I. — Tronc de l'artère sylvienne
L’artère sylvienne ou cérébrale moyenne est suivant l'opinion classique la plus importante des branches terminales de la carotide interne. Certes, embryologiquement, elle apparaît comme une collatérale externe peu développée d'une des branches de bifurcation de la carotide interne, la branche craniale (future cérébrale antérieure). Mais le développement des circonvolutions de la face externe du cerveau auxquelles elle est destinée font qu’elle prend- rapidement un développement prépondérant.
Qn peut donc la considérer comme une branche terminale de la carotide interne. Celle-ci à sa sortie du sinus caverneux vient se placer à la partie externe du chiasma optique. Elle se divise alors en branches de volume très inégal. Celle qui nous intéresse, la sylvienne, va continuer la direction de l'artère ; l’autre, la cérébrale antérieure se dirige en avant et en dedans pour aller contracter un peu plus loin une anastomose, avec son homologue ; la troisième, communicante postérieure, singulièrement variable dans son importance, se dirige immédiatement en arrière pour complèter l'hexagone de Willis. Quant à la choroïdienne antérieure qui naît au même niveau, ou plutôt à la limite où la carotide devient sylvienne, elle ne saurait à proprement parler être considérée comme une des branches de division de la carotide interne ; elle tire cependant son
M. Lévy 2
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intérêt de l'importance de son territoire (capsule interne postérieure, bandelette optique).
‘ La sylvienne, avons-nous dit, semble continuer la direction dé la carotide interne. Se portant en dehors à la face inférieure du cerveau, elle répond tout d’abord en bas au toit du sinus caverneux, en haut à l’espace pertoré antérieur où vont pénétrer ses branches perforantes, comme nous le verrons plus loin, puis elle aborde la vallée de Sylvius en s’enfonçant entre le lobe orbitaire en avant et lelobe temporal en arrière,la corne sphénoïdale de celui-cise plaçant sous l’artère et la recouvrant. Son trajet en courbe convexe en haut à la face inférieure du cerveau est assez court ; elle arrive en effet bientôt à la face externe de l’hémisphère cérébral et par un coude assez brusque elle change de direction ; de transversale elle devient antéropostérieure ; d’horizontale elle devient légèrement oblique en haut et en arrière, cheminant profondément dans le fond de la vallée de Sylvius. Reposant sur les circonvolutions de l’insula de Reil qu’il croise, le tronc arrive ainsi à la partie postérieure du sillon sylvien dont il s'échappe alors en se redressant pour former l'artère du pli courbe. Celle ci continue en général la direction initiale, tantôt cependant légèrement ascendante,tantôt au contraire légèrement descendante. Dans la partie initiale de son trajet, l’artère sylvienne a donné les perforantes. Souvent aussi naît une branche corticale plus ou moins importante dont nous verrons l’origine précoce, à peu près constante : l'artère temporale antérieure. C’est en général quand la sylvienne est parvenue à l'union de la face inférieure du cerveau et de la fosse insulaire, qu’elle commence à fournir la plupart de ses branches corticales, celles-ci flexueuses plus longues qu’elles ne le paraissent au premier abord, cheminent alors côte à côte avec le tronc sylvien dans le fond de la vallée, avant d'aborder les sillons de la face externe du cerveau. Malgré l’enchevêtre-. ment apparent de toutes ces branches artérielles,malgré la présence des veines sylviennes profondes et superficielles, la dissection simple sur le cerveau formolé permet de retrouver et.de suivre facilement aussi bien le tronc principal que ses collaté. rales.
C'est ainsi que nous avons pu constater que dans la grande majorité des cas, la sylvienne, conformément à l'opinion de
Fig. 3. — Représentation schématique d’une artère sylvienne, constituant un tronc unique.
Testut, constitue un tronc unique d’une longueur de 10 à 12 centimètres, d'un diamètre de 4 à 5 millimètres (fig. 3).
Sur nos cinquante sylviennes, 46 présentaient cette disposi tion de tronc unique, les quatre autres réalisaient le type
Fig. 4. = Représentation schématique d'une artère sylvienne, se bifurquant, peu après son origine, en deux troncs principaux,
que Mlle Tixier et Moutier considéraient comme de beaucoup le plus fréquent, un tronc court, rapidement bifurqué en deux troncs principaux, supérieur et inférieur (fig. 4
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Si notre statistique diffère tellement des leurs, c’est que. bien souvent, croyons-nous, la bifurcation du vaisseau en deux troncs n’est qu'apparente. En effet, l'origine commune des artères ascendantes que nous décrirons bientôt, peut donner au premier abord l'impression d’un tronc important qui serait l'analogue de l'artère péri-rolandique de Mlle Tixier, tandis que la sylvienne même avec les collatérales inférieures correspondrait à l’artère de la zone de Vernicke. Quoi qu’il en soit, la bifurcation de la sylvienne se rencontre, ilest vrai, assez rarement, tandis que jamais nous n'avons pu constater l'épanouissement en éventail décrit par Charpy. Nous pouvons donc dire que dans l’immense majorité des cas, la sylvienne se présente avec un tronc unique d’où se ,détachent de nombreuses collatérales.
