AUX INVALIDES
J'aimerais cent fois mieux être ce barde errant, Que d'avoir incarné le meurtre avec la force, Que d'avoir triompiié comme l'a fait ce Corse, Qui devait se nommer Napoléon le Grand ! —
Fk LOUIS HERBETTC
Conseiller d'Etat
Dès mon enfance, épris de ce peuple fameux Dont Thicrs et Michelet ont exalté le rôle, Je brûlais de franchir l'Atlantique écumeux Pour aller respirer l'air divin de la Gaule.
J'aurais voulu ravir au goéland son vol, Pour planer au-dessus des vastes eaux amèrcs Et m'en aller fouler, là-bas, là-bas, le sol D'où sont venus ici ceux qui furent mes pères.
Oui, depuis bien longtemps devant moi rayonnait La terre des grands cœurs, que tout penseur vénère. Mais quelque chose, ami, toujours me retenait Loin des enchantements de la France ma mère.
J'allais perdre, tourné vers ce point lumineux. Tout espoir de voguer du côté de l'Aurore, Quand le sort complaisant vint briser les doux nœuds Qui me liaient au sol canadien que j'adore.
Et je quittai les bords altiers du Saint-Laurent» Et, porté, par les flots d'une mer attiédie, Un matin, je touchai, déplaisir délirant, La côte de la riche et douce Normandie.
Je foulai, remué de frissons inouïs,
Le terroir qui servit à mes aïeux d'arène,
Et bientôt apparut à mes yeux éblouis
De l'immense Paris la splendeur souveraine.
J'avais réalisé mon rêve le plus beau.
Trois mois durant, la Ville, à la fois sainte et folle, Qui sert au monde entier de guide et de flambeau. M'aveugla de l'éclair sans nom qui l'auréole.
A LOUIS IIEHBETTK 101
Et ce que Michel-Ange a conçu de plus grand,
Tout ce qu'Eschyle a mis d'angoissant dans le drame,
Tout ce que Beethoven a créé d'enivrant,
Tout le charme dont Dieu voulut doter la femme,
Tout ce qui peut ravir les cœurs et les esprits, Tout ce qui vous séduit et tout ce qui vous flatte, Oui, tout cela, je l'ai savouré dans Paris, Et j'ai trouvé chez vous le foyer de Socrate.
J'ai trouvé la sagesse et la bonté d'un dieu Sous votre toit serein, où tout regret s'apaise. Et dans votre grand verbe -M/AH^tt plein de feu J'ai senti tressaillir la vieille âme française.
J'ai senti tressaillir le plus pur dévoûment Sous vos vastes lambris hospitaliers et calmeS; . . Vous aimez les accents du barde, et constamment Vous demandez pour lui des lauriers et des palmes.
Vous portez un drapeau que suivent tous les cœurs. Vers l'Idéal un souffle impétueux vous mène. Et Paris voit en vous un des fiers éclaircurs Qui vont guidant toujours la grande armée humaine.
Heureux de protéger et prompt à secourir, Vous voulez que chacun foule à ses pieds des roses, Et, grâce à vous, ami, j'ai vu pour moi s'ouvrir Bien des bras inconnus et bien des portes closes.
Grâce à vous, qui m'avez, un jour, pris par la main^ J'ai gravi des sommets que la gloire environne, Des rivaux ont jeté des fleurs sur mon chemin, Le vieux Paris a ceint mon front d'une couronne.
Désormais vos amis de France sont les miens. J'ai pour eux un amour ardent, sincère et stable, Et, malgré mon retour aux bords laurentiens, Je vois toujours leur groupe autour de votre table.
Oui, je verrai toujours votre logis si cher...
Et maintenant du fond d'une âpre solitude
Je vous tends par-dessus les grands flots de la mer
Mes deux bras frémissants qu'émeut la gratitude.
/l COUIS TIERCELin
Qui m'envoie « La Bretagne qui chante »
Le chant, triste ou joyeux, de l'Océan immense Qui caresse ou qui bat les falaises d'Armor, Sous la brume traîtresse ou sous l'étoile d'or, Héritier de Brizeux, a bercé votre enfance.
