‹ Les Réalisations Pratiques de l'Hygiène MentaleChapitre 6 sur 8 · CE QUIL FAUT. SAVOIR EN HYGIÈNE MENTALE · texte numérisé non relu

CE QUIL FAUT. SAVOIR EN HYGIÈNE MENTALE

Socialement, le cerveau c'est l'homme. ë}

: Physiologiquement, le cerveau est un organe comme {ous les autres, soumis aux mêmes lois naturelles, aux mêmes conditions d'hygiène. Si ces lois sont respectées, l'organe cérébral poursuit son développement normal. donne son maximum de puissance, de rendement social ; dès qu’elles sont enfreintes, les troubles, les maladies, la déchéance de l'intelligence devienneut possibles.

C'est l'hygiène musculaire (marche, promenade, exercices de toutes sortes) qui évite la débilité, qui développe un corps souple, fort, harmonieux.

C'est l hygiène de la bouche qui ‘empêche les dents de se gâter, la mâchoire de n'être plus qu'un organe deuloureux, l'estomac de devenir une source d’infirmités sous l'effet des aliments non mastiqués faute de dents saines. 4

C'est l'hygiène intime qui préserve la femme des affections chroniques dont naissent les infirmes : les détraquées sexuelles.

C'est de même, l'hygiène du cerveau qui permet à V are de tirer le meilleur parti de toutes ses ressources intellectuelies, qui borne au minimum les conséquences des défaillances inévitables, qui en atténue ou supprimeles risques en éloignant les éléments de troubles légers ou graves, c’est-àdire les psychopathies et la folie.

Psychopathie ou folie sont en effet les maladies de l'organe cérébral au même titre que l’indigestion ou les dyspepsies chroniques sont des troubles de l'organe digestif, au même

ua 37 ae

titre que le simple rhume ou la tuberculose sont des affections de l'appareil respiratoire.

Entre les psycho )athies et la folie s'étend d'ailleurs l: même gamme nuancée qu'entre l'indigestion, fait banal et passager et la dyspepsie chronique à à laquelle elle aboutirait par la persistance de ses causés, où qu'entre le simple rhume et la tuberculose à laquelle il ferait place s’il s’éternisait dans certaines conditions défavorables.

Aujourd'hui, même dans les milieux les plus modestes, on connaît, on observe les règles de l'hygiène de la peau, du tube digestif, de la bouche, des‘poumons, des pieds ; mais, pour l'hygiène du cerveau, du seul organe indispensable, sans lequel tous les autres ne sont. rien, que savent, que: font de plus que les ignorants du moyen âge l'immense majorité de nos contemporains ? Il semble grand temps que l’homme se soucie enfin de ses l'acultés mentales au moins autant que du développement de ses muscles ou de l'entretien de sa dentition. |

QU'EST-CE QUE LA FOLIE ? Une maladie toute naturelle, et non mystérieuse comme beaucoup le croient encore. Maladie très fréquente : le pourcentage de personnes atteintes ou guéries d'une maladie mentale est supérieur à celui d?s tuberculeux en traitement; qui n’a vu un compatriote; un voisin, un ami, un parent même devenir aliéné? Maladie évilable : ses causes sont connues; on peut donc s'y soustraire, du moins dans nombre de cas ; aussi, parmi les malades intérnés, 4o 6/0 auraient pu rester à leur foyer sains, utiles, heureux, s'ils avaientconnu à temps les moyens d'éviter ja folie. Maladie souvent curable ; un quart des malades guérissent généralement pendant la première année d'internement; un autre quart est suffisamment amélioré pour être rendu aux familles. Maladie coûteuse pour la société, autant que désastreuse pour pi individu et sa famille.

