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MALADIES SIMULANT LA TUBERCULOSE

partie inférieure. Depuis, nous avons eu l'occasion d'observer à l'hôpital trois malades adultes présentant, avec une abondante expectoration de crachats purulents et fétides, tous les symptômes généraux de la phtisie, sans qu'un examen répété des crachats y fît découvrir le moindre bacille : le diagnostic de tuberculose pouvait ainsi être écarté. Chez ces trois malades, l'examen radioscopique nous fit voir les deux poumons très clairs dans toute leur étendue, à l'exclusion, sur l'un des poumons, d'une zone sombre intermédiaire aux zones brillantes du sommet et de la base et siégeant à la hauteur de l'espace interlobaire. Ainsi nous furent révélés la cause et le siège des accidents simulant la phtisie. L'un de ces malades est guéri; les deux autres sont en bonne voie de guérison, sans que nous ayons eu besoin de faire appel au chirurgien ; mais, si son intervention était devenue nécessaire, les rayons de Rontgen auraient, on peut dire, guidé sa main, comme ils l'avaient fait chez l'enfant cité tout à l'heure, et l'auraient aidé à atteindre le foyer purulent profond que ne décelaient pas les modes usuels d'examen.

« L'emploi des rayons de Rôntgen, qui rend au chirurgien de si grands services, est tout aussi précieux pour le médecin. »

Ce jugement porté par M. Bouchard un an après la découverte du professeur de Wiïrtzbourg apparaît de jour en jour plus vrai et plus fécond en conséquences pratiques.

Les deux procédés dont se compose la nouvelle méthode d'investigation, l'examen radioscopique et l'examen radiographique, révèlent seulement les différences de perméabilité aux rayons de Rontgen qui, à l'état normal ou pathologique, existent entre les divers organes et les divers tissus du corps humain, suivant leur composition chimique, leur structure et leur épaisseur. Rigoureusement, on ne saurait leur demander davantage.

Ces différences de perméabilité se traduisent sur l'écran fluorescent ou sur l'épreuve radiographique par des différences de clarté et d'ombre. Elles renseignent ainsi le médecin d'une manière indirecte sur la situation, l'étendue et les mouvements des viscères ; elles lui apprennent les changements survenus dans leur densité.

Une condition toutefois est nécessaire, c'est que les organes contigus, soumis à l'examen, soient inégalement perméables aux radiations nouvelles, sans quoi leurs ombres, également teintées, se confondraient.

Cette condition n'est nulle part mieux réalisée qu'à l'intérieur de la poitrine où l'air atmosphérique, si perméable aux rayons de Rôntgen, remplit la plus grande partie de l'espace occupé par les poumons, tandis que le squelette du thorax, le cœur, les gros vaisseaux et le diaphragme s'opposent plus ou moins au passage de ces rayons.

Aussi les viscères thoraciques sont-ils, plus que tous les autres, accessibles à la radioscopie et à la radiographie. La pathologie de ces organes, celle de l'appareil respiratoire en particulier, s'est, on peut le dire, enrichie de tout un nouveau chapitre de sémiologie.

M. Bouchard a justement comparé les renseignements fournis par l'examen radioscopique à ceux que donne la percussion. La grande différence toutefois entre ces deux méthodes d'investigation, c'est que la percussion n'atteint guère que les couches superficielles de la poitrine, tandis que les rayons de Rôntgen en traversent toute l'épaisseur, y compris les parties tout à fait centrales.

Les services rendus au diagnostic par la nouvelle méthode sont donc d'autant plus manifestes

qu'il s'agit d'altérations anatomiques plus profondément situées et par conséquent inaccessibles aux autres modes d'examen. Car, l'auscultation et la recherche des vibrations thoraciques, pas plus que la percussion, n'apprennent rien sur les lésions séparées de l'oreille ou de la main de l'observateur par une trop grande épaisseur de tissus sains.

Parmi les maladies de l'appareil respiratoire, la phtisie pulmonaire occupe le premier rang, par sa fréquence, sa gravité et la longueur habituelle de son évolution. Il n'en est pas dont le début soit plus insidieux, dont les lésions puissent demeurer plus longtemps cachées, soit qu'aucun trouble fonctionnel ne les fasse soupçonner, soit que l'exiguïté et la situation profonde des tubercules pulmonaires ne permettent pas aux méthodes usuelles de reconnaître sûrement leur présence. Cependant il n'existe pas de maladie dont il importe davantage de faire le diagnostic précoce, car c'est surtout de la précocité du diagnostic que dépend Fefficacité du traitement.

C'est dire les espérances qu'a fait concevoir l'emploi des rayons de Rontgen pour le diagnostic de la tuberculose. Ces espérances n'ont pas été trompées; voici dans quelles mesures elles ont été, il nous semble, réalisées, jusqu'à présent au moins, car la nouvelle méthode est toujours en voie de perfectionnement.

De minimes lésions tuberculeuses peuvent, on le sait, se dissimuler sous les apparences d'une

santé parfaite, sans qu'aucun trouble fonctionnel et parfois sans qu'aucun signe physique en révèle l'existence ; la tuberculose est alors tout à fait latente.»

