‹ Les ravageurs des forêts et des arbres d'alignementChapitre 1 sur 18 · INTRODUCTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Coup d'œîl sur Tunitë de la matière. — Ce que c'est qu'un organe, qu'une cellule. — Equilibre naturel. — Transformation incessante de la matière . — Antagonisme des animaux. — Parasitisme. — Expériences de Bertsch. — Le Pou du Pou de l'Abeille. — Invasions naturelles. — Migrations. — Les Campagnols. — L'Économe. — Les Lemmings. — Criquets voyageurs. — Oiseaux voyageurs. •— Poissons ëmigrants. — Ravages des Mollusques. — Ravageurs des forêts et des moissons. — Causes des gënëratians subites de Ravageurs. — Opinions diverses des entomologistes. — Les Ichneumonides. — Auxiliaires de l'honmie et contre-poids naturels des invasions.

Si nous regardons autour de nousj cherchant à décomposer et à grouper les objets qui forment la nature extérieure, nous les rangeons instinctivement et sans effort dans les grandes divisions des ' trois règnes naturels. Les animaux remplissent le règne animal; les plantes, le règne végétal ; Teau, Pair, la terre, les pierres, le règne minéral.

Mais alors certaines questions plus embarrassantes surgissent dans notre esprit.

Par quoi se distinguent ces trois règnes divers? quels sont les critériums naturels qui ont aidé à

notre classification instinctive? quoi de commun entre ces règnes? quelles différences présentent-ils?

Sous le regard attentif de l'observateur, le premier nous apparaît doué du mouvement et de la vie ; le second, de la vie sans le mouvement volontaire, tandis que le troisième n'a que Têtre et ne montre ni la vie ni le mouvement propre.

Telles sont les différences apparentes et bien tranchées que révèle l'examen des choses extérieures ; * mais ce n'est pas encore tout ce qu'on peut y découvrir. L'esprit humain ne s'arrête pas dans sa marche investigatrice ; après avoir étudié les ensembles, il descend aux détails ; après avoir réuni, il sépare, il dissèque, il analyse; et, plus loin il pousse cette étude intime, plus il acquiert la conviction de l'unité de la matière. L'homme arrive ainsi pas à pas à f une des plus belles et des plus grandes conceptions que jamais son cerveau ait pu renfermer, celle de l'identité de la molécule ou plutôt de l'unité de l'atome.

En dehors, en effet, de ces dissemblances tout externes et non intimes qui ont servi à former les trois règnes naturels, tout, dans l'univers, n'est-il pas soumis aux mêmes lois de la création ? Évidemment, nous sommes obligés de le reconnaître. Et c'est une des plus précieuses conquêtes de la science analytique moderne, que d'avoir constaté que les

forces chimiques et les agents physiques exercent à chaque instant leur action, toujours la même, sur ce qui existe.

Les grandes lois naturelles sont immuables ; elles conservent, sans intermittence, une valeur toujours la même; mais^ quoiqu'elles agissent partout, elles le font d'une manière entièrement dissemblable dans ses effets ; quelquefois même elles s'équilibrent et se contre -balancent, et parfois enfin elles semblent se détruire réciproquement. De même que nou^ voyons, dans les réactions chimiques, deux corps se combiner et perdre chacun leurs propriétés constitutives pour donner naissance à un troisième, doué de réactions différentes, de même nous voyons les forces naturelles s'unir ou se combattre pour faire naître des agents qui ne leur ressemblent plus.

Remarquons cependant que, quand nous disons que deux cori^s perdent leurs propriétés spécifiques, nous employons un mot inexact : ces corps n'ont rien perdu. Éléments constitutifs d'une combinaison, ils ont seulement masqué momentanément leur être particulier. Aussi la chimie nous apprend-elle qu'en les rendant à leur première forme par la décomposition du combiné, ils reparaissent avec toutes leurs qualités premières et essentielles.

Il faut donc conclure de ceci que les propriétés d'un corps sont inhérentes à sa substance, à son

entité, mais qu'elles se modifient ou se suspendent toutes les fois que ce corps change chimiquement de constitution.

Quel magnifique champ d'expériences est donc ouvert à l'homme placé — bien imparfaitement instruit encore — au milieu du jeu de ces forces et de ces affinités dont les sciences ne lui ont encore dévoilé qu'une si faible partie I

Si nous étudions , à ce point de vue , l'action des forces physiques et chimiques qui s'exercent sans relâche autour de nous, nous ne tardons guère à reconnaître que ces forces ne suffisent pas atout expliquer, et qu'une autre existe encore, celle-ci plus intense, plus active peut-être encor«î que ces deux-là, et régissant tout un monde sur lequel les deux premières n'agissent qu'à titre de forces secondaires. Cette force, nous pouvons lui donner un nom : c'est la force vitale. — Mais qui la connaît ?. . . Tout le monde la sent ; mais qui la définit? Bien plus, peut-on la définir? — Souvenons-nous, en effet, que le règne minéral n'a été appelé le monde des êtres inorganiques que par opposition au monde des 'êtres organisés, lesquels composent le règne animal et le règne végétal dans leur immense et vivant ensemble.