Le budget de la Seine consacre chaque année aux aliénés

5o millions de franés, soit une . partie de sa dépense totale. Re À :

‘Pour fixer les idées, classons en 3 catégories la grande

He ET ï

majorité des aliénés atteints de maladies mentales acquises:

19 Maladies mentales aiguës... 49 % 7 20. Toxicomanies. 214... 410 4 30 Paralysie générale... ..... DE TA 4o Démence précoce........... 13% 5o Démence sénile.:.....::. 12%

(en chiffres d’entrées pour une annéé)

1° Maladies mentales (confusion mentale, délires, hallucinations, manie, mélancolie.)

a) Tout le monde sait ce qu'est « un moment de distraction », une « absence ». Il est des circonstances où, l'esprit ‘étant fatigué, épuisé, l'attention ne peut se tixer : elle « voyage, erre »; c'estalorsde la distraction De profonde, plusgrave, de l’« boue » prolongée, faits déjà pathologiques. Que ce trouble s'aggrave et se prolonge encore davantage, on a la confusion mentale, c’est-à-dire un état de réverie dans lequel les idées, confuses, se succèdent pèle-mêle, s'embrouillent sans relation entre elles, sans le contrôle de la raison, sans la direction commune qui normalement n’en doit laisser persister qu'une seule, à laquelle viennent se rattacher les détails du même ordre pour servir de base à la pensée. À son plus grave degré, la confusion mentale est telle que rien ne peut faïre sortir le patient de cet état d’ «absence », aucun fait ne peut le rappeler à la réalité, il ne comprend pas, semble ne pas entendre les questions qu'on lui pose ; ses paroles, incohérentes, traduisent le désordre de ses idées.

b) Il arrive aussi, dans des cas de fatigue ou de dépression, qu'on est « poursuivi par une idée ». Cette idée a pour point de départ une chose possible, vraisemblable même ; mais, si elle s'impose tyranniquement à l'esprit, si ce dernier a de la peine à la chasser pour s'occuper d’autres pensées plus immédiatement utiles, elle constitue l’idée obsédante ; un pas de plus, et ces idées, par leur fixité, leur aggravation, leur répétition, deviennent les obsessions, bases des délires.

Le délire est, en effet, l'égarement de lésprit entraîné par uné obsession irrésistible, le patient ne voyant plus les choses que sous le jour de cette idée dominante. C’est que le sujet obsédé par la pénsée qu'on peut fui vouloir ou lui faire du mal, en arrive à ne plus voir dans son entourage que des gens mal intentionnés, hostiles, qui se réjouissent de ses peines et même le persécütent (délires de persécutions qui

parfois conduisent au meurtre). :

c) Les passions, d’ailleurs, ne sont pas autre chosé que de petits délires. Dans an accès de colere, de jalosie. où dans J'aveuglement l'un amour insensé, un hotinète iomine; « perdant la tête », nue « sachant: plus ce qu'il fait », suivant les expressions populaires, se rend coupable de violences, de malhounètetés, de vol, faux, meurtre ou suicide, délits. ou crimes dont tout un passé irréprochable le montre incapable

en des circonstances normales. Les tribunaux, les jurys,

font très bien la part de cette irresponsabilité temporaire, tant ilest visible que, dans ce déchaîinement passionnel, l'individu est privé de ses moyens d'action sur lui-même. Que lui manque-t-il au juste, dans ce cas ? D'une part, le jugement, le sens critique habituel qui permet la saine appréciation des faits ; d'autre part la possibilité de réfréner, d'éliminer tout ce qui est jugé contraire aux décisions prises à la . suite de cette appréciatiun. Ge sont précisément les éléments de contrôle et de discipline qu'a perdus — plus entièrement où d'une façon plus durabie — le malade atteint de délire.

d) L'hallucination, « perception sans objet », est normale dans le sommeil et s'appelle alors le rêve. Dans l'ivresse par l’alcool ou les stupéfiants, ce rêve commence avant le sommeil, les bruits de cloche du chloroforine ou de l’éther {hallucinations auditives) [a & vision double » de l’ivrogne, puis ses cauchemars à l’état de veille (hallucinations. visuelles) sont l'ébauche dé ce délire de rêve fréquent dans l'alcoolisme chronique.

e\ La mélancolie, à sa phase pathologique, est la prolon-

— AS à

-gation outre mesure. de la dépression résultant d'un ébranlement ou épuisement. du système nerveux sous une influence

émhotive. Elle est à l’état d'ébauche ST CHopaRiqne : dans. ; cette facilité excessive qu'ont certaines pérsonnes à s'émou- : voir de peu de chose, et à rester longtemps déprimées, dé- ; couragées, ou même bouleversées. pour une raison minime.

Elle peut dès celte phase alterner avec un état également exagéré de satisfaction, de bien-être, ébauche de l'excitation intellectuelle ou de l’ exaltation. sentimentale caractéristique. de la « manie». Au stade pathologique, la dépression mélancolique peut persister seule des semaines, des mois, des années, et pousser ses victimes au suicide.

