‹ Les rayons et les ombresChapitre 6 sur 54 · DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME

Dont Tamour refaisail Târae avec son haleine; De Marion, lavée ainsi que Madeleine, Qui boitait et traînait son pas estropié, La censure, serpent, rayant mordue au pied.

Le po6te voulait faire un soir apparaître Louis treize, ce roi sur qui régnait un prêtre; —Toutun siècle, niarquis,bourreaux,fous,bateleur8;— Et que la foule vînt, et qu'à travers des pleurs. Par moments, dans un drame étincelant et sombre, Du pâle cardinal on crût voir passer Tombre.

Le vieillard hésitait : — Que sert de mettre à nu Louis treize, ce roi chétif et mal venu ?

A quoi bon remuer. un mort dans une tombe?

Que veut-on? où court-on? sait-on bien où Ton tombe? Tout n'est-il pas déjà croulant de tout côté? Tout ne s'en va-t-il pas dans trop de liberté? N'est-il pas temps plutôt, après quinze ans d'épreuve, De relever la digue et d'arrêter le fleuve ?

Gerte, un roi peut reprendre alors qu'il a donné. Quant au théâtre, il faut, le trône étant miné, Étouffer des deux mains sa flamme trop hardie; Car la foule est le peuple, et d'une comédie Peut jaillir l'étincelle aux livides rayons Qui met le feu dans l'ombre aux révolutions.

Puis il niait l'histoire, et, quoi qu'il en puisse être, A ce jeune rêveur disputait son ancêtre; L'accueillant bien d'ailleurs, bon, royal, gracieux. Et le questionnant sur ses propres aïeux.

Tout en laissant aux rois les noms dont ou les nomme,

Le poëte Inltait fermement, comme un homme

Ëpris de liberté, passionné pour Tari,

Respectueux pourtant pour ce noble vieillard.

Il disait * — Tout est grave en ce siècle où tout penche.

L'art, tranquille et puissant, veut une allure franche.

Les rois morts sont sa proie; il faut la lui laisser.

Il n^st pas ennemi, pourquoi le courroucer.

Et le livrer dans Tombre à des tortionnaires.

Lui dont la main fermée est pleine de tonnerres ?

Cette main, s'il rouvrait, redoutable envoyé,

Sur la France éblouie et le Louvre efifrayé.

On s'épouvanterait, — trop tard, s'il faut le dire, —

D'y voir subitement tant de foudres reluire !

Oh! les tyrans d'en bas nuisent au roi d'en haut.

Le peuple est toujours là qui prend la muse au mot,

Quand l'indignation, jusqu'au roi qu'on révère,

Monte du front pensif de l'artiste sévère !

— Sire, à ce qui chancelle est-on bien appuyée

La censure est un toit mauvais, mal élayé.

Toujours prêt à tomber sur les noms qu'il abrite.

Sire, un souffle imprudent, loin de l'éteindre, irrite

Le foyer, tout à coup terrible et tournoyant.

Et d'un art lumineux fait un art flamboyant! —

D'ailleurs, ne cherchât-on que la splendeur royale,

Pour cette nation moqueuse, mais loyale.

Au lieu des grands tableaux qu'offrait le grand Louis,

Roi-soleil, fécondant les lis épanouis,

Qui, tenant sous son sceptre un monde en équilibre.

Faisait Racine heureux, laissait Molière libre;

Quel spectacle, grand Dieu ! qu'un groupe de censeurs,

Armés et parlant bas, vils esclaves chasseurs,

A plat ventre couchés, épiant l'heure où rentre

Le drame, fier lion, dans l'histoire, son antre ! —

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