Il nous faut donc définir ce qu'est un organe, puisque c'est par là que nous distinguons la nature vivante, ou animée, de la nature inanimée. Cette

définition n'est pas possible en prenant pour exemple les animaux si complexes qui vivent, naissent et meurent autour de nos demeures habituelles; mais si, aidés des puissants moyens optiques que la science met à notre portée, nous descendons dans Téchelle des êtres jusqu'aux moins compliqués, nous constaterons que ces êtres, cependant organisés, se simplifient dje plus en plus et arrivent, en fin de compte, à n'être qu'une ou plusieurs cellules.

Qu'est-ce donc que la cellule?

Elle-même est complexe, puisqu'elle comprend une enveloppe résistante contenant un liquide, et, en tous cas, un corps différent de l'enveloppe au point de vue chimique et physique. La cellule, qui est la base de l'oi^ane, l'unité de l'agrégation de ses parties, est-elle donc la monade, à laquelle la vie est inhérente ? Car, pour que la vie existe, il n'est pas besoin d'un animal complexe ou d'une plante complète : une simple cellule monaire vit ! — elle croit ! — elle enfante ! — elle meurt !

Qu'est-ce alors que la mort?

Question profonde, mais qui nous mène à l'inconnu sitôt que nous voulons sonder les abîmes de l'unité I

La vie, c'est l'action combinée et simultanée d'un certain nombre de forces dont nous ne connaissons que la plus faible partie. La mort, c'est la fin de ce

concert; c'est le commencement de là soumission de la matière à la force chimique des affinités seules.

La différence unique entre la nature animée ou organique et la nature inorganique, consiste donc dans l'activité de la cellule. Le cadavre d'un animal, les restes d'une plante morte sont inertes comme la roche qui les supporte ; comme elle, ils reviennent bientôt à leurs éléments primitifs et simples^ sous l'action seule des forces atmosphériques dont la physique et la chimie nous donnent la clef.

L'histoire des Insectes Nuisibles, des Ravageurs, est l'étude de cette force inconnue t— la vie , — non plus dans son jeu régulier et harmonique, mais dans le plus immense de ses débordements , alors qu'elle domine toutes les autres par son exubérance et vient détruire Véquilihre auquel nous sommes habitués. Il est donc nécessaire, pour étudier les remèdes accessibles à la faiblesse de l'homme quand il lutte contre de telles puissances, que nous sachions, sinon le pourquoi, au moins le comment de ces invasions subites d'êtres animés qui, sans raison apparente, se déchaînent, montent comme une marée menaçante , — puis décroissent et disparaissent, afin que tout rentre à son niveau habituel. Spectacle frappant, d'une sauvage énergie, et qui rappelle les marées terribles ou les inondations da^ns leur cours d'abord progressif, puis décroissant I

Depuis la création du monde, les corps de la nature échangent entre eux des principes divers qui, temporairement, font partie des uns, puis des autres. Intrinsèquement les molécules de ces principes errants restent toujours semblables à ellesmêmes ; elles sont immuables et cependant elles acquièrent, dans chacun de ces corps où elles interviennent, des propriétés nouvelles.

Grâce à cet échange, un certain équilibre se maintient, pendant un temps plus ou moins long, parmi les animaux et les végétaux destinés à vivre ensemble, et les uns par les autres , dans le même pays. Comment se fait-il que cet équilibre puisse être rompu ?

Aucune molécule ne se crée, comme aussi aucune ne se perd, et cependant nous voyons, à chaque seconde du temps qui nous contient, surgir de nouvelles plantes, nsutre de nouveaux animaux, de même que nous voyons apparaître de nouveaux nuages et tomber de nouvelle pluie sur la terre. Telle est l'image de la vie, de la création incessante, tandis que partout, — à côté et au milieu d'elle, — l'image de la mort apparaît, terrassant à chaque instant sous sa main les animaux et les plantes qui animent le monde.

Or, que sont toutes ces morts, sinon des changements d'existence?

Les forêts dépouillent chaque automne leurs cimes du feuillage qui les couronne, les cadavres des animaux tombent dans des places ignorées, les plantes meurent sur le sol qui les porte... Eh bien I toute cette matière, organisée naguère, maintenant inerte, va rendre à l'eau, à l'air et au sol les éléments qu'elle leur avait empruntés pour un temps.

Sous l'empire de quelles circonstances se peut donc produire un défaut d'équilibre au sein d'un milieu si parfait dans sa transmutation et si régulier dans ses mouvements d'échange ?

C'est à cette question que commence à peu près l'inconnu.

