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LA LUMIÈRE NOIRE

Enfin, différence plus essentielle encore, il semble que les radiations de la lumière noire, au lieu de se propager en ligne droite comme les rayons X, se

FiG. 27. - Raie photographiée à la lumière noire. (D'après une épreuve de M. Mural.)

propagent à la façon des ondulations électriques.

Cependant, il importait de mettre nettement en évidence la réalité de ces qualités particulières atlribuccs h la lumière noire. M. Le Bon n'a eu

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garde de manquer à ce devoir, et, comme premier point, il se préoccupa de démontrer que la lumière noire existait bien réellement.

La précaution n'était point inutile, l'objection ayant immédiatement été faite à M. Le Bon que si la plaque sensible disposée dans les conditions indiquées par lui venait h s'impressionner, c'est que le cliché placé au-dessus d'elle dans le chassis avait emmagasiné des radiations lumineuses dont l'effet naturel se manifestait ensuite. M. Niewenglowski a du reste reconnu expérimentalement que de telles actions peuvent se produire.

A celte observation, M. Le Bon répondit par diverses expériences. Tout d'abord, il fit remarquer que l'impression de la plaque sensible n'avait point lieu quand le châssis était maintenu dans l'obscurité, môme durant de longues heures ; elle se produit au contraire rapidement si le système ejt exposé en présence d'une source lumineuse.

Mais, il fit plus. Prenant une médaille d'aluminium, métal très transparent pour la lumière noirCj il la disposa, en guise de cliché, au devant d'une plaque sensible. Or, au développement de 1 dite plaque, l'image révélée fut celle de la face de la médaille qui se trouvait tournée vers la source lumineuse !

En ce qui concerne le mode de propagation de

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la lumière noire, M. Le Bon a réalisé pareillement des expériences intéressantes, expériences qui établissent nettement cette analogie que nous signalions tout à l'heure avec le mode de propagation des ondulations électriques.

A cet effet, reprenant le dispositif indiqué pour impressionner une plaque sensible, M. Le Bon, au-dessus de la moitié de la lame métallique (de fer, de cuivre, d'aluminium) recouvrant le châssis, dispose une dizaine de feuilles de papier noir superposées, établissant ainsi un écran infranchissable, dans les conditions de l'expérience, pour les rayons de la lumière noire. En semblable occurrence, semble-t-il, la plaque sensible exposée sous le cliché ne devrait point se voir impressionnée dans sa région correspondant à la portion du châssis recouverte de papier.

« Or, déclare M. Le Bon, au développement, nous constatons que l'image est absolument égale en intensité aussi bien sous la partie recouverte seulement par le métal que sous la partie où le métal est recouvert de dix épaisseurs de papier. Si sur cette même lame métallique nous superposons de gros disques en fer de plusieurs centimètres d'épaisseur, nous constatons encore que ces disques, malgré leur épaisseur, ne laisseront aucune trace sur l'image. »

C'est donc que les radiations de lumière noire

se propagent sur toute la surface des corps conducteurs pour elles, du moment qu'elles viennent à rencontrer ces corps en un point de leur étendue, absolument comme le font les ondes électriques.

Mais, comment interpréter de semblables manifestations? D'après l'inventeur de la lumière noire l'ien ne serait plus simple, à condition de vouloir bien accepter de voir dans celle lumière noire une modalité nouvelle de l'énergie, modalité caractérisée par un régime vibratoire prenant place entre ceux de la région ultra-violette du spectre et de l'électricité.

Une telle conception, au surplus, est théoriquement admissible. Comme nous avons déjà eu l'occasion de le noter, il est incontestable, en effet, que des manifestations possibles de l'énergie nous ne connaissons qu'un nombre extrêmement limité. Or, pourquoi la lumière noire ne serait-elle pas une de ces manifestations ?

•11 est à remarquer, d'ailleurs, que sans être de nature électrique, celte lumière noire présente avec rélectricilé des rapports manifestes. Ainsi, M. Le Bon annonce avoir réussi à mettre en évidence, à l'aide d'un galvanomètre à cadre mobile dans un champ magnétique intense produit par un courant auxiliaire de trente volts sur deux ampères,

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l'exislence d'un dégagement d'éleclriciLé pendant la formation des images photographiques.

En somme, comme le note M. Le Bon, avec la lumière noire, « nous nous trouvons en présence d'un mode d'énergie qui n'est plus de la lumière puisqu'il n'a plus qu'une partie de ses propriétés et n'obéit pas aux lois de sa propagation. Ce mode d'énergie n'est pas non plus de l'électricité, puisque l'électricité sous ses formes connues ne produit pas les mêmes effets. »

Reste donc l'hypothèse que cette lumière noire, si merveilleuse en ses propriétés, est très réellement une foi ce nouvelle dont nous devons enregistrer lexistence,... à moins qu'elle ne soit tout bonnement, comme l'affirment ua certain nombre d'observateurs, une pure illusion.

Ainsi, d'après MM. Niewenglowski et Lumière, si M. Le Bon a eu ses plaques sensibles influencées , c'est qu'il ne s'est pas suffisamment m'.s à l'abri des erreurs d'expérience, et notamment qu'il n'a point pris assez de précaution pour éliminer toute trace de lumière blanche.

Il est à noter, cependant, ceci en faveur des affirmations de M, Le Bon, que M. d'Arsonval expérimentant avec toute la rigueur possible en suivant exactement ses indications, réussit à impressionner ses plaques dissimulées derrière des lames de

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métal, alors qu'opérant à la façon de MM. Lumière, ces mômes plaques, — le savant professeur put aussi le constater, — demeuraient inaltérées.

D'après M.d'Arsonval ces résultats si opposés en apparence sont dus à une modification des conditions de l'expérience

M. Le Bon, en effet, en avant de sa lame métallique, dispose une lame de verre absente dans l'essai de MM. Lumière.

Or, note M. d'Arsonval le verre est une substance phosphorescente dont les radiations sont parfaitement capables d'aller impressionner la plaque photographique au travers des lames métalliques opaques.

Cette explication est d'autant plus vraisemblable que M. d'Arsonval a constaté que tous les verres ne se prêtaient pas à un même degré à l'obtention d'images, au moyen du dispositif proposé par M. Le Bon. « Ceux qui donnent les meilleurs résultats, sont ceux qui ont une fluorescence jaune verdâlre lorsqu'on les éclaire dans l'obsfcurité par l'étincelle électrique. »

Le fait, n'est-il pas vrai, valait d'être noté et cela justement parce qu'en donnant une explication rationnelle d'un phénomène il rend en même temps justice, en les mettant d'accord, à des observateurs également habiles et avisés!

Iio 18. - Lfilrc photographiée dans son enveloppe au moyen des Rayons X.

(Epreuve de la maison Ogereaii.)

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