‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 16 sur 59 · EST CIS · texte numérisé non relu

EST CIS

Nous aboutissons donc ici à une théorie de l'équilibre du change, comme chez M. Rueff. Nous y trouvons, énoncée catégoriquement, l’idée que le change n’a d'action sur les prix intérieurs que s’il modifie la quantité de monnaie. Cette fois même, le mécanisme qui assure l'équilibre du change est très explicitement l’action de la quantité de monnaie sur les prix aussi bien dans le cas du cours forcé que dans celui de la monnaie métallique.

La conception générale

de la théorie monétaire.

Avec les phénomènes de change et de crises, nous trouvons donc une utilisation très nette par notre auteur de l’idée quantitative. Mais cela ne nous donne pas encore la réponse à la question qu'il a lui-même posée. Quelles sont les causes des mouvements généraux des prix ? « Force nous est bien de remarquer, écrit M. Divisia, que si certaines altérations de la monnaie provoquent des variations générales des prix, rien ne prouve, en réalité, ni que tout phénomène monétaire se traduira nécessairement par une variation générale des prix, ni que toute variation générale des prix correspondra nécessairement à une modification de l'élément monétaire » (87).

De nouveau le problème central de la théorie monétaire est en pleine lumière. Mais encore une fois notre auteur s’en écarte pour développer ses conceptions sur le « phénomène monétaire ».

Toute variation de la valeur de la monnaie, dit-il, est un phénomène monétaire. Les phénomènes monétaires peuvent être rangés en deux catégories :

(37) Idem, p. 59.

os

1) Les variations limitées et alternatives des facteurs de la loi circulatoire qui « constituent dans leur ensemble un phénomène monétaire unique, celui de la constante adaptation du niveau général des prix aux conditions monétaires » (38).

2) Le déplacement de l'équilibre du niveau général des prix sous l’action de causes extérieures qui sont

-— « les circonstances de la production du métal-monnaie, l'inflation et la déflation du papier monnaie qui font varier le facteur Q.

— les circonstances d'utilisation de la monnaie, l'usage du chèque, la thésaurisation qui font varier le facteur r.

— le développement de l’activité des banques, leur politiue générale, les modifications de leur technique, le plus ou moins grand développement du crédit bancaire, etc... qui font varier le facteur B.

— Les variations de l’activité économique du pays qui font varier le facteur À » (39).

Ces vues sont sans doute un bon exposé de la conception de l'équilibre dans la vie économique. Mais il faut bien remarquer que dans les « phénomènes monétaires » de M. Divisia sont confondues les variations d'ensemble des prix sous l'influence de causes générales et les effets sur la valeur de la monnaie des variations de prix particuliers.

En conséquence, selon notre auteur, « les considérations que nous venons de développer, sur la conception du phénomène monétaire, enlèvent son principal intérêt au problème de savoir si des variations générales des prix peuvent être dues à certaines circonstances générales non moné-

(38) Idem, p. 65.

(39) Idem, p. 65. Le terme B désigne l'ensemble des termes enire () dans l'équation.

TR Te

taires, telles que le développement de la population, le progrès des méthodes de production, l'accumulation des capitaux, l'aggravation des impôts, etc. » (40).

M. Divisia ne donnera-t-il donc aucune solution au problème qu'il avait lui-même si bien posé ? Non pourtant, car tout à la fin de son étude nous le voyons enfin exprimer une opinion sur les causes du mouvement général des prix. Des éléments extérieurs à la monnaie, dit-il, peuvent sans doute déterminer des modifications générales dans les prix. Mais ils ne sont pas très nombreux : « le plus souvent des causes de caractère très général, qui paraissent de prime abord avoir une telle influence, n’exercent en réalité leur action que sur un ensemble de prix qui peut à la vérité être fort important, mais qui ne comprend pas néanmoins la totalité » (41).