Chaque jour des invasions diverses se montrent aux regards de l'homme ; invasions non-seulement du règne animal sur le règne végétal, mais du règne animal sur lui-même, et aussi du règne végétal sur lui-même et sur l'autre. Il n'est pas besoin d'aller chercher bien loin des exemples qui abondent en tous lieux: les invasions de rongeurs, les apparitions d'insectes constituent l'envahissement, et par suite la destruction du règne végétal par le règne animal , tandis que les cas si nombreux de parasitisme observés non-seulement sur les mammifères, sur les oiseaux, sur les poissons, mais encore sur les insectes, représentent bien l'invasion du règne animal par luimême^ et que la maladie de la vigne et celle des

pomme» de terre nous font voir que le règne végétal

trouve souvent dans son sein ses plus terribles

ennemis. Bien plus, à mesure que les moyens d'oi>servation scientifique se perfectionnent et permettent à nos regards de pénétrer plus avant dans les mystères des organismes divers, nous voyons ce champ de l'inconnu s'ouvrir devant nous, livrer peu à peu ses secrets, et nous faire ainsi réfléchir profondément à ceux qu'il nous cachera longtemps encore. N'est-on pas conduit ù penser que plusieurs maladies épidémiques sont produites par d'infinimeill petits cryptogames — invasion de l'animal par le végétal?

Un exemple, choisi au hasard, suffit pour faire voir non-seulement que les cas de parasitisme existent partout, en tout et sur tout, mais qu'ils sont par eux-mêmes plus compliqués que les naturalistes ne le pensaient naguère.

Un habile observateur, M. Bertsch, aidé d'un microscope de son invention et des ressources de la photographie, est parvenu à reproduire le parasite des ÂbeUles. Rien de mieux. Jusqu'à ce jour, on savait que les insectes, même les plus petits, nourrissaient, comme l'homme et comme la plupart des mammifères, un certain nombre d'espèces d'animaux particuliers à leur nature. Ainsi donc, grâce au pouvoir amplifiant de son microscope, notre

savant ami put étudier en détail le parasite de

l'Abeille

Mais bientôt, que découvre-t-il sur lui?.... Un autre parasite! et non-seulement il le voit, niais , bien plus, il le photographie!.... Et, en examinant cet animal, dont la forme bizarre semble le rêve d'une imagination en délire, on se demande où finit cette série d'êtres superposés ? — Puis on revient sur soi-même, et l'on s'interroge pour savoir où elle commence?

Nous rencontrerons dans notre étude moins de parasitisme normal que le parasitisme anormal, exubérant, foudroyant, si l'on peut dire, qui constitue ce que l'on appelle les invasions. Ces phénomènes sont d'autant plus frappants, qu'ils ont pour cause des animaux dont l'organisation est placée plus bas dans l'échelle des êtres, et par conséquent dont le mode de reproduction est enlouré de plus de voile C'est le cas des grandes et subites invasions d'insectes, qui apparaissent tout à coup comme une marée envahissante, dévastent tout sur leur passage, et disparaissent laissant la désolation derrière eux.

C'est encore le cas de certaines invasions lentes , continues, étendant leurs ravages sans que rien puisse les entraver dans leur marche. Au nombre de ces épidémies, nous ne pouvons oublier la mar

ladie noire qui, depuis 1743, sévit sur la plupart des arbres du midi, et qui, chaque année, étend ses ravages d'une manière de plus en plus inquiétante. Les arbres se couvrent d'une crasse noire dont Tépaisseur varie ; cette poussière s'incruste dans les moindres interstices et remplit les rugosités de Técorce , les sinuosités des feuilles. D'abord sèche , puis friable, elle forme, au mois de juillet, un enduit visqueux, gluant, mielleux, qui tombe en pluie noire sur le sol. Et tous ces ravages ne sont que l'œuvre d'un insecte, d'un Coccus, qui, sous sa taille microscopique, nous semble une poussière, et est susceptible de multiplier avec une effrayante lapidité, puisque chaque femelle pond de deux à quatre mille œufs, qui ne demandent que quinze jours pour éclore ! Aussi ne doit-on pas s'étonner .qu'un arbre soumis à la succion d'une poussière d'insectes semblable s'épuise et meure bientôt, laissant couler sa sève par les innombrables piqûres que ses bourreaux lui ont faites.

Au nombre de ces Épidémies, nous devons placer le terrible Phylloxéra, dont la marche inexorable menace, en ce moment, bien des richesses dans notre pays. .

Ce n'est pas tout encore ; il est nécessaire, pour mettre un certain ordre dans les phénomènes que nous voulons étudier, de distinguer deux modes

faut : les moyens qu'il emploie sont sûrs et ne lui demandent qu'un peu de temps.

Quant aux migrations, elles commencent sans raisons connues, elles se dirigent sans voies déterminées, et elles finissent par l'extinction naturelle de la vie chez la totalité ou la plupart des êtres qui les composent. Sans aucun doute, un jour viendra où Ton saura d'où partent les Sauterelles ravageuses, où elles ont pu naître et se multiplier à Tinfini ; on saura comment pullulent les Lemmings, par quel signal ils peuvent se réunir, comment ils conduisent leurs hordes immenses, et quel est leur but en entreprenant ces voyages dans lesquels ils ne co* Ionisent point et où la plupart d'entre eux trouvent la mort.

