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citons les cas des criminels dont s'occupe la presse au moment où nous écrivons cette thèse. Un homme, sous une impulsion morbide, tue à coup de planche un passant sur le boulevard. Arrêté, il déclare ne pas connaître sa victime et regretter son acte. « Je suis sujet, dit-il, à des accès de maladies nerveuses périodiques, sentant venir l’un d'eux, je me suis présenté à la consultation d’un hôpital. On a refusé | de m’admettre et c’est en sortant que j’ai commis ce crime. » L’asile actuellement ne pouvait pas admettre plus que l'hôpital ce malade mental venu de sa propre initiative ; on lui aurait demandé de se faire reconnaître « fou » par certificat médical et de se faire placer comme tel par ses proches ! D’ailleurs, maintenant que le mal est fait, il va bien falloir s'occuper de lui. La question de sa responsabilité et de son sort ultérieur agitera bien des difficultés qu'il aurait mieux valu trancher auparavant. |
Un autre cas est celui d’une bonne qui assomme sa patronne avec une büche, s'enfuit, se fait arrêter à Rouen, et répond, quand on l'interroge qu’elle ne sait pourquoi elle a frappé. Jadis internée dans un asile, cette femme en avait élé exclue le jour où son état ne justifiait pas une irresponsabilité suffisante, et laissée à l’abandon sans surveillance ni soins dans la société — comme le sera sans doute l’homme dont nous venons de parler. C’est deux vies humaines sacrifices, et ces petits drames se répètent souvent.
L'initiative des D" Toulouse et Genil-Perrin a
déjà obtenu, dans cette voie, un progrès considérable : le principe de cette réforme est admis, mais il faut que sa réalisation se généralise.
7° Assistance publique, législation, armée et marine. — Pour enlever à l’empirisme l’assislance aux psychopathes et ia porter sur un terrain purement médical, il y aura lieu de résoudre un nombre considérable de dispositions légales. A côté de ces réformes indispensables, il faut s'occuper de protéger, par la même voie, les jeunes soldats contre les mêmes errements, les mêmes infractions à l’hygiène mentale et générale.
8° et 9° Enseignement psychiâtrique. — Recherches scientifiques. — L'arsenal scientifique de l'hygiène mentale doit sans cesse s’agrandir, pour fournir des armes de plus en plus efficaces et nombreuses.Jusqu’à présent, le spécialiste — à plus forte raison le praticien ordinaire — ne pouvait s’adresser qu'à des laboratoires généraux, non adaptés à la psychiâtrie, et ne pouvant fournir au psychologue, à l’aliéniste des éléments sérieux et précis d’appréciation, de comparaison, de mesure. Aucun laboratoire ne procède à une détermination psycho-physiologique. Ainsi on ne sait pas où envoyer un enfant ou un ouvrier pour faire mesurer son niveau mental, ou un psychopathe léger pour déterminer ses progrès ou ses dangers.
Toulouse et Genil-Perrin ont obtenu, au dispensaire Sainte-Anne, la création d’un premier laboratoire qui comble cette lacune. Le perfectionnement
des techniques et méthodes rendra les plus grands services pour l'évaluation des facteurs, encore enveloppés d’obscurité, sur lesquels reposent les bases de la pathologie mentale.
Mais ce qui est déjà acquis est encore peu enseigné. Il serait désirable qu’une plus grande part fut faite dans les études médicales, à la psychologie pathologique ; il sera possible de rendre cet enseignement attrayant et fécond quand les dispensaires, appuyés sur la précision des laboratoires, montreront à tous les médecins ou étudiants de bonne volonté, tout ce qu’on peut scientifiquement faire dans ce vaste domaine.
10° Production littéraire et artistique. — Personne uepeut contester sérieusement l'influence, sur une époque, de la littérature et de l’art. D’une part, l'élévation intellectuelle, la richesse affective que peut favoriser l’œuvre de bonne qualité, d'autre part les perversions latentes que peuvent réveiller les productions malsaines, tous ces résultats opposés montrent bien quelle source d'hygiène mentale ou au contraire de désordres psychiques sont, suivant leur direction, l’art et la littérature.
L'histoire mentionne les heures de littérature décourageante, multipliant les symptômes du mal romantique. [l y a eu l’époque de Chateaubriand, l’époque de Werther. Nous pourrions presque dire que nous traversons acluellement l’époque du cinématographe. es
Jamais, en effet, ie roman, le récit d'aventures, de
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drames, n’ont été aussi accessibles à la foule: jamais, la foule n’a eu le moyen d’être aussi sensible à Pœuvre d'imagination, done, de subir plus couramment sinon plus profondément son influence. Quand elle sera bien mise en lumière, l'influence psychologique du cinématographe expliquera un grand nombre de faits, d'états d'âme, d'aétes, de comportements que nous saisissons mal sans cette connaissance. De cette arme à deux tranchants, un seul doit servir: le bienfaisant. Le malfaisant peut, doit être exclu. Et la même orientation doit être donnée aux spectacles offerts avec prodigalité à une foule qui doit trouver à ces récréations son bénéfice mental. Dans une étude sur l Œuvre d'art Genil-Perrin écrit notamment :
« Les émotions factices que nous recherchons au théâtre ou au cinématographe surpassent souvent de beaucoup les émotions que nous voudrions nous éviter dans la vie. |
Dans les exercices de sport physique on évite soigneusement la fatigue d’un effort trop intense ou trop prolongé. Ne devrait-il pas en être de même dans les récréations intellectuelles ?
