chapitre (Voir p
— vint montrer sans réplique que l'existence des rayons cathodiques n'était point nécessairement fonction d'un état spécial de la matière et par suite que pour les expliquer il convenait d'abandonner l'hypothèse, si séduisante qu'elle fut, de (( l'état radiant »
pour ne plus voir en eux que de véritables rayons lumineux engendrés par les vibralions de l'éther.
On reconnut bien vite du reste que ces rayons cathodiques qui, invisibles par eux-mêmes, excitent, ainsi que nous l'avons noté, la phosphorescence de certains corps tels que le pla linocyanure de baryum, le penladécylparatolyl-
FiG. 13. — Phénomènes calorifiques obtenus dans le tube de droite. Dans ce dernier tube, le t'ai.sceau de rayons calliodiques dévié par un aimant, vient frapper la paroi de verre qu'elle échaufté au point delà faire fondre.
Négatif A. Londc. Photocollogiavure L . tiejsicr.
Planche 9. — Cartouches de fusil de chasse. Epreuve obtenue par la Photographie ordinaire.
tÊMÊM
Négatir A. Lonile. Pliotocollogravurc L. Gcislcr.
Planche 10. — Cartouches do fusil do chasse. Epreuve obtenue avec les Rayons X.
LA NATLRIi KT L'ORKUNE DES HAYONS X
célono, un mélange de sulfure de baryum ou de calcium avec de l'oxyde d'antimoine (Baltelli el
Garbasso), le lungslale de calcium cristallisé (Edison), et surtout le platinocyanure de potassium, qui d'après M. Silvanus P. Thomson, serait toutes choses égales, d'ailleurs, dix fois plus fluorescent (1) qu'aucune autre substance, etc. , et impressionnent aussi les plaques photographiques, on reconnut bien vite, disons-nous, que
leur mode de pro- I'k;. li. — Incandescence d'une . ,
lame de platine h, placée au foyer Pagation , dans (le la calhode a. l'atmosphère au
(1) Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, séance du 7 avril, p. 307.
68 Li:S RAYONS \
moins, n'était pas rectilignc, qu'ils étaient inca pables de pénétrer au travers les corps opaques mais devaient les contourner. Enfin, on constata encore que ces rayons cathodiques, qui sont dé-
FiG. 15.— Deux laiseaux de matière radiante se repoussent.
vies par l'aimant aussi bien dans l'air que dans l'atmosphère raréfiée des tubes de Crookes, n'étaient point toujours de môme nature, et que, suivant leur état, ils étaient plus ou moins influencés par les actions magnétiques et présentaient des capacités de phosphorescence particulières. De plus, M. J. Perrin fit voir qu'ils étaient toujours électrisés négativement.
LA NATURE ET l/ORIGlNE DES RAYONS X 69
Ce sont là, assurément, des qualités tràs différentes de celles des rayons X mis en évidence par l'expérience de M. Rœnlgeri.
Que sont alors ces derniers rayons produits dans le tube de Crookes concurremment avec les rayons cathodiques ?
Comme on a pu le voir à la lecture du mémoire de M. Rœnigen, leur découvreur lend à admettre qu'ils sont dus à des vibrations longitudinales de l'éther, vibrations de la possibilité théorique desquelles M. Jaumann a rendu compte et que lord Kelvin envisageait dès 1884 comme une vérité scientifique très probable (1).
Pour M. H. Poincarré, dont l'autorité en pareille matière ne saurait être contestée, les rayons X constitueraient en réalité « un agent nouveau, aussi nouveau que l'était l'électricité du temps de Gilbert, le galvanisme du temps de Volta ». Dès la première heure, du reste, il s'est très nettement expliqué à ce propos dans un article publié par lui dans la Revue générale des sciences pures et appliquées.
Cependant, à côté de ces deux hypothèses,
(I) .1. Blondin. — Les rayons de Rœnigen, dans VEdairage électrique, n» 7, du lo février 1896, p. 29b, col. 1.
d'autres encore sont proposées et disculées actuellement
En Angleterre, où la théorie de Crookes sur la matière radiante compte toujours des partisans autorisés, Ton a énoncé l'opinion que les rayons de Rœntgen seraient dus au mouvement de molécules matérielles.
