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I1 sera l’allié des Hurons aux abois
Traqués par des rivaux altérés de carnage;
Il les protègera dans l'ombre des grands bois ; Et sur le même sol d'où monte notre hommage Vers le fier découvreur de ce libre rivage
Les opprimés vaincront les cruels Iroquois.
Sur ses traces, portant hache, faucille et bêche, S’avanceront, joyeux, des défricheurs normands ; Et les blés, sous la brise harmonieuse et fraîche, En tous sens jetteront leurs étincellements :
Et, près de flots jaseurs et de fourrés dormants, Des clochers sur l’azur profileront leur flèche.
Les humbles Récollets venus, à son appel, Travailler sous la haire à la moisson divine, lront cueillant partout des âmes pour le ciel ; L'arbre saint du Progrès étendra sa racine
À travers les débris d’idoles en ruine.
Et Québec grandira sur son roc solennel,
Le découvreur vingt fois passera l'Atlantique, Pour aller implorer justice aux pieds du roi; Il saura déjouer maint complot satanique …
CHAMPLAIN
Son dévoûüment sera viril comme sa foi ; Et l'Avenir, qu'il vit souvent avec effroi, Enfin éblouira son regard prophétique.
Mais pendant que l'ardent fondateur est grisé, Dans ses vastes labeurs, du vin de l'espérance,
Le spectre de la Faim apparaît, hérissé,
Aux colons qui, narguant, la veille, la souffrance, Rêvaient sur leurs sillons le calme et l’abondance.… Et bientôt par l'Anglais Québec est menacé.
Sans vivres, sans canons, la ville, née à peine, Ouvre, la rage au Cœur, Sa porte aux assaillants ; Et, contraint par le sort de déserter l'arène,
Le vieux lutteur, suivi du groupe de vaillants Qui l’escortait le long des grands flots aboyants, Repart, désespéré, pour la France lointaine.
Il regrette les bois témoins des fiers efforts Qu'il déploya vingt ans en Poursuivant son rêve, Il souffre loin du sol où tant d'amis sont morts, Et, navré d’un sanglot qui du Ponant s'élève,
Il tente obstinément, sans relâche et sans trêve, De faire à son pays restituer nos bords.
TOTO VERYICE SUPRA
Le succès vient enfin couronner sa constance ; Un traité, qu'Albion avait mis à néant, Ressuscite, rendant aux vaincus l'espérance.
Et Champlain, traversant de nouveau l'Océan, Rouvre, tout radieux, sur le fleuve géant
Les plis fleudelisés du drapeau de la France.
Et les arbres altiers de notre sol fécond
S'affaissent plus nombreux sous éclair de la hache, Les blés plus largement déroulent leur flot blond, Mainte peuplade errante à la glèbe s'attache …
Mais, comme tout sourit au fondateur sanstache,
Il sent le vol glacé de la mort sur son front.
Et le colon, qu’avait électrisé son zèle,
Le trappeur, l'Iroquois à l'indomptable orguci!, Le prêtre, le soldat et le Huron fidèle,
Qui l’avaient vu lutter dans la joie ou le deuil, En un sombre unisson pleurent sur le cercueil Du père et du sauveur de la Gaule nouvelle.
CHAMPLAIN
Oui, Champlain fut le père et le sauveur des preux Qui rêvaient de fonder sous nos cieux un royaume. Sa prescience avait l'ampleur des bois ombreux Dont ils aimaient jadis à respirer l'arome ;
Et comme sur l'autel la fleur du lis embaume,
Sa vertu parfuma la terre des aieux.
Il fut un précurseur, un guerrier, un apôtre :
Il fut le bienfaiteur de tout le genre humain
En jetant au terroir laurentien l'épeautre ;
Et quandil s'avança, l'arquebuse à la main,
Sur la rive voisine, il fraya le chemin
Qui nous méne aujourd’hui d’un océan à l'autre.
Il fraya le chemin au groupe de héros
Qui devaient les premiers, la croix sur la poitrine. Du grand Mississipi réveiller les échos.
Oui, grâce à son Courage, à son œuvre divine,
Le soleil flamboyant du Progrès illumine
Les trésors de Pays Sans borne et sans rivaux.
Mais, malgré son savoir et malgré son génie,
Dans la fiévreuse ardeur de ses féconds travaux,
Il sentit vaguement la puissance infinie
Des germes qu'il semait dans des sillons nouveaux, Il entrevit à peine, en nos bois, sur nos eaux,
Ce qu'allait enfanter cette plage bénie.
