HISTORIQUE
Connu dès la plus haute antiquité, l’érysipèle a suscité un grand nombre de travaux. Nous n’avons pas cherché à les connaître tous; cela nous était bien impossible. Cependant, il nous a semblé que, schématiquement, on pouvait diviser l’histoire de l’érysipèle en trois périodes : une période d'observation clinique, une période histopathologique et enfin une troisième période qui commence avec la découverte du streptocoque.
La période d'observation clinique commence avec Hippocrate, et on peut la faire se terminer au début du xix° siècle. Au cours de cette longue période, les médecins observent et notent des faits. Et l’on peut dire que leur connaissance de l’érysipèle était à la mesure de leurs moyens d’investigation. Certes, il leur arrive de confondre avec l’érysipèle des affections nettement différentes. Mais, par contre, leur sagacité leur permet quelquefois d'énoncer des opinions que le progrès de la science médicale ne fera que confirmer. Et il arrive, en parcourant Hippocrate, de trouver des idées que l’on croyait toutes récentes. Quant aux théories pathogéniques que les médecins ne manquaient d'émettre, elles sont généralement assez naïves : mélange de la bile et du sang par exemple. On expliquait l’érysipèle, comme bien d'autres maladies, par une altération du milieu intérieur.
Ce n’est qu'en 1777 que Lorry soupçonnera la contagiosité de l’érysipèle. Cette notion ne fut pas d’ailleurs admise du premier coup.
Au début du xx° siècle s'ouvre une nouvelle période. Les
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procédés et les moyens d'investigation deviennent scienti- fiques. L'observation clinique elle-même devient plus rigoureuse. L’anatomie et l'histologie pathologique commencent à prendre de l'importance. |
C'est alors que Ribes et Cruveilhier feront de l'érysipèle une phlébite capillaire, tandis que Sanson et Blandin soutiendront la théorie de l’angioleucite, Un peu plus tard, Piorry fera de l’érysipèle une septicodermite; ce terme suppose une connaissance assez poussée de lésions, et encore aujourd’hui il convient à l’érysipèle. Renaut, en 1874, fixera d’une manière à peu près définitive l’histopathologie de la dermite érysipélateuse.
La découverte du streptocoque par Filheisen ouvre une troisième période. Certains auteurs, avant lui, avaient bien essayé de découvrir le germe responsable de l’inflammation érysipélateuse; mais les germes qu'ils ont décrits ne ressemblent pas du tout au streptocoque. Après Filheisen, beaucoup d'auteurs se sont attachés à l'étude du streptocoque. C'est à ce moment que commence la discussion ‘entre les unicistes et les pluralistes, les uns:veulent qu’il n’y ait qu'un streptocoque, tandis que les autres en décrivent des espèces multiples.
Dénucé, en 1885, et Achalme, en 1891, produiront l’un et l’autre des travaux considérables sur la pathogénie-et l'histopathologie de l’érysipèle. Depuis eux, on a encore beaucoup écrit sur ce sujet. Cependant, à l'heure actuelle, l’érysipèle semble ne plus être d'actualité. Sans doute n’y a-t-1l plus rien à-en dire, sauf dans le domaine de la thérapeutique, où il est toujours permis d'apporter des innovations, si elles sont heureuses. |
RAPPEL HISTO-PATHOLOGIQUE
L'érysipèle est dû à la pullulation du streptocoque dans le derme. L'organisme répond à cette pullulation du microbe par un apport plus ou moins considérable de leucocytes. Infiltration et œdème sont les deux phénomènes physiopathologiques dont la plaque érysipélateuse est le théâtre.
Quelles sont les modifications histopathologiques que vont subir les vaisseaux et ganglions lymphatiques de la région infiltrée et œdématiée ?
Voici ce qu'a vu Renäut : « Dans les parties: superficielles du derme, où ils sont constitués par de simples fentes, les lymphatiques disparaissent sous une énorme accumulation de globules blancs qui forment de grands îlots étoilés. Dès qu'ils sont munis de parois propres, Ce qui leur arrive vers lé tiers inférieur du derme, ils apparaissent comme de larges rubans sinueux, ou des ellipses ou des cercles ayant trois ou quatre fois le diamètre des plus gros vaisseaux sanguins. » Mais les Iymphatiques ne sont pas seulement distendus par les leucocytes, qui leur font, selon l'expression de Renaut, comme « une injection naturelle »; ils sont aussi lésés. Pour Denucé, ces lésions seraïent une endolymphangite, se caractérisant par la disparition de l’endothélium, et une périlymphangite, se traduisant par une infiltration périvasculaire intense. La lymphangite des réseaux, c’est-à-dire des plus fines ramifications lymphatiques, est constante; à tel point que. beaucoup d’auteurs prétendent que l’érysipèle n’est pas autre chose qu'une lymphangite réticulaire. Mais les lésions ne restént pas toujours localisées aux réseaux, elles
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se continuent sur les ramifications plus importantes, et nous avons vü plus haut que les lymphatiques munis de paroi propre ne restent pas indémnes. Souvent même la lymphangite se propagé au delà du derme, qui est le siège de la pullulation microbienne, et on l’a vu se continuer sur les troncs du tissu cellulaire sous-cutané.
Les ganglions solidaires des lymphatiques ne peuvent pas manquer de participer au processus érysipélateux. Et en effet Renaut dit : « J'ai constaté que ces glandes présentent à un haut degré des traces d’inflammation consistant dans l’accumulation d’une grande quantité de cellules Iymphatiques dans leur stroma réticulé. Leurs cellules fixes participent aussi activement à l’inflammation, et se multiplient souvent au point de prendre l’apparence de plaques à noyaux multiples. »
Denucé a examiné une seule fois les ganglions dans un cas d’érysipèlé de la cuisse ayant pour point de départ probable une écorchure du genou. L’érysipèle, après avoir gagné toute la cuisse, s’étendit à l’abdomen. Il y avait des ganglions inguinaux durs, volumineux et douloureux. Cet érysipèle se termina par la mort. L’autopsie n’ayant pu être faite, Denucé retira déux ganglions de l’aine par une incision faite au bistouri, et il en donne une description macroscopique que nous reproduisons textuellement : « Ces ganglions ovoïdes sont volumineux et durs, enfermés däns une gaine connéctive très résistante. La surface de section offre une coloration et une consistance inégale. Au milieu de tractus blanchâtres et durs apparaissent des îlots jaunâtres, moins opaques et plus mous. Le raclage donne une petite quantité de suc lactescent et grumeleux. »
Denucé pratique ensuite un examen microscopique dé ces deux ganglions.
Voici quelle méthode Denucé employa pour cet examen il mit à durcir un ganglion dans l’alcool absolu pendant quarante-huit heures; dans un second ganglion, il pratiqua avec une seringue hypodermique une injection interstitielle