Si cette réponse nous paraît bien vague, souvenons-nous que, désormais, aux yeux de M. Divisia le problème a perdu « son principal intérêt » ; les modifications générales des prix ne sont pas plus intéressantes que les modifications partielles, la valeur de la monnaie résultant des uns et des autres. Suivant cette conception, il faudrait renoncer à faire, dans l’évolution historique des prix, la part des mouvements généraux et à expliquer ceux-ci par tel ou tel facteur dominant.

M. Divisia finit donc par où M. Rueff avait commencé il tente de se placer hors du cadre de discussion de la théorie quantitative.

I nous semble cependant que c’est uniquement sur un plan très général et abstrait que notre auteur évite de faire

figure de quantitativiste .Lorsqu'il s’agit de l’explication de phénomènes concrets, tels que l’action du change sur les prix, les crises cycliques, il attribue bien l’imporlance essenlielle, nous l'avons vu, à la quantité de monnaie. Nous ne pouvons certes en déduire qu'il expliquerait de la même manière d’autres phénomènes, par exemple les mouvements de longue durée des prix. Dès maintenant, cependant, nous voyons la place très grande, dans sa pensée, de l’idée quanütative.

Les théories mécanistes

el l'idée quantitative.

Nous avons trouvé dans la position de M. Divisia, à l’égard de l’idée quantitative, une très grande parenté avec celle de M. Rueff. Elle s'explique aisément si nous nous rappelons combien la pensée de nos deux auteurs est semblable en ce qui concerne les principes qui doivent dominer la science économique et sa méthodologie.

Comment les actes économiques, quoique de nature psychologique, donnent prise à l'établissement des rapports quantitatifs formant de véritables lois scientifiques, nous l'avons vu tout au long de notre exposé. Nos auteurs, semble-t-il, ne s'intéressent aux actions et réactions psychologiques que dans la mesure où elles ont eu assez de force et de durée pour déterminer des mouvements dans la cireulation de la monnaie ou des marchandises. C’est M. Rueff lui-même qui nous invite à cette interprétation. « Il est bien évident, écrit-il, qu’une crise de confiance est un fait essentiellement moral ; mais ce fait restera sans effet dans l’ordre monétaire s’il ne provoque des achats de devises étrangères, des retraits de dépôts en banque ou une varia-

tion de l’activité des échanges. » (42). C’est cette manière d'envisager les effets des phénomènes psychologiques qui, nous semble-t-il, conduit à la conception passive des prix que nous avons rencontrée chez nos auteurs. Pour que ces phénomènes agissent sur les prix, il faut d’abord qu'ils concrétisent en des faits matériels, et c’est à partir de ces faits matériels, réductibles à quelques facteurs simples, que doit s'expliquer le mouvement des prix. Gette conception passive des prix est, croyons-nous, une des assises fondamentales de l’idée quantitative.

Mais cette idée ne cadre pas moins bien avec la méthode préconisée et suivie par nos auteurs. À une « statique » purement logique, déductive, succède une dynamique qui l’est encore fortement (dans la mesure où nous avons trouvé des vues dynamiques chez nos auteurs). Certes la théorie dynamique part de l’observation des faits et doit être contrôlée par eux. Mais il y a, semble-t-il, toute une marge entre l’observation initiale et le contrôle, dans laquelle joue seule la force dialectique de la pensée à partir d'un certain nombre de postulats admis une fois pour toutes. En un mot les explications données sont de l’ordre de celles que la mécanique nous fournit sur les phénomènes physiques : elles sont, dirons-nous, d'ordre mécanique, ou mécanistes. M. Rueff le déclare très explicitement : la théorie économique c’est la recherche du « mécanisme » (43) qui gouverne les rapports économiques. Ce mécanisme n'est pas saisi directement dans les faits (nous l’avons vu pour la théorie du change), il est essentiellement une construction logique.

(42) Théorie des phénomènes monétaires, p. 26. (43) Idem, p. 24.

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