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CE QUIL FAUT SAVOIR EN HYGIÈNE MENTALE

Socialement, le cerveau c’est l'homme.

Physiologiquement, le cerveau est un organe comme {ous les autres, soumis aux mêmes lois naturelles, aux mêmes conditions d'hygiène. Si ces lois sont respectées, l'organe cérébral poursuit son développement normal, donne son

/ maximum de puissance, de rendement social ; dès qu’elles sont enfreintes, les troubles, les maladies, la déchéance de l'intelligence deviennent possibles.

C'est l'hygiène musculaire {marche, promenade, exercices de toutes sortes) qui évite la débilité, qui développe un corps souple, fort, harmonieux.

C'est l'hygiène de la bouche qui empêche les dents de se gâter, la mâchoire de n'être plus qu'un organe douloureux, l'estomac de devenir une source d’infirmités sous l'eflet des aliments non mastiqués faute de dents saines.

C’est l'hygiène intime qui préserve la femme des affections chroniques dont naissent les infirmes : les détraquées

- sexuelles. *

J'est de même, l'hygiène du cerveau qui permet à l'homme de tirer le meilleur parti de toutes ses ressources intellectuelles, qui borne au minimum les conséquences des défaillances inévitables, qui en atténue ou supprime les risques en éloignant les éléments de troubles légers ou graves, c’est-àdire les psychopathies et la folie.

Psychopathie ou folie sont en effet les maladies de l'organe cérébral au même titre que l’indigestion ou les dyspepsies chroniques sont des troubles de l'organe digestif, au même

titre que le simple rhume ou la tuberculose sont des affections de l'appareil respiratoire.

Entre les psycho athies et la’ folie s'étend d'ailleurs li même gamme nuancée qu'entre l'indigestion, fait banal et passager et la dyspepsie chronique à laquelle elle aboutirait par la persistance de ses causes, ou qu'entre le simple rhume et la tuberculose à laquelle il ferait place s'il s’éternisait dans certaines conditions défavorables.

Aujourd'hui, même dans les milieux les plus modestes, on connaît, on observe les règles de l'hygiène de la peau, du tube digestif, de la bouche, des poumons, des pieds ; mais, pour l'hygiène du cerveau, du seul organe indispensable, sans lequel tous les autres ne sont rien, que savent, que font de plus que les ignoranis du moyen âge l'immense majorité de nos contemporains ? Il semble grand temps que l’homme se soucie enfin de ses l'acultés mentales au moins autant que du développement de ses muscles ou de l’entretien de sa dentition. |

QU'EST-GE QUE LA FOLIE ? Une maladie toute naturelle, et non mystérieuse comme beaucouy le croient encore. Maladie très fréquente : le pourcentage de personnes atteintes ou guéries d'une maladie mentale est supérieur à celui d?s tuberculeux en iraitement; qui n'a vu un compatriote, un voisin, un ami, un parent même devenir aliéné? Maladie évilable : ses causes sont connues ; on peut donc s'y sou-traire, du moins dans nombre de cas ; aussi, parmi les malades internés, 4o 0/0 auraient pu rester à leur foyer sains, utiles, heureux, s'ils avaientconnu à temps les moyens d'éviter la folie. Maladie souvent curable ; un quart des malades guérissent généralement pendant la première année d'internement; un autre quart est suflisamment amélioré pour être rendu aux familles. Maladie coûteuse pour la société, autant que désastreuse pour l'individu et sa famille. Le budget de la Seine consacre chaque année aux aliénés 5o millions de francs, soit une grosse partie de sa dépense totale.

Pour fixer les idées, classons en 5 catégories la grande

PS outre

majorité des aliénés atteints de maladies mentales acquises:

19 Maladies mentales aiguës.... 49 % 20 Toxicomanies........ dites 10% 30 Paralysie générale... TON LOBDÉMENCE DrÉCOCE eee tr LT 5o/Démenceséniler "#77: 122

(en chiffres d’entrées pour une année)

1° Maladies mentales (confusion mentale, délires, hallucinations, manie, mélancolie.)

a) Tout le monde sait ce qu'est « un moment de distraction », une « absence ». Il est des circonstances où, l'esprit étant fatigué, épuisé, l'attentionne peut se fixer : elle « voyagr, -erre »; c'estalorsde la distraction plus profonde, plusgrave, de |’ «absence » prolongée, faits déjà pathologiques. Que ce trouble s'aggrave et se prolonge encore davantage, on a la confusion mentale, c'est-à-dire un état de rèverie dans lequel les idées, confuses, se succèdent pèle-mêle, s'e:brouillent sans relation entre elles, sans le contrôle de la raison, sans la direction commune qui normalement n'en doit laisser persister qu'une seule, à laquelle viennent se rattacher les détails du même ordre pour servir de base à la pensée. À son plus grave degré, la confusion mentale est telle que rien ne peut faire sortir le patient de cet état d' «absence », aucun fait ne peut le rappeler à la réalité, il ne comprend pas, semble ne pas entendre les questions qu'on lui pose ; ses paroles, incohérentes, traduisent le dé sordre de ses idées.

