CHAPITRE VIII
LES APPLICATIONS DES RATONS X
La Raison du succès obtenu par la découverte du professeur Rœnt^^en. — Enttiousiasme des savants. ~ Les premières reclierclies de MM. Oudin, Barthélémy et Lannclongue. — Un article de M. L. Olivier dans la Presse médicale. — Vérification d'une hypothèse. — Les rayons X ne sont pas homogènes. — Une réclame de dentiste. — Les premières applications sérieuses. — Un article du D' Henlcr. — Deux cas intéressants. — Importance du diaphragme pour l'obtention des bonnes images. — Le pied de la danseuse. — Les photographies de M. A. Londe. — La reconnaissance des pierres précieuses. — Comment on distingue un diamant véritable d'une fausse gemme. — Les rayons X et les bombes anarchistes. — L'invention de MM. Girard et Bordas. — Les livres truqués dévoilés par les rayons X. — Photographies instructives. — Le . secret des lettres. — Un article du Gaulois. — Emploi des rayons X en astronomie. — Un moyen de contrôle. — Le cryptoscope du professeur Salvioni. — La lunette merveilleuse. — Que réserve l'avenir.
Dès le premier jour,, il apparut évident pour tous, — et ce fut là justement, peut-être autant que l'attrait de son merveilleux, cequi contribua à rendre la découverte du professeur Rœntgen si passionnante pour le public, — que la photogra-
phie au travers des corps opaques allait être l'occasion d'une série d'applications nouvelles des plus fécondes.
Dans la circonstance, en effet, les profanes, d'instinct, sentaient bien qu'il y avait là autre chose que de curieux phénomènes, et que des conséquences heureuses et considérables ne pouvaient manquer d'en ôtre dégagées dans un avenir prochain.
Les savants les plus précis eux-mêmes, du reste, se montrèrent sans retard pleins d'espérance et d'enthousiasme à cet égard.
Comment, au surplus, aurait-il pu en être autrement quand Ton eut connaissance des résultats si remplis de promesses obtenus par MM. les docteurs Oudin et Barthélémy et par M. le professeur Lannelongue, qui^ sans retard avaient entrepris des expériences sur l'application des rayons X au diagnostic chirurgical.
Ayant photographié suivant la méthode indiquée par M. Rœntgen des pièces analomiques et des membres humains portant des lésions osseuses, ces savants, en effet, constatèrent nettement que ces lésions étaient révélées sur l'image.
En présence de semblables résultats, les éloges ne se tirent point attendre, si bien que dès la lin de janvier, M. L. Obvier, docteur ès-sciences.
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dans un article publié dans la Presse médicale, célébrait dans les termes suivants les mérites de la méthode nouvelle :
Lorsque le 20 de ce mois M. Poincaré présenta à l'Académie des Sciences des photographies de ce genre, obtenues à l'aide des rayons de Rœntgen, par MM. les docteurs Oudin et Barthélémy, M. le professeur Lannelongue fit remarquer l'immense intérêt d'une telle découverte pour la chirurgie. Dès aujourd'hui, il est possible de s'en servir pour découvrir la présence et la position d'une balle de revolver dans les tissus, déceler des lésions osseuses, établir dans une ankylose, la part de l'os et des ligaments, dévoiler une ostéite, déterminer chez la femme enceinte la position du fœtus (1). Sans
(1) A l'Acadomic de Médecine, au cours de la séance du 24 mars 1896, M. le professeur Pinard a déposé sur le bureau, au nom de MM. Varnier, Chappuis, Cliauvel et Funk-DrciUano, quelques photographies bien venues d'un fœtus à terme dans l'intérieur d'un utérus retiré du corps d'une femme éclamplique.
Une autre photographie de ces mêmes auteurs, plus curieuse encore, montrait plusieurs fœtus dans un utérus de cobaye femelle vivante.
