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CHAPITRE XLVII

Marie-Marguerite de Rafélis de Rroves

épouse de François-César Chauvet d'Allons

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aissance de demoiselle Marie-Marguerite de I Rafélis, fille de noble Joseph-Barthélémy de Rafélis et de Madame Anne-Marguerite de Glandevès Gastellet, son épouse. 17 Mai 1^33. »

Le parrain était messire Gaspard de Raimond d'Eoulx, chevalier de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem, et la marraine Madame Marie de Cheylan, dame de Brianson (1). L'enfant fut baptisée par un prêtre, qui signe Blanchet, vicaire. La marraine Marie de Chailan de Brianson, représentait une très vieille noblesse de Provence. Les Chailan portaient d'or à un cœur de gueule, d'où sortait une pensée de sinople.

« 17 février 1755. Marie-Marguerite est marraine de Marie-Marguerite Roubaud, fille de Jean-Baptiste Roubaud, chirurgien, et de Marguerite Imbert, son épouse. Le parrain de cette enfant fut le frère de la marraine, Claude-Henri-César de Raphélis de Broyés, garde du pavillon amiral, au département de Toulon (a). »

(1) Etat civil de Brovcs, 1733.

(2) Etat civil de Broves.

Le i3 juin 1768, Marie-Marguerite épouse François- César de Ghauvet d'Allons, procureur du roi à Draguignan; les témoins de ce mariage furent les deux frères aînés de la mariée : Jean-Joseph, capitaine de vaisseau du roi, et l'abbé de Broves, qui représentaient le chef de la famille alors défunt. Madame de Broves, la mère, assista encore à ce mariage ; Messieurs Jean-Baptiste Ghauvet d'Allons, chirurgien au régiment de Roussillon, Christophe de Villeneuve, chevalier Baron de Vauclause, seigneur de Bargemon et autres places, et Gaspard de Rafélis de Tourtour, chevalier, signèrent avec les deux époux (1).

Ghauvet d'Allons fut un poète et un magistrat. Bien qu'il ait dit quelque part, que les talents de notre esprit ne sont pas toujours ceux de notre état, il posséda en même temps, et à un degré fort convenable, les talents du poète et ceux du magistrat. Sa mémoire prodigieuse et sa tète meublée de tout ce qu'il y a de plus parfait, dans les auteurs anciens et modernes, lui fournissaient de quoi dicter la veille, avec aisance, un discours qu'il devait prononcer le lendemain. La première vertu de M. Chauvet d'Allons, était la modestie, il jetait un voile sur son esprit, afin d'éclairer sans éblouir; il parlait toujours avec un ton modeste, et semblait vouloir s'instruire encore, alors que son opinion déjà formée, était pour ainsi dire infaillible ; il savait attendre les esprits lents, deviner les esprits confus, être timide avec les timides, il se réduisait à la taille des enfants, lorsqu'il causait avec eux. Ghauvet d'Allons était chéri et recherché dans la bonne compagnie et se mettait aisément et naturellement au niveau des personnes qu'il fréquentait ; or, si l'on en juge par les noms des personnes auxquelles il a dédié des vers, il avait dans la bonne société le plus grand nombre de ses amis.

Ghauvet d'Allons fut un orateur élégant; on lui attribue l'honneur d'avoir inauguré l'usage des discours

(1) 1768. Etat civil de Broves.

de rentrée, qui se prononcent dans les tribunaux, à l'époque où les juges reprennent, après les vacances, possession de leur siège. Magistrat capable et estimé, lorsqu'il devait faire un discours, les dames accouraient et les places se disputaient. Ses discours de rentrée ont été célèbres à Aix et à Draguignan. L'on en a imprimé six : Le premier discours a pour sujet les récompenses données à la vertu, dans lequel il dit que : « Tout est perdu dans un peuple, lorsqu'une même personne est à la fois couverte d'honneur et d'infamie. » Le deuxième discours roule sur la Bienfaisance ; le troisième sur l'Union ; le quatrième sur l'abus de l'esprit ; le cinquième sur le zèle et le sixième sur l'amour du bien public.

Poète, Ghauvet d'AUons fut couronné par l'académie de Marseille pour son poème : Le siège de Marseille. Il a fait un grand nombre de vers, de poésies, de chansons. Son immense facilité et son peu de vanité firent qu'il n'ajouta jamais aucune importance à ces productions de son esprit. Bien éloigné de croire que ses poésies étaient dignes de passer à la postérité, il les laissait dans l'oubli et ne songea jamais à les corriger, à les recueillir et à les publier. Au lendemain de la révolution, quelques-uns de ses amis réunirent ses discours et ses poésies et en firent un magnifique volume, dont on ne tira que cent exemplaires, pour la satisfaction de quelques amis particuliers. L'on ne sait comment il se fit que cette édition, d'ailleurs fort restreinte, demeura oubliée, dans un grenier, ou on l'a découverte il y a quelques années, mais dans un état de délabrement tel, que pour en former un seul exemplaire propre et convenable, l'on fut obligé d'emprunter des pages à tous les autres exemplaires déchirés et maculés. J'ai pu voir au mois d'octobre i89o, cet unique exemplaire des œuvre de Ghauvet d'AUons, chez Monsieur Mireur, archiviste du Var, lequel les destinait alors à la bibliothèque publique de Draguignan.