CS

f) Enfin, toutes les intoxications qui paralysent certains

rouages de l'organe cérébral commencent par exciter le cer-

veau, puis le font divaguer, et finalement l'endorment : c'est

‘le tableau de l'ivresse par l'alcool, l'éther, le chloroforme,

l'opium, la morphine, etc. etc.., c’est aussi, à s'y méprendre, au début du moins, celui de la manie.

Dans le langage scientifique ce mot ne signifie nullement les habitudes bizarres, tenaces, — Les manies — qu'on dit. être particulièrement le propre des célibataires âgés ; loin de là, la manie, l'état maniaque est, par excellence, le genre de folie connu du publie, le type du fou décrit par Ja basse littérature, l'insensé qui chante, gesticule. déclame. hurle,

doute en une joie effrénée, s'attendrit et pleure mélodra-

matiquement., répond avec volubilité, souvent avec incohérence, parfois avec esprit aux apostrophes moqueuses de l'entourage.

Le toxique cause de l'ivresse (alcool. opium, etc. à éli-

mine assez vite, cette perturbation cérébrale se di issipe rapidement. Dans la manie, au contraire, causes et effet: per-

sistent, et il faut pendant ce tempsenfermer les malades Les romanciers partageant les préjugés populaires. représentent volontiers un de leurs héros frappé subitement de déinente sous. le choc d'une émotion ; « devenu fou », ce personnage disparaît à a tout jamais dans un asile d’aliénés. En réalité,

rien n'est plus inexact : la manie se guér it ; il suffit «le la

… soumettre à l'hygiène mentale pour la voir généralement se dissiper en quelques mois, et même en quelques semaines.

Semblable aux phénomènes del'i ivresse, il n'est pas impos-

ee. sible que la manie résulte d’un trouble, peut- être léger, dans

ce mécanisme si délicat, si fragile, des glandes de l’organisme: ilest en effet prouvé aujourd'hui que certaines glandes par leur fonctionnement soit insuffisant, soit exagéré, lais-

sent le corps humain s'imprégner de toxiques au moins aussi nocifs que l'alcool. De même agissent les toxines fabri-

quées par les microbes, hôtes plus ou moins habituels du

corps humain. :

Quoiqu'il en soit des causes précises, encore inconnues,

de ces perturbations, nous savons qu'elles se produisent

dans certaines conditions : fatigue physique, intellectuelle,

Surmenage, mauvaises méthodes de travail, chocs, émo-

tions, etc, et ce sont ces facteurs qu'il importe surtout d'éviter.

En résumé, les inalidics mentales aiguës ne sont que des expressions plus profondes, plus violentes. plus persistantes, des ébranlements cérébraux déjà décelés par des faits qui

paraissent normaux ( «absences », idées », passion, dépres-

sion, excitationintellectuellé,etc...)mais qui ne sont séparées qué par de légères nuances des faits psychopathiques d’abord, des troubles psychiques ensuite : entre leurs diverses catégories se voient tous les états intermédiaires possibles. Chez certaines personnes la prédisposition (hérédité, nervosité, émotivité, etc...) est telle que l'on sent combien elles sont à la merci de peu de choses et quelles causes ice suffisent pour rompre cet équilibre instable.

L'hygiène mentale a donc à envisager 3stades de la lutte :

1° Empêcher que, par leur aggravation, les impressions normales deviennent névropathiques c'est-à-dire maladives ;

2° Empêcher les névropathies de faire place, par leur aggravation à des troubles mentaux aigus (folie, etc...) ;

at 42 Se ie

3» Empêcher les troubles mentaux dé devenir chroniques SA HeRCE ren les soignant dès leur début.

2e Toxicomanies Cas du prédisposé. — Ua’ sujet est. déprimé par des déceptions violentes par exemple: ses facultés sont ébranlées, épuisées même sous le choc, êt, parmi elles, est affaibli le sens de la réalité. Ne goñtant plus les joies actuelles de la vie, cette personne va se rabattre sur des plaisirs artificiels, factices, faux.Ellé trouvera, dans le toxique, quel qu’il soit (alcool, éther. opium, morphine, cocaïne, etc...) des sensations étranges qui l'étourdissent d’abord, puis abolissent de plus en plus Ta faculté de percevoir les choses réelles, saines, vraiés : cé séra l'habitude indéracinable du «toc», de l'artificiel, jointe à la nécessité du poison auquel le corps serx habitué, et en l'absence duquel des troubles impressionnants se produisent.