Dans la même séance, M. Fournier a présenté à ses collègues de l'Académie, de superbes épreuves obtenues par MM. les docteurs Oudin et Barthélémy, épreuves montrant avec une parfaite netteté les moindres tares osseuses d'un membre ou signalant la présence du plus léger corps étranger dans les lissus, et M. le professeur Périer, en(in, a présenté un cliché qui lui a permis de
doute aussi, le progrès de la méthode permettra prochainement de photographier du dehors, par la région abdominale ou le périnée, les calculs de la vessie.
Tout porte à penser que ce ne sera pas là le dernier mot de cette espèce de magie. De même que les divers rayons du spectre visible jouissent d'une gamme de propriétés un peu différentes, ne sont pas également réfléchis, également réfractés par les mêmes corps, et subissent un peu différemment l'action des divers milieux où, ils ^ se propagent, il est pi'obable qu'en disséquant le faisceau de Rœntgen et le cortège de rayons inconnus dont il fait partie, on trouvera parmi eux des dissemblances, les uns traversant mieux que leurs voisins un certain milieu et moins bien un autre, de sorte qu'une sélection ménagée de ces radiations permettra de photographier, à volonté, l'os, le muscle, le tendon, l'aponévrose, le nerf, le cœur, le poumon, l'estomac, le cerveau, en les montrant isolés des organes qui les entourent.
constater chez un sujet, en dépit des assertions erronées du blessé lui-même, la localisation cxaclc d'une balle de révolver, enkylosée depuis près de deux ans, dans un os de la main.
L'examen médical seul n'avait absolument rien révélé.
Depuis lors, M. Pierre Delbct a fait de mùme connaître le cas d'un individu blessé à la main par une balle de revolver. La photographie par les rayons X montra que la balle, en venant heurter sur l'os du métacarpe, s'était fragmentée en deux pails.
l'ianchc 16. — Pigeon pliolograpliié par les Rayons X. (Epreuve (le M. A. Londe.)
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Bien qu'un enthousiasme fort légitime semble ici avoir quelque peu emporté le savant directeur de la Revue générale des sciences pures et appliquées. Ton ne peut, cependant, douter un seul instant que tout au moins une bonne partie du programme par lui tracé se verra avant longtemps remplie en son entier.
Du reste, il est à remarquer, que l'hypothèse de M. Olivier relative à la séparation en ses éléments constituants du faisceau de Rœntgen vient de recevoir une première vérification. Depuis lors, en effet, MM. L. Benoist et D. Hurmuzescu ont découvert que les rayons X ne constituaient point un ensemble homogène, mais se trouvaient formés d'éléments divers de qualités différentes et encore indéterminées.
« Dès nos premières mesures du coefficient de transmission de l'aluminium, rapporté à l'épaisseur de 0"" 1 et pour des plaques de ce même ordre d'épaisseur, nous avons trouvé des nombres toujours inférieurs à 0,9 et généralement voisins de 0,85.
. Or, une telle valeur serait absolument incompatible avec la transparence très sensible que le professeur Rœntgen a observée sur une plaque d'aluminium de IS-»"» d'épaisseur, .si ce coefficient de transmission devait être indépendant du tube de < îrookes employé, et s'il ne devait pas augmenter
avecl'épaisseur traversée, c'est-à-dire si les rmjonsX n'éprouvaient pas de la part de l'aluminium une absorption sélective., témoignage de leur hétérogénéité. En effet, on peut calculer que, si la valeur 0.85 était constante, la transparence totale d'une lame de lômin serait représentée par c'est-à-dire absolument nulle pratiquement (1). »
Quoiqu'il en soit, les applications médico-chirurgicales des rayons X sont déjà des plus variées.
Sans parler de ce dentiste charlatan qui imagina, à titre de réclame, de faire annoncer dans les journaux à ses clients-gogos qu'il utilisait la recette de M. Rœntgen pour rechercher les dénis cariées (!), il est bon de mentionner que de nombreuses utilisations de la méthode ont été dès à présent réalisées avec plein succès.
Ces rayons, en effet, déshabillent si bien le squelette des chairs qui l'entourent (2) qu'il était im-
(1) L. Benoist el D. Hurmuzescu. — Nouvelles recherches sur les rayons X, dans les Comptes rendus hebdomadaires dcK Séances de l'Académie des Sciences,séance du 17 février 1896, p. 380.
