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CHAPITRE VII

L'outillage nécessaire pour la photo<îraphic au travers des rorps opaques. — Importance du mode opératoire. — Du choix du tube de Crookes. — Les qualités que doit posséder un tube de Crookes. — Comment on peut évi • 1er de perdre les ampoules de Crookes. — Production des rayons X avec une lampe à incandescence, — Comment doit être placé l'objet à photographier. — Une invention de M. Roger. — Pour obtenir des images nettes.

— Utilité des diaphragmes. — L'éloignement du tube de Crookes est avantageux à la netteté des images. — Comment on peut diminuer le temps de pose. — L'artilice proposé par M. Ch. Henry. — Une lettre de M. Ch. Zenger.

— Augmentation de la fluorescence des ampoules. — Avantages de celte pratique. — Importance de faire usage de plaques très sensibles. — La reproduction des corps arrêtant les rayons X de façon complète. — Le procédé de M. Carpentier. — Images stércoscopiques obtenues à l'aide des rayons X.

Dans un précédent chapitre, nous avons indiqué sommairement le mode opératoire permettant de reproduire l'expérience de M. Rœntgen.

Le temps est venu, à présent, où nous devons préciser ces indications et faire connailreen détail la technique exacte de la photographie au travers des corps opaques à l'aide des rayons X.

L'outillage nécessaire, ainsi que l'on sait, est peu compliqué, comprenant uniquement en fait d'appareils un tube de Crookes et, pour exciter celui-ci, une bobine de Ruhmkorff actionnée par des piles ou des accumulateurs.

Quant à la disposition de l'expérience, elle est particulièrement simple. La plaque sensible, enfermée dans une enveloppe imperméable à la lumière ordinaire, est exposée aux radiations du tube de Crookes, l'objet îi photographier se trouvant disposé dans l'espace compris entre le tube et la plaque.

Cependant, si en théorie l'installation de l'expérience ne comporte aucune difficulté, dans la pratique, il n'eneslplus tout à fait de même et les résultats obtenus varient considérablement suivant la façon dont les choses ont été faites.

En l'espèce, en effet, interviennent un certain nombre de causes.

Tout d'abord, il y a la question même du tube de Crookes.

La forme de cet appareil, qui consiste, comme l'on sait, en une ampoule de verre dans laquelle l'air

a été raréfié à l'extrômc, (1), n'est point en effet indifférente, et, à l'occasion, suivant les circonstances, il pourra- convenir de choisir des tubes construits de façon particulière.

D'une façon générale, cependant, il importe de noter que M. Rœntgen emploie pour ses expériences un tube en forme de poire (2).

M. Seguy, qui l'un des premiers en France a répété les expériences du savant professeur de "Wurtzbourg, recommande les tubes en boule à électrodes filiformes.

En tous cas, quelle que soit leur disposition, il est indispensable qu'ils conservent parfaitement le vide. Cette nécessité est d'ailleurs assez fréquemment une cause de mécomptes, et cela justement parce qu'il arrive parfois qu'au cours de l'expérience le métal des électrodes abandonne une bulle gazeuse occluse dans sa masse, ou plus sim-

(1) D'après M. Silvanus-P. Thomson, la raréfaction, pour que l'on obtienne une intensité maximum des rayons X, doit ôtrc poussée à une certaine limite déterminée, qui est dans la pratique un peu plus basse que colle du point où l'étincelle traverse le milieu rart'^flé avec une commodité optima. [Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, séance du 7 avril 1896).

(-2) De tels tubes, d'après les catalogues des fabricants d'instruments de physique, valent 28 francs. (Voir notamment le prix courant de la maison Ducrctet.)

cathodiques viennent la frapper, se perce de petits trous.

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A seule fin d'éviter ce dernier accident, qui survient surtout lorsque l'on emploie dés courants intenses, M. d'Arsonval a imaginé « de plonger celte partie de l'ampoule dans une capsule en celluloïd remplie d'eau. Le tout est très transparent pour les rayons X. En employant la haute fréquence et une ampoule très allongée, a encore remarqué le savant professeur au collège de France, on n'a plus besoin d'électrodes : la capsule pleine d'eau sert d'électrode inférieure; on constitue l'électrode supérieure en coiffant le haut de l'ampoule d'un manchon de coutchouc également rempli d'eau. Dans ces conditions, l'ampoule ne contenant plus aucun corps métallique, ses parois ne se colorent pas et l'on peut pousser le courant sans aucun risque. Par ces dispositions, on arrive facilement à préserver l'appareil et à décupler sa puissance. » (1)

Ainsi que nous l'indique celte note de M. d'Arsonval, pour exciter le tube de Crookes, il n'est en effet pas indispensable de recourir à la bobine de Ruhmkorff, (2) mais on peut encore utiliser les courants deTesla (M. Joubin), ou l'étincelle four- Ci ) Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, séance du 9 mars 1896, p. 607.

