‹ Les rayons X et la photographie de l'invisibleChapitre 29 sur 36 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LA PHOTOGRAPHIE DE LA PENSEE

Un « humbiig » américain. — Ce qu'on découvre en examinant les cerveaux au microscope. — Caractères gravés dans la cervelle. — Une expérience de M. Ingles Rogus. — La photographie de la pensée. — Comment il convient de procéder. — Les perfectionnements à apporter. — Une invention amusante.

En loule sincérité, c'est seulement pour être complet en cette étude de la «Photographie de l'invisible », qu'à titre de curiosité nous mentionnons ici ce récit extravagant, que l'on "nous annonce cependant presque sérielisement, de la découverte récente d'un truc propice à réaliser la « photographie de la pensée. »

C'est même à une revue spéciale toujours des mieux documentées ès-choses de la photographie, à la Photo-Gazette (1) que nous devons la connaissance de cette trouvaille imprévue qui a natu-

(1) Photo-Gazette, n» du 25 février 1896,

rellement vu le jour en Amérique, patrie habituelle de l'extraordinaire et du « humbug. »

L'inventeur du nouveau mode de photographie est un professionnel du collodion, M. Ingles Rogus, dont l'attention fut, pour la première fois, attirée sur sa future découverte par un curieux article du New-York Tribune^ article dans lequel le célèbre photographe américain M. Georges Rockwood (!) faisait en toutes lettres le récit suivant :

f II y a quelque temps, le professeur Black, cliirurgien à l'hôpital de Bellevue, me fit appeler : un de ses clients et amis, le comte Borenski, venait de mourir, et il désirait que je prisse un cliché de lui sur son lit de mort, pour en envoyer des épreuves à ses parents en Europe. Pendant que j'installais mes appareils, le docteur décida de procéder à l'autopsie du comte ; j'oubliais de dire que celui-ci était un savant égyptologue, et qu'il avait passé la plus grande partie de sa vie à déchiffrer les hiéroglyphes. L'apparence générale du cerveau était normale, et comme cette partie du corps humain m'a toujours vivement intéressé, comme me paraissant la plus importante, je priai le docteur de m'en remettre une partie, pour en faire des photomicrographies.

« Rentré chez moi, je la découpai en tranches fines, et, assisté de plusieurs hommes de science, je me mis à examiner ces tranches au microscope ; nous découvrîmes alors des marques singulières

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qui, au dire de mes savants amis, n appartenaient pas à la structure du cerveau; je fis des agrandissements successifs, et arrivé au grossissement de 3,000 diamètres, ces marques prirent des formes géométriques très particulières. J'émis alors timidement l'opinion que ces marques pourraient bien être des symboles, et l'un de mes amis, savant missionnaire qui avait passé de longues années en Orient, n'eut pas de peine à reconnaître les caractères des écritures éthiopienne, syriaque et phénicienne. »

Donc, si nous devons en croire M. Rockwood, l'expression « se graver quelque chose dans la mémoire » ne serait nullement une figure de rhétorique, mais bel et bien une parfaite réalité. En tous cas, cette constatation, vraie ou fausse, du photographe américain, fut pour son confrère M. Ingles Rogus un véritable trait de lumière.

S'il est positivement exact, comme l'affirme, en effet, M. Rogus, que la représentation extérieure des choses faisant l'objet des préoccupations des hommes, s'imprime de façon durable dans leur substance cérébrale, il doit fatalement arriver que ces images recueillies de la sorte irradient au loin des rayons lumineux correspondant à leurs formes véritables, rayons capables, par suite, d'impressionner une plaque sensible convenablement disposée.

Le raisonnement, en vérité, était inattaquable . Restait à savoir s'il se vérifiait à l'expérience.

M. Ingles Rogus ne manqua point de recourir à ce suprême critérium, et nous ne saurions mieux faire, en l'espèce, que de reproduire, d'après la traduction de la Photo-Gazette, le récit du subtil photographe publié en anglais dans l'un des derniers numéros de The Amateur Photographer, de Londres :

« Voulant en avoir le cœur net, je décidai de concentrer aussi longtemps que possible ma pensée sur un objet, après avoir préalablement fixé distinctement cet objet sur ma rétine. A cet effet je choisis une pièce de monnaie, et, la tenant contre la lumière, à la fenêtre de mon laboratoire, je la fixai avec persistance pendant une minute entière. Puis, fermant les yeux et tirant les rideaux pour exclure la lumièi'e, je plaçai devant moi une plaque sensible et, m'asseyant dans un fauteuil, je regardai fixement cette plaque, en concentrant toute ma pensée sur la pièce de monnaie que je venais de regarder. Je restai ainsi pendant quarante minutes; l'effort physique et moral fut très grand et plusieurs fois je pensai m'évanouir. Je fus très fatigué par cette expérience, et ce n'est que deux jours après que je me décidai à développer la plaque. La forme de la pièce de monnaie y est absolument marquée : elle est indistincte, je l'admets, mais cette image suffisait pour montrer que

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j'étais dans la bonne voie et que ma théorie pouvait se soutenir. »

Depuis celte première expérience, déclare du reste M. Ingles Rogus dans son article, il a pu en réaliser d'autres, en présence de témoins autorisés, — les docteurs Albert Bouchay et Nicolas Rosckilly et M. Robert Coath, — avec un succès tel, que la plaque photographique a été jusqu'à enregistrer, sans défaillance, l'image pensée d'un timbre-poste.

La méthode, d'ailleurs, déclare encore son inventeur, est susceptible de recevoir divers perfectionnements. Ainsi, sa première expérience montra à M. Rogus :

« 1» Que la pièce n'ayant pas été mise au point, c'est-à-dire que la distance entre ses yeux et la pièce et entre ses yeux et la plaque n'ayant pas été la même, il en était résulté un temps de pose trop long;

< 2° Qu'il fallait que la plaque et l'objet à reproduire soient placés dans le même plan et à la môme distance des yeux;

t 3° Qu'en employant une plaque suffisamment grande, on doit obtenir deux impressions, une pour chacun des deux yeux et à la distance l'une de l'autre qui sépare les deux yeux ;

< 4" Qu'avec une plaque rapide il serait possible de réduire le temps de pose de quarante à vingt minutes. »

L'expérience, il n'y a pas à dire, est en soi facile à réaliser, et par suite à contrôler !

Quant à la voir se vérifier, en dépit des ingénieuses théories de MM. Ingles Rogus, Georges Rockwood et autres subtils praticiens d'outre mer, c'est vraiment une toute autre affaire !

En tous cas, l'invention ne laisse pas d'être amusante, et, en raison de cette circonstance justement, il n'était peut-être point déplacée de l'enregistrer ici.

Ainsi, en effet, ce travail fatalement un peu aride que nous venons de présenter se terminera-l-ilpar une pointe de fantaisie et de gaité.

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