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d’entre elles ont une action lente, sournoise, encore
mal précisée, mais qu’il est nécessaire d'étudier, de. combattre. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet complexe qui, pour être traité, devrait évoquer tout
d'abord une somme immense de connaissances
acquises par l'hygiène générale. Il nous suffit d'ouvrir la perspective de ce champ pour que toute son étendue soit entrevue immédiatement. Dans un ouvrage qui aurait à exposer toute la science de
l'hygiène mentale, l'étude de ces premières causes nocives pour le cerveau devrait former le chapitre
préliminaire. Syphilis, tuberculese, intoxications
diverses, sulfure de carbone, etc., ont dans l'étiologie des maladies mentales un rôle de première place.
2° Intoxications volontaires, alcool, stupé-
fiants, etc. — De nombreuses initiatives privées se
sont groupées jusqu'ici pour lutter contre l'alcool.
Le D: Legrain notamment a poursuivi avec vigueur
une campagne basée sur des connaissances Pro Dadss
en psychologie sociale.
Ce mouvement doit être généralisé ; les mœurs donc, doivent être influencées, et les dispositions législatives devront venir aussitôt sanctionner ces modifications.
Mais les foyers alcooliques ne viennent pas souvent d'eux-mêmes consulter :le psychologue, et il faut autre chose que les conseils de ce dernier pour apporter dans ces milieux des changements radicaux. C’est le rôle des visiteurs à domicile de s’enquérir de tous les moyens pratiques pour arriver au
— 19 din
résultat, d'obtenir des intéressés quelques sacrifices d habitudes, mais surtout de leur faire obtenir, par
compensation, des avantages matériels (changements de situation, améliorations matérielles diverses) qui leur rendront possibles ces renoncements, et sans se
borner aux « serments... de buveurs ».
Cette action victorieuse de la visiteuse, éclairée et appuyée par le psÿchiâtre de son dispensaire, est
maintenant connue en Amérique : elle doit le deve-
nir en France.
A côté de l'alcool, il y a toute la gamme des stupéfiants,refuge des intelligences qui,laissées dansleur désarroi, commencent à se détraquer. {l faut que l'hygiéniste, là encore, intervienne, pour porter secours à ces défaillants. Mais il faut aussi que des
dispositions légales interposent, quand cela est indis-
-pensable les barrières qui empêchent les impru-
dents de se laisser tenter par une curiosité dangereuse. La loi du 12 juillet 1916 n’atteint pas toujours son but et le dépasse souvent : elle n'empêche pas, à elle seule, des kilos de cocaïne de venir d’Allemagne empoisonner des consciences françaises. Bien grands sont les efforts nécessaires, dans tous les sens depuis l'initiative privée jusqu’à l’œuvre législative, et cette partie de l’œuvre d'hygiène mentale ne sera ni la moins difficile ni la moins efficace.
3° Enfance, hérédité, éducation. — Cette par-tie devrait commencer à l’eugénique, à la protection de l'enfant avant sa conception puis avant sa nais-
sance. Elle soulève ainsi tous les problèmes sociaux, P. Morin 2
pe ee
moraux, psycholagiques des dégénérescences. La
procréation doit être déconseillée définitivement aux portéurs de tares transmissibles et, temporairement
aux générateurs qui sont dans de mauvaises condi- \
tions somatiques ou psychiques (convalescences,
ivresse, etc., elc.). La société doit se préserver
contre ces Qintrus » ces inutiles à perpétuité dont
elle ne peut rien attendre de bon. Hätons-nous de dire que la « stérilisation des dégénérés » n'est pas une solution admise d’une façon générale en Amérique : quelques états isolés seuls la pratiquent, mais la grande majorité des psychiâtres américains compte sur le moyen moins barbare de la persua-
sion, et les résultats montrent l'efficacité de ce pro- ? 1
gramme.
Pendant la gestation, les impressions psychiques
de la mère ont une influence énorme sur le système :
nerveux futur de l'enfant. Aussi, la femme enceinte doit-elle être soumise à un véritable «régime mental » en même temps qu'aux précautions matérielles déjà indiquées par les puériculteurs.
Enfin le développement du cerveau de l’enfant, de sa culture psychique est une des plus grosses questions de l'hygiène mentale. C’est à l’entrainenent intellectuel mal suivi ou mal compris qu'on doit l’appoint nécessaire à l’éclosion d’un certain nombre de démences précoces.