(2) Aussi bien, celte propriété est-elle quelquefois u réel inconvénient. Pour y parer, — et on y a réussi asse bien, nous apprend M. J. Blondin, dans un remarqualjl article sur Les rayons de Rœntgen publié dans VÉclairag électrique du 15 février 1896, — on a imat,'inc d'augmenté l'opacité des tissus en injectant à leur intérieur des liquide absorbants pour les rayons X. C'esl ainsi, note M. J. Blon
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possible qu'ils ne donnassent point de précieuses indications ou de nombreuses circonstances. (1)
L'expérience prouva que les prévisions des docteurs étaient parfaitement justifiées, et l'on ne tarda pas à apprendre que divers praticiens avaient réussi, à l'aide des rayons X, à établir avec précision certains diagnostics particulièrement délicats.
Ainsi, par leur usage, dès leurs premiers essais, MM. Lannelongue, Barthélémy et Oudin purent démontrer sur une main la trace d'une affection tuberculeuse de la première phalange du doigt médium, constater sur un fémur les ravages causés par Tostéorayélite, et bientôt ces mêmes expédia, que l'on est parvenu, « en employant une injection de sulfate de quinine, à obtenir une image très nette d'un rétrécissement du canal de l'urôthre ». Il est à noter encore que pour la photographie, des régions épaisses du corps, l'on peut aussi avec de réels avantages employer en certains cas des pellicules sensibles susceptibles d'épouser en une certaine mesure les contours extérieurs des régions à photographier.
En injectant dans l'artère brachiale d'un cadavre, une pâte de sulfate de chaux assez liquide pour pénétrer dans tous les vaisseaux, après durcissement, à l'Institut physique romain, l'on a réussi à photographier par les rayons X, avec une très grande netteté, le système artériel d'une main, le sulfate de chaux renfermé dans les vaisseaux arrêtant les rayons X de façon aussi complète que le tissu osseux lui-même.
(f) C'est du reste dans le squelette la partie minérale seule des os qui constitue le milieu opaque pour les
rimentaleurs arrivaient à contrôler par le même procédé les diagnostics chirurgicaux rendus à propos d'un malade guéri, après trois années de traitement, d'une ostéo-arthrite du genou gauche, de nature tuberculeuse, et k propos d'un enfant de huit ans, guéri « d'une ostéite de la diaphyse fémorale en même temps que l'épiphyse inférieure, elle aussi, était prise, ainsi que l'articulation du genou (1). »
D'autre part, de nombreux praticiens ont réussi avec non moins de succès à déterminer chez leurs
rayons X. MM. J.-D. Cormack et H. Inglc, nous rapporte l'excellent magazine anglais Nature, ont fait à cet égard une expérience décisive.
Ayant pris deux phalanges humaines aussi semblables que possible, ils décalcifièrent l'une d'elles on la faisant passer durant le temps nécessaire dans une solution d'acide chlorhydrique.
Le chorure de chaux produit dans cette opération fut précipité par l'ammoniac, recueilli et séché.
Les expérimentateurs photographièrent alors, suivant la recette de M. Rœntgen: 1" l'os naturel; 2» l'os décalcifié; 3» l'amas de sels provenant de ce dernier après l'avoir répandu sur une surface égale à celle recouverte par l'os l'ayant fourni.
Cette triple opération montra que les rayons étaient arrêtés également par l'os naturel et par le petit tas de sels de chaux, tandis que la phalange décalcifiée était au contraire presque absolument transparente.
(1) Comptes rendus de L'Académie des Sciences, p. 159, 460, 283, 28i.
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malades la place précise de lésions, ou celle occupée par des corps étrangers accidentellement introduits dans les tissus.
A Prague, M. Ch.-V. Zenger a constaté la présence, dans le pouce d'un sujet, d'un fragment de verre, corps particulièrement opaque aux rayons X (1), comme l'on sait; à Kiew, rapporte la Revue médicale, le professeur Malinowski a déterminé « l'endroit exact oii se trouvait une aiguille, qui avait pénétré assez profondément dans le corps d'un homme, et qu'il avait été impossible de sentir à la palpation (2) »•; à Vienne, le professeur Mosetig-Moorhof (chef de la 2" section de chirurgie à l'Hôpital général), faisait de môme de fort intéressantes constatations, comme nous le montre le très curieux passage suivant d'un arti-
[\) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, p. 313.