Il. — Les branches corticales de la sylvienne.
Le mode d'origine de ces branches, leur nombre, leur terminologie, leur trajet même ont été décrits diversement, comme on peut facilement s’en rendre compte par la lecture de l'exposé critique des travaux que nous avons fait au début de ce travail.
Nous nous sommes attaché, au cours de nos dissections, à préciser la façon dont les branches corticales naissent sur le tronc sylvien, puis à les suivre minutieusement dans leur trajet flexueux, dans la vallée de Sylvius d'abord, puis à la face externe du cerveau, ou pour mieux dire dans la profondeur des sillons. Nous ne les avons abendonnées qu’au moment où elles s’enfonçaient dans la substance cérébrale. Nous les avons enfin désignées le plus souvent sous le nom du sillon qu’elles empruntent.
[ei, aussi, une assez grande diversité apparaît, Dans certains cas, chaque branche naît isolément, dans d’autres elles partagent à deux, trois ou même ;quatre une origine commune, Il en est ainsi principalement pour les artères ascendantes. Si
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l'on veut bien se rappeler notre schéma de la sylvienne,on voit que celle-ci fournit : 4
1° Dès son origine, une artère à direction antéro-postérieure et légèrement descendante, de volume variable, tantôt considérable, tantôt plus petite, qui est l'artère temporale antérieure ;
20 Un centimètre environ plus loin, elle fournit, cette fois par son bord supérieur, les artères ascendantes qui naissent très fréquemment par une origine commune, le tronc commun des artères ascendantes. Ce sont :
a) L'artère orbito-frontale externe et inférieure ;
b) L’artère du sillon pré-rolandique ou artère pré-rolandique ;
c) L’artère du sillon rolandique ou artère rolandique ;
d) L’artère du sillon inter-pariétal, ou artère pariétale
“antérieure.
Fig. 5. — Tronc commun des artères ascendantes complet, donnant l’artère orbito-frontale externe et inférieure, l’artère pré-rolandique, l’artère rolandique et l'artère du sillon interpariétal.
3o Un peu plus loin, le tronc de la sylvienne fournit, cette fois par son bord inférieur, l'artère temporale postérieure ;
&° Enfin, elle donne par son bord supérieur la dernière des artères ascendantes, la pariétale postérieure ;
5° Quant à l'artère du pli courbe, elle sert, somme toute, de branche terminale.
C'est cette disposition qui nous a paru la plus fréquente. Nous l’avons en effet retrouvée dans 22 cas sur 50 où le
trone commun des artèrés ascendantés était ‘absolument coimplet (Gg. 5). Mais très souvent aussi, ce trône commun tout érÿ laissant à la disposition artérielle soû allure générale, est incomplet. Il en étaie ainsi dans 20 autres cas, où deux
Fig. 6. — Tronc commun incomplet, l’artère orbito-frontale naissant isolément.
branches au moins naissent simultanément. Tantôt, en effet, la plus antérieure des branches, l’orbito-frontale, tantôt la postérieure, c'est-à-dire la pariétale antérieure, ont une origine isolée (fig. 6 et 7).
Fig. 9. — Tronc commun incomplet, l'artère du sillon interpariétal naissant isolément.
Si nous ajoutons à cela que le tronc commun des artères ascendantes est souvent très court, donnant l'impression d'origines artérielles juxtaposées, presque confondues plutôt que d'un trone commun, on comprendra qu'une telle disposi-
tion n’ait pas particulièrement frappé les auteurs. Nous la con: sidérons comme étant celle qui répond le plus à la réalité. C'est seulement dans 8 cas que le tronc commun était complètement absent ;les artères ascendantes étaient toutes séparées les unes des autres, échelonnées le long du bord supérieur du tronc sylvien (fig. 8).
Fig. 8. — Origine isolée des diverses branches ascendantes,
Ajoutons encore que dans les cas où la sylvienne apparaît rapidement bifurquée, il est erroné de dire que toutes les artères descendantes sont fournies par le tronc inférieur, car de façon sensiblement constante, l'artère temporale antérieure naît avant les artères ascendantes, c’est-à-dire du tronc principal.
D'une façon générale, le trajet des artères corticales tel qu'il a été décrit par les divers auteurs ne s'éloigne guère de la vérité. Cependant, bien des détails méritent d'être précisés pour arriver à une conception exacte de la topographie assez fixe de leurs territoires respectifs et partant des ramollissements dontils peuvent être le siège.