Beaucoup de savants encore, tendent à admettre que les rayons X sont tout simplement produils par des vibrations transversales de l'éther, vibrations extrêmement courtes, par exemple, « analogues à celles qui donnent lieu aux sensations lumineuses de l'éther, à cela près qu'elles sont beaucoup plus rapides que ces dernières. Ces rayons appartiendraient doue à la partie du spectre situé au delà de l'ultra-violet connu ; ce seraient des rayons ultra-ultra-violets (1). »
Tel est aussi l'avis de M. Charles Henry qui, dans une communication à l'Académie des sciences, donne à l'appui de son opinion les raisons suivantes :
« Il est presque certain que les rayons X sont des rayons ultra-ultra-violets, c'est à-dire, à vibrations transversales. Ils ne présentent pas, il est vrai,
(l) J. Blondin. — Les rayons de Rœntgen, dans VEclairage électrique, n" 7, p. 296.
LA NATURE ET l'ûRIOINE DES RAYONS X 71
d'interférences : mais c'est ce qui doit avoir lieu, d'après la théorie de Fresnel perfectionnée par Kirchhofl, pour les longueurs d'onde tendant vers zéro. Ils ne se réfractent pas ; mais Willlner a proposé une formule de la dispersion exprimant l'indice de la réfraction n en fonction de la longueur d'onde, d'où il ressort que n = 1 pour X = O ; il se produit pour les petites longueurs d'onde, une régression des réfrangibilités ; comme il n'y a pas réfraction, il ne peut y avoir double réfraction, ni polarisation pour ces rayons. Ils illuminent les corps phosphorescents ; or, d'après la loi de Stokes, ces corps ne peuvent s'illuminer qu'en absorbant des radiations de nombres de vibrations plus grandes que celles qu'ils émettent ; donc les X doivent être ultra-violets. Ils déchargent, comme ceux-ci, les corps électrisés. Ace propos il convient d'observer que les théories de Maxwell sont impuissantes à expliquer aussi bien la décharge par les rayons X que la décharge par les rayons ultra-violets (1).
Enfin, dernière hypothèse émise, conformément à l'avis de M. Henri Dufour, professeur de physique à l'Université de Lausanne, les rayons X auraient une origine électrique (2). « Les radia -
(1) Charles Henry. — Sur les rayons Rœntgen, dans les Comptes-rendus de l'Académie des sciences, séance du 30 mars 1898, p. 787.
(2) M. Becquerel, à la suite rie ses dernières recherches sur les propriétés des radiations invisibles émises par les substances (luorescenlos tond à partager cette façon de voir du savant professeur de l'Université de Lausanne-
lions acLiniques, qui émanent de la sui'face des tubes de Grookes, écrit à ce propos cet auteur, paraissent avoir une origine électrique; elles constituent un phénomène analogue à l'efOuve électrique, et agissent comme telles sur les plaques sensibles (1). »
M. Ch.-V. Zenger, directeur de l'Observatoire d'astronomie physique de Prague, émet du reste une opinion plus radicale encore. D'après ce dernier savant, en effet, les rayons X n'existeraient pas et les photographies obtenues suivant les indications de M. Rœntgen, photographies qui semblent justement démontrer la réalité des rayons X, seraient tout bonnement dues à « un phénomène d'induction électrique produisant la phosphorescence de la gélatine et en mftme temps la décharge électrique dans la gélatine (des plaques sensibles) ; enfin, la fluorescence de l'air ambiant, comme dans le cas de la décharge en aigrettes (décharge sombre) de l'électricité. A mon sens, ce sont ces trois agents qui déterminent la décomposition des sels d'argent dans la couche sensible : (2) il n'y a
(1) Henri Dul'our. — Observations sur la formation des rayons Rœntgen, dans la Revue générale des Sciences pures et appliquées, n» 4, du 29 février 1896, p. 193.
(2) Cli.-V. Zenger. — Sur la production des silhoiceltes de Rœntgen,àansles Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, n» 8, du 24 février 1890, p. 436.
(D'aprrs une iiliologiapliic rie M. Tionst
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LA NATURE ET l'oRIGINE DES RAYONS X 73
pas de rayonnement spécial, de rayons X ou de lumière noire, etc. »
Il est à noter, au reste, que d'anciennes expériences de M. Donato Tomasi semblent, dans une certaine mesure, au moins, justifier une telle façon de voir.