Cas de la personne normale. — C'est le cas classique de l'adolescent initié par des camarades au goût de l'alcool l'excitation produite par le toxique devient peu à peu indispensable ; le besoin du stimulant, sans lequel l’habitué reste déprimé, crée l'alcoolisme chronique.

Dans les deux cas, c'est la condamnation à la déchéance intellectuelle, la tare chez les descendants qu'ik vaut mieux

-souhaiter ne pas voir naître.

Remède. — Au prédisposé, apporter les secours psychiques qui l’aideront à lutter contre le déséquilibre et ses conséquences ; un spécialiste expérimenté peut avoir sur cet état une grande influence. Si le mal est fait, l'habitude acquise, la lutte devient d'autant plus difficile qu’on a Fe attendu, mais le succès est encore possible

3° Paralysie générale. -- Un excellent ouvrier, très bien doué, travailleur, s'aperçoit que sès moyens déclinent ; il n'a que 35 ans, et cependant s4 mémoire a des défaillances ; il n’a plus l’entrain coutumier au travail: son humeur est Changeante : tantôt il est déprimé, triste, tantôt, au contraire, et sans plus de raison, il se sent exagérément biert. Il souffre

paris de là. tête, surtout la nuit. Tout cela, ce ont do petites choses, mais comme il est intelligent, il s'aperçoit bien que toutes ces petites choses sont nouvelles pour dui, et il va consulter.

L'examen du spécialiste, appuyé pa Le luboratoire, découvre :

1° Que cet homme a eu la hi y a une dizaine d'années ; il ne s'en est pas aperçu, chose courante, ou s’est mal soigné, ou méme s'est cru guéri après un traitement paraissant convenable, tout cela revient au même résultat, c'est un syphilitique.

2 Que ce syphilitique présente des réactions nerveuses particulières (réflexes exagérés, pupilles réagissant anormalement à la lumière. etc...) signes encore bien légers et dou-

teux, — que d’ailleurs le médecin peut seul apprécier — mais qui ne peuvent être plus accentués sans révéler un état incuräble et fatal.

3° Que la vie active, intense même de ce malade est le dernier des trois facteurs nécessaires pour transformer un homme sain en paralytique générale.

: . Conclusions : ou ce malade va soigner sa vieille syphilis —. s'il en est temps encore — puis mettre ses nerls au repos, dites profondément son milieu. Il lui en coûtera tout d’abord de renoncer à ses habitudes, à sa vie lucrative, mais il retrouvera dans une vie plus calme, mieux adaptée, des joies nouvelles ; il gardera en tous cas l'essentiel : sa raison. Ou bien faute de consentir ce sacrifice, il gardera, pendant quelques mois, son genre d'existence, auquel d'ailleurs il sera de plus en plus mal adapté, bien qu'il s’aperçoive de moins en moins de sa déchéance à mesure qu’elle progresse (c'est un fait que le fou se croit d'autant moins fou qu'il l’est davantage) et ce sera l'entrée à l'asile d'aliénés en attendant la mort.

La paralysie générale progressive des aliénés — que rien ne peutarrêter, ni même retarder, quand elle est confirmée —

apparaîtchez certains syphilitiques, même traités, paraïis= sant guéris, dix, quinze, vingt ans après le début des açci-

me

‘dents. Il semble que pour la:produire, il faille, en plus de Læ

syphilis, un terrain nerveux, surtout la prédisposition, puis les ébranlements d’une vie actives De là les trois stades de la prophylaxie : ë 1° Empêcher les gens sains “ dexeñir an in er la prophylaxie vénérienne ; pe

-a° Empécher les Mare de nie des séquelles nerveuses, par un traitement éclairé, bien conduit de la syphilis, et par l'hygiène mentale sous la surveillance du spécialiste ; ve SU Bas ER RAP 3" Empêcher fée caudidais à la. Dada hate générale de voir éclore ce mal, en renonçant à tout genre de vie favorable au déclanchement de cette affection.

