INTÉRÊT DE CES RECHERCHES
L’essai de la réaction de BORDET-WASSERMANN, présente, chez le chien un double intérêt. Vis-à-vis, d’abord, de ce phénomène général si curieux et encore hypothétique dans son essence qu'est la déviation du complément, vis-à-vis ensuite, d’une maladie assez nettement définie cliniquement bien que très polymorphe, mais encore mystérieuse dans son étiologie : le typhus.
L’expérimentation, sur des sujets d’espèce canine, pouvait mettre le chercheur en présence de faits dont l’analyse systématique aurait servi, éventuellement à saisir le mécanisme intime de la réaction ; c’est pourquoi nous l’avons poursuivie sur des animaux aussi bien normaux qu’atteints d’affections variées. Rappelons brièvement ce qu’elle est
et comment on en suppose le fonctionnement.
Elle fut découverte en 1906 par WassErManx et deux de ses collaborateurs H. NeissER et BrücCK ; elle est une appli-
cation d’une méthode générale dite dé « Déviation du
Complément », édifiée par deux savants français BorDET et GENGOU.
À la suite de leurs expériences on sait qu’un animal auquel on injecte des globules rouges d’un animal d’espèce différente voit son sérum acquérir des propriétés nouvelles et en particulier celle d’hémolyser ces hématies.
On a été, ultérieurement, conduit à considérer cette hémolyse comme produite par l’action de deux substances : l’une, dénommée Ambocepteur par EHRLICH ou Sensibilisatrice par BORDET, qui est résistante au chauffage à 55° eb de plus spécifique en ce sens qu’elle a une affinité particulière, étroite, pour les globules rouges analogues à ceux des injections sur lesquels elle se fixe ; l’autre, Complément de ExrLIcH ou Alexine de BORDET qui lt détruite parle chauffage à 559, dépourvue d’affinité spéciale et commune à tous les sérums neufs et frais. E
Complément et sensibilisatrice sont d’ailleurs des substances hypothétiques, et définies, à l'exclusion de tout autre distinction, par les propriétés des sérums au sein desquels elles existent.
L'expérience a montré d’autre part que le sérum d’un individu atteint d’une maladie, acquiert la propriété de fixer le complément, en présence de l'agent causal de cette maladie. C’est ainsi que le sérum d’un homme typhique acquiert une sensibilisatrice vis-à-vis des bacilles d’Eberth et qu’il fixe l’alexine en leur présence. Le premier essai en fut effectué par MM. Wipaz et LE Sourp.
Mais comme dans ce cas, et dans d’autres du reste, cette fixation ne se traduit par aucun phénomène visible, force fut bien de recourir à un procédé qui rendit tangible le phénomène. Ce subterfuge consiste à utiliser un système hémolytique préparé à l’avance. |
Pour la Syphilis, la difficulté s’augmentait de l’impossi-
bilité d’avoir une culture de tréponèmes ; on y obvia en utilisant une trituration d’un organe très riche en parasites, en l’espèce le foie d'enfant hérédo-syphilitique. :
On procède alors ainsi.
Le sérum à éprouver est chauffé à 55° pour détruire,
l’alexine.
On prépare un lapin en lui injectant des hématies de
mouton et l’on en recueille le sérum. L’alexine est détruite,
Ou mélange le sérum à éprouver, les hématies de mouton, le sérum lapin anti-mouton, le foie d’hérédo, enfin, pour le complément on s'adresse à du sérum frais de cobaye neuf, l'expérience de WAassERMANN lui ayanb montré que le complément d’un autre animal donnait de meilleurs résultats,
Dans ces conditions si le sérum douteux contient de l’ambocepteur syphilitique il se fixera sur l’antigène (foie d’hérédo) et le tout fixera le complément. Il ne restera en présence que le sérum lapin anti-mouton et les hématies ; comme le complément nécessaire à l’hémolyse sera entièrement fixé par l’antigène, les globules rouges resteront intacts. On dira alors que la réaction de Bordet-Wassermanon sera positive. Dans le cas contraire, le complément ne pouvant se fixer sur l’antigène en raison de l’absence de sensibilisatrice, il se portera sur les hématies préparées par le sérum lapin et les dissoudra. L'hémolyse signifiera une réaction négative. Des résultats intermédiaires sont dits partiellement positifs ou positifs atténués.
Dans la réaction de Hecur et ses dérivées, on ne cherche pas un complément étranger, on utilise au contraire le complément du malade. Cette réaction est généralement considérée comme de moindre valeur que celle de WASSERMANN. ee
Pour WassermaAnNetses collaborateurs, laréaction qu’ils avaient créée était d’une nature identique à celle du phénomène connu sous le nom de « déviation du complément ».
Il s’agissait pour eux d’une réaction nettement spécifique
entre un véritable anticorps syphilitique et un véritable
antigène, l’extrait d’organe remplaçant la culture — ou l'élevage — parasitaire.
Mais on dut bientôt abandonner cette certitude devant les travaux de MARIE et LevapirTi, de LANDSTEINER, de PorGes et MEIER, de LEVADITI et YAMANOUCHI qui mon-
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trèrent que, tout aussi bien que l'extrait aqueux de foie syphilitique, l'extrait aqueux d’un foie normal, d’un cœur de cobaye, une solution de glychocholate de soude, ou même une suspension homogène de lécithine pouvaient jouer le rôle d’antigène.
