A M. LE D. DE
Jules, votre château, tour vieille et maison neuve, Se mire dans la Loire, à Tendroit où le fleuve. Sous Blois, élargissant son splendide bassin, Gomme une mère presse un enfant sur son sein En lui parlant tout bas d'une voix recueillie. Serre une lie charmante en ses bras qu'il replie. Vous avez tous les biens que Thomme peut tenir. Déjà vous souriez voyant Tété venir.
Et vous écouterez bientôt sous le feuillage Les rires éclatants qui montent du village.
Vous vivez! avril passe, et voici maintenant Que mai, le mois d'amour, mai rose et rayonnant, Mai, dont la robe verte est chaque jour plus ample,
HtlTIÈME. 57
Comme un lévite enfant chargé d^orner le temple, Suspend aux noirs rameaux quMl gonfle en les touchant Les fleurs d*où sort Tencens, les nids d'où sort le chant.
Et puis vous m'écrivez que votre cheminée
Surcharge en ce moment sa frise hiasonnée
D'un tas d'anciens débris autrefois triomphants,
De glaives, de cimiers essayés des enfants.
Qui souillent les doigts blancs de vos belles duchesses ;
Et qu'enfin, — et c'est là d'où viennent vos richesses, —
Vos paysans, piquant les bœufs de l'aiguillon.
Ont ouvert un sépulcre en creusant un sillon.
Votre camp de César a subi leur entaille.
Car vous avez à vous tout un champ de bataille ;
Et vos durs bûcherons, tout hâlés par le vent,
Du bruit de leur coignée ont troublé bien souvent,
Avec les noirs corbeaux s'enfuyant par volées,
Les ombres des héros à vos chênes mêlées.
Ami, vous le savez, spectateur sérieux, J'ai rêvé bien des fois dans ces champs glorieux. Qui, forcés par le soc, eux, vieux témoins des guerres, Â donner des moissons comme des champs vulgaires, Pareils au roi déchu qui , craignant le réveil, Revoit sa gloire en songe aux heures du sommeil. Le jour laissent marcher le bouvier dans leurs seigles. Et reçoivent la nuit la visite des aigles !
Oh ! respectez, enfant d'un siècle où tout se vend, Rome morte à côté d'un village vivant!
Que votre piété, qui sur tout veut descendre. Laisse en paix cette terre ou plutôt cette cendre! Vivez content ! dès l'aube, en vos secrets chemins,
Errez avec la main d'une femme en yo» mains ; Contemplez, du milieu de tant de douces choses, Dieu qui se réjouit dans la saison des roses; Et puis, le soir, au fond d'un coffre vermoulu, Prenez ce vieux Virgile où tant de fois j'ai lu ! Cherchez Tombre, et tandis que dans la galerie Jase et rit au hasard la folle causerie. Vous, éclairant votre âme aux antiques clartés. Lisez mon doux Virgile, ô Jule, et méditez!
Car les temps sont venus qu'a prédits le poète! Aujourd'hui, dans ces champs, vaste plaine muette, Parfois le laboureur, sur le sillon courbé, Trouve un noir javelot qu'il croit des cieux tombé. Puis heurte péle-méle, au fond du sol qu'il fouille. Casques vides, vieux dards qu'amalgame la rouille, El, rouvrant des tombeaux pleins de débris humains, Pâlit de la grandeur des ossements romains !
Mai 1839.
Uteuntème.