(2) Celle-ci, quand elle est employée, doit donner des étincelles mesurant à l'air libre de 7 à 10 cenlimètres au minimum.

nie par une machine électrostatique. Môme, a reconnu M. VioUe, pour obtenir la production de rayons X, il n'est point nécessaire de posséder un tube de Crookes; il suffit d'une simple lampe à incandescence, dans laquelle la décharge est produite à l'aide d'électrodes extérieures. Alors « la cathode est constituée par une feuille d'étain qui enveloppe la base de la lampe, l'anode est une bande fixée sur l'équateur de l'ampoule » (1)

Quant à l'objet à photographier, il doit être disposé le plus proche possible delà plaque sensible, sans la toucher, cependant, de façon à ne pas risquer d'impressionner la dite plaque par contact mécanique. On sait en effet qu'il suffit d'exercer une pression sur la gélatine sensibilisée pour, au développement,, constater une réduction des sels d'argent.

A seule fin de faciliter l'opération, M. Roger, attaché à la maison Ducretet, a imaginé un dispositif particulièmennt simple consistant à séparer dans le châssis d'exposition la plaque sensible de l'objet à reproduire par une lame mince d'aluminium.

Pour l'ampoule de Crookes, ainsi que l'ont reconnu MM. Londe et Zenger, elle doit être

(t) L'Eclairage électrique, n' 7 du 15 février 1896, p. 317 col. 2.

reculée le plus possible — dans la pratique de 30 à 0" 43 — de l'objet, et cela afin d'assurer la netteté de l'impression. 11 en est ainsi parce que l'image obtenue n"étant qu'une ombre l'on diminue de la sorte l'étendue de la pénombre. « Cette remarque a surtout son importance lorsqu'il s'agit de repi'oduire des modèles de dimensions relativement grandes. »

Celte préoccupation d'obtenir des images d'une parfaite netteté a conduit MM. Imbert, professeur et Bertin-Sans, chef des travaux de physique à la Faculté de Médecine de Montpellier, à faire usage de diaphragmes en métal ou en verre épais qu'ils interposent entre la plaque et le tube, de façon à arrêter tous les rayons X autres que ceux arrivant normalement sur les objets à reproduire.

Cependant, si ces diverses dispositions indiquées par MM. Londe, Imbert et Bertin-Sans sont favorables à l'obtention d'images particulièrement nettes, elles ont en revanche pour résultat immédiat de nécessiter un accroissement considérable de la pose.

N'y avait-il pas possibilité d'abréger le temps nécessaire à la production de l'impression de la plaque sensible ?

Une première indication utile en ce sens fut donnée par M. Rœntgen qui signala l'avantage,

FiG. 22. — Appareil à diaphragme construit par M. Ducrelet, pour l'oblenlion des épreuves par les rayons X. T, ampoule de Crpokes surmontée d'un aimant; D, diaphragme; C, châssis renfermant la plaque photographique.

ManclK! 15. — Arru-rc-lrain d'un lapin lué d'un coup de fusil. Lï'prouvo monli-c les fraclures des os el jusqu'aux itrains de plomb éi^arés dans les chairs. (Épreuve de iM. A. Londc).

dans le cas où l'on fait usage de pellicules photographiques infiniment plus commodes que les plaques pour l'obtention de certaines images, de placer immédiatement au contact de leur face dorsale une feuille de zinc. Mais, ce procédé ne peut rendre des services que dans des circonstances assez limitées.

D'un emploi plus pratique assurément est la recommandation de M. Charles Henry de recouvrir d'une couche de sulfure de zinc phosphorescent les corps à photographier, et cela justement parce que ce produit, ainsi que nous l'avons vu précédemment, présente celte particularité commune à tous les corps phosphorescents (V. p. 110) de dégager des radiations capables par elles-mêmes d'impressionner les plaques sensibles et qui, par suite, viennent ajouter leur action à celle des rayons X produits par le tube deCrookes. (1) M. Zenger, de Prague, a du reste fait une observation