La famille des Campagnols (Arvicolœ), — petits mammifères rongeurs voisins des Rats, — offre des exemples très -remarquables de la propension irrésistible de certaines espèces pour les migrations. Cette famille renferme des espèces sédentaires, telles que notre petit Rat des champs (fig. 1), dont le bon La Fontaine fit le commensal du Rat de ville ; celle des Ondatras, gros Rats-Castors qui habitent le Canada, et celle du Rat-d'eau que nous rencontrons sur les bords de toutes les eaux de la France et de la plus grande partie de l'Europe. Ces animaux, soit dit en passant, n'ont du Rat que le nom et s'en dis-

tinguent par un assez grand nombre de caractères, dont le principal est d'être exclusivement granivores ou herbivores, tandis que le Rat est omnivore et plutôt même Carnivore.

Il n'est pas sans intérêt d'examiner avec quelques détails les mœurs des espèces Voyageuses; elles nous montreront combien la force. de l'homme et celle des agents dont il dispose sont faibles en face de celle de la nature. Parmi les Campagnols proprement dits, on connaît, au Kamtschatka, en Daourie et dans les autres provinces de l'Asie septentrionale, une espèce nommée V Économe. Ce petit animal se construit une habitation remarquable dans laquelle il accumule des provisions de racines préparées et coupées de manière à pouvoir s'empiler commodément et sans perdre d'espace, car il a le talent de garder tout cela à l'abri de la moisissure et de la corruption dans un magasin spécial creusé en terre, voûté, matelassé de mousse et n'ayant pas moins de 30 centimètres de diamètre sur 40 à 42 centimètres de hauteur.

La multiplication de ces animaux ne semble pas cxtraordinairement active ; chaque couple ne produit que deux à trois petits, et cependant quand, vers le milieu de l'été, tous sentent le besoin de partir, il s'en trouve des multitudes telles que deux heures suffisent rarement au défilé de leurs co-

lonnes. Au moment de se mettre en route, tous se préviennent. — C4omment? — Nul ne le sait, mais le fait existe et est hors de doute ; l'assemblée est d'abord tumultueuse et indisciplinée , mais peu à peu l'ordre s'y établit, la colonne se forme, elle s'oriente vers le couchant, puis elle se met en marche. Alors on peut la comparer sans exagération à un torrent qui descend des montagnes, avec cette différence que les Économes étant une fois partis, rien ne peut interromI)re leur marche ou les faire dévier de la ligne d'orientation convenue. Les lacs, les rivières, les bras de mer même ne leur font point obstacle; ils les traversent résolument à la nage, poussés par la force aveugle et mystérieuse qui les lance en avant. En sortant de l'eau, la troupe fait halte pour se sécher, mais déjà les rangs se sont éclaircis et de larges trouées y ont été faites par la dent des poissons voraces et par le bec des oiseaux de proie.

Ainsi, toujours marchant, sans trêve, sans relâche, ils font cinq cents lieues de suite, dévastant tout sur leur passage; car il faut vivre, et dans la disette tout est bon ; puis, arrivés au golfe d'Okhotsk, aux environs du fleuve Penshina, ils rebroussent chemin. Octobre est arrivé, avec lui la famine complète ; il faut retourner au pays, où Ton arrive en bien petit nombre, pour recommencer quand la nation se sera reconstituée à nouveau.

Les Lemmings, Campagnols très-voisins de ceuxci, mettent à peu près dix ans à préparer une invasion, et dirigent au contraire leur migration vers le midi. Gros comme des Rats et revêtus d'un pelage agréablement mélangé de noir et de jaune, ces animaux partent des montagnes de la Laponie, leur patrie, et marchent, comme les Économes, sans que rien les détourne. Au lieu de s'avancer en une seule armée, les Lemmings se divisent en plusieurs colonnes parallèles, mais les obstacles n'arrêtent pas plus ceux-ci que les autres. Les montagnes sont franchies, les rochers escaladés, les rivières traversées, sans que l'ordre de la marche soit interrompu. C'est uiî large ruban de créatures vivantes qui se plie à toutes les exigences des reliefs du terrain, mais ne se rompt pas pour cela. Partout où il se déroule, la terre est semblable au champ que le feu a dévasté ; rien n'y demeure, arbres, herbes, plantes, tout est englouti. Arrivés à un certain point vers le midi, point qui varie pour chaque migration, ils rétrogradent et retournent, en bien petit nombre, à leurs montagnes natales, sans laisser un seul traînard établi dans les pays qu'ils ont traversés.

On a cherché à trouver une certaine coïncidence entre les grandes migrations de ces animaux et la venue- des hivers très-rigoureux ; avertis par un instinct — sens thermo-électrique et thermo-baromé-

trique — dont on a d'autres exemples, il^ fuiraient devant l'hiver qui, par sa longueur et sa force, les menacerait de mort après l'épuisement de leurs provisions. Cette raison n'est pas suffisamment constatée pour qu'on y ajoute une foi absolue ; c'est pourquoi ces migrations demeurent encore un mystère impénétrable.

Il en est de même de la migration des Sauterelles qui viennent jusqu'en France dévaster plusieurs de nos provinces du midi.