Chez les sujets en bonne santé, systématiquement soumis àl'examenradioscopique, l'image du thorax apparaît le plus souvent avec ses caractères normaux et témoigne en faveur de l'intégrité des organes respiratoires, mais fréquemment aussi elle présente des opacités anormales qui, suivant leur siège et leur étendue, indiquent une condensation du sommet pulmonaire, une tuméfaction des ganglions bronchiques, un épaississemcntdes feuillets pleuraux, une adhérence du diaphragme avec la paroi thoracique, ou bien elle montre une diminution des excursions de ce muscle. Ces aspects pathologiques peuvent d'ailleurs être isolés ou diversement combinés entre eux. Les lésions pulmonaires, ganglionnaires ou pleurales qui leur correspondent, pour être le plus souvent d'origine bacillaire, ne le sont cependant pas toujours. La radioscopie, quirévèle leur existence, ne saurait indiquer leur nature; jamais les renseignements qu'elle donne n'ont rien de spécifique. L'emploi très prudent des injections exploratrices de tuberculine peut seul, dans ces cas, compléter le diagnostic. La radioscopie suffit au moins à éveiller la sollicitude du médecin et l'aide à faire accepter les mesures préventives qu'il croit nécessaires.

C'est chez les malades soupçonnés seulement de tuberculose, dans la phtisie commune à ses débuts, que les rayons de Rontgen viennent surtout en aide au diagnostic. La radioscopie et mieux encore la radiographie peuvent devancer tous les autres modes d'examen et montrer, à l'un des sommets, une diminution de la clarté pulmonaire souvent accompagnée d'une diminution des mouvements d'abaissement de la moitié correspondante du diaphragme ; ce dernier signe peut même, pendant un certain temps, être le seul observé. Plus souvent, la nouvelle méthode confirme les données de l'auscultation et fait voir qu'à de légères et douteuses modifications du murmure respiratoire correspond une condensation certaine du parenchyme pulmonaire. Cependant, dans d'autres cas, c'est l'auscultation qui devance les rayons de Rontgen et fait constater, avant eux, que le poumon est altéré.

La nouvelle méthode peut encore faciliter le diagnostic précoce de la tuberculose, soit en dévoilant, sous les points douloureux de la névralgie intercostale ouphrénique, l'épaississement et l'adhérence des feuillets pleuraux, la disparition du sinus costo-diaphragmatique, Timmobilisation du diaphragme de ce côté, soit en révélant, derrière une pleurésie d'allures franches survenue chez un sujet en pleine santé, une diminution de la clarté thoracique au

sommet, indice assuré d'une lésion pulmonaire.

A mesure que la tuberculose progresse, que les signes physiques s'accentuent, surtout après l'apparition des bacilles dans l'expectoration, la méthode nouvelle perd de son utilité pour le diagnostic de la maladie ; en revanche, elle renseigne souvent mieux que les autres modes d'examen sur l'étendue des lésions et fournit ainsi un élément très important au pronostic. Enfin, à la période cavitaire, elle permet fréquemment, mais non dans tous les cas, de juger du siège, du nombre et de la grandeur des cavernes dont le poumon est creusé.

Dans les maladies qui simulent la tuberculose, les rayons de Rontgen aident à éviter l'erreur, soit en montrant la parfaite clarté de l'image pulmonaire, soit en révélant des lésions profondément cachées, comme une collection purulente enkystée de Finterlobe, capable d'expliquer les symptômes de consomption.

Tels sont, brièvement résumés, les services que rendent au diagnostic de la tuberculose les nouveaux procédés d'examen, nés de la découverte de Rontgen.

On ne saurait, croyons-nous, contester la grandeur de ces services. Il suffit que parfois la méthode nouvelle devance les autres modes d'examen pour que, dans les cas douteux ou seulement suspects, le médecin ait le devoir de soumettre ses malades à un moyen d'investiga-

tion capable de permettre un diagnostic plus précoce et d'entraîner par suite un traitement plus prompt et plus efficace.

Bientôt même, nous l'espérons, la jeune méthode entrera dans la pratique médicale courante comme y sont entrées ses aînées, l'auscultation, la percussion, la recherche des vibrations thoraciques, et, plus récemment, l'analyse bactériologique des produits expectorés. Un examen soigneux de l'appareil respiratoire comprendra ces divers modes d'investigation, mais il devra les comprendre tous, sans qu'aucun d'eux fasse négliger l'emploi des autres.

Suivant les circonstances, ce sera tantôt l'auscultation, tantôt la percussion, tantôt la radioscopie ou la radiographie qui la première révélera quelque anomalie dans l'état physique des organes intralhoraciques ou fournira sur leurs altérations anatomiques les données les plus importantes. Le plus souvent, les renseignements puisés à ces différentes sources se compléteront et se prêteront un mutuel appui. Toujours c'est le jugement médical qui donnera aux images aperçues sur l'écran fluorescent ou sur les épreuves radiographiques, comme aux bruits entendus par l'oreille et aux vibrations ressenties par les doigts, leur véritable signification diagnostique.

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