elle se composait d'un vaste corps de logis, de chaque côté duquel étaient deux ailes : toute la façade de cette maison donnait sur une cour intérieure, séparée delà rue par une grille, qui n'existe plus, mais dont les deux pilastres en pierres de taille sont encore
(1) Lettre trouvé' par l'autour, chez M. Pabre, propriétaire h Broves.
[2) Etat civil de Draguignan. 1781. fol. 355.
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debout. Cette maison sert aujourd'hui pour les écoles publiques (i89i). L'on m'y a fait visiter une chambre ayant servi de cabinet, dont la voûte en pierres de taille sculptées, et la forme gothique sont assez curieuses.
Vers la fin de 1781, M. de Broves reprit les fonctions qu'il avait déjà exercées avant sa campagne d'Amérique : Il fut inspecteur des classes du Levant. « Le 14 juillet 1782, Monseigneur a décidé que le trésorier général serait autorisé à payer à M. le comte de Broves, lieutenant-général des armées navales, et du jour qu'il a cessé de l'être, jusqu'au Ier janvier de cette présente année, le supplément attaché à sa place d'inspecteur des classes du Levant ; M. le comte de Broves en a été prévenu.
« Signé, Blouin, 14 juillet 1782(1). »
(( 1778. Monseigneur a procuré à Mme de Broves sur sa demande, un à-compte de 3. 000 livres, sur le traitement dont doit jouir son mari, M. le comte de Broves, comme inspecteur des classes (2). »
Le 11 avril 1781, M. de Broves demanda la dignité de grand croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.
« Draguignan, 11 avril ijqi.
« Monseigneur, j'ai l'honneur de vous demander vos bontés, pour obtenir la grand'croix de Saint-Louis, qui vient de vaquer par la mort de M. le comte d'Aubigny. J'espère que vous voudrez bien mettre mon ancienneté sous les yeux du roy, et engager Sa Majesté à ajouter cette nouvelle grâce à toutes celles dont elle m'a déjà honoré.
(1) Archives de la marine.
(2) Archives de la marine, dossier du lieutenant-général,
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Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Signé, le Comte de Broves (i). »
Lagrand'croix demandée ne lui fut pas accordée pour lors. Mais nous avons lieu de croire qu'elle lui fut décernée deux ans après, car le comte de Broves, lieutenant-général, figure avec la qualité de grand' croix, dans un état dressé au ministère de la marine en 1814. Lacté mortuaire de Jean- Joseph de Rafélis, comte de Broves, ne mentionne pas cette qualité de grand'eroix, ce qui nous fait supposer qu'il fut nommé à Paris, avant qu'on ait reçu la nouvelle de sa mort, et que son brevet ne fut pas expédié, ou ne fut expédié qu'après sa sépulture : il en fut de la croix de Saint- Louis, comme de la décoration de Cincinnatus, qui lui fut décernée, mais qu'il n'eut pas le temps de recevoir, car il mourut avant qu'elle ne lui fut parvenue; on adressa cette décoration, qui était attribuée au lieutenant-général, à son frère Jean-François, député aux Etats Généraux ; la note qui mentionne ce détail extrait de la notice faite sur Tordre de Cincinnatus, dit « que la décoration du lieutenant-général défunt, fut remise à son frère, le marquis de Broves, député aux Etats Généraux de 1789. » Jean- François, frère de Jean-Joseph, ne prenait, à notre connaissance, que le titre de vicomte ; mais il se peut bien qu'ayant été admis à la cour dès 1789, il se soit cru autorisé par l'usage, qui était en vigueur à celte époque, à prendre le titre de marquis, et qu'il l'ait effectivement porté pendant quelque temps.
Dans l'année 1781, ou dans celle tic 1782, le comte de Broves présenta au roi Louis XVI, un mémoire sur l'ius-
(1) Archives do la marine, celle lettre 681 annotée de la main du ministre.
cription maritime. Nous possédons la copie de ce mémoire. A la lecture de cet ouvrage important par son sujet et par son étendue, l'ou sent le mérite éminent de l'officier général, qui tient la plume ; il se manifeste par la science pratique avec laquelle il détaille les besoins, les défauts, les difficultés du service de l'inscription maritime, les causes et les conséquences des abus qui peuvent s'y rencontrer. La rédaction, digne, claire, brève de ce mémoire est également remarquable, et révèle le vieux marin, instruit à bonne école, expérimenté dans le métier, habitué à manier les hommes, et dans lequel le sentiment de la discipline et de l'honneur est comme incarné.
Ce mémoire avait pour but de faire connaître au roi « des réflexions qui s'étaient présentées constamment à l'esprit du général, pendant le cours de deux inspections faites par lui, dans les ports, et dans les services maritimes de toute la France. » Ces réflexions se résumaient en ceci : <( Urgente nécessité que la plus grande uniformité soit mise dans l'inscription maritime, et qu'elle ait un point unique de centralisation.