Ces animaux — appartejiant à des genres différents, mais dont les plus connus portent le nom de Criquets voyageurs {Acridium migratoriiim) , se distinguent des Sauterelles surtout par dès ailes très-développées, — multiplient en grand nombre dans les parties les plus chaudes de l'ancien monde. Vers la fin de l'été, Ifes insectes parfaits apparaissent en troupes innombrables ; ils sortent on ne sait d'où ; l'année précédente, on en avait vu quelques-uns, pas plus qu'à l'ordinaire, et, cette année, on en est inondé. Tout cède à leur voracité ; sous leurs mâchoires d'acier, les corps les plus durs, les écorces, les troncs d'arbres sont dépecés et triturés.

En face de moyens de destruction semblables, que peuvent durer les représentants modestes du règne végétal? Tout disparaît, le désert se fait...

La troupe alors s'enlève sur ses ailes puissantes,

obéissant à un signal donné, — car tous les Criquets s'enlèvent ensemble et forment un nuage immense qui obscurcit le soleil, — et va porter au loin le ravage et la famine. Après plusieurs stations semblables, tous ces insectes meurent, empestant ^ l'air de leurs cadavres accumulés, et pas un ne regagne sa patrie. Ils n'y songent même pas ; ils sont partis sous l'impuls-ion de la faim, du besoin de changer de lieu, d'un instinct incompréhensible ; car, si au lieu de s'agglomérer ainsi, ils se disséminaient sur une plus grande étendue de pays, leur nourriture serait assurée, puisqu'ils mangent indistinctement tous les végétaux, et leurs dégâts, ainsi éparpillés, ne seraient point irrémédiables. Dans nos pays tempérés, les Criquets sont communs dans les prés, dont ils rongent l'herbe ; ils mangent aussi les feuilles d'arbres ; mais, dispersés sur un assez grand espace, ils ne se constituent jamais en migration, tandis que, dans le midi, ce. fait ne se montre que trop souvent.

Ces exemples frappants des migrations nuisibles à l'homme, nous suffisent; mais nous ne passerons pas à un autre ordre d'idées sans remarquer, une dernière fois, qu'il n'est pas en son pouvoir d'arrêter ces fléaux , puisque les plus fortes barrières naturelles sont impuissantes àr les refouler.

Arrêtons-nous maintenant un instant aux mi-

grations utiles à Thomme à titres différents, afin de ne pas quitter ce sujet sans en avoir indiqué succinctement toutes les faces. Les oiseaux émigrent, poussés par des causes diverses et dont quelquesunes sont à peu près connues ; les Hirondelles et les autres insectivores suivent probablement leurs proies que l'hiver anéantit dans nos climats; en général, ces migrations sont ou indifférentes à l'homme ou utiles, en faisant passer à sa portée des oiseaux qu'il ne peut atteindre que dans ces moments-là, et qui lui sont utiles pour sa nourriture, son industrie ou son agrément. De plus, les migrations des oiseaux sont régulières, annuelles, suivant les saisons, et arrivant presque à jour fixe ; elles ne varient que par le plus ou moins grand nombre d'individus qui les composent. Ce ne sont donc pas, à proprement parler, des phénomènes du même ordre que les migrations des Lemmings et des Criquets.

Tout le monde sait que le Merle, le Rossignol, la Fauvette (fig. 2), le Coucou (fig. 3), l'Hirondelle, le Martinet, le Pluvier, la Grue, le Héron, la Cigogne, le Cygne et une foule d'autres, changent de contrée suivant les saisons. A l'automne, quand les insectes manquent, nous voyons partir d'abord le Martinet, puis le Loriot, l'Ortolan, l'Hirondelle, le Rouge-Gorge et d'autres qui remplissaient nos bois et nos villes de leur gazouillement et de leurs chants. Les uns se

réunissent en plus ou moins grand nombre, comme les Hirondelles et les Ortolans, d'autres s'en vont isolément, comme le Loriot, le Coucou, et quittent l'Europe tempérée pour les pays plus chauds du midi ou de l'Afrique septentrionale.

Ce n'est pas tout : à la suite des insectivores, nous voyons chaque année s'exécuter un mouve-

Flg. î. — f AnVETTB DES JABDINS (tu FE

ment moins marqué, mais cependant appréciable chez les espèces qui se nourrissent de semences ; ainsi les Alouettes, les Pinsons, les Bouvreuils, le Verdier, etc., oscillent autour d'un point central tempéré, montant vers le nurd en été, descendant vers le sud en hiver, et cédant ainsi la place aux Baccivores, qui oscillent, eux, de la même manière, autour de la moyenne température du nord, et re-

viennent à l'automne manger les baies que l'été a mAries sur les arbustes de nos climats. Tout le monde reconnaît dans ces voyageurs les Grives, les Étourneaux, les RoUiers et les Casse-Noix. A leur suite, et fuyant devant les gelées, qui solidifient les

marais où ils doivent vivre, nous voyons arriver les Échassiers : le Pluvier, le Vanneau (flg, 4), la Bécasse, la Bécassine (flg. 5), les Chevaliers et mille auti'es qui doivent peupler la solitude des étangs, des rivières et des ruisseaux, dont les eaux !^e peuplent, un peu plus

tard, de l' immigration, par nuages, des Canards de Kiille espèces, et des arrivées solitaires de la Sarcelle et de la Poule d'eau.

