II. — Fonction biliaire
On l’étudie aussitôt après sur le tube témoin du rose bengale qui est un tube de plasma dilué par l’oxalate. La façon la plus rapide, la plus simple, façon pratiquement suffisante, c’est de s’adresser, en effet, à une méthode directe : c’est ce qui est universellement admis en Amérique (/cterus Index de A. Bernheiïm) et assez répandu en Europe à la suite des travaux de Meulengracht. Ces deux auteurs comparent par des techniques un peu différentes la couleur du sérum à une solution de bichromate de potasse à 1 p. 10.000. Les auteurs de cette technique, trouvant la coloration du bichromate de potasse tirant trop sur le vert, l’ont additionnée d’un peu d’orangé poirier pour lui donner une coloration plus dorée se rapprochant plus de celle du sérum (mélanger 100 cc. de bichromate de potasse à 1 p. 10.000 et 2 cc. d’une solution d’orangé poirier à 1 p. 10.000). Cet étalon, s’il se rapproche plus de la réalité, est en tout cas bien loin encore de permettre toujours des comparaisons exactes ; il y a très fréquemment de minimes différences entre étalon et sérum dont la teinte tire, tantôt plus sur le vert et tantôt plus sur le rouge. [i faut donc établir une comparaison assez approximative, mais qui, répétée plusieurs fois et rapidement sur le même échantillon, permet d’établir une moyenne.
RE, Tr
On met 1 cc. de sérum à étalonner dans une des cuves, et dans l’autre le liquide étalon dont on fait varier la hauteur pour obtenir une teinte égale dans les deux cuves. Le rapport de la hauteur de cette colonne à celle du sérum correspond à cette coloration; pour plus de facilité d’ailleurs, on ne met qu'un cc. de sérum, si bien que la coloration correspond en réalité à la hauteur lue dans l’autre cuve. Il y aura lieu d’ailleurs ici aussi d'établir une correction puisque le plasma est dilué par l’oxalate, il suffira de multiplier le chiffre
plasma oxalaté
trouvé par la fraction ; or le plasma
plasma oxalaté représente le volume total du liquide du tube à centrifuger diminué du volume des globules. Le plasma vrai est ce chiffre diminué de 2 ; il faudra donc
multiplier le coefficient trouvé par
Volume total — volume des globules
Volume total — volume des globules — 2 On obtient ainsi l'indice biliaire du plasma ou LB.P. qui oscille normalement entre 1,6 et 1,8 ; la zone d’ictère latent s'étend de ce chiffre jusqu’à 5 ou 6, audessus se trouve la zone de l’ictère apparent.
Il s’agit là d’une méthode directe très grossière, nullement spécifique, mais qui, eu égard à la rareté des causes d'erreur, reste suffisante dans la majorité des cas et doit être conservée à cause de sa très grande simplicité.
On reproche aux méthodes directes la cause d’erreur dés pigments carotinoïdes qui sont capables de réaliser des ictères souvent fort nets; si ces faits ne sont pas exceptionnels, ils sont relativement rares dans la pratique : l’élimination des pigments carotinoïdes, absorbés en quantité même très abondante, est, chez les sujets normaux, très rapide. (N. Fiessinger el J.-E. Thierry.) En cas de doute, d’ailleurs, il suffit, comme le conseillent Chabrol, Charonnat et Busson, d’ajouter au
sérum un peu d’acide phosphorique et d’eau oxygénée, qui font disparaître les pigments carotinoïdes et donnent une belle coloration verte à la bilirubine.
Toutefois il y a bien souvent intérêt à utiliser une méthode plus spécifique, telle l'épreuve au diazonium de H. van den Bergh, technique qui offre en plus l'avantage de donner des indications à la fois quantitatives et qualitatives. Suivant la façon dont la réaction se produit, on peut distinguer en effet deux types de bilirubine : une bilirubine franche, à réaction directe, et une bilirubine dissimulée à réaction indirecte, faits fort intéressants, même en pratique.