(2) Revue médicale, n° du 1" mars 1896, p. 4S. Voir aussi les Comptes i-endus de l'Académie des Sciences, n° 9, p. S28, pour le récit d'un fait analogue observé k Paris par M. Delbet, agrégé des hôpitaux.
A relever encore dans cet ordre d'idée l'expérience heureuse faile à l'Ecole centrale par M. Chapuis, professeur de physique, expérience dont le résultat l'ut également de préciser la position occupée par un fragment d'aiguille qui avait pénétré dans la main de madame Cavaignac, la emme de notre ex-ministre de la guerre et par suite de faciliter son extraction rapide, au grand soulagement de la blessée.
cle du Henler, assistant du professeur Schrœtter, publié par la Presse médicale.
Le premier cas est relatif à une jeune fille âgée de dix-huit ans et atteinte d'un vice de conformation du gros orteil gauche. Celui-ci était deux fois plus volumineux qu'à l'état normal, et portait sur sa face dorsale deux ongles étroits et contigus par leurs bords correspondants. L'un de ces ongles, nettement médian, semblait appartenir à la phalange normale, tandis que l'autre occupait une situation latérale, et paraissait comme surajouté; d'où l'hypothèse de l'existence d'une sorte d'orteil dédoublé, composé de deux portions dont l'une, la principale, armée d'un ongle médian, s'articulerait avec le métatarsien correspondant, et l'autre, véritable orteil accessoire, serait munie d'un ongle accessoire.
L'examen photographique donna lieu à une constatation diamétralement opposée . En effet, il permit de reconnaître que l'orteil présumé accessoire, s'articulait parfaitement avec le métacarpien correspondant, tandis que l'autre moitié qu'on avait considérée comme la partie principale, n'était pourvue d'aucune espèce de surface articulaire.
Le second cas concerne un jeune homme qui, huit jours avant l'examen, s'était logé une balle de revolver (calibre de G mm.) dans l'épaisseur de la main gauche. Au niveau de la région palmaire, dans le voisinage du 3e espace interosseux, on voyait nettement l'orifice d'entrée du projectile, lequel était d'ailleurs complètement cicatrisé ; quant à la
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face dorsale de la main, elle ne présentait pas la moindre lésion appréciable. Cependant les douleurs étaient vives et l'intervention chirurgicale s'imposait. L'aspect extérieur de la main ne fournissait aucun renseignement sur le siège occupé par le projectile. Seul, le point de pénétration permettait de supposer que la balle devait s'être logée dans le 3e espace interosseux. On eut alors recours à l'épreuve photographique qui, cette fois encore, ne manqua pas de donner le renseignement qu'on lui demandait. En effet, elle permit de constater, au niveau de la bande sombre formée par le 5« métacarpien, la présence d'un corps opaque faisant saillie dans l'espace interosseux voisin. Le professeur Mosetig essaya alors d'arriver jusqu'au projectile, en pénétrant par l'orifice d'entrée, mais, à sa grande surprise et après une demi-heure de tentatives infructueuses, il fut obligé de renoncer au moyen qu'il avait choisi pour découvrir le siège de la balle. Le peu de netteté de l'image obtenue par l'épreuve photographique le porta à penser que le projectile avait probablement glissé jusque sur la face dorsale de la rangée métacarpienne. On se décida alors à pratiquer une incision au niveau du siège présumé, ce qui permit de découvrir la balle avec la plus grande facilité ; celle-ci était en effet venue s'aplatir sur la face dorsale du 5« os du métacarpe (1).
Il est à noter, du reste, que la méthode se per-
(I) Henler. — La j-hotographie de l'invisible dans la Presse médicale, n» 11 du 5 février 1896.
fectionnant chaque jour, grâce à la merveilleuse habileté technique de certains opérateurs, les résultats vont sans cesse s'améliorant.