Les Reptiles ne donnent lieu à aucune observation de migraUon solitaire ou simultanée ; mais il n'en est pas de même des Poissons, dont les migrations doivent compter au nombre des bienfaits de la na-

ture en faveur de l'humanité. La Morue, le Merlan le Hareng, l'Alose, la Sardine, l'Anchois, l'Éperlan, le Maquereau, le Thon portent chaque année l'abondance et la richesse aux rivages qu'ils abordent, sans qu6 l'on sache quelle cause puissante leur fait ainsi parcourir l'immensité des mers. Tout porte à croire qu^ ^^ besoin de la reproduction n'est pas

él ranger à ces grands mouvements, car il paraît hors de doute que ce mobile est la cause des migrations des Saumons et de l'Esturgeon dans les grands fleuves. Telles sont les nombreuses migrations utiles à l'homme, parmi les poissons. Elles sont contrariées et détournées quelquefois par des migrations parallèles d'espèces voraces, telles que les bandes de Squales, de Dorades, de Marsouins, d'Espadons, etc., qui souvent chassent de leur route ordinaire les bancs des poissoni? faibles qu'ils harcèlent et déciment sans relâche.

Les Mollusques, eux, n'offrent aucun phénomène constaté de migration ; mais les ravages des Tarets dans nos ports et nos chantiers prennent quelquefois le véritable caractère d'une invasion soudaine et d'autant plus redoutable que les lieux ne permettent pas toujours l'application du seul remède qu'on ait trouvé d'une efficacité incontestable. Ce remède, c'est l'application de Teau douce qui est mortelle au Taret, mollusque marin.

Nous arrivons enfin aux insectes dont les invasions vont seules nous occuper en terminant. Nous avons vu plus haut un exemple frappant de leurs migrations dans les mœurs des Criquets.

Chaque plante sur la terre nourrit une ou plusieurs espèces d'insectes, et chacun de ces insectes possède son ennemi et souvent ses ennemis.

On peut donc se faire, dès à présent, une idée sommaire de l'immense échange d'existences qui s'exécute sans relâche autour de nous. C'est ainsi que VéquiUbre naturel existe ; que les productions végétales suffisent, et au delà, aux besoins des espèces animales maintenues les unes par les autres dans de justes limites de reproduction.

Comment concevoir alors que cet équilibre admirable puisse se rompre, et qu'on voie tout à coup certaines espèces prendre un développement effrayant et devenir de véritables fléaux ! Nul ne le sait, à vrai dire. Si nous portons notre attention sur les insectes ravageurs des plantes, nous pourrons supposer que leur multiplication exubérante a été favorisée par une saison dont les mauvais temps ont coïncidé avec les époques où les insectes n'avaient rien à en redouter; que certains milieux de production ont été plus communs dans un pays que dans un autre; par exemple, que dans certaines forêts résineuses, l'abondance des chahlis, des vieilles souches et des arbres dépérissants a été la cause déterminante d'une génération d'insectes ravageurs plus facile et partant plus nombreuse que d'habitude.

Sans aucun doute, il est impossible de nier l'action de ces causes; mais doit-on croire qu'elle est suffisante et que seule elle a existé? Certainement non; car si elle était prépondérante, elle eût été aussi

continue et croissante , tandis que les invasions ont toujours le caractère de phénomènes subits, inattendus, débutant violemment, pour atteindre, pendant un certain temps, uu maximum supérieur encore, puis décroître et disparaître pour revenir au bout d'un temps variable et surtout indéterminé.

D'autres causes existent donc. Et sans croire, comme on le faisait autrefois,* à la génération spontanée des insectes, on peut arriver à reconnaître que le défaut d'antagonisme entre les espèces suffit à amener ce^ grandes apparitions.

Quoi qu'il en soit, rien n'est moins bien connu que les causes diverses de ce phénomène, à tel point qu'une question importante a été longtemps débattue entre les entomologistes, et n'est pas encore complètement résolue, quoiqu'elle tienne à l'essence même de l'épidémie des Ravageurs et se soit réveillée à propos du Phylloxéra. Les insectes qui, dans certains cas encore indéterminés, apparaissent en nombre si prodigieux, occasionnent-ils ime maladie des végétaux? Ou bien ces insectes ne deviennent-ils si nombreux que parce que, pour des causes qui nous sont encore inconnues, les arbres sont déjà malades et placés dans les circonstances particulières qui conviennent le mieux à leurs prétendus Ravageurs?

Çelon les uns, l'apparition inexpliquée d'insectes destructeurs dévastant les arbres d'une forêt ou les

plantes d'une région occasionnerait une espèce de maladie contagieuse ou épidendrie qui sévirait parmi les végétaux, comme les épizooties et les épidémies sévissent parmi les animaux et les hommes. La conséquence naturelle en serait que , les plantes et les arbres ne se défendant pas eux-mêmes, Thomme doit appliquer ses soins à faire cesser leur maladie, c'est-à-dire à détruire les insectes qui en sont la cause.