Les enfants ne sont pas différenciés rigoureusement entre eux par l’âge seul : certains enfants, jeunes, sont plus précoces, plus adaptables à une
st
culture avancée que leurs aînés, d’autre part, cha- cun présente des aptitudes spéciales prédominantes qu’il faut rechercher en vue d’une orientation future.
La sélection des écoliers est ainsi nécessaire pour
assujettir aux mêmes travaux des enfants de même intelligence, que leur âge soit identique ou différent et pour développer chez l’enfant les aptitudes sur lesquelles il aura le plus à compter pendant sa vie.
Les Américains appellent les dix premières années
de la vie « l’âge d’or de l'hygiène mentale ». « Ce qui peut être fait, pendant ces dix premières années pour la santé intellectuelle d’un homme est plus important que ce qu’on peut faire dans tout le reste de sa vie. »
Suivant, en effet, l'éducation donnée, on peut influencer dans des proportions considérables le psychisme du sujet, sa résislance aux éléments nocifs de l'ambiance, ses ressources mentales.
Il y a ensuite à envisager le problème des enfants arriérés, la protection de l'enfance, etc. En Belgique, le Ministère de la Justice publie chaque mois sous ce dernier titre, un volumineux bulletin consacré à ces questions. On y envisage toutes les formes de secours, depuis l’assistance aux écoliers, par les infirmières visiteuses, trait d'union entre la famille, l’instituteur et le spécialiste jusqu'à la législation spéciale de l’enfance. Rappelons que, depuis la création des tribunaux pour enfants, il n’a pas élé fait en France d'innovation importante dans cetle voie.
4° Travail professionnel. — Nous envisageons
NE NP ee
plus loin l'hygiène mentale du travail, et les cas dans lesquels le travail devient, pour l'individu pour lequel il n’est pas fait, une source de fatigue psychique malsaine, puis de troubles mentaux si le sujet persiste dans ces conditions défavorables.
En Amérique, les dispensaires psychiâtriques aidés des enquêtes et des renseignements de ses visiteuses à domicile, procurent aux malades un travail plus en rapport avec les aptitudes des intéressés, examinés au laboratoire par des moyens scientifiques.
Mais en dehors de ces sujets pour lesquels il y a lieu de choisir un travail, nous devons considérer la question beaucoup plus générale du rendement des travailleurs. Pour les services publics, par exemple, il est extrémement dangereux de faire, avec des sujets inconnus, des expériences aveugles. Des accidents de tramways, des collisions d'autos, des catastrophes de chemin de fer, peuvent être causés soit par des conducteurs émotifs à qui, pour cette raison, on n’aurait jamais dû confier un pareil service, soit par des alcooliques ou surtout des paralytiques généraux venant à révéler leur tare par un accès subit d’excitation. M. J. Lahy, a fait à ce sujet des démonstrations intéressantes.
« Avant de rechercher les aptitudes caractéristiques d’une profession et de les classer par ordre d'importance pour savoir celles qui y donnent la supériorité, il faut connaître toutes les aptitudes requises pour bien accomplir la plupart des travaux exécutés par l'homme, et déterminer pour chaque
SRE 21 ie 5
aptitude son ordre de grandeur chez différents individus. Chez l’aiguilleur, c’est l'attention qui doit être très grande; souvent c'est la mémoire qui joue le rôle principal; ou encore le temps de réaction, c’està-dire le temps qui s’écoule entre l'instant où un fait extérieur se produit et celui où doivent s’exécuter des gestes répondant à cette excitation. |
Les enquêtes entreprises auprès des travailleurs et des employeurs fournissent des renseignements qui manquent toujours de précision. Aussi, les signes de la supériorité professionnelle se trouvent-ils bien plus exactement, si on recourt à une méthode purement objective, scientifique, qui analyse et enregistre les gestes de l’ouvrier, mesure les variations du fonctionnement de ses organes,etc...; d’où l'importance de la méthode graphique. Cette méthode créée par Marey, a reçu des applications classiques ; travail au cabrouet et au sécateur, étudié par Humbert ;
travail à la lime, étudié par Humbert et par M. Fré-
mont.