A cet égard, MM. A. Imbert et H. Bertin Sans, en imaginant d'interposer un diaphragme entre l'ampoule de Crookes et l'objet à reproduire, ont réalisé un progrès énorme dont Teffet est de permettre l'obtention d'épreuves d'une grande netteté (Ij. C'est du reste à cette amélioration de première importance que l'on doit aujourd'hui de pouvoir aborder, non sans succès, la photographie de parties du corps autrement épaisses que les mains, et cela parfois pour le plus grand bénéfice matériel des blessés, comme nous le prouve la curieuse histoire enregistrée par le journal Le Temps, dans son numéro du 11 mars dernier.
D'après le récit, en effet, la photographie des corps opaques par les rayons de M. Rœntgen aurait permis au jury de Nottingham, présidé par le juge Hawkins, de décider en juste état de cause dans un procès en responsabilité.
Mais, voici le texte même du journal que nous reproduisons à titre de document curieux :
(1) Comptes rendus de l'Académir des Sciences, n' 7, p. 384.
LES APPLICATIONS DES RAYONS X
Il y a quelques jours, une jeune danseuse du théâtre de cette vilie, miss Gladys Folliot, se brisait la cheville du pied droit en descendant l'escalier conduisant de sa loge à la scène, et faisait constater que sa chute et son accident étaient dus à un trou pratiqué dans une marche. Elle réclama donc une indemnité à son directeur.
Celui-ci ayant accusé sa pensionnaire d'avoir exagéré la gravité de sa blessure, l'avocat de la danseuse a fait présenter au jury des épreuves obtenues par le procédé nouveau et représentant le squelette du pied blessé.
Cette démonstration a rendu toutes les plaidoiries inutiles. Le jury a conclu aussitôt pour la plaignante et lui a accordé l'indemnité qu'elle réclamait.
Le fait, on l'avouera volontiers, ne manque pas d'un certain piquant. Constatons, du reste, qu'il est en soi fort vraisemblable. M. A. Londe, chef des travaux photographiques à l'hôpital de la Salpétrière, et qui est assurément, à l'heure présente, celui de tous les opérateurs ayant obtenu les plus merveilleux résultats par l'emploi de la méthode découverte par Rœntgen, dans ses expériences poursuivies dans le laboratoire de la Société « l'Optique »^ a réussi à photographier avec une complète netteté des régions ducorps humain épaisses de plus de quinze centimètres^ si bien qu'il ne désespère pas, avant longtemps, de pouvoir par-
venir h prendre des images parfaites, non seulement des membres — ce qu'il réalise à merveille dès à présent — mais aussi du corps lui-môme.
Les essais entrepris par lui sur des animaux et sur des malades sont d'ailleurs à cet égard des plus significatifs.
Ainsi M. Londe, au moyen de la photographie •au travers des corps opaques, a obtenu la représentation fidèle d'une fracture compliquée de la jambe, montrant avec une netteté admirable le chevauchement des os et jusqu'aux moindres esquilles. A mentionner encore parmi les plus belles épreuves obtenues par ses soins, celles d'un lapin tué d'un coup de fusil, — la photographie permet de relever jusqu'aux grains de plomb égarés dans les chairs (planches 14 et 15),— celle d'un pigeon (planche 16), etc., etc.
Le champ ouvert par la découverte de M. Rœntgen aux explorations médico-chirurgicales est, comme l'on voit, particulièrement étendu.
Cet ordre d'applications pratiques n'est point le seul cependant auquel se prêtent les rayons X.
On nous annonce, en effet, qu'ils trouveront sans retard certaines appUcations industrielles, en facilitant la détermination de certaines substances dont ils permettront de constater la nature et l'homogénéité.
LES APl'LICATIONS DES RAYONS X
Déjà, du reste, M. Fei'nand Ranwez [Comptesrendus hebdomadaires de V Académie des Sciences, séance du 13 avril, p. 81), les utilise à mettre en évidence, dans l'analyse des 'denrées alimentaires végétales, certaines des falsifications les plus fréquentes, celles qui se font par l'addition de matière minérales, et tout dernièrement, enfin, MM. Abel Buguet et Albert Gascard ont recommandé l'emploi de ces rayons pour la détermination de cei'taines pierres précieuses et en particulier du diamant et du jais.
