EPILOGUE
^■^Jcls furent les origines, les principales actions, et les ^Ik J accroissements de la famille Rafélis. Ces faibles C'^jJLr^ linéaments d'une modeste histoire renferment an enseignement, et montrent comment les plus humbles familles peuvent s'élever jusqu'aux plus hauts sommets de la hiérarchie humaine. Autrefois cette exaltation d'une race, loin d'être l'œuvre hâtive d'un seul homme, était celle des siècles, et des générations ; elle ne s'opérait que par le travail, par la tempérance, par la prudence et par le courage, auxquels s'ajoutaient le respect des ancêtres, la passion de L'honneur et la crainte de Dieu.
A ceux qui marchent dans la voie de Leurs devanciers, et qui font honneur au sang de leurs ancêtres, le Créateur accorde une postérité qui se propage, et qui se prolonge ; il met dans la chaîne de cette postérité des perles et des (leurs, des vertus, des hommes historiques, Lesquels sont les ornements de leur race ; il procure et conserve à la race elle-même un patrimoine de talents, de belles aptitudes, de fortune et de glorieux souvenirs.
Chaque famille est dotée de ce patrimoine divin, et tel
fut, tel est le nôtre. Gardons le bien, mes chers amis, qu'il soit cher à notre cœur ! Qu'il soit notre trésor précieux ! Le païen Gicéron lui-même disait :
« Le meilleur héritage que puissent léguer les pères à leurs enfants, c'est celui de leurs gloires et de leurs belles actions. Cet héritage vaut plus que des terres, il vaut plus que de l'or : Répudier cet héritage, en flétrir l'éclat, c'est un crime, c'est un sacrilège. » (i).
Le fameux Hercule delà fable se retira, dit-on, dès l'Age de la puberté, dans une solitude, pour y rêver le plan de sa destinée, et pour s'y préparer à étonner le monde, par des travaux prodigieux : Nous, nous n'avons qu'à marcher dans la voie de nos pères, lesquels sont allés droit devant eux, à la suite de leur devoir.
Bien entendu, nous n'imiterons nos prédécesseurs, ni dans leurs fautes, ni dans leurs défauts, ni dans les choses qui sont au-dessus de nos forces. Nous ne serons peut-être pas capables de parler et d'écrire comme eux, ni d'être à la tête des régiments, ni de commander des vaisseaux, ni de gouverner des villes. Nos pères versèrent leur sang pour la défense de la monarchie. Pour nous, si la Providence daignait relever le trône des Bourbons, nous devrions nous ranger parmi ses serviteurs. Mais en attendant l'heure qui est à Dieu, nous ne pouvons agir malgré Minerve, comme disaient les Romains; nous ne pouvons faire rebrousser chemin au siècle, et nous condamner à devenir inutiles, en courant éternellement après les chimères impossibles. Nous servirons notre pays, nous résignant à le prendre tel qu'il est, en considération de ce qu'il fut autrefois, et dans l'espoir de ce qu'il pourra redevenir un jour. Mais nous le servirons avec des âmes antiques, fermement attachées aux lois de la conscience, et bien persuadées que si Dieu laisse réduire à néant la puissance temporelle de l'Eglise, c'est afin de faire éclater plus tard sa puissance
(1) Cicéron, De Officis, chap. xxxm, livre 1.
morale, et la rendre brillante de jeunesse au siècle à venir. Nous cultiverons nos aptitudes personnelles, nous nous rendrons maîtres de notre cœur et de notre esprit, de nos sentiments et de nos talents, nous connaîtrons notre fort et notre faible, et moyennant tout cela, nous servirons dans l'état que nous aurons choisi, et la France, et l'Église, et la Société, et Dieu.
Nous ne saurions copier en toutes choses nos ancêtres ; ayons du moins celles de leurs vertus que nous pouvons avoir ; pratiquons-les, afin de faire oublier celles qui nous manquent.
Nourrissons en nous la passion, qui dévorait le cœur de nos pères, la passion de l'honneur. Si la clef d'or qui sert à ouvrir toutes les portes nous était donnée, si nous avions à notre doigt l'anneau de Gigès, qui avait la propriété de* rendre invisible, si nous pouvions impunément, et sans même être soupçonnés par les hommes, lâcher le frein de toutes nos mauvaises inclinations, nous devrions nous abstenir de toute faute, parce que le mal est toujours la honte : nous ne devrions pas nous servir de la clef d'or et de l'anneau de Gigès pour faire le mal, car l'honneur, après Dieu, défend le mal : nous ne devrions en faire usage que pour opérer le bien, parce qu'il est beau de faire le bien, et parce que l'honneur après Dieu commande le bien.
Etre franchement et loyalement vertueux, voilà l'honneur ! voilà ce qui est la sève des bonnes familles, et le gland d'où sortirent nos grands chênes !