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LES MÉTHODES COMPOSITES

$ 1. —— L'adaptation de la théorie classique

Ch. RIST

M .le Professeur Charles Rist continue chez nous, en matière de théorie monétaire, la grande tradition classique, représentée principalement par les auteurs anglais du début du XIX: siècle.

Dans la préface au recueil de ses principaux travaux intitulé « Essais sur quelques problèmes économiques et monétaires » (1), M. Rist nous indique que l'unité de ces essais est faite de l'emploi d'une méthode identique. Cette méthode, cette manière d'aborder les problèmes monétaires, nous paraît très voisine de la méthode classique.

La méthode.

M. Ris nous propose des « diagnostics économiques » (2). L'économiste, dit-il, doit se préoccuper de comprendre les phénomènes « qui se passent sous ses veux », (3) et dans ces phénomènes il doit dégager ce qui

(1) Sirey, 1933.

(2) (8) Essais sur quelques problèmes économiques el monétaires, préface, p. IX.

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est sain, normal, de ce qui est pathologique. Nous retrouvons là les mêmes dispositions d'esprit qui poussaient les classiques anglais à rechercher les causes des phénomènes monétaire, car ce furent les phénomènes éminemment pathologiques (surtout pour l’époque) consécutifs à la suspension par la Banque d'Angleterre du paiement en espèces, en 1797, qui provoquèrent les écrits de Thornton, qui décidèrent définitivement de la vocalion d’économiste de Ricardo (4).

La tâche de l’économiste, il est vrai, sera plus difficile que celle du médecin, car, tandis que celui-ei a toujours présent à l’esprit le type invariable de l’homme sain et normal, il n’en est pas de même pour l’économiste. La vie économique est un développement incessant dont nous ne connaissons pas les étapes futures. Or tout changement nuit à quelqu'un, est « pathologique pour quelqu'un », et il y aura toujours des professions, des classes, des nations, mécontentes du cours des évènements. Peut-on dès lors déterminer à chaque instant ce qui est la santé de l’univers économique ?

M. Ris! ne le pense pas, sans doute, mais il croit néanmoins que l’économiste peut contribuer à dégager le pathologique et à indiquer le remède, en s’efforçant de découvrir « parmi les éléments complexes d’une situation donnée, les circonstances économiques décisives et les causes profondes qui la déterminent » (5).

(4) Le titre même de l'ouvrage que celui-ci publia en 1811 « Le haut prix des lingots est une preuve de dépréciation du billet de bangue » indique assez ses préoccupations « médicales ». Tout je traité d’ailleurs est imprégné de ces préoccupations et cela n'est ras fait pour le clarifier. Ce que Ricardo recherche avant tout ce n’est pas une mesure de la dépréciation de la monnaie, mais une preuve, un indice de Ja surabondance de la circulation monétaire.

(5) Op. cit. p. XI.

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Mais y a-t-il des phénomènes proprement économiques el des causes économiques, distincts, en particulier, des phénomènes et des causes politiques ? M. Rist le croit, d’abord parce que l'expérience le lui a montré. Mais il en donne aussi la raison profonde (6). « Les phénomènes économiques décisifs, dit-il, sont des phénomènes de masse, résultant de l’action simultanée et. généralement indépendante de milliers d'individus ou d'entreprises » (7). Par conséquent, si des actions indépendantes produisent des phénomènes généraux, c’est qu’elles sont influencées par des circonstlances elles-mêmes générales. Le meilleur exemple de phénomènes proprement économique, c’est, nous dit M. Rist, le mouvement d'ensemble des prix.

Il semble donc que du seul fait que parmi les actes humains, il est un groupe de « choix » motivés proprement par la considération de l’avantage économique, l'esprit est immédiatement apte à dégager les «lois » des phénomènes généraux qui résultent de ces choix individuels. Cela n’oblige pas d’ailleurs à admettre la valeur absolue de ces « lois économiques ». Elles ont une valeur par rapport à des groupes humains déterminés dont elles expriment les « réactions communes » (8).

Ainsi, c’est surtout le but et la portée des études économiques que M. Rist lient à nous préciser. Quant à la méthode proprement dite, il ne semble pas s'arrêter à ces préoccupations mises en honneur par la critique des sciences, qui tendent à analyser l’acte même par lequel l'esprit dégage les rapports des phénomènes, en y séparant les opérations inductives et les opérations déductives. Et cela en-

(6) Idem, p. XI.

(7) Idem, p. XI.

{8) Idem, p. XV.

hi

core nous semble le rapprocher des classiques dont la méthode se caractérise par une union si intime de l’observation et de la déduction dans l'esprit du chercheur que celuici semble progresser par une série d'actes presqu'intuitifs. C’est de la même manière que le médecin condense en un même acte de l'esprit. son expérience passée, son observation présente et son génie inventif, pour déterminer un diagnostie (9). L'opération qui consiste à dégager les lois des phénomènes économiques serait ainsi expérimentale et rationnelle, indissolublement.

Dans cet esprit s'est constituée l’école classique. Des hommes de la pratique tels de Ricardo y prirent la plus haute autorité. Il nous semble que M. le Professeur Rist poursuit cette tradition avec la plus grande force, en particulier, pour ce qui touche aux questions monétaires. Sa haute expérience de financier et la rigueur de son esprit nous donnent du premier coup, semble-t-il, sans que nous puissions distinguer d’une manière précise le cheminement de la pensée ,des vues extrêmement éclairantes sur les phénomènes monétaires et leurs causes.

(9) Ce caractère d'ailleurs s'explique par les origines de la méthode classique qui se trouvent à la fois dans ja méthode de Newton et dans la philosophie de Hume.

Pour Newton l'expérience est à la base de la découverte des lois de la nature. Et si des lois primitives, l'esprit va aux lois deruières, ce n’est qu’en contact incessant avec l'expérience.

Hume applique cette méthode aux phénomènes psychologiques. Les économistes classiques, sur lesquels il eut tant d'influence la suivront tout naturellement.

Parler de méthode déductive, c'est-à-dire utilisant essentiellement cette opération de l'esprit qui va de principes abstraits aux phénomènes concrets, n’a alors aucun sens. Car pour Hume la raison n'est qu'un système d’habitudes formé par la répétition dimpressions.

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