Dans ces méthodes, on mesure et on enregistre la durée des mouvements ütiles ou inutiles, leur amplitude, l'effort dynamométrique exercé, l'énergie musculaire dépensée, les effets de ces mouvements sur le pouls, la respiration, etc. En analysant les résultats trouvés, on peut constater, par exemple, dans le maniement du sécateur, que celui qui s’en sert bien dépense beaucoup moins d'énergie musculaire que ceux qui s’en servent mal. Et, si on essaie d’enseigner le bon maniement du sécateur à ces derniers, la
plupart n'y réussièsent jamais, malgré la meilleure volonté. 11 y a donc des limites individuelles à la possibilité musculaire.
Pour les professions dites de sécurité (wattman, conducteurs d'autos, mécaniciens de chemins de fer, pilotes d’aéronefs), on constate en outre que l'élite, pour obtenir un même résultat, dépense moins d'énergie électrique ou de combustible que les mauvais ouvriers. Dans ce cas, l'exactitude des gestes est un facteur important de la supériorité professionnelle et elle ne dépend pas seulement de l'outillage musculaire de l’ouvrier, mais aussi de son activité cérébrale, de son « outillage mental ». Le psychophysiologiste dispose, aujourd’hui, des moyens de mesurer cet outillage mental, c’est-à-dire : l’attention, le temps de réaction, la présence d'esprit, la mémoire, la & fatigabilité » la & plasticité fonctionnelle », etc. k
Les chemins de fer saxons ont si bièn compris l'intérêt de cette méthode, qu'ils ont créé à Dresde un laboratoire chargé de la séléction de tout le per: sonnel des chemins de fer. Un laboratoire semblable a été créé à Berlin pour le choix du personnel des tramways ; son installation a coûté 90.000 marks ; l'économie qu'il a fait réaliser pendant la première année de fonctionnementest évaluéeà 410.000 marks; la sélection professionnelle se traduit aussi par des avantages sociaux ; généralisée, elle diminuera le nombre des mécontents, des déclassés, groupe turbulent composé presque exclusivement d’inaptes à
la profession exercée ; elle diminuera aussi l'aliéna-
nation mentale qui reconnaît presque toujours maintenant le surmenage cérébral comme cause principale, en dehors de l'alcoolisme et de la syphilis ; le seul département de la Seine dépense 50 millions par an pour interner ses aliénés !
L’ouvrier se fatigue en exécutant un petit mouvement facile, toujours le même, parce que ce mouvement, dans l'état actuel de la technique, est toujours imposé : il doit s’exécuter dans un temps donné ; sa trajectoire, son rythme et son amplitude sont déterminés. Presque tous les mouvements professionnels sont soumis à celte « contrainte sociale », exigent de l’attention et provoquent la fatigue cérébrale.
Cependant, le iravail ne conduit pas nécessairement au surmenage : c'est ainsi que beaucoup d’ouvriers sont beaucoup plus fatigués le lundi matin que le samedi soir. L'exercice rationnel d’un travail peut donc être bienfaisant, hygiénique. Mais s'il ya des fatigues réparables il y en a d’autres qui ne le sont pas.
La fatigue se porte de préférence sur les organes les plus délicats, ceux des sens, le système nerveux, le cerveau. Ilest donc rationnel d'inslituer un examen psycho-physiologique à l'entrée des professions comme. de recourir à l'examen médical : celui ci écartera bien du métier de forgeron celui dont le cœur est en mauvais élat, quelle que soit sa force musculaire, mais seul l’examen psycho-physiolo-
gique écartera du métier d'’aiguilleur celui qui
manque d'attention sil se fatiguerait beaucoup trop vite.
La contrainte sociale fait que les travaux les plus 5 demandés actuellement sont ceux pour lesquels le
système nerveux se fatigue le plus vite ; c’est une conséquence du progrès industriel qui a pour effet de substituer la machine à l’homme si on peut éviter l'intervention de son intelligence.
