‹ Les rayons du Nord [microforme]Chapitre 44 sur 56 · ALLELUIA · texte numérisé non relu

ALLELUIA

A J.-B. Bérard

Alleluia ! La terre est libre du linceul

depuis tant de ]

Alleluia ! Partout ressuscitent les roses.

Sorti de son tombeau, Prodigue ses

Le vent fait gazouiller la harpe des roseaux ;

La sève bouillonnante enflé les jeunes pousses ; Des écharpes d’encens flottent sur les ruisseaux, Et le soleil teint d’or l'émeraude des mousses.

De la fontaine monte un joyeux trémolo,

Et le bohème ailé, chantant à gorge pleine,

Sous les arceaux du pin, de l’orme et du bouleau, Au frais babil des eaux mêle sa cantilène,

Dans les flammes de l'aube et les éclairs du soir Chaque feuille s'embrase et chaque fleur s'allume;

Sous les feux de midi, comme un vaste encensoir, A l'horizon serein le grand mont d’azur fume.

La glèbe fume aussi, sous le soc déchirant,

Comme un sein entr'ouvert par le sabre ou la lance ; Des chauds guérets s'élève un effluve enivrant Comme le raisin mûr et comme l'espérance.

Et le semeur, jetant le blé d’or devant lui,

A parfois le grand geste imposant du lévite,

Qui, marchant à pas lents, dans le temple qui luit, Sur les fronts inclinés fait pleuvoir l'eau bénite.

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