A LOUIS HERBETTE
Conseiller d'Etat
Dès mon enfance, épris de ce peuple fameux Dont Thiers et Michelet ont exalté le rôle,
Je brûlais de franchir l’Atlantique écumeux Pour aller respirer l'air divin de la Gaule.
J'aurais voulu ravir au goéland son vol,
Pour planer au-dessus des vastes eaux amères Et m’en aller ‘fouler, là-bas, là-bas, le sol D'où sont venus ici ceux qui furent mes pères.
Oui, depuis bien longtemps devant moi rayonnait La terre des grands cœurs, que tout penseur vénère… Mais quelque chose, ami, toujours me retenait
Loin des enchantements de la France ma mère.
J'allais perdre, tourné vers ce point lumineux,
Tout espoir de voguer du côté de l’Aurore,
Quand le sort complaisant vint briser les doux nœuds Qui me liaient au sol canadien que j'adore.
Et je quittai les bords altiers du Saint-Laurent, Et, porté, par les flots d’une mer attiédie,
Un matin, je touchai, de plaisir délirant,
La côte de la riche et douce Normandie.
Je foulai, remué de frissons inouis,
Le terroir qui servit à mes aïeux d'arène,
Et bientôt apparut à mes yeux éblouis
De l'immense Paris la splendeur souveraine.
J'avais réalisé mon rêve le plus beau.
Trois mois durant, la Ville, à la fois sainte et folle, Qui sert aumonde entier de guide et de flambeau, M'aveugla de l'éclair sans nom qui l’auréole.