Oh ! s’il pouvait, du haut de l’immortalité,
Sur nos foyers en joie abaisser la paupière,
S'il voyait, aux rayons éclatants de l’été,
Ce qui s’est accompli pour notre race austère Sous les fières couleurs de la vieille Angleterre, Sous le drapeau de l'Aigle et de la Liberté !.…
Mais que dis-je? Il nous voit groupés dans cetteplaine, Il contemple nos champs, nos bourgs et nos cités,
Il promène sur nous sa prunelle sereine,
Toute baignée encor des célestes clartés,
Et je l’entends qui dit: Vous êtes bien restés
Les dignes rejetons de la France chrétienne !
France ! France ! sfjour de joie et de lumière, Sanctuaire fleuri de toute charité, Prends, unis mon cœur frêle à ton éternité,
GUSTAVE ZIDLER
AUX INVALIDES
A Jean Lionner
l'would rather have been a French pans and worn wooder shoes...
would rather have been that man and gone down to the tonpes silence of the dreamless lust, t0 have been that imperial impersonation of force and murder, known as Napoléon the
Great.
INGERsoLL
Naguère, voyageur enivré de Paris,
Ebloui de l'éclat de ses frontons splendides Et du rayonnement de ses vastes esprits, Je suis allé passer un jour aux Invalides.
J'ai longtemps contemplé les vieux canons rangés Autour de ce palais beau comme la victoire ;
J'ai longtemps contemplé les drapeaux étrangers Suspendus aux lambris du temple de la Gloire.
J'ai palpé les habits de combat d'anciens preux
Qui surent éclipser les grands guerriers d'Athènes, Et je me suis penché sur le cercueil pompeux
Où dort le plus fameux de tous les capitaines.
Et, pendant que, rêveur, tout frémissant d'émoi, Je fixais cette tombe étrange et solennelle,
Tout un passé lointain se dressa devant moi, Le grand Napoléon passa sous ma prunelle.
1 m'apparut devant Toulon, jeune et hardi, Commençant des combats dont l'écho vibre encore; Il m’apparut au pont d’Arcole, après Lodi,
Agitant dans sa main le drapeau tricolore.
Sous mes yeux il saisit le sceptre impérial.
Il sonna de l’Europe aux fers la délivrance, Et mêla, traversant les monts comme Annibal, Aux aigles des rochers les aigles de la France.
AUX INVALIDES
Partout il m'apparut plein d’un sublime élan
Et tranchant tout du fil de sa terrible épée.
Sous mes yeux il vainquit à Wagram, à Milan,
A Marengo, — plus grand que César et Pompée.
Sous mes yeux Austerlitz, Friedland, léna, S'inclinèrent devant ses soldats intrépides.
Sous mes yeux aveuglés son glaive rayonna Du front des Apennins au pied des Pyramides.
Je le vis en Russie assailli par le Nord Déroulant son linceul de neige sur son astre ;
Je le vis à Leipsick, accablé par le sort, Tout courbé sous l'horreur du plus navrant désastre.
Je le vis prisonnier, je le vis s'évader
D'une île, se jeter dans les bras de la France, Remonter sur un trône et vouloir le garder Par la seule vigueur de son génie immense,
Je le vis sur le champ fatal de Waterloo, Vaincu par Wellington et battant en retraite. Je vis l’audacieux et fier vainqueur d'Eylau Pour la deuxième fois broyé par la défaite.
Je vis captif encor ce sublime tyran,
Qui semblait avoir clos son âme à toute extase ; Je le vis sur un noir rocher de l'Océan, Semblable à Prométhée au sommet du Caucase.
J'entendis soupirer la grande nation ; J'entendis les sanglots d'orphelins et de veuves Qu'il avait immolés à son ambition ;
J'entendis pleur:r champs, forêts, ruisseaux ctfleuves.
J'entendis musmurer, Ô murmure navrant !
La femme de César, l’auguste délaissée,
La seule qui jamais chérît le conquérant,
Et que d'un bras de fer il avait repoussée.
Et j'entendis gémir un pontife ployé
Sous le fardeau des ans et sous le poids des chaînes. J'entendis choir le corps du Bourbon foudroyé Dans la sinistre nuit des fossés de Vincennes.
Et j'ai dit, en sortant du grand temple doré:
— J'aimerais cent fois mieux être un obscur poète, N'ayant pour tout trésor que son luth inspiré,
Et ne sachant parfois où reposer sa tête ;
AUX INVALIDES
J'aimerais cent fois mieux être ce barde errant, Que d'avoir incarné le meurtre avec la force,
Que d’avoir triomphé comme l'a fait cs Corse, Qui devait se nommer Napoléon le Grand ! —
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