4e Démence précoce. — Voilà un ee dont lintelligence a toujours été jusqu’ ici, normale, peut-être même supérieure. Au moment de la puberté apparaissent des bizarreries de caractère, des troubles de l'attention, quelques petites anomalies , qui peuvent même échapper à à l'entourage, mais que le spécialiste averti recueille soigneusement.

Le danger est grand ; les facultés intellectuelles au lieu de se développer, vont régresser de plus en plus, et rien ne pourra jamais faire renaître l'intelligence perdue partiellement, et pas davantage dissiper la démence totale quand elle sera réalisée.

Et cependant si cet tant est soustrait en temps voulu à toutes les causes nocives pour son système nerveux, il peu encore échapper. Mieux vaut donc qu il soit. moins instruit mais normal que « petit prodige à à reste de ses jours ».

12 ans et dément pour Le:

Les causes sont : l’hérédité (parents nerveux ou tubereuleux) la tuberculose, la fatigue, le surmenage, et + peut- “être L d’ autres facteurs encore inconnus.

Remède préventif : Hygiène générale contre la tuberceujose, hygiène mentale one le surmenage et les autres.

ppoints.

55 Démence sénile : — C'est le cas du vieillard dont le

— fo — -

cerveau s'est «usé ». Ce n’est pas l’état civil qui est au premier plan dans cet affaiblissement des facultés : pourquoi des octogénaires, nonagénaires ou centenaires gardent-ils intactes ces facultés qui défaillent chez des sujets à ae au delà de la cinquantaine ?. | Chez ces vieillards prématurés, il y a bien. quelquefois, de T'hérédité, au moins de la fragilité cérébrale, qui prédispose ‘à cette débilité; il y a surtout de l'artério-sclérose, de la -syphilis, dela néphrite chronique, des attaques, etc. Qui oserait soutenir que le manque d'hygiène générale “est étranger à ces affections, et qui, dès lors, s il ne se soumet à cette hygiène, peut se flatter de garder ses facultes ? On a alors, le type de ces vieilles ‘gens qui se rappellent mal, ne se rappellent plus, qui ont des « absences » de plus en plus fréquentes, et finissent par radoter, par «tomber en “enfance ». | Causes. de la ee Corinient l'eoiter. — La folie est ainsi le résultat lout naturel de causes précises dans des circons- ‘lances détert minées. Comment éviter ces causes et circons- ‘tances ? Il est entendu qu'un certain nombre d'entre ce Les -échappent encore soit à notre connaissance, soit à notre appréciation, soit à notre action; mais le champ de ces -obscurités se restreint de plus en plus sous l'effort scientifique actuel, et nous avons d’ores et déjà assez de prisesur iles sources principales de maladies mentales pour espérer iles atteindre et même les tarir.

L'un des plus graves dangers de la folie, c'est son caractère sournois, insidieux ; les causes, d’abord inaperçues, se .développent, s’enracinent, généralement fayori-ées par la persistance des circonstances, du genre de vie, qui leur ont permis de s'implanter. Le malheureux qui. dédaignant les faibles avertissements de la phase psychopathique s’est laissé surprendre par leur apparence bénigne, ne peut même plus s’apercevoir du mal lorsqu'il est devenu patent, ‘puisque le propre des maladies mentales est précisément -d’être d'autant moins perçues par le malade qu’elles sont plus profondes et plus graves... C’est donc dès le début, dès

lé stade dés impréssions b'zarres, alors que le sujét peut

encore se:rendre compte des petites anomalies du caractère,

qu l faut éventer le danger et le faire préciser sans faussé ‘ hoôntè par le spécialiste, afin de prévenir cette maladie

comme toutes les autres maladies du corps.

On voit, à ce propos, combien sont puérils et dangereux les préjugés vulgaires sur ces défaillances mentales si communes, — nous allions dire si naturelles, — qui, pri ises à temps et bien prises, restent des faits sans conséquences,

alors que, si le patient se dérobe, sous ‘l'eflet de ces pré-

jugés, par crainte, par amour propre mal compris, il devient réellement ce qu'il craignait de paraître üp instant.

Tout aussi malfaisante est cette croyance populaire qu'il n'y a rien à faire contre la folie. L'hygiène mentale, le repos suffisent à guérir chaque mois nombre‘ d’aliénés, à plus forte

raison ces moyens peuvent-ils prévénir le mal qu'ils arrivent

à guérir, ce qui vaut toujours incomparablement mieux.