(1) Cette indication a élc mise à profit avec succès par M. Basilewslii qui, en interposant entre la plaque sensible et )'ol)jet à pliolograpiiier une feuille de papier enduite de platino-cyanure de baryum, a obtenu en dix minutes de pose seulement le squelette de la main, et, en trois minutes une épreuve très nette montrant des pièces de monnaie et un crayon porte-mine. L'emploi du bisulfate de quinine a donné à M. Basilewski d'analogues résultats, après une pose davantage prolongée, par exemple. {Comp-

analogue, comme il ressort du passage suivant d'une lettre adressée pur lui le 17 février 1896 à M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences :

« On obtient une action plus rapide avec des plaques orthochromatiques à l'éosine, ou avec des plaques lavées avec une solution de sulfate de quinine ; toutes ces substances, qui peuvent transformer le mouvement électrique en mouvement ondulatoire, c'est-à-dire produire la fluorescence et la phosphorescence, contribuent beaucoup à la production des images. »

Au lieu de recourir comme MM. Ch. Henry et Zenger à l'intervention des corps phosphorescents, d'autres expérimentateurs ont imaginé d'augmenter la fluorescence de l'ampoule de Crookes.

A cet efl'et, M. Georges Meslin et MM. Imhert et Bertin-Sans, à l'aide d'aimants, déplacent à l'inté-

les rendus des Séances de l'Académie des Sciences, séance du 2b mars. p. 720.)

L'emploi des substances fluorescentes, contrairement à ces observations, a donné à M. Meslin des résultats défavorables. Des essais entrepris par ce dernier expérimentateur, il résulterait, en effet, que les substances phospliorescentes, loin d'accélérer l'impression de la plaque photographique, la retarderaient de façon sensible. (Comples rendus hebdomadaires desséances de l'Académie des Sciences, séance du 30 mars, p. 777.)

rieur du tube de Crookes {Fig. 22) le faisceau de rayons cathodiques qu'ils concentrent sur un point limité où se forme la tache de fluorescence particulièrement intense. D'après M. Meslin, cette façon de faire, présente de multiples avantages : « En premier lieu, dit-il à ce propos, on condense la tache active en face du diaphragme circulaire, de façon à faire passer la totalité des rayons primitivement disséminés sous la calotte de verre; on augmente donc l'intensité sans diminuer la netteté. En second lieu, on peut alors, dans les différentes expériences, utiliser successivement les diverses régions du tube : ce résultat a une certaine importance, car, lorqu'on emploie toujours la même région,, la tache qui était d'abord verte devient peu à peu jaunâtre, au fur et à mesure qu'il se forme un léger dépôt brun qui finit par rendre cette région inactive ; on peut, au contraire, en déplaçant très peu l'électro-aimant, utiliser chaque fois une partie nouvelle (1) ».

En opéranldela sorte, M. Meslin a pu obtenir un bon cliché d'objets métalliques à travers cinq épaisseurs de papier noir, après une pose de quatre

(1) Georges Meslin. — Sur la réduction du temps de pose dans les photographies de Rœntgen, dans les Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, séance du 23 mars 1896, p. 719.

secondes, et, en vingt-cinq secondes, la silhouette des os de la main « assez nettement pour qu'on y puisse voir la trace d'une fracture à la dernière phalange d'un doigt. » MM. Imbert et Berlin-Sans ont de môme obtenu d'excellentes épreuves de mains en une, deux, trois et cinq minutes ; une grenouille fut même photographiée par ces derniers expérimentateurs en huit secondes exactement.

Ces temps si réduils ont encore d'ailleurs été diminués par M. James Chappuis qui a réussi à obtenir au moyen des rayons X l'impression à peu près instantanée, — en un quart de seconde exactement, — de ses plaques sensibles. Le procédé à suivre dans ce dernier cas consiste tout bonnement à réduire à quatre par seconde les décharges de la bobine. Par cette fréquence, en effet, l'action des rayons X serait la plus grande possible.

A noter aussi les résultats obtenus suivant une autre méthode par M. Pillchikoff.

Celui-ci, en employant un tube de Puluj notablement plus fluorescent que le tube de Crookes ordinaire, et en excitant ce tube par les courants de Tesla, a réussi à faire descendre le temps de pose d'abord à quelques minutes, puis à trente et enfin à deux secondes.

Enfin, une dernière circonstance fort importante

LA TECnmOUE DES RAYONS X

dans l'espèce a été signalée par M. Londe d'abord, et contrôlée ensuite par MM. Auguste et Louis Lumière. Ces expérimentateurs ont en effet reconnu que la nature des plaques employées jouait un rôle déterminant, les plus sensibles à la lumière ordinaire étant aussi les plus facilement actionnées par les rayons X, et cela exactement dans les mêmes limites (1).