« Sans une méthode assez vaste pour embrasser tous les détails de ce service de l'inscription maritime, sans une méthode fondée sur des principes constants ; ayant des conséquences exactes, utiles, bien suivies; sans des moyens d'exécution faciles et bien connus de tous, jamais des ressources suffisantes et permanentes ne seront fournies, au pair des besoins de la marine. Les mesures partielles et forcées ne reposent point sur un ordre constant ; une anticipation ruineuse des moyens d'avenir, tarit et dessèche bientôt les sources productives ; et les besoins croissent dans la progression des circonstances, et de la pénurie des ressources. Ainsi, de la restauration du système de l'inscription maritime, de la solution de cetimportant problème, dépendent les ressources commerciales et militaires d'un Etat. »
Tout le mémoire est écrit dans ce style concentré, militaire, officiel, qui dénote non seulement un marin émé-
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rite, niais encore un esprit vif et délié, une volonté énergique, une nature appliquée au devoir, et un cœur dévoué à lhonneur et à la probité, ainsi qu'à la prospérité de la France, et à la gloire de la marine du roi.
Telle s'est révélée à nous la physionomie morale de Jean- Joseph de Rafélis Broves, elle ressemble parfaitement à son visage dont il subsiste encore un portrait en miniature (i) : il avait la taille svelte, et la prestance ramassée qui convient à l'homme d'action ; les traits de son visage sont fins et délicats, ses yeux sont pétillants d'esprit, il y a même dans son regard une pointe de malice, et Ton comprend que ce regard devait pénétrer les hommes, et les juger en un instant; comme aussi l'on sent que ses lèvres spirituelles devaient être toujours prêtes à lancer le mot heureux, la réplique mesurée, ou la réflexion judicieuse sous une forme plaisante. On lit en même temps sur son visage le calme et la résolution dune volonté de fer, dissimulée sous un extérieur jovial à la fois et discret.
Tel il se révèle en effet, dans les actes et les écrits, que nous avons retracés ci-dessus, pour les arracher à l'éternel oubli.
Gomme l'a dit avec élégance le poète Chauvet d'Allons, « alors qu'il ne faisait plus les héros, il savait encore être un homme aimable, il aimait les arts, les belles maisons, les beaux meubles, les objets curieux; il aimait la société, il recherchait les relations ; si quelque jeune seigneur de haut parage était dans son escadre, comme par exemple le jeune comte de Noailles, neveu d'un cardinal, (ils et petit-fdsde maréchaux de France, c'est celui-là qu'il recherchait, et qu'il désirait vivement avoir à son bord. Quel homme eut jamais de plus belles relations mondaines : il fut le protégé de Praslin et de Choiseuil, il fut l'ami du comte d'Estaing, l'élève de l'amiral Bompar, et le neveu de l'amiral de (ilandevès ; il eut pour subordonnés, les La Pérouse, les de Grasse, les Bougainville, les d'Albert de
(1) Entre les mains d'Hedvige de Droves.
Rions, les Suffren, les Galissonnière ;le chevalier de Borda était (( son cher petit major ». Dès 1781, le mauvais état de sa santé ne permit pas aux ministres de lui confier l'une ou l'autre des escadres, qui s'en allèrent dans les Indes ou dans les mers d'Amérique ; les commandements furent donnés aux jeunes : aux de Grasse, aux du Ghaffaut, aux Suffren : M. de Broves en souffrit assurément, mais n'en fut pas jaloux.
L'intrépide bailli de Suffren aimait à accuser M. de Broves d'avoir été animé, à son égard, de sentiments de jalousie. Rendant compte à Mmc d'Alais, son amie, des hommages et des honneurs que les Hollandais lui avaient rendus à file de France, Suffren ajoutait : « Si le comte de Broves vivait encore, il en mourrait de jalousie (1). » Le comte de Broves n'éprouva certainement d'autres sentiments que ceux qu'inspirent aux vieillards le regret de n'être plus jeunes et la pénible nécessité de cédera leurs cadets les occasions de se dévouer à l'honneur et à la gloire. — La gloire de M. de Broves a été de s'être élevé du rang modeste et honoré, dans lequel il était né, au plus haut sommet des honneurs militaires ; d'avoir mérité la confiance des rois Louis XV et Louis XVI, qui lui confièrent successivement plusieurs escadres, des missions délicates et importantes, des inspections pour lesquelles on devait exiger un esprit ferme, vaste, et pratique. Sa gloire fut d'avoir été vaillant soldat et habile marin, jugé capable de commander une flotte de trente vaisseaux, en l'absence du général en chef; il est probable que, si le comte d'Estaing avait péri à Rhode-Island, M. de Broves aurait été désigné pour continuer l'expédition destinée à soutenir Washington et La Fayette, et à défendre la liberté américaine. Mais ce qui fit le plus d'honneur au comte de Broves, ce fut la sûreté de coup d'œil politique et militaire, avec laquelle il sut en plusieurs occasions décisives, indiquer avec netteté les résolutions à prendre. Il convient d'ajouter que cette jus-
(1) Moniteur du 3 novembre 1859.