De la vie de M. Ghauvet d'AUons, nous ne savons que peu de choses. Il parait certain qu'il fut protégé par

Monsieur de Valbelle, alors intendant de Provence, qui lui fit obtenir une pension du roi, en récompense de ses mérites et de ses talents. Chauvet d' Allons ne manquait pas de faire sa cour à Monsieur de Valbelle : il aimait à lui offrir des petits vers, et à le louer dans ses discours. Dans celui qu'il fit sur l'amour du bien public, voulant expliquer la façon, dont les grands hommes savent entendre l'amour du bien public, il cite un des aïeux de Valbelle. « Valbelle commandait, dit-il, un mauvais vaisseau, or, ayant aperçu un bâtiment ennemi tout neuf et bien armé, tout de suite il jette contre lui son vaisseau, l'aborde et met le feu à ses poudres : les deux vaisseaux sautent ensemble en l'air. Valbelle avait calculé que son maître perdrait peu et l'ennemi beaucoup. Mais il calcula mal, ce héros, car il périt avec ces deux vaisseaux, et il valait à lui seul plus que tous les vaisseaux ennemis. »

Nous savons encore que Chauvet d'Allons fut l'ami des sieurs Gastel et d'Albertas et qu'il passait tous les ans un mois au château de Saint-Pons, dans la campagne d'Aix, où se réunissaient un certain nombre de gentilshommes et de gens d'esprit. C'était là surtout qu'il donnait licence à sa muse, de produire à propos des vers de société et des chansons de circonstances. Plusieurs des poésies de Chauvet d'Allons, qui ont été insérées dans l'Almanach des Muses, ont vu le jour dans le château de Saint-Pons, que nous avons visité, dans notre jeunesse. Nous nous souvenons qu'il était comme enveloppé d'une oasis de verdure, il y avait de grands platanes et de grands marronniers.

Nous savons encore que Chauvet d'Allons habitait à Draguignan une maison d'apparence décente et modeste, située sur la Place du Marché, et, qu'en 1793, il fut emprisonné, avec beaucoup d'autres suspects, dans la maison Raimondis, comme ayant un frère émigré ; ce frère était Jean-Baptiste-Alexandre Chauvet d'Allons, que nous avons vu assister à son mariage, avec Marie-Marguerite de Broves, et qui était pour lors aide-major au régiment de

Roussillon. Frère d'émigré ; beau-frère d'une victime du 10 août 1792; oncle d'un émigré, Joseph-Barthélémy, neveu de sa femme; beau-frère d'un prêtre réfractaire au serment civique, Chauvet d' Allons ne pouvait qu'être déclaré suspect; il eut donc beau protester les larmes aux yeux, « qu'il n'était pas cause que son frère avait émigré » il fut incarcéré, et passa de longs mois de captivité, dans cette sombre maison de Raimondis, bien choisie en effet comme lieu de détention. Il s'y trouva avec sa femme, Marie- Marguerite, aussi détenue, de laquelle il s'était séparé depuis longtemps.

Quelle fut la raison de la séparation du poète d'avec son épouse ?nous ne saurions le dire. Il est vraisemblable que le poète quelque peu excentrique déteignit sur le grave magistrat, et entraîna même ce dernier en quelques écarts de conduite. Quidlibet audendi poétis atque pictoribus , fas est, a dit, je crois, le poète, ami de Mécènes. Nous avons quelque sujet de soupçonner aussi que Chauvet d' Allons s'était brouillé, dès 1782, avec son beau-frère, lieutenant-général des armées navales, et que la pièce de vers qu'il adressa à une jeune personne, qui venait d'épouser un vieillard, lui aurait été inspirée par le mariage du lieutenant-général, homme fort âgé, avec Joséphine de l'Estang Parade, jeune fille de 22 ans. La pièce devers est plus que leste ; il y est dit du vieux mari :

Le dégoût et la léthargie, Les soupçons et la jalousie Reposent sur ses deux genoux ; Les rameaux touffus de sa tête, Servent d'asile et de retraite, A plusieurs essaims de coucous.

Incarcéré en 1^93 dans l'hôtel Raymondis, Chauvet d'Allons rédigea pour sa femme Marguerite, vl pour son beau-frère l'abbé Pierre-André Rafélis, le factum suivant :

« Aux citoyens administrateurs du département du Var

« Les lois ont mis sous la protection de la nation les personnes et les propriétés. Aucun sujet de la République ne peut être privé de ses biens que dans certains cas prévus . Ceux qui sont chargés de l'exécution des lois ont des devoirs essentiels à remplir : celui de faire jouir les citoyens de leurs biens, lorsqu'ils n'en sont pas dépouillés par la loi ; celui de conserver ceux que la loi a réunis à la propriété nationale...

