‹ Les Récentes Échelles Mobiles de Salaires Systèmes d'ajustement automatique des salaires au coût de la vieChapitre 40 sur 76 · LES AVANTAGES DE L'AJUSTEMENT AUTOMATIQUE · texte numérisé non relu

LES AVANTAGES DE L'AJUSTEMENT AUTOMATIQUE

On ne peut s'empêcher de voir en l'ajustement automatique des salaires au coût de la vie un principe de justice sociale incontestable,

Ainsi M. Roger Picard déclare que « le système du salaire à valeur mobile implique deux affirmations doctrinales intéressantes. Une théorie du salaire, d’abord, d’après laquelle on reconnaît que le salaire ne se détermine pas seulement sur la base des besoins essentiels de l’ouvrier, mais en fonction du niveau des prix, de la prospérité générale, et des gains habituels des autres classes de la population. Une théorie de la répartition, ensuite, à savoir qu’il n’est pas convenable que la hausse des prix profite simplement à quelques classes de la société, qu’elle nuise aux autres ; il implique que chacun ait sa juste part dans les richesses qui sont le produit de l’effort collectif » (1).

Encore pourrait-on ajouter qu’il n'apporte qu’une justice incomplète dans la répartition des biens, car tandis que le profit hausse, non pas seulement en valeur absolue, mais encore en proportion du prix de vente, le salaire mobile n’a d’autre objet que le maintien du salaire réel, et non son augmentation.

Du côté ouvrier, les ennemis les plus acharnés de la théorie de la marchandise-travail n’ont pas hésité, bien souvent, à défendre l'échelle mobile comme une application de la théorie du coût de production. Et si l’on ne savait tout ce que la notion de coût de

(1) Roger Picard, Le Salaire et ses compléments, Rivière 1928, p. 272. Ü 6

production du travail a d’incertain, on serait tenté de trouver leur affirmation justifiée, non pas pour tout système d'ajustement automatique, mais pour ceux qui ne prévoient d'ajustement complet que pour les plus bas salaires — et nous avons vu qu'il en était ainsi dans la majorité des cas.

Un deuxième avantage du système d'échelle mobile est qu'il nécessite presque toujours la signature d’une convention collective (1) qui contribue à placer patrons et ouvriers sur un pied d'égalité. Il est vrai que cet avantage n’entrait pas en ligne de compte dans des pays comme l'Angleterre ou l'Allemagne où les conventions collectives étaient déjà très répandues avant la guerre. En Allemagne, depuis décembre 1919, la loi permettait au Ministre du Travail de les étendre obligatoirement à des tiers. On pourrait nier qu’elles aient eu la moindre influence dans ce pays dans les années troublées de la guerre et de l’après-guerre, puisqu'elles n’ont pas empêché l’avilissement des salaires réels. A cet égard cependant, le témoignage du D° Sitzler est formel : « … [l va de soi, dit-il, que cette possibilité d'application forcée de la convention collective a orienté la volonté des parties vers la conciliation et a facilité extraordinairement la réglementation des salaires pendant la période critique de l'effondrement du mark » (2). |

L'avantage de la convention collective à échelle mobile est encore plus grand quand elle prévoit la constitution d’une commission paritaire. Le rôle de ces commissions peut être critiquable lorsqu'elles sont chargées de l'établissement du nombre-indice, mais il est indiscutable qu’elles ont aidé au maintien d’une bonne harmonie entre patrons et ouvriers et qu’elles ont permis à ces derniers de parfaire leur connaissance de la situation économique. Si l’infériorité du vendeur de la marchandise-travail n’en était pas supprimée, elle était heureusement atténuée.

De tout temps, les conflits de salaires ont été la cause princi-

(1) Le D' Karl Forchheiner, art. cité de la R.ILT. y voit l'avantage le plus important de l’échelle mobile.

(2) Fritz Sitzler, art. cité ; R.I.T., mai 1924.

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