Le contrôle des spectacles et des jeux était jusqu’à présent une question d'ordre purement moral, au sens étroit du mot. En vertu de considérations éthiques fondées plus souvent sur des données à priori que sur la notion de l'utilité sociale, on stigmatisait telle-ou telle manifestation capable de porter atteinte à la moralité publique. Ce point de vue
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ne doit évidemment pas nous échapper, mais il est bon de chercher un critérium plus scientifique.
Le scepticisme souvent railleur qui a accueilli les tentatives de moralisation de l’art et par l’art n’est pas toujours dénué de fondement. Il traduit, de la part du public, l’obscure conscience d’une erreur de direction.
Ce n’est plus à la morale traditionnelle et empirique, c’est à l'hygiène mentale rationnelle et scientifque de rajeunir cet effort.
= L'œuvre d'art agit par l’intermédiaire de nos sens sur notre intelligence ou sur notre affectivilé et porte en soi une force qui s’incorpore à notre psychisme pour en devenir une composante. Ilimporte de veiller à ce que cette action s'exerce d’une façon salutaire et non pernicieuse et ne devienne pas une de ces multipies causes qui tendent à la désagrégation de notre synthèse mentale.
L'œuvre d’art peut être surtout utile ou dangereuse, suivant les cas, par sa puissance de suggestion, par le déclanchement des tendances imitatives qu’elle provoque en nous. Agissant le plus souvent sur l’âme collective d'une foule, elle oriente les esprits avec la même facilité vers le bien et vers le mal, vers l’exercice harmonieux de nos tendances rationnelles, ou vers les déviations de nos instincts.
Un travail collectif de patiente observation scientifique esi nécesaire pour rechercher les modalités de l’action dangereuse de certaines productions artistiques. Il faudra pour cela avoir égard à la différence
de réceptivité des divers milieux. Ilest bien certain que les enfants et les primaires sont plus exposés que les sujets cultivés à subir ces influences. Tel spectacle, inoffensif pour un membre de l'Insiitut, sera périlleux pour un collégien.
On aperçoit déjà queles manifestations artistiques devront être d’autant plus surveillées qu’elles s’adressent à un public moins choisi. La forme la plu accessible et la plus populaire de l'expression artistique, le cinématographe, a justement retenu l’attention des hygiénistes suédois.
M. le Dr Labrousse, sénaleur de la Corrèze, s’étonnait à bon droit que la Commission extra-parlementaire de réforme du cinéma ne comprit ni physiologue, ni psychiâtre.
Il n’est pas jusqu’aux circonstances accessoires de la manifestation d’art qui ne puisse bénéficier des conseils de l’hygiène mentale. Un spectacle peut être non seulement fatigant par sa longueur ou par sa difficulté, malsain par son contenu, mais encore nuisible par des conditions de temps et de lieu. La tendance à reculer de plus en plus l’heure de la représeutation dans les théâtres conduit les Parisiens à empiéter sur leur sommeil, qui est un puissant régénérateur de la fatigue intellectuelle. La multiplicité des excitations sensorielles dans les féeries, dans certaines exhibitions de music-hall, aboutit parfois à la fatigüé plutôt qu’au délassement.
Reconnaissons cependant que cette lâche n’est point aisée. En dehors des questions techniques à
P. Morin 8
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mettre au point — et il y à encore tout à faire, en France — il faudra résoudre des difficultés matérielles nées de l’antagonisme de divers intérêts : @ I y a, dit E. Haraucourt, le public, qui veut être amusé à sa façon, les auteurs, les industriels, qui veulent vendre leur pièce ou leur film et savent que plus l’œuvre est bête plus elle se vend. » Néanmoins, ces difficultés ne sont pas insurmontables : devant la lumière évidente des faits, devant le concours des bonnes volontés suscitées par le mouvement en faveur de l'hygiène mentale, devant les précisions scientifiques, bien des intérêts s’allièrent qui parais-
sent maintenant inconciliables.
Il y a aussides curiosités malsaines qu’il ne faut pas encourager: Nous citerons à titre d'exemple les pratiques dites spirites Les problèmes formidables qui entourent la vie nécessitent pour les envisager des facultés intellectuelles robustes et étendues ainsi qu'une érudition notable. A ces conditions seulement des recherches. peuvent être entreprises et des expériences tentées. Que peuvent faire devant ces questions les demi-délirants, les semihallucinés qui cherchent de « l’'anormal» pour fixer leur délire ou leur hallucination, comme d’autres prédisposés cherchent dans l'alcool où les autres stupéfiants des sensalions tout aussi étranges el malsaines, parce qu’ils perdent de plus en plus le goût de la réalité saine, de la vie normale ? Sur ces sujets prédisposes toutes les sources d’ «anormal» ont une insuflisance pernicieuse, et loutest € anormal » qui, interprété par eux d’une façon fausse, fantaisiste, implante dans leur mentalité des idées diamétralement opposées à la vraisemblance et à la vérité.
Propagande. — Pour que la foule vienne à elles les organisations américaines n'hésitent pas à aller à la foule, Des brochures, dés démonstrations cinémalographiques sont faites pour cuséigner au public
les ho‘ions prinoidiales d'hygiène mentale, les