LES PLONGEURS
Nul de ces découvreurs hardis n'a suspendu La nacre à sa gorge âpre et toute ravagée ; Chacund'eux meurt dansl'ombre.etson nomestpcrdu Dans lultime plongée.
11 est d'autres chercheurs que ceux des archipels Où la perle sans prix se cache sous les lames. Ces nobles travailleurs, aux labeurs immortels. Sous l'océan humain scrutent le fond des âmes.
Sourds aux bruits des courants déchaînés autour d'eux, Et le front éclairé par des lueurs étranges, Ils descendent parfois dans des bas-fonds hideux, Y remuant des fanges.
Ces sondeurs d'infini, savants, penseurs, voyants, Auxquels la jalousie, algue infimie, s'attache. S'obstinent à chercher dans des flots tournoyants Le plus pur des joyaux : la vérité sans tache.
Sublimes inspirés, d'un œil audacieux Perçant l'immensité des rayons, des ténèbres. Ils livrent leur esprit à l'abîme des deux, Au gouffre des algèbres.
Et Pascal et Franklin, Newton, Dante et Schiller, Si grands par leur génie et leur persévérance, A travers les remous d'une insondable mer Ont puisé pour leur race une richesse immense.
Mais l'or ne brille pas pour ces ambitieux Grisés du seul espoir des soldats, des apôtres ; Et les perles qu'ils vont ravir aux flots fangeux Rayonnent pour les autres.
Du fruit de leurs obscurs et pénibles travaux
Ils font jouir la foule et luttent sans relâche,
Sans entendre jamais éclater les bravos
Qui devraient par moments applaudir à leur tâche.
Plus d'un meurt dans la nuit de son humilité, Sans laisser le pompeux éclat d'un nom sonore ; Mais des trésors qu'il a trouvés l'humanité S'enrichit et s'honore.