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tesse de jugement provenait chez M. de Broves, d'un vif sentiment de l'honneur, d'une inflexible résolution « d'aller au bien, » et d'un ardent désir de se dévouer au service du roi, c'est-à-dh'e au service de la France.
Ces qualités maîtresses se révèlent en particulier dans cette phrase adressée à M. le comte d'Estaing au débat de l'expédition de Savanah : « Mon général, ce sera un grand jour pour moi, que celui où vous aurez réussi dans votre entreprise ; ma tète et mon cœur me disent que vous réussirez ; mais après cela, mon général, il ne faut plus rien tenter (i). »
Veuf depuis le n août 1781, le lieutenant-général crut devoir se remarier; il est évident qu'il nourrissait en secret, et le regret de n'avoir pas d'héritier, et L'espoir d'en obtenir un. (( 2 septembre 1782. Publication du mariage de noble Jean-Joseph de Rafélis, comte de Broves, lieutenantgénéral des armées navales, commandeur de Saint-Louis, et de Mlle Marie-Joséphine-Laure de Lestang de Parade, fille de Joseph Melchior de Lestaug de Parade, ancien lieutenant des grenadiers à cheval, seigneur du Mas-Blanc, et de Marie-Pierrette-Elisabeth de Ricard, demeurant à Aix en Provence, en la paroisse Saintc-Magdeleine (2). »
Ce second mariage ne dura que quelques mois ; la tradition à Draguignan tendrait à faire soupçonner que ce mariage ne fut pas heureux. Le souvenir de la première comtesse de Broves s'est maintenu à Draguignan, où Ton conserve encore sa chaise à porteur. L'on se souvient encore un peu du lieutenant-général, et de son nègre 11 parait en effet qu'il se faisait suivre partout d'un nègre. qui lui servait de valet de chambre. Quoi qu'il en soit, remarié le 2 septembre 1782, M. de Broves était gravement malade dès le 9 novembre suivant, puisque ce jour-là. il crut devoir faire son testament.
(1) Lettre du 20 septembre 1778. Archives de la marine.
(2) Etat civil de Broves, 1782.
l66 UNE FAMILLE DE PROVENCE
« 9 novembre 1782. Testament mystique de Jean-Joseph de Rafélis, seigneur de Broves et de Saint-Roman, lieutenant-général des armées navales, commandeur de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, fils de Barthélémy-Joseph de Rafélis et de Anne-Marguerite de Glande v es, alité dans son château de Broves, marié, depuis quelques mois, avec dame Joséphine de Lestang Parade, cette circonstance le porte à renouveler ses dispositions. Il fait des legs à ses nombreux domestiques, aux pauvres de Broves, à Françoise de Rafélis, sa sœur, religieuse à Castellane.
<( Institue héritier universel le posthume ou les posthumes à naître de son mariage ; nomme tutrice desdits enfants à naître, dame Marie-Magdeleine de Rafélis Broves, sa sœur, épouse de messire de Théas de Selles, de la ville de Grasse ; à défaut d'héritier, institue sa sœur pour héritière, et en cas de prédécès, messire Joseph-Barthélémy de Rafélis de Broves, son neveu, lieutenant de vaisseau, chevalier de Saint-Louis. »
(( L'an 1782, le i3 novembre 1782, à 5 heures du soir, a été enterré au cimetière de cette paroisse, haut et puissant seigneur messire Jean-Joseph de Rafélis, seigneur du présent lieu de Broves et de Saint-Roman, mary de haute et puissante dame Marie-Joséphine-Laure de Lestang Parade, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant-général des armées navales, mort hier un peu avant six heures de l'après-midi, âgé de G7 ans 4 mois 4 jours ; ayant reçu les sacrements de pénitence, d'extrèmeonction et d'eucharistie, dans le cours de sa dernière maladie, auquel enterrement a été présent. . . (1).
« Signé, Ciiiris, curé. »
« Le lendemain, le cadavre de haut et puissant seigneur Jean-Joseph de Rafélis, comte de Broves et de Saint-Ro-
(1) Etat civil de Broves, 1782.
man, lieutenant-général des armées navales, commandeur de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, qui fut inhumé hier dans le cimetière de cette paroisse, a été exhumé par permission, et enterré dans la nef de l'église paroissiale du présent lieu (1). »
(1) Etat civil de Broves, 1782.