Une des préoccupations de la Ligue d'Hygiène mentale, récemment créée par le D' Toulouse, est de rechercher la nature et l’étendue de la nocivité des
divers travaux industriels. C’est aux techniciens que
revient ensuite la tâche de trouver l’organisation du
travail dans les usines qui rendra cette nocivité nulle ou minima. À ce,point de vue, l’organisation créée par M. Charpy dans une usine métallurgique de Montluçon, est tout à fait remarquable. M. Charpy s'y est beaucoup préoccupé des repos intercalaires, indispensables quand les ouvriers d’une même équipe travaillent en liaison et dépensent en un temps très court une grande énergie musculaire et nerveuse pour exécuter ensemble üne opération pénible, délicate et dangereuse. L'opération peut ne durer que trois à qualre minutes ; il est judicieux cependant de ne la faire exécuter que tous les quarts
d'heure et de laisser l’équipe au repos complet pen-
dant onze à douze minutes avant de recommencer.
l'opération ; le patron y trouve avantage car, dans ces cas, il importe bien plus de réussir une opéra-
tion difficile qui, manquée, lui coûte extrêmement
tr
cher, que de produire beaucoup et de payer plus ou moins trois ou quatre ouvriers.
Mais il faut produire, travailler ; il faut des travailleurs quand même et il en faut beaucoup. L’ap-
plication des nouvelles méthodes ne va-t-elle pas
tarir le marché du travail ? M. Lahy ne le croit pas et répond à cette objection ; un ouvrier cherche une place ; jusqu’à présent, il a exercé une profession à laquelle il n’est pas apte ; une place est vacante dans une autre profession qu'il n’a pas exercée mais à laquelle il est apte ; il ira l’occuper et changera de profession.
Ceci suppose une compréhension parfaite de la méthode, par le patron et par l’ouvrier — c’est une question d'éducation — et aussi une organisation rationnelle des offices de placement utilisant les données de la psycho-physiologie. C’est là une tâche de longue haleine et qui fait appel une fois de plus à la collaboration de lindustriel et du savant, de l'usine et du laboratoire.
5° Anormaux, antisociaux. — Après l'hygiène du cerveau normal, qui empêchera l’homme sain de s’amoindrir intellectuellement, et qui leur fera donner le maximum d'utilité sociale, lui réservant par là le maximum d’avantages personnels, il faut songer à l'hygiène spéciale des anormaux. Ces êtres doivent être protégés contre eux-mêmes: la société doit l'être aussi. En leur assurant la meilleure utilisation, dans des conditions particulières à leurs cas, on
peut atteindre l’un et l’autre but, alors que, laissés
à eux-mêmes, aux.forces aveugles qui les dominent, ‘ ces sujets alimentent la chronique des faits divers et petits drames quotidiens.
Quant aux antisociaux proprement dits, des dispositions spéciales doivent être prises à leur égard: ‘la règle générale — l’asile commun ou la prison — ne leur est pas applicable sans modifications profondes. Les triages méthodiques des « délinquants » organisés en Amérique à la prison de Sing-Sing, montrent que la loi ne doit pas frapper aveuglément, impersonnellement. Plus la répression sera éclairée (et par conséquent inspirée du désir de rendre l’individu moins nocif et non pas plus handicapé et plus aigri) mieux la société sera protégée.
6 Dispensaires, services ouverts. — Pour alteindre tous ces buts de surveillance, de proteclion, d'assistance efficace, il est indispensable qu’une organisation puissante melte à la portée des intéressés, tous les moyens nécessaires de s’éclairer, de se traiter. C’est le rôle rempli, en Amérique, parles dispensaires psychiâtriques et les visiteuses, qu'il envoie, au domicile des assistés, rechercher les éléments précis du problème et de sa meilleure solution, puis s'assurer de la bonne compréhension, de la bonne exécution de ses prescriptions. Ce sont ces visileuses, vite appréciées par les intéressés, qui «débrouillent » la situation, s'ingénient à rendre laide technique efficace, qui amènent au dispensaire, Les récalcitrants ou les hésitants.
Le dispensaire psychiâtrique répond à un triple but :
1" Reconnaître les maladies nerveuses ou mentales naissantes chez les enfants et chez les adultes trop légèrement alteints pour être hospitalisés dans un hospice ou un asile, et rechercher leurs causes médi- | cales ou sociales :
2° Prescrire un traitement médical physique et: psychique ; Ba |
3° Essayer de réformer le milieu familial et social dans lequel vit le malade, ou le soustraire à un entourage qui lui serait pernicieux.
En dépistant les anomalies et arriérations infartiles, en assistant les adultes qui présentent les premiers symptômes de névroses ou de psychoses ou qui sont menacés d’une rechnte, ce dispensaire évitera l'encombrement des hôpitaux et des asiles et diminuera le nombre des crimes et des délits commis par les psychopathes.