Les prédisposés, les psychopathes, qui n’ont, en somme, contre les désordres mentaux que des:moyens ‘de défénse si fragiles, doivent être tout particulièrement en garde pour

ne pas exposer tes moyens à être briséspar dés forces aux-

quelles ils ne résisteraient pas. Nu

S s] A4 Z F » . - e = Mais, à côté de ces fragiles, les personnes normales, du

moins en äpparence, peuvent elles braver impunément les

lois de hygiène mentale? Très certainement non! Qui donc en effet, même sans hérédité, sans prédisposition, oserait se flatter de conserver toujours et malgré tout son tube digestif intact ? Dès lors; pourquoi le système cérébral, le plus

délicat dé tous les organes, donnerait-il une sécurité que

n'offre pas le plus simple, le plus grossier ?

Si donc les personnes normales résistent mieux aux diffé rentes causes d’ébranlement cérébral, cétte résistance, quelque grande soit elle, n’est pas illimitée.

Chez l’homme jeune, sain, l'os du bras pris entre deux forces, se courbera bien d’abord ün peu sans $e rompre, et l'iëtion violente passée, n’en gardera aucuné trace : mais, si cette action violente dépasse la limite de l’élasticié de

va x ess

; AE 45 as Fe ! Wa { l'os, une fracture sera inévitable. Si, au lieu de courber

simplement l'os, la force le tord, si interviennent les compli- ;

cations mécaniques du levier, du «porte à faux », une vio-

lencé relativement bénigne suflira à causer des dégäts énor-

mes : le sens dans lequel agit cette violence comptera alors

plus que cette violence elle-même.

‘Il en est de même pour le cerveau ; au delà de certaines

limites, son mécanisme se trouvé « forcé », et des troubles

en résultent ; d'autre part, même en deçà de ces limites,

cértaines conditions de travail, d'efforts, deviennent bien

plus néfastes que ‘la Soinme des efforts élle- même.

Ïl faut donc : 1° ne pas dépasser les limites dela résistauce-

cérébrale, et pour ce, bien les connaître ;:2° même en decà de-

ces limites, éviter les conditions qui rendraient dangereuses

un somme normale d'efforts. :

1° Limites de la résistance mentale. — Les plus graves

maladies du cœur ne se révèlent, au début,qu’en soumettant.

le patient à un effort (marche rapide, course au besoin), qui

trouble Le rythme de cet organe. Suivant ses lésions le cœur.

montre alors des désordres plus ou moins persistants, au lieu de recouvrer rapidement après l'effort son fonctionnementnormal, une lois l'effort passé. Des méthodes analogues décèlent les premiers troubles d’autres organes, du foie

notamment,

L'effort est, de mème, une pierre de touche de là résis- |

tance cérébrale. Le cerveau sain, soumis à des excès, doit

retrouver rapidement son équilibre. Le cerveau fragile, au contraire, garde longtemps après l'épreuve une impression anormale de fatigue et même de désarroi ; 11 réagit violemwent aux émotions ; le sommeil n’est pas régulier, pas réparateur. En sémme, le plus ou moins de difficultés qu’a le cerveau à retrouver son équilibre à la suite d'un excès donne à l'intéressé un aperçu de sa résistance mentale. Le laboratoire d'un dispensaire spécial — tenu d'ailleurs à la plus grande discrétion — peut évaluer directement cette r'ésis-

tance au moyen d’ appareils, précisant le degré d'effort néces-.

saire pour franchir les bornes au-delà desqueles les réac:

tions normales du cerveau deviennent pathologiques. C'est ce degré qui limitera l'effort permis

2 Qualités et conditions de l'effort permis. — Le travail productif, la somme d'efforts utiles peuvent être considérés, dans le bilan des dépenses mentales d'une journée, comme une partie aclive de ces dépenses. Les éléments de dépression, les émotions surtout, en forment la somme passive.

Le mélange de ces deux sortes de dépenses n'est inoffen-. sif que suivant certaines données, qui réalisent les bonnes conditions de l'équilibre mental. L'altération de ces conditons constitue les mauvaises méthodes de travail, la mauvaise adaptation. Le rôle de ces conditions est tel que, peuton dire, c'est bien moins la quantité de travail effectué que sa qualité, les circonstances dans lesquelles il est produit qui déterminent la fatigue mentale.

