CA VOIX DU COEUR
A JuLES-S. Lesagh
Errant dans la campagne, au temps de la moisson, Un jour, je m'arrêtai devant une maison De pauvres paysans.
Deux enfants blonds et roses Jouaient tout près du seuil. Les portes étaient closes, Et rien ne remuait dans le logis obscur. Les parents devaient être aux champs, dans le blé mûr. Et les enfants, voyant un étranger, s'enfuirent.
Un mot les rappela. Bientôt ils me sourirent. Alors je m'approchai du plus jeune des deux, Et je lui demandai, caressant ses cheveux :
— Veux-tu venir avec moi te promener, chère ?
— Oh ! oui, je veux...
— Non ! non ! clama le petit frère.
— Pourquoi n'aimes-tu pas qu'elle me suive? Dis.
— Je crains qu'en me quittant elle aille... au Paradis. Je préfère la voir près de moi, sur la terre.
— Mais tu ne crains donc pas pour elle la misère?
— Je crains de ne pouvoir plus l'embrasser jamais.
— Tous les jours elle aura quelques nouveaux jouets, Et se régalera de mille friandises.
— Elle mange chez nous des prunes, des cerises... Elle s'amuse avec les fleurs, les papillons...
— Au lieu de ses vilains habits, de ses haillons,