Quand le milieu nese prête pas aux soins nécessaires, quand un repos mental complet est indispensable, mais incompatible avec la situation du malade, ce dernicr est recueilli, hospitalisé dans des «services ouverts », des asiies.
Jusqu'à présent, en France,ce psychopathe a ton: jours été refusé à l'hôpital qui se déclare incompétent, et n’a pu être admis à l’asile, que sous la production d’un certificat d’aliécation mentale confirmée, ce qui incitait à attendre le plus tard possible de soigner une affection d'autant plus curable qu'on s’en occupe plus tôt.
Pour ne prendre que des exemples connus de tous
ee
citons les cas des criminels dont s'occupe la presse au moment où nous écrivons cette thèse. Un homme, sous une impulsion morbide, tue à coup de planche. un passant sur le boulevard. Arrêté, il déclare ne pas connaître sa viclime et regretter son acte. « Je suis sujet, dit-il, à des accès de maladies nerveuses périodiques, sentant venir l’un d'eux, je me suis présenté à la consultation d’un hôpital. On a refusé. de m’admettre et c’est en sortant que j'ai commis ce crime. » L’asile actuellement ne pouvait pas admettre plus que l'hôpital ce malade mental venu de sa propre initiative ; on lui aurait demandé de se faire reconnaître « fou » par certificat médical et de se faire placer comme tel par ses proches ! D'ailleurs, maintenant que le mal est fait, il va bien falloir s'occuper de lui. La question de sa responsabilité et de son sort ultérieur agitera bien des difficultés qu'il aurait mieux valu trancher auparavant.
Un autre cas est celui d’une bonne qui assomme sa patronne avec une bûche, s’enfuit, se fait arrêter à Rouen, et répond, quand on l’interroge qu'elle ne sait pourquoi elle a frappé. Jadis internée dans un asile, cetle femme en avait élé exclue le jour où son état ne justifiait pas une irresponsabilité suffisante, et laissée à l’abandon sans surveillance ni soins dans la société — comme le sera sans doute l’homme dont nous venons de parler. C'est deux vies humaines sacrifices, et ces petits drames se répètent souvent.
L'initiative des Dr Toulouse et Genil-Perrin a
RS
déjà obtenu, dans cette voie, un progrès considérable : le principe de cette réforme est admis, mais il faut que sa réalisation se généralise.
7° Assistance publique, législation, armée et marine. — Pour enlever à l’empirisme l'assistance aux psychopathes et la porter sur un terrain purement médical, il y aura lieu de résoudre un nombre considérable de dispositions légales. A côté de ces réformes indispensables, il faut s'occuper de protéger, par la même voie, les jeunes soldats contre les mêmes errements, les mêmes infractions à l’hygiène mentale ei générale.
8° et 9° Enseignement psychiâtrique. — Re- ‘cherches scientifiques. — L’arsenal scientifique de l'hygiène mentale doit sans cesse s’agrandir, pour fournir des armes de plus en plus eflicaces et nombreuses.Jusqu’à présent, le spécialiste — à plus forte raison le praticien ordinaire — ne pouvait s’adresser qu'à des laboratoires généraux, non adaptés à ia psychiâtrie, et ne pouvant fournir au psychologue, à l’aliéniste des éléments sérieux et précis d’appréciation, de comparaison, de mesure. Aucun laboratoire ne procède à une détermination psycho-physiologique. Ainsi on ne sait pas où envoyer un enfant ou un ouvrier pour faire mesurer son niveau mental, ou un psychopathe léger pour déterminer ses progrès ou ses dangers.
Toulouse et Genil-Perrin ont obtenu, au dispensaire Sainte-Anne, la création d’un premier laboratoire qui comble cette lacune. Le perfectionnement
FE 00 des techniques et wéthodes rendra les plus grands services pour l'évaluation des facteurs, encore enveloppés d’obscurité, sur lesquels reposent les bases À. dela pathologie mentale.
Mais ce qui est déjà acquis est encore peu enseigné. Il serait désirable qu’une plus grande part fut faile dans les études médicales, à la psychologie pathologique ; il sera possible de rendre cet enseignement attrayant el fécond quand les dispensaires, appuyés sur la précision des laboratoires, montre- ront à tous les médecins ou étudiants de bonne volonté, tout ce qu'on peut scientifiquement faire dans ce vaste domaine.