Naguère, en effet, en 1886, dans la séance de l'Académie des Sciences, du 22 mars, M. Donato Tomasi démontra que l'effluve obscure produite par une machine de Holtz impressionnait la plaque photographique, ni plus ni moins que les rayons ultra-violets du spectre. Voici, du reste, la description de son expérience :
« Deux brosses métalliques, disposées parallèlement en regard l'une de l'autre, sont reliées chacune à un pôle d'une machine de Holtz. Une plaque au gélatino-bromure, sensiblement de même hauteur, est placée perpendiculairement aux brosses, de telle sorte que le plan de la face sensibilisée contienne les bords de ces brosses, ou en soit très voisin dans les deux sens. Le courant établi, une pose de quelques minutes est suffisante. Je n'ai pas besoin de rappeler que cette opération doit s'effectuer dans l'obscurité la plus complète. Il ne reste plus alors qu'à développer et à fixer, par les procédés ordinaires, l'image obtenue (1), »
(I) Donato-Tomasi. — De l'ef fluviographie nu obtention de l'image par l'effluve, dans les Comptes rendus hebdo'
La question de la nature précise des rayons X, on le voit, est jusqu'ici très loin d'être nettement tranchée. Celle de l'origine de ces radiations, bien qu'admettant encore certaines interprétations, ne laisse pas d'être dès à présent infmiment mieux précisée.
D'après M. Rœntgen, le centre d'émission des rayons X est l'enveloppe même du tube de Crookes. Les rayons cathodiques produits à l'intérieur de ce tube, en venant frapper sur sa paroi, la rendent iluorescente. Or, à ce moment, cette paroi devient à son tour « un centre de radiation » émettant d'une part des ondulations transversales perçues par notre œil sous l'apparence d'une lueur jaune-verdâtre, cette lueur même qui illumine l'appareil, et les rayons X de l'autre.
Rien n'est du reste plus facile à prouver. Il suffit pour cela d'examiner les changements de direction que présentent les 'ombres portées par les rayons X, quand l'on vient à déplacer dans le tube, au moyen de l'aimant, la direction du faisceau de rayons cathodiques. L'expérience démontre nettement que les rayons X prennent exactement naissance au point précis où la déviation a conduit les radiations émanées de la cathode.
madaires des séances de l'Académie des Sciences, année 1886, séance du 22 mars.
LA NATURE ET l'ORIGINE DES RAYONS X
Cependant, depuis ces premières constatations, divers savants ont contesté que les rayons X prissent naissance sur l'enveloppe du tube de Crookes.
D'après M. de Heen, de Liège, en effet, les rayons X, et de même les rayons cathodiques, « émaneraient de l'anode, c'est-à-dire du pôle positif du tube. Il suffit pour le démontrer, — écrit M. de Heen dans une lettre adressée le 13 février 1896, à M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, à Paris, — de placer entre le tube de Crookes et la plaque sensible, un écran en plomb percé de quelques ouvertures permettant le passage de faisceaux de rayons. La direction de ceux-ci sur la plaque indique qu'ils émanent du pôle positif et non du pôle négatif. Ce sont donc des rayons anodiques. »
Enfin, MM. Girard, directeur du laboratoire municipal de Paris, et F. Bordas, ont réalisé un dispositif expérimental fort ingénieux (l)qui sem-
(1) Il est à remarquer à ce propos que M. le prince B. Galit/.lne, membre de l'Académie des sciences de St-P6tersbourg, el M. de Karnojitzky, sont arrivés à une conclusion presque semblable.
Dans une note sur les centres d'émission des rayons X, note adressée, par ces deux savants, à l'Académie des sciences, l'on relève en cff'ct celte mention « qu'il esl fort possible i|ue, outre le centre d'émission, qui correspond
ble démonlrei" ncltement que les rayons X prendraient simultanément naissance de V anode et du la cathode.
FiG, 16. — Schéma de l'expérience de MM. Girard el Bordas; a cathode; b anode du tube de Crookes; A, imaoe du faisceau cathodique ; B, image du faisceau anodiquo ; C, pénombre réunissant les deu.x zones cathodique el anodique.
Ayant logé un lube de Crookes à l'intérieur d'une caisse rectangulaire en bois, entièrement recouverte de plomb, et munie sur chacune de
à la cathode, il y en ait un autre qui dérive de l'anode ». [Comptes rendus hebdomadaire des séances de l'Académie des sciences, séance du 9 mars 1896, p. 608).