Le dispensaire pourra, pour ces questions d'adaptation, donner des conseils précieux. El est clair qu'un vieillard capable de fournir une certaine somme de travailutile. ne peut être assujetti aux mêmes rythmes de production qu'un jeune homme. Et :

L'adulte émotif, «nerveux », qu’ «un rien bouleverse », : pourra être un très bon teneur de livres, rendre d’excellents services dans un bureau, où son côté faible, l'élément émotionnel, ne sera pas mis à contribution ; ce travail, auquel il sera parfaitement adaptable, deviendra chez lui l'exercice quotidien nécessaire ; il en tirera une source de joie, sera un être content, rendra heureuse sa famille. Mais si, pour augmenter son gain, il veut se transformer en vendeur, et se livrer, lui si impressionnable, aux émotions exaspérantes suscitées d’une part par les exigences des clients, d’autre part par la sévérité du chef de rayon, ce malheureux n’accomplira ses fonctions qu’au prix d'efforts continuels sur lui-même ; chaque épisode de sa journée sera une lutte déprimante, un ébranlement continuel et néfaste de son sysième cérébral, qui le mènera peut-être à l'asile, qui lui coûtera, en tout cas, en soins, repos forcé; restrictions: ‘ultérieures de travail, infiniment plus que ce que lui aura

PNA

Aus 49 —

gagné pendant quelque temps son changement de métier.

Que de gens au lieu de s’ exposer à lâcher ainsi la proie

pour l’ombre, à tout perdre en voulant trop gagner, auraient pu bénéficier des conseils donnés par les dispensaires !

Que de malheureux grossissent chaque jour la masse des

mécontents, des revendicants sociaux, sans se douter que

leur amertume. leur découragement, leur révolte provient

simplement d'une erreur : ils ne sont pas à leur place ; ils

sont soumis à un genre de vie pour lequel ils ne sont pas

faits, où leurs occupations comportent des conditions mauvaises pour eux, tel l'élément émotionnel dans le cas ci-des-

sus ; il leur suflirait de corriger cette erreur matérielle pour

recouvrer l'équilibre, la santé, le bonheur.

Dévant la menacé du danger il faut savoir sacrifier résolu-

ment tout ce qui est contraire à l'hygiène, c’est-à-dire à une.

vie calme, bien réglée, notamment l'irrégularité des repas et

du repos, les veilles, les fatigues de toutes sortés, physiques,

intellectuelles, sensorielles (bruits continuels, lumière fati-

gante), émotives (spectacles, théâtre, cinéma, etc..), les intoxications de tous genres alcool, stupéfiants,constipation ; ete...\

la hâte, les mauvaises méthodes de travail, les exitations de toutes sortes (passions, abus du café, etc...) Il faut, de plus,

réagir par une sage discipline de l'esprit, contre, les’ tendances normales qui, par leur exagération, déviendraient

malädives! telles la fixation dé l'attention sur des faits

insignifiants, la concentration prolongée de l'esprit sur des

. sujets’ de rêverie; l4 taisser : atler ‘à ‘une ‘émotivité incon-'

sidérée, etc...

PATREE)

Les conséquences de l'hérédité peuvent ainsi, au moins .

jusqu'à un certain point, être tenues en échec. Les causes peuvent être supprimées par un peu de bon sens et de prüdence.

Doiveñt s'interdire de procréer ious les êtres humains en,

état d’ inféi iorité temporaire ou définutive.

D. Morin k

L enfant conçu LNrsudé l'un des procréateurs est en état” 4: intoxication (ivresse, maladie, etc...), de débilité physique convalescence, etc...), pourra être toute sa vie un fragile.

L'enfant issu de fragiles, .de tarés, d’épileptiques, risque d'être toute sa vie, un infirme, un débile, un dément.

Donner le Vu à ces malheureux qui se FenoRt ja genres, jamais de AO pour les parents vivants, et qui. ceux-ci disparus, resteront des épaves abandonnées, des perpétuels de l'asile d'aliénés ! AS vaul Moi in ApIRent mieux ne pas procréer.