La recette est basée sur ce fait que le carbone est facilement transparent pour les rayons X, qui se trouvent au contraire arrêtés par le verre servant à fabriquer les pierres fausses.
Grâce aux rayons X, qui s'en serait jamais douté, nos joailliers sont donc désormais possesseurs d'un moyen infaillible autant que simple de reconnaître un diamant véritable d'un strass sans valeur, si bien imité soit celui-ci. (1)
Pour cela, il suffit de photographier la pierre à
(1) Les diverses formes de l'alumine cristallisée (corindon, rubis, saphir, émeraude, topaze, œil de ciiat) la turquoise, les perles tines de petite taille i)cnvcnt encore se distmguer, à leur plus grande transparence aux rayons X, de leurs imitations, ont reconnu MM. iiuguet et
Pour les grosses perles, par exemple, la distinctio.i nest au contraire plus assurée; le résultat dépend alors
Faide des rayons de Rœntgen. Le carbone étant très transparent pour ces dits rayons, si l'on a affaire à un véritable diamant, la plaque sensible se trouve impressionnée au-dessous du joyau, tandis que s'il s'agit d'un vulgaire cabochon, elle demeure inaltérée, le verre et surtout le cristal, constituant, comme l'on sait, pour les rayons X une barrière très difficilement franchissable, (planche 17.)
Il est du reste à remarquer, ainsi que le font parfaitement observer MM. Buguet et Gascart, qu'à côté du procédé graphique de la photographie, l'on dispose encore, dans la circonstance, grâce à la propriété des rayons de Rœntgen d'exciter les substances fluorescentes, d'un procédé optique instantané.
« Le diamant et le jais, interposés entre le tube de Crookes et une feuille de papier couverte d'une substance fluo-escente (platino-cyanure de baryum^ par exemple), projettent sur celle-ci des ombres plus claires que celles qui se montrent derrière les imitations disposées au voisinage. » (1).
du mode de confection de la perle fausse. [Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, séance du 23 mars 1896, p .7-26 .)
(1) Abel Buguet el Albert Gascart. — Sur l'action des rayons X sur le diamant, dans les Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, séances du 2i février 1806, p. i'61.
Planche 17, — Epreuve des pierres précieuses par les Rayons X. Kn liaul à «auclie, bijou orné de diamants. Les pierres élanl Iransparenles semblent avoir disparu. En bas à droite jeton de verre ayant arrêté les rayons. Au centre de la figure, étui de bois renfermant des coquillages et des empreintes de porcelaine. (Epreuve dcM. A.Londe).
LES Al'l'LICATIONS UES HAYONS X 143
Voilà, n'est-il pas vrai, qui ne manque pas d'un certain intérêt!
Cette application curieuse des propriétés des rayons X n'est point cependant la plus imprévue que l'on ait réalisée. Aujourd'hui, grâce à MM. Ch. Girard, directeur du Laboratoire municipal et F. Bordas, nous savons que ces mêmes rayons peuvent parfaitement concourir, à l'occasion, à la défense de la Société.
MM. Girard et Bordas ont en effet,tout dernièrement, donné à r.^cadémie des Sciences, la très saisissante démonstration que la photographie suivant la recette de M. Rœntgen pouvait servir à déjouer certaines entreprises criminelles.
On n'a point oublié l'histoire des livres explosibles adressés voici tantôt trois ou quatre ans à M. Constans, alors ministre de l'Intérieur, et à M. Etienne.
Les auteurs de celte tentative d'assassinat avaient fort habilement combiné leur appareil meurtrier. Ayant pris un gros livre, ils avaient découpé dans les feuilles le composant ime cavité suffisamment grande pour y loger une boîte remplie de substances explosibles qu'un cosaque eu parchemin, fixé par une extrémité au couvercle du livre et par l'autre au fond de la boîte en métal,