b) Il arrive aussi, dans des cas de fatigue ou de dépression, qu'on est « poursuivi par une idée ». Cette idée a pour point de départ une chose possible, vraisemblable même ; mais, si elle s'impose tyranniquement à l'esprit, si ce dernier a de la peine à la chasser pour s'occuper d’autres pensées plus immédiatement utiles, elle constitue l’idée obsédante ; un pas de plus, et ces idées, par leur fixité, leur aggravation, leur répétition, deviennent les obsessions, bases des délires.

Le délire est, en effet, l'égarement de l'esprit entrainé par une obsession irrésistible, le patient ne voyant plus les’ choses que sous le jour de cette idée dominante. C'est que le sujet obsédé par la pensée qu'on peut lui vouloir où lui faire du mal, en arrive à ne plus voir dans son entourage que des gens mal intentionnés, hostiles, qui se réjouissent de ses peines et même le persécutent (délires de persécutions qui parfois conduisent au meurtre). ”

c) Les passions, d'ailleurs, ne sont pas autre chose que de petits délires. Dans un accès de colère, de jalousie, où dans l'aveuglement d'un amour insensé, un honnête homme, « petdant la tète », ne « sachant plus ce qu'il fait », suivant les expressions populaires, se rend coupable de violences, de malhonnètetés, de vol, faux, meurtre ou suicide, délits ou crimes dont tout un passé irréprochable le montre incapable en des circonstances normales. Les tribunaux, les jurys. font très bien la part de cette irresponsabilité temporaire, tant il est visible que, dans ce déchaînement passionnel, lindividu est privé de ses moyens d'action sur lui-même. Que lui manque-t-il au juste, dans ce cas ? D'une part, le jugement, le sens critique habituel qui permet la saine appréciation des faits ; d'autre part la possibilité de réfréner, d'éliminer tout ce qui est jugé contraire aux décisions prises à la suite de cette appréciation. Ce sont précisément les éléments de contrôle et de discipline qu'a perdus — plus entièrement ou d'une façon plus durable — ie malade atteint de délire.

d) L'hallucination, « perception sans objet », est normale dans le sommeil et s'appelle alors le rêve. Dans l'ivresse par l’alcool ou les stupéfiants, ce rêve commence avant le sommeil, les bruits de cloche du chloroforme ou de l'éther (hallucinations auditives) la & vision double » de l'ivrogne, puis ses cauchemars à l’état de veille (hallucinations visuelles) sont l’'ébauche de ce délire de rêve fréquent dans l'alcoolisme chronique.

e\ La mélancolie, à sa phase pathologique, est la prolon-

gation outre mesure de la dépression résultant d'un ébranlement ou épuisement du système nerveux sous une influence émotive. Elle est à l’état d’ébauche LE EROD AUTEURS dans cette facilité excessive qu'ont certaines personnes à s'émouvoir de peu de chose, et à rester longtemps déprimées, découragées, ou même boulevérsées pour une raison minime. Elle peut dès cette phase alterner avec un état également exagéré de satisfaction, de bien-être, ébauche de l'excitation intellectuelle ou de l’exaltation sentimentale caractéristique de la « manie ». Au stade pathologique, la dépression mélancolique peut persister seule des semaines, des mois, des «nnées, et pousser ses victimes au suicide.

f) Enfin, toutes les intoxications qui paralysent certains : rouages de l'organe cérébral commencent par exciter le cerveau, puis le font divaguer, et finalement l'endorment : ec est le tableau de l'ivresse par Palcool, l’éther. le chloroforme, l’opium, la morphine, etc.ete..., c’est aussi, à s'y méprendre, au début du moins. celui äe la manie.

Dans le langage scientifique ce mot ne signifie nullement les habitudes bizarres, tenaces, — les manies — qu'on dit être particulièrement le propre des célibataires âgés ; loin de Jà, là manie, l'état maniaque est, par excellence, le genre de folie connu du public, le type du fou décrit par la basse ‘ittérature, l'insensé qui chante, gesticule. déclame, hur'e, s'exalte en une joie effrénée, s'attendrit et pleure mélodramatiquement, répond avec volubilité, souvent avec incohérence, parfois avec espril aux apostrophes moqueuses de l'entourage.

