‹ Les rayons et les ombresChapitre 27 sur 54 · VINGTIÈME · texte numérisé non relu

VINGTIÈME

Considère combien les hommes sont petits.

Et maintiens-toi superbe au-dessus des partis!

Garde la dignité de ton ciseau sublime.

Ne laisse pas toucher ton marbre par la lime

Des sombres passions qui rongent tant d'esprits.

Michel-Ange avait Rome et David a Paris.

Donne donc à ta ville, ami, ce grand exemple

Que, si les marchands vils n'entrent pas dans le temple.

Les fureurs des tribuns et leur songe abhorré

N'entrent pas dans le cœur de l'artiste sacré.

Refuse aux cours ton art, donne au peuple tes veilles,

C'est bien, ô mon sculpteur ! mais loin de tes oreilles

Chasse ceux qui s'en vont flattant les carrefours.

Toi, dans ton atelier lu dois rêver toujours.

Et, de tout vice humain écrasant la couleuvre.

Toi-même par degrés t'éblouir de ton œuvre!

Ce que ces hommes-là font dans l'ombre ou défont

Ne vaut pas ton regard levé vers le plafond

Cherchant la beauté pure et le grand et le juste.

Leur mission est basse et la tienne est auguste.

Et qui donc oserait mêler un seul moment

Aux mêmes visions, au même aveuglement.

Aux mêmes vœux haineux, insensés ou féroces.

Eux, esclaves des nains, toi, père des colosses !

Avril 1840.

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