Selon les autres, et nous sommes forcés d'ajouter qu'à cette opinion se rallient chaque jour un grand nombre de ses adversaires primitifs, la maladie des végétaux^ préexisterait et concourrait seule à l'apparition anormale des insectes. Il n'y aurait donc point à se préoccuper de la destruction de ceux-ci : lorsque l'épidémie cessera, les insectes dont elle aura favorisé la production outre mesure disparaîteront naturellement. Le seul moyen de réussir serait de chercher et d'étudier les causes premières de la maladie des arbres, — les règles forestières, la physiologie végétale nous peuvent donner là-dessus les plus précieux documents , — y porter remède et ne pas s'occuper des êtres qui attaquent, pour ainsi dire accidentellement, des arbres fatalement condamnés à périr.

Cependant, comme il est facile de se convaincre que les remèdes que l'on emploierait pour détruire

les ravageurs ne pourraient qu'aider au rétablissement de la santé des arbres malades; en second lieu, que diminuer le nombre des destructeurs des arbres c'est arrêter la maladie dans sa marche funeste ; nous croyons que les partisans eux-mêmes de la seconde opinion doivent se rallier aux efforts que l'on peut tenter pour se débarrasser des ravageurs phytophages, c'est-à-dire ceux qui s'attaquent aux feuilles, aux bourgeons des arbres fruitiers, insectes qui chaque année prélèvent sur nos récoltes un tribut énorme, et souvent ne nous laissent après leurs exterminations naturelles que des arbres morts ou dépérissants.

C'est un peu la question du premier œuf et de la première poule!.. . Chacun a raison, mais incomplètement.

D'autres entomologistes encore sont venus qui ont dit : — Pourquoi tenter de s'opposer aux ravages des insectes? La nature ne pourvoit-elle pas seule à leur destruction mieux et plus sûrement que nous ne pouvons le faire nous-mêmes? Que sommes-nous pour tenter de semblables dépenses? Et que pèsent nos efforts misérables en face de la manifestation, même la moins étendue, des forces de la nature? Arrêtonsnous donc, contemplons d'un œil serein la destruction de nos richesses que rien ne peut arrêter pour le moment, et, nous confiant à l'avenir, attendons que l'équilibre se rétablisse et que les forces naturelles

rentrent dans leur niveau habituel. Toute dépense faite pour hâter ce résultat ou pour empêcher Tininvasion primitive est une folie et une perte sèche.

Il y a. bien quelque chose de grand dans ce stoïcisme convaincu, et les raisons que ces derniers donnent à l'appui de leur système sont tirées de l'expérience physiologique. Les insectes, en effet, de même que tous les animaux en liberté, se multiplient en proportion de la nourriture qui leur est offerte : aussi quand un aliment végétal approprié à telle espèce se trouve — c'est l'inconnu ! — convenablement préparé, les individus du Ravageur spécial se multiplient avec une rapidité inconcevable. Des millions d'êtres apparaissent là où, peu de mois avant, on remarquait à peine quelques rares individus. Il semble , dès lors , que le végétal dévoré devrait être anéanti sous la dent vorace de ses ravageurs et disparaître du canton. Ce fait arrive quelquefois, surtout quand il s'agit des grands conifères de nos montagnes ; mais nous verrons plus loin que la nature a veillé à la conservation des végétaux par un moyeu très-simple. Elle a attaché à chaque Ravageur un, deux, dix insectes parasites qui vivent à ses dépens, comme celui-ci vit aux dépens du végétal ; de sorte que le parasite, obéissant à la même loi que le Ravageur, se multiplie en proportion de la nourriture qui lui est offerte. Celte lutte fait bientôt rentrer l'accrois-

sèment anormal dans de justes limites^ et l'équilibre serait même bientôt rompu du côté opposé à celui qui l'emportait tout à l'heure, si la nature, toujours merveilleuse dans sa prévoyance, n'avait créé un ou deux parasites à chaque parasite,^ afin que l'insecte ravageur, cause première du mal, ne périsse pas entièrement et ne disparaisse pas du canton. Tout ce système d'équilibre est la plus merveilleuse chose qu'on puisse voir en liberté, c'est-à-dire en pays vierge... Mais en pays civilisé, la nature, égoïste dans ses vues, n'a point eu mission de défendre la culture de l'homme, forestière ou autre, et ce sont celles-là qui demeurent en proie aux Ravageurs et qu'il faut défendre si faire se peut ! Apprenons donc à y veiller.

Si nous reportons maintenant, des forêts, nos regards sur les moissons, nous renconfxons un spectacle semblable: les Teignes, l'Alucite, apparaissent, infimes papillons nocturnes, étendant leurs ravages de manière à menacer de famine des départements entiers. Des Coléoptères d'un côté {Saperda^ Calamodius, etc.), dôs Hyménoptères de l'autre {Céphus, Chlorops, etc.), travaillent sans relâche, qui sur les fleurs, qui sur les chaumes, qui sur l'épi ! Et chaque céréale a non -seulement ses espèces nuisibles et ennemies tant qu'elle est sur pied, mais elle en rencontre d'autres dès qu'elle a fourni à l'homine le tri-

but des grains pour lequel il la cultive. Les Charançons, les Calandres sont là, l'invasion est encore imminente, et ce n'est qu'au prix d'immenses sacrifices et de dépenses considérables que l'homme sauve la récolte qui doit nourrir ses enfants.