Le toxique cause de l'ivresse (alcool, opium, ete...) s'élimine assez vite, cette perturbation cérébrale se dissipe rapidement. Dans la manie, au contraire, causes et effets persistent, et il faut pendant ce tempsenfermer les malades Les romanciers partageant les préjugés populaires, représentent volontiers un de leurs héros frappé subitement de démence sous le choc d'une émotion ; « devenu fou », ce personnage disparaît à tout jamais dans un asile d’aliénés. En réalité, rien nest plus inexact : la manie se guérit ; il suffit de la

“Eu

Soumettre à l'hygiène méntale pour la voir généralement se dissiper en quelques mois, et même en quelques semaines.

Semblable aux phénomènes de l'ivresse, il n'est pas impossible que la manie résulte d’un trouble, peut-être léger, dans ce mécanisme si délicat, si fragile, des glandes de l'organisme: ilest en effet prouvéaujourd'hui que certaines glandes par leur fonctionnement soit insuffisant, soit exagéré, laissent le corps humain s'imprégner de toxiques au moins aussi nocifs que l’alcool. De même agissent les toxines fabriquées par les microbes, hôtes plus où moins habituels du corps humain. ;

Quoiqu'il en soit des causes précises, encore inconnues, de ces perturbations, nous savons qu'elles se produisent dans certaines conditions : fatigne physique, intellectuelle, surmenage, mauvaises méthodes de travail, chocs, émotions, etc..., et ce sont ces facteurs qu’il importe surtout d'éviter.

En résumé, Î&5 1nalidies menlalvs'aiguës ne sont que ds expressions plus profondes, plus violentes. plus persistantes, des ébranlements cérébraux déjà décelés par des faits qui paraissent normaux ( «absences », idées », passion, dépression, excitationintellectuelle,etc...)mais qui ne sont séparées que par de légères nuances des faits psychopathiques d'abord, des troubles psychiques ensuite : entire Jeurs diverses catégories se voient tous les états intermédiaires possibles. Chez certaines personnes la prédisposition (hérédité, nervosité, émotivité, etc...) est telle que l'on sent combien elles sont à la merci de peu de choses et quelles causes légères suflisent pour rompre cet équilibre instable.

L'hygiène mentale a donc à envisager 3stades de la lutte :

1° Empêcher que, par leur aggravation, -les impressions normales deviennent névropathiques c’est-à-dire maladives ;

‘ s° Empêcher les névropathies de faire place, par leur aggravation à des troubles mentaux aigus (folie, etc...) ;

pod. 13 a

3° Empêcher les troubles mentanx de devenir chroniques (démence) en les soignant dès leur début.

* 2° Toxicomanies. Cas du prédisposé. — Un sujet est déprimé par des déceptions violentes par exemple: ses facultés sont ébranlées, épuisées même sous le choc, et, parmi elles, est affaibli le sens de la réalité. Ne goñtant plus les joies actuelles dela vie, cette personne va se rabattre sur des plaisirs artificiels, factices, faux.Elle trouvera, dans le toxique, quel qu'il soit (alcool, éther, opium, morphine. cocaïne, etc...) des sensations étranges qui l'étourdissent d'abord, puis abolissent de plus en plus la faculté de percevoir les choses réelics, saines. vraies : ce sera l'habitude indéracinable du «toc», de l'artificiel, jointe à la nécessité du poison auquel le corps sera habitué, et en l’absence duquel des troubles impressionnants se produisent.

Cas de la personne normale. — C'est le cas classique de l'adolescent initié par des camarades au goût de l'alcool l'excitation produite par le toxique devient peu à peu indispensable ; le besoin du stimulant, sans lequel l'habitué reste déprimé, crée l'alcoolisme chronique. ,

Dans les deux cas, c'est la condamnation à la déchéance intellectuelle, la tare chez les descendants qu'il vaut mieux souhaiter ne pas voir naître.

Remède.— Au prédisposé, apporter les secours psychiques qui l'aideront à lutter contre le déséquilibre et ses conséquences ; un spécialiste expérimenté peut avoir sur cet état une grande influence Si le mal est fait, l'habitude acquise, la lutte devient d'autant plus difficile qu'on a plus attendu, mais le succès est encore possible.

3° Paralysie générale. — Un excellent ouvrier, très bien doué, travailleur, s'aperçoit que ses moyens déclinent ; il n'a que 35 ans, et cependant sa mémoire a des défaillances 2 il n’a plus l'entrain coutumier au travail: son humeur est changeante : tantôt il est déprimé, triste, tantôt, au contraire, et sans plus.de raison, il se sent exagérément bien. Il souffre

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