(( Je suis dans la maison de détention, avec mon frère infirme et âgé de 78 ans. Je ne jouis que d'une pension de 9oo livres, qui doit fournir à mes besoins, et à ceux de mon frère, qui, comme prêtre, n'avait que la pension que la nation lui avait assurée, et qui ne lui a jamais été payée.

« Nos effets ont été déposés dans un appartement, où ils dépérissent par les eaux plusiales, et par la quantité de rats qui s'y sont introduits. Je ne puis pas même avoir le linge et les vêtements, qui me sont nécessaires, ainsi qu'à mon frère.

m Croyant que ceux qui s'étaient cru autorisés à nous priver de nos effets, l'étaient aussi pour nous en faire jouir, ou prendre les précautions nécessaires pour les conserver, j'ai présenté au district la pétition ci-contre. Elle a été renvoyée à la municipalité.

« J'ai pensé qu'il fallait m'adresser au département pour statuer, ou pour me faire connaître les corps administratifs auxquels je dois m'adresser, pour obtenir justice, étant assurée, que, organes du peuple souverain, et chargés de l'exécution des lois, vous vous empresserez de les faire respecter, par la décision que vous rendrez sur ma demande. Je vous serai, citoyens, reconnaissante de cet acte de justice.

« qo prairial, an II de la République Française, Une et Indivisible.

m Signé : Rafélis Ghauvet. »

Dans la supplique à la municipalité, à laquelle il est fait allusion plus haut, Marguerite dit : « Le tribunal révolutionnaire a acquitté mon frère et l'a renvoyé comme suspect dans une maison de détention ; dès lors il doit jouir de ses effets, et l'exposante aussi. L'on doit du moins faire ce qui est nécessaire pour la conservation de ces effets ; la cheminée du lieu des appartements, où sont déposés ces effets, est tombée en ruine, les eaux pluviales et les rats y pénètrent en liberté, etc., etc. (i). »

« Au citoyen administrateur du département du Var

« Citoyen administrateur.

« Il vous a été exposé par la citoyenne Marie-Marguerite Raphélis, de la commune de Draguignan, en qualité d'héritière de feu Pierre- André Raphélis, son frère, en concours avec la nation, représentant François Raphélis, compris sur la liste des émigrés, qu'en exécution de votre arrêté du 4 thermidor, an III de la République une et indivisible, il a été procédé au partage des meubles et effets dudit Pierre-André Raphélis, par les citoyens Pascal et Ollivier, experts nommés par le directoire du district de Draguignan, en conformité du titre de la loi du premier floréal dernier. Après le susdit partage, il a été procédé au tirage des lots desdits meubles et effets, dans la maison commune de Draguignan, en conformité de l'article 102 de ladite loi ; il reste donc à la nation de retirer l'état de l'émigré François Rafélis, dont elle est devenue propriétaire ; et quoique les dispositions de l'article 99 de la même loi soient assez claires et précises sur cet objet, le receveur des revenus nationaux de la commune de Draguignan fait néanmoins des diflicultés, de se charger des meubles et effets du susdit lot, nonobstant qu'elle lui ait été retracée par le directoire du district et qu'il l'ait requis de s'y conformer.

(1) Archives du Var, documents sur les émigrés.

« Dans l'état des choses, comme la pétitionnaire ne peut rester séquestrée dépositaire desdits meubles et effets, et qu'elle ne s'en est pas même chargée par aucun acte, et qu'il est de l'intérêt de la nation de les faire déposer dans une maison nationale. En attendant qu'il soit procédé à la vente, elle vous prie et requiert d'ordonner qu'ils seront déposés, entre les mains dudit receveur des domaines nationaux, d'après les vœux de Tarticle 99 de la même loi, et placés dans la maison des ci-devant Dominicains, afin de parquer à la nation les frais de louage des appartements qu'ils occupent, en attendant que vous en ayez ordonné la vente (i). »

« Aux administrateurs du Directoire du district de Draguignan

« Citoyens; Pierre- André Raphélis, mis en arrestation et conduit au tribunal révolutionnaire, d'où il fut renvoyé dans une maison de détention de cette commune, où il est décédé, ne possédait aucun revenu, sa fortune ne consistait qu'en mobilier, qui fut mis sous scellé, et en un traitement, que la nation lui avait accordé, comme prêtre, et dont il n'a jamais été payé.

« Marie-Marguerite Raphélis, sa sœur, a fourni à ses besoins, tant aux maisons de détention de Grasse, qu'à celle de Draguignan, où il fut renvoyé après avoir été acquitté.

u La nation est encore en possession de tous les effets de sa succession, et de ceux de l'exposante, qui sont aussi au pouvoir de la nation.

« Le receveur des impositions réclame le montant de l'imposition mobilière, à laquelle ledit Pierre- André avait été taxé. Cette imposition doit être acquittée par les héritiers, l'exposante n'a que la moitié à prendre dans ladite

(1) Cette pièce est entre les mains de Mademoiselle Henriette de Broves, à Limoges.

succession, la nation doit payer le surplus, mais l'exposante ne doit payer que lorsque la nation lui aura délivré son bien. »

« Signé : Rafélis Ghauvet d Allons (i). »

(1) Archives du Var, dossier des émigrés.

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