Ce chant, qui meurt sans fin et sans fin recommence, — Que la rafale ploie ou rouvre son essor, — O barde, tous les jours vous l'écoutcz encor Dans les lames en joie ou les flots en démence.
Oui, vous vous en grisez encore à Paramé,
En gonflant vos poumons du grand souffle embaumé
Qui passe sur la lande et l'onde qui moutonne.
Et voilà ce qui fait qu'en lisant vos beaux vers
Je crois y respirer les arômes amers
Des pins et des ajoncs de la côte bretonne.
n j. DE spiinT-].
Qui m'apprend confidentiellement une bonne nouvelle par une lettre datée de Paris
Je rêvais, esseulé, sous un bosquet divin, Près d'une onde où nul bruit séditieux n'arrive. Quand soudain, agitant quelque chose en sa main, Un intime accourut m'apporter ta missive.
Ton secret est bien doux et ma joie est bien vive. Merci, noble Français ! merci, frère lointain, C^i, malgré l'Océan, crois toujours voir la rive Où brilla le rayon de ton premier matin.
Depuis hier j'ai lu plus de vingt fois ta lettre. Sur mon cœur tout ému je viens de la remettre. Il me semble parfois l'y sentir palpiter.
Et mes mains l'ont flattée ainsi que l'on caresse
Le pigeon voyageur venu nous apporter
Un message imprégné d'espoir ou de tendresse.
m EOI^OnO P'iONTET
Nous nous sommes connus, par un matin d'hiver, Au sein du vieux Paris frivole et frénétique. Je venais de francliir les flots de l'Atlantique, Et, toi, tu projetais de repasser la mer.
Durant trois mois — je men souviens commed'hier— Nous avons cultivé poésie et musique A ton humble foyer joyeux et sympathique, Sans un propos railleur, sans un sourire amer.
Et quand je t'ai quitté pour revoir la patrie, J'ai senti dans mon âme attristée et meurtrie Frémir un nœud loyal qu'on ne peut délier.
Et depuis lors, malgré le temps et la distance, Je vois toujours couler un des fleuves de France Et rayonner au bord ton seuil hospitalier.
Fi THEODORC BOTREL^
Qui m'envoie le poème qu'il a écrit pour l'inauguration du monument Jacques Cartier à Saint-Malo, France, le 23 juillet 1905.
Barde, grâce à tes chants inspirés, le marin Qui sous François Premier servit si bien la France, Revit au sol breton, tourné vers l'onde immense. Debout dans la fierté tragique de l'airain.
Pour fondre cet airain, tu désertas laRance, Et, saluant nos bords d'un geste souverain,
Mendiant glorieux, tu nous tendis la main
Et nous t'avons donné notre... reconnaissance,
Quand le bronze rêvé, si longtemps attendu, Frappa ton œil, de joie et d'orgueil éperdu, Tu voulus l'entourer d'un fleuron qui rayonne ;
Et les vers scintillants que j'ai reçus hier. Ces vers moites encor des embruns de la mer, Sont les fleurs dont tu sus tresser cette couronne.
F\ o:n> 'Oi pur i: 'p^Aj^nrr'f^
Altier à la tribune et ferme dans la presse, Le front illuminé d'un invincible espoir, Vous faites, d'une voix qui tonne ou qui caresse, Entendre les accents qu'inspire le devoir.
Orgueilleux du blason de la seule noblesse Que l'humanité puisse aujourd'hui concevoir, Vous adorez la Gaule, et, fort de son savoir, Pour elle vous luttez, depuis votre jeunesse.
Avec toute l'ardeur sainte du dévoûment, Vous défendez ses droits et rêvez constamment De grandir son renom et d'élargir sa sphère.
Et nous, Canadiens, pleins de son cher souvenir.
Nous devrons à jamais vous louer, vous bénir.
Car, voyez-vous, la France est toujours notre mère!
Sprung from tliosc heroic pioneers, Britons and Normans, who colonized the St. Lawrence shores, French-Canadians préserve the strenght and the courage oftheirglorioiis anccstors.
Edward W. Thomson
Es uno raço d'ome caloussudo galoio e bravo.
Frédéric Mistral