Heureusement, à côté des animaux de toutes espèces qui vivent d'insectes, la nature a placé la grande famille des Ichneumonides, — pauvres petits insectes eux-mêmes , — dont la plupart sont d'une excessive petitesse, d'une ténuité incroyable, et dont les services cependant ne peuvent être trop appréciés ; car, fout petits qu'ils sont, ces insectes forment le contrepoids qui sauve l'homme de la famine et de la mort en bien des cas.

Le nombre des espèces d'Ichneumonidesdoit donc par cela même, être énorme. Effectivement, on en trouve dans tous ^es pays, et, partout, ils jouent le même rôle, venant au secours de l'agriculture en détruisant les millions de Chenilles et de larves qui anéantiraient, en nombre d'endroits, toute végétation. Sans vouloir empiéter ici sur les études que nous faisons des Ravageurs des vergers et des vignes * et des Ravageurs des moissons , études dans lesquelles nous examinons en détail les mœurs si curieuses de ces petits hyménoptères, nous voulons cependant esquisser les moyens dont la nature les a armés pour leur grande œuvre de destruction.

* J. Rothschild, ëdit., Paris. 1 vol. in-lS avec 160 gravures.

A l'état d'insecte parfait, les Ichneumonides se trouvent sur les fleurs; mais à l'état de larve, ils vivent aux dépens d'autres insectes et dans l'intérieur de leur corps. On voit les femelles toujours en mouvement parcourir les feuilles, les plantes ; elles vont, viennent, courent avec une rapidité singulière, agitant vivement leurs antennes et furetant entre les feuilles, dans les moindres trous desécorces, partout où elles espèrent faire une heureuse rencontre. Chaque espèce a sa manière spéciale de déposer son œuf dans l'animal où il doit trouver sa nourriture, de l'y enfoncer d'un seul coup, sans hésitation, à l'endroit voulu, juste, et cela avec la rapidité de l'éclair. Suivant que richneumon est armé d'une tarière courte ou longue, forte ou faible, courbe ou droite, il va chercher la proie de ses petits jusques sous les écorces, dans la terre, etc., et partout, sans la voir, guidé par un admirable instinct, il place son œuf au point précis où il doit être mis.

En quelque endroit que soit cachée la victime désignée, la tarière a conduit dans son intérieur l'œuf à la place qu'il doit occuper. Cet œuf a été déposé dans le tissu adipeux de la Chenille, victime dévouée à la dent de l'insecte qui doit naître. Mais gardez- vous de croire cpie cette Chenille soit tuée pour cela. Le plus souvent, elle ne s'aperçoit même pas de la piqûre qu'elle subit, — du moins ses mouvements ne

l'indiquent point, — mais il faut ajouter que la tarière qui laisse passer les œufs dont nous parlons est souvent presque invisible, tant elle est ténue. L'œuf se développe, la larve éclôt, se nourrit de la graisse de la Chenille, puis enfin la tue en dévorant ses muscles et ses organes intérieurs. Et tout cela se passe au moment où l'insecte doit se métamorphoser en chrysalide; puis, bientôt après, en Ichneumon, lequel recommencera, sans relâche, la même série de métamorphoses merveilleuses.

Non-seulement les Chenilles des Lépidoptères sont ainsi la proie des Ichneumonides, mais les larves des Hyménoptères, celles des Diptères, les Araignées, les Pucerons, tous ces animaux ont leurs Ichneumonides, ennemis acharnés à leur perte. Admirable moyen d'équilibre qu'il n'est pas donné à l'homme d'imiter, mais qu'il pourra arriver, dans l'avenir, à asservir à sa volonté !

Que l'homme développe donc, par une intelligente protection et des soins efficaces, les agents destructeurs que, dans son merveilleux système de transmutation, la nature oppose toujours aux espèces envahissantes. Qu'il cesse, sous prétexte de chasse, de détruire niaisement les oiseaux insectivores par milliers, et qu'il apprenne surtout, et le plus tôt possible, à discerner, parmi les insectes, ses amis de ses ennemis.

' Le jour ne peut être loin où la Nécessité , grande et fatale loi du Progrès, forcera l'homme des champs et l'horticulteur à élever les Ichneumonides , les Ghalcidites et les Scirpes en domesticité , — comme il ne sait aujourd'hui élever qu'un hien petit nombre d'insectes, — et lui indiquera le moment où il devra lancer ces cohortes armées à la rencontre des ennemis. Chaque printemps verra se renouveler alors les meurtrières batailles des animaux civilisés contre les envahisseurs sauvages , et nul doute que la victoire ne demeure au bon droit ; mais , il ne faut pas se le dissimuler d'avance, ce résultat né sera pas atteint sans de longs et de persévérants efforts.

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