19° Production littéraire et artistique. — Personne ue peut contester sérieusement l'influence, sur une époque, de la littérature et de l’art. D'une part, l'élévation intellectuelle, la richesse affective que peut favoriser l’œuvre de bonne qualité, d'autre part les perversions latentes que peuvent réveiller les productions malsaines, tous ces résultats opposés montrent bien quelle source d'hygiène mentale ou au contraire de désordres psychiques sont, suivant leur direction, l’art et la littérature.
L'histoire mentionne les heures de littérature décourageante, multipliant les symptômes du mal romantique. [| y a eu l’époque de Chateaubriand, l’époque de Werther. Nous pourrions presque dire que nous traversons actuellement l’époque du cinématographe.
Jamais, en effet, ie roman, le récit d'aventures, de
drames, n’ont été aussi accessibles à la foule : jamais,
la foule n’a eu le moyen d'être aussi sensible à - Pœuvre d'imagination, done, de subir plus conramment sinon plus profondément son influence, Quand elle sera bien mise en lumière, l'influence psychologique du cinématographe expliquera un graud nombre de faits, d'états d'âme, d'actes, de comportements que nous saisissons mal sans celte connaissance. De cette arme à deux tranchants, un seul doit servir: le bienfaisant. Le malfaisant peut, doit être exclu. Et la même orientation doit être donnée aux spectacles offerts avec prodigalité à une foule qui doit trouver à ces récréations son bénéfice mental, Dans une étude sur l'Œuore d'art Genil-Perrin écrit notamment :
« Les émotions factices que nous recherchons au théâtre ou au cinématographe surpassent souvent de beaucoup les émotions que nous voudrions nous éviter dans la vie.
Dans les exercices de sport physique on évite soigneusement la fatigue d’un effort trop intense ou trop prolongé. Ne devrait-il pas en être de même dans les récréations intellectuelles ?
Le contrôle des spectacles et des jeux était jusqu’à présent une question d’ordre purement moral, au sens étroit du mot. En vertu de considérations éthiques fondées plus souvent sur des données à priori que sur la notion de l’utilité sociale, on stigmatisait telle ou telle manifestation capable de porter atteinte à la moralité publique. Ce point de vue
Ti
ne doit évidemment pas nous échapper, mais il est bon de chercher un critérium plus scientifique.
Le scepticisme souvent railleur ( qui a accueilli les | tentatives de moralisation de l'art et par l’art n’est pas toujours dénué de fondement. dl traduit, de la part du public, l'obseure conscience d'une erreur de direction. SA SE
Ce n’est plus à la morale traditionnelle et empirique, © est à | hygiène mentale rationnelle el scientifir que de rajeunir cet effort. ; A L'œuvre d'art agit par l’ intermédiaire de nos sens sur notre intelligence ou sur notre affectivilé et porte en soi une force qui s ‘incorpore à notre psychisme pour en devenir une composante. Il'importe de veiller à ce que cette action s’ exerce d’une façon salutaire et non pernicieuse et ne devienne pas une de ces mullipies causes qui tendent à la désagrégation de notre synthèse mentale.
L'œuvre d'art peut être surtout utile ou dangereuse, suivant les cas, par sa puissance de suggestion, par le déclanchement des tendances imitatives qu’elle provoque en nous. Agissant le plus souvent sur l’âme collective d’une foule, elle oriente les esprits avec la même facilité vers le bien et vers: le mal, vers l'exercice harmonieux de nos tendances rationnelles, ou vers les déviations de nos instincts. Un travail collectif de patiente observation scientifique est nécesaire pour rechercher les modalités de l’action dangereuse de certaines productions artistiques. Il faudra pour. cela avoir ir égard à la différence
La Lee de réceptivité des divers tiens. Il est bien certain qué les enfants et les primaires sont plusexposés que des sujets cultivés à subir ces influences. Tel specta- ‘cle, inoffensif pour un membre de l’Institut, sera périlleux pour un collégien.
On aperçoit déjà queles manifestations artistiques
devront être d’autant-plus surveillées qu’elles s’adressent à un public moins choisi. La forme la plu accessible et la plus populaire de l'expression artistique, le cinématographe, a justement retenu l’attention des hygiénistes suédois.
M. le D: Labrousse, sénateur de la Corrèze, s’étonnait à bon droit que la Commission extra-parlementaire de réforme du cinéma ne comprit ni physiologue, ni psychiâtre.
