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A l'égard du problème quantitatif dans son ensemble M. Baudin est partisan d'une solution de synthèse qui verrait dans l’action de la monnaie une loi de tendance justifiant, plutôt que le terme de théorie quantitative, celui de « notion quantitative » (89) qu'il définit ainsi : « Les mouvements du niveau général des prix sont dus à ceux de la monnaie mais non exclusivement el sans lui être forcément proportionnels » (40). Nous trouvons un exposé général de cette conception dans un article de l'Actualité économique (#1) intitulé La théorie quantitative de la monnaie. M. Baudin écarte d’abord les thèses absolues suivant lesquelles les quantités de monnaies auraient une influence exclusive, ou n’auraient aucune influence sur le niveau des prix. Et s'il rend hommage aux antiquanlitativistes, il n’est pas non plus sans les critiquer. Il se demande, en particulier, si le facteur psychologique est réellement absent de la théorie quantitative et ne pourrait y être intégré en considérant simplement le pouvoir que les individus possèdent d'utiliser les valeurs qu'ils détiennent en monnaie de diverses manières, faisant ainsi varier la vitesse de circluation. Ainsi la théorie quantitative ne soutiendrait nullement que toute variation dans la quantité de monnaie agit de la même manière sur tous les prix puisque les fluctuations de la vitesse de circulation accompagnent cette variation. De même, dans cette hypothèse, la
théorie quantitative ne comporterait aucune affirmation de
(39) Ce terme est employé aussi par M. HARSIN.
(40) La Monnaie et la formation des prix, p. 456.
(41) Montréal, déc. 1933. Cf. aussi un très récent ouvrage de M. Baudin : « La Monnaie. Ce que tout le monde devrait savoir » (Librairie de Médicis, 1938). Un des chapitres de cet ouvrage est intitulé : « La monnaie agit sur les prix, mais son action échappe au calcul ».
proportionnalité absolue entre la quantité de monnaie el les prix.
Les théoriciens du revenu, selon M. Baudin, ne s'opposent donc pas aux quantitativistes, ils les complètent. Cela est si vrai que certains auteurs ont tenté de faire entrer des éléments qualitatifs dans l'équation des échanges: Fisher, le crédit qui s'éteint ou s’acquiert à lerme el le crédit qui s'éteint par remboursement; Fernandez Banos, le montant des valeurs immalérielles (elles que la capacité technique, l'esprit d’épargne, la paix sociale, d’une part, el de l’autre côlé la confiance dans ces biens immatériels, l'espérance de leur transformation en richesse.
Suivant M. Baudin, une nouvelle catégorie de lhèses s’est ouverte, qu'il qualifie de « {héorie de l'emploi du revenu ». Ainsi Mac Kenna écrit : « I existe deux facteurs qui échappent à tout contrôle défini de la part de l’Institut central : le premier est la vitesse de circulation de la monaie, le second consiste dans l'emploi qui est fait de cette monnaie ». De même pour Keynes, des modifications dans l'emploi du revenu peuvent faire varier les prix sans modification de la quantité de monnaie ni même dans la vitesse de circulation.
Notre auteur souhaiterait que l’on pousse encore cette analyse plus loin : Si l’on remarque que le changement dans la répartition des revenus entraîne des bouleversements dans l'emploi du revenu la théorie quantilalive doit aboutir à « une vaste élude sociale. englobant un grand nombre de problèmes qui ne sont plus strictement monétaires ». Cette évolution des théories conclut-il « s’est poursuivie, sans que les fondements de la théorie quantitative entendue dans le le sens le plus large, aient été à proprement parler détruits » (42).
(42) La théorie quantitative de l& monnaie, p. 428.
LL A0 Le
Nous rencontrons, nous semble-t-il, la même position éclectique dans l'ouvrage de Monsieur le Professeur G. Pirou sur La monnaie française depuis la querre (43). Nous y voyons, en effet, que le fondement, la cause première des mouvements des prix, pendant et après la guerre, sont bien attribués aux phénomènes d'inflation interprétés dans le sens quantitativiste. M. Pirou compare le billet de banque à un bien, donnant droit à une quote-part dans le stock global des marchandises. Si le nombre des biens est multiplié, chacun n’est plus en mesure d'acheter qu'une quote-part réduite des marchandises (44).
Mais nous voyons aussi intervenir, dans le même ouvrage, la notion de revenu : les prix montent parce que les revenus sont gonflés artificiellement. « Il y a inflation, lisons-nous, toutes les fois qu