On acquit bientôt cette nouvelle notion que les Co supposés du sang des syphilitiques n’avaient point les caractéristiques connues des anticorps en général.
Ainsi s’édifia cette assurance que si le Wassermann était matériellement réalisé selon la technique-de la réaction de déviation du complément de Borper et GENGoOU, c'était le seul point commun qu’elle avait avec elle et qu'il ne s’agissait aucunement d’une inter-réaction antigène et anticorps. En somme le Bordet-Wassermann n’est pas une réaction spécifique au sens où on l’entend actuellement. Il semble qu’il y ait là quelque chose d’assez analogue au caractère acide d’un corps, par exemple, qu’on peut révéler avec une foule de substances. Le sérum des individus réagissant est doué de propriétés spéciales, d’origine indéterminée d’ailleurs, et telles qu’elles empêchent, par un mécanisme inconnu, l’hémolyse des globules rouges ; le seul tréponème pâle paraissant pouvoir, durablement, provoquer ces . curieuses caractéristiques.
On eut d’ailleurs la confirmation de cette ob lorsque l’expérience montra à d’aucuns, que l’on pouvait obtenir : des réactions positives dans des affections qui manifestement n'avaient avec l’Avarie aucun lien de parenté. C’est ainsi qu'on les obtient dans la Lèpre, le Pian, la Trypanosomiase, la Malaria, qui sont quatre affections chroniques, qu’on les obtient encore au cours d'infections aiguës: Scarlatine, Pneumonie, Angine de Vincent, Fièvre récurrente, qu’enfin on les obtient aussi dans les états agoniques et même avec du sang prélevé après la mort.
Ce sont ces raisons qui, spécialement, nous engagèrent
à poursuivre nos recherches. Rien n’empêchait de croire à priori que des affections graves comme la maladie du jeune âge, le typhus, l’ictère, voire même la redoutable infection rabique n’étaient pas susceptibles d’être décelées bien avant leur traduction clinique à l’aide de cet étrange réactif. En somme tout le possible immeuse s’ouvrait à nos espoirs.
En ce qui a trait au typhus la question se présentait d’une manière plus précise. Caractérisé dans sa forme la plus classique par une sidération extrême, et une vaso-dilatation générale traduite selon les cas par les pétéchies, les engouements pulmonaires, les entérites hémorragiques ou des gangrènes locales, le tout se terminant par la mort en quatre ou cinq jours dans l’immense majorité des cas, Le typhus est encore ignoré dans ses causes.
Sa synonymie complexe le fait entrevoir. Typhus par Horer en 1850, Gastro-entérilis hœmorragica et siomalilis ulcerosa contagiosa canum, Maladie de Stuttgart pour KLETT en 1899, Affection gastro-intestinale adynamique el athermique par BEN Danou en 1900, Gastro-entérile hémorragique ou dysentérique pour DucourNEAU en 1899, Pasteurellose canine pour Licnières, BîMEs et SÉRÈS en 1901, elle est encore considérée comme du Purpura pour quelques auteurs actuels.
Tandis que quelques savants l’élèvent à la dignité d’entité, et c’est le cas de KLETT et de la plupart des auteurs allemands tels que SCHEIBEL, RICHTER, ALBRECHT, ZSCHOKKE, d’autres n’en font qu’une forme grave de la maladie du jeune âge. C’est l'opinion de BLAINE, un très vieil auteur, celle de FûnKe et de Bîmes et SÉRÈs en 1901.
Quant à l’étiologie Les avis sont aussi nombreux et aussi divers. Pour SCcHEIBEL, RICHTER, et PIRL, ZSCHOKKE, LECLAINCHE et VALLÉE (cités par Bîmes et SÉRÈS), il s’agit là d’une infection microbienne. Ce serait un cocco-
NA
bacille du groupe des Pasteurella ou un bacille du type B, iclerigenes de Costa et TROISIER.
Pour Cadéac en 1899, il ne serait question que de toxines, apportées par des aliments avariés. C'est aussi l'opinion de LE Fur et de DUCOURNEAU. |
Plus tard, MÉGNIN et CADÉAC admirent que non seulemént il fallait des toxines mais qu'il était nécessaire qu’un trouble préexistant de l’estomac ou de l'intestin en permit la diffusion dans le torrent sanguin.
Enfin Lucer, assistant au Museum d'Histoire Naturelle, signala — pour la première fois semble-t-il — l’existence d’un organisme spirilloïde dans-les plaques hémorragiques" intestinales d’un chien mort de gastro-entérite sidérante avec fecès sanglante,
Des auteurs anglais, récemment, O’KELL, DALLING et PUGH, citant d’ailleurs Luxes et KRIVACEK, estiment que le spirille entrevu est l'agent causal du typhus. Ils le dénomment Spirochela mélanogenes canis et rapprochent la maladie de celle de MATHIEU-WEIL ou Spirochetose ictérohémorragique.
Enfin MM. LesBsouryiEes chef de clinique à Alfort et VERRET signalent que sur un grand nombre d'essais de reproduction de la maladie, ils n’ont pu réussir it, ‘une seule fois.
Il était donc tentant, de rechercher à l’aide du Bordet- Wassermann si, la présence éventuelle d’un tréponème ne se traduirait pas par un résultat positif,