Jln’est pas jusqu'aux circonstances accessoires de Ja manifestation d'art qui ne puisse bénéficier des conseils de l'hygiène mentale. Un spectacle peut être non seulement fatigant par sa longueur ou par sa difficulté, malsain par son contenu, mais encore nuisible par des conditions de temps et de lieu. La tendance à reculer de plus en plus l’heure de la ‘représentation dans les théâtres conduit les Parisiens à empiéter sur leur sommeil, qui est un puissant régénérateur de la fatigue intellectuelle. La multiplicité des excitations sensorielles dans les féeries, dans certaines exhibitions de music-hall, aboutit parfois -à la fatigue plutôt qu’au délassement.
- Reconnaïssons cependant que cette tâche n’est
point aisée. En dehors des questions techniques à P, Morin 3
mettre au point — et il y a encore tout à faire, en France — il faudra résoudre des difficultés matériel-
les nées de l’antagonisme de divers intérêts : «Il y;
a, dit E. Haraucourt, le publie, qui veut êlre amusé.
à sa façon, les auteurs, les industriels, qui veulent
vendre leur pièce ou leur film et savent. que plus
l’œuvre est bête plus elle se vend. » Néanmoins, ces.
difficultés ne sont pas insurmontablés ; devant la
lumière évidente des faits, devant le concours des.
bonnes volontés suscitées par le mouvement en
faveur. de l'hygiène mentale, devant les précisions,
scientifiques, bien des intérêts s’allièrent qui parais-
sent maintenant inconciliables.
Il y a aussi des curiosités malsaines qu'il ne faut pas encourager” :
Nous citerons à titre d'exemple les pratiques dites spirites. Les.
problèmes formidables qui entourent la vie nécessitent pour les envisager des facultés intellectuelles robustes et étendues ainsi qu’une érudition notable. À ces conditions seulement des recherches peuvent être entreprises et des expériences tentées. Que
peuvent faire devant ces questions les demi-délirants, les semi-
hallucinés qui cherchent de « anormal» pour fixer leur délire ou leur hallucination, comme d’autres prédisposés cherchent dans l'alcool ou les autres stupéfiants des sensations tout aussi étranges et malsaines, parce qu'ils perdent de plus en plus le goût de la réalité saine, de la vie normale ? Sur ces sujets prédisposés
toutes les sources d’« anormal » ont'une insuflisance pernicieuse, :
et tout est € anormal » qui, interprété par eux d'une façon fausse, fantaisiste, implante dans leur mentalité des idées diamétralement opposées à la vraisemblance et à la vérité.
Propagande. — Pour quela foule vienne‘à elles. les organisations américaines n hésitent pas à aller à la foule. Des brochures, des démonstratiors ciné-
malographiques sont faites pour enseigner au public
les notions primordiales. d'hygiène mentale, les.
SAS D Tee
moyens pour chacun de se mettre à l’abri de la fatigabilité, psychique dangereuse, de trouver aide et secours pour améliorer sa situation. Avec ces suggestions populaires, de nombreux intéressés viennent journellement, sans faussé honte, au dispensaire psychiâtrique, car chacun sait que c'est là qu'on peut trouver un bon conseil, une indication utile, un secours efficace.
Les chefs d'industrie, les dirigeants du commerce, de l'administration, sont intéressés à s'assurer le concours de ces spécialistes qui peuvent leur donner avis sur les meilleurs moyens d'utiliser chaque membre de leur personnel suivant les aptitudes individuelles, et quiévite, par des états signalétiques précis, les pertes de temps, d'argent, et autres sacrifices que cause l’essai d'un ouvrier dans un service auquel il ue peut se faire. Les lares que l'expérience professionnelle met des jours ou des semaines à révéler sont dévoilées en quelques instants au laboratoire psychiâtrique. Aussi industriels, commerçants, fonctionnaires appréciant les services qui leur sont aiñsi rendus, suivent avec intérêt ce mouvement, auquel ils coopèrent d’ailleurs par de larges subsides. Une revue technique, le Mental hygiène enregistre trimestriellement les progrès, les acquisitions en hÿgiène mentale. |
Nous souhaiterions qu’en France, le peuple, intéressé et désarmé, fût renseigné comme le sont les travailleurs américains, et nous donnerons ici ur exémple des idéesqui doivent êtré répandues (1).