Cependant, en dépit de l'ingéniosité des dispositifs imaginés par les divers expérimentateurs, certains objets, ceux absolument impénétrables, en raison de leur épaisseur, par exemple, aux rayons X, semblaient devoir échapper à la photographie par transparence.

Un artifice habilement combiné par M. J. Carpentier permet désormais d'en obtenir des reproductions fidèles tout comme s'ils se présentaient naturellement en condition favorable.

Le procédé consiste à prendre au moyen d'un coup de balancier, avec un métal transparent aux

(1) Au point de vue de la rapidité de l'impression des plaques sensibles, suivant l'indication de MM. Benoist et Hurmuzescu, il paraît devoir être avantageux d'employer les sels de platine au lieu des sels d'argent pour la préparation des plaques photographiques, les sels de platine étanl plus absorbants pour les rayons X que ceux d'argent. (Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, séance du 30 mars, p. 781).

rayons X, comme l'aluminium, une empreinte de l'objet à reproduire.

Le moulage ainsi obtenu et photographié par les radiations de Rœntgen donne une image représentant avec une fidélité parfaite les moindres détail du modèle. [Planche 12).

Ce dernier mode opératoire, pouvant à l'occasion rendre de signalés services, on reconnaîtra volontiers qu'il n'était point inutile d'en signaler l'invention.

Un autre progrès de véritable importance réalisé depuis peu a trait à l'obtention par les rayons X d'images stéréoscopiques. Point n'est besoin de beaucoup insister pour montrer l'intérêt de semblables épreuves.

Les images ordinaires de Rœntgen, en effet, n'étant que des ombres sur une surface plane, ne permettent pas de préciser les positions relatives que présentent les uns par rapport aux autres les divers objets photographiés. Cependant, il est manifeste que dans la pratique de semblables indications pourraient très fréquemment rendre de signalés services. Les chirurgiens, en particulier, trouveraient un avantage considérable à se voir en possession d'un moyen de déterminer avec exactitude, la place précise occupée par un corps étranger situé au sein des tissus.

Mais, c'est là justement une sorte de renseignement que les images stéréoscopiqucs sont tout spécialement propres à donner. L'obtention de semblables images, qui est, au reste, des plus simples, fut réalisée, pour la première fois, en Angleterre par M. Elihu Thomsom, dont les expériences remontent au début du mois de mars. Le procédé, mis en œuvre par ce savant « consiste simplement àexposer la plaque couverte de la façon ordinaire et de répéter l'expérience avec les mêmes objets après avoir déplacé le tube de Crookes relativement à sa position première. Les rayons traversent ainsi les objets dans deux directions un peu différentes et les ombres sont formées pour chaque direction. Les épreuves positives des négatifs ainsi obtenus sont disposées pour être employées dans le stéréoscope ». (1)

Dans ces conditions d'expérimentation, l'effet, parait-il, est curieux infiniment, chaque objet pho- Ihographié apparaissant alors à l'œil dans sa position respective. Au reste, il est à remarquer que l'on pourrait sans peine, par une légère modification de l'expérience, rendre directement visible à l'œil des images stéréoscopiques en relief. Pour

(1) D'après The Eleclrician, tome XXXVI. p. 661, 13 mars 1896, dans VErlairage (leclrique du 28 mars, page 605.

cela, ainsi que l'indique VEclairage électrique, « il n'y aurait qu'à faire usage de deux écrans fluorescents (ou même d'un seul écran) placés devant l'œil et de disposer dans le tube de Crookes, deux cathodes mises alternativement en rapport avec la source d'électricité avec une grande rapidité, tandis que deux petits volets seraient synchroniquement ouverts et fermés devant chaque œil respectivement ; un des yeux recevrait toujours l'impression donnée par les rayons de l'une des cathodes, tandis que l'autre œil recevrait toujours l'impression produite par les rayons de l'autre cathode ; il en résulterait ainsi une image stéréoscopique. » (1) Cependant, en attendant que l'on ait réalisé de semblables dispositifs, divers expérimentateurs, en France, à l'exemple de M. Elihu Thomson, se sont préoccupés d'obtenir des épreuves stéréoscopiques.

Ces recherches entreprises par M. Imbert et Bertin Sans, et par MM. Abel Buguet et Albert Gascart, comme il était facile de le prévoir devant les résultats réalisés par le physicien anglais, ont toutes été couronnées d'un plein succès.

(1) L'Eclairage électrique, nMS du 26 mars 1896,page 605, col. 2.

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