L’hygiène inentale de RonFtat commencée ainsi dre sa naissance, doit poursuivre sonacçlion contre les dangers de chaque âge, se confondant d’ailleurs bien souvent ayec l'hygiène générale.

Il ne faut pas perdre de vue: de rôle immense ds An nfectieuses, de la tuberculose notamment, des maladies,

aiguës, typhoïde, grippe, diphtérie, soit parles poisons très :

dangereux pour les cellules cérébralés secrétés par leurs. microbes et qui causent la folie parfois définitive, soit par

l’état de moindre résistance dans lequel elles laissent le eon-. valescent désarmé (dépression protonde, dénutrition, ady-

namie). . FR

Les fatigues de l’école, exagérées par un travail mal conduit, et surtout mal approprié, arrêtent le développement intellectuel de nombreux enfants : certains même régressént et restent, pour toute leur vie, des déments Cette catastrophe est irréparable, mais non pas inévitable ; de là la nécessité d’une sélection des écoliers, d’une éducation non plus aveuglément uniforme, mais mieux adoptée aux individus.

Plus tard ce sont les fatigues de l'atelier, contemporaines généralement de cet âge critique qu'est la puberté ; c'est à

ce moment encore qu'il faut veiller pour éviter les risques de la démence précoce, incurable quand elle est confirmée.

Le service militaire vient ensuite; le nombre est grand des jeunes soldats non avertis qui se laissent surprendre par la syphilis ou des habitudes alcooliques ; l'ignorance, l’incu-

rie en feront à la fleur delâge, à 30 ans, 35 ans, des pa

Iytiques généraux, des déments. Donc éviter l’acool, qui, même à dose modérée est toujours inutile, qui n’améliore jamais et dégrade souvent ; éviter lasyphilis en ne tout ‘contact suspect. À

Enfin, l'ouvrier des villes comme le travailleur deschamps, comme l’employé de bureau, doivent avoir une hygiène spéciale dont nous ne pouvons énumérer ici toutes les règles.

Pour terminer, les progrès. de: l’âge exigent de nouvelles cenditions d'adaptation auxquelles il est biendifficile de se soustraire impunément ; des personnalités des plus illustres en ont fait, à leur dépens, une expérience pénible, parfois retentissante. Que, pour tous ces: cas spéciaux, chaque intéressé— ou sa famille — s'informe des règles à observer.

A tous ceux qui cherchent de bonne foi à récupérer la paix intérieure, individuelle et familiale, à améliorer leur valeur sociale, les dispensaires d'hygiène mentale distribueront largement les conseils utiles, les avis éclairés, et même parfois Yassistance effective qui les orientera dans leur vraie voie.

En vulgarisant ces notions élémentaires on. amè-

nera la foule à comprendre son intérêt; l’hygiène mentale pénètrera les masses comme le fait chaque jour davantage l'hygiène physique, et elle réalisera de ce fait son triple but : individuel, économique, national.

Individuel. — En assurant à l'individu une adaptation normale, l'hygiène mentale.crée la joie au travail, le bien-être, la famille heureuse.

2° Economique. — En contribuant à utiliser rationellement chacun à sa vraie place, elle assure une

production meilleure; elle évite le mauvais rende-

— 59 — es

ment des mal adaptés, le gaspillage des énergies qui, mal employées pendant quelque temps, deviennent inutilisables pendant des mois, des anuées peut-être, ce qui est appréciable au moment où ia la France a tant besoin de travail pour se relever.

3. National. — Elle contribuera à la paix sociale, elle réduira les lourdes charges que nécessite l’entretien des aliénés, elle combattra dans leur source même, le paupérisme, le vice, le crime, fruits de la débilité, du déséquilibre mental, a

C'est à cette œuvre que les D" Toulouse et Cab | Perrin, aidés de leurs collaborateurs ont consacré leur activité et leurs lumières. La Ligue d’ Hygiène mentale agrandit | chaque jour, ses moyens son domaine, son efficacité.

Chacun doit participer à cet effort, chacun doit apprendre à éviter les causes d’infériorités mentales, éliminer de sa vie les mauvaises conditions d’hygiène, les habitudes contraires à l'hygiène mentale, prêter enfin l'appui de son influence au développement de cette campagne pour uné intellectualité plus à saine el une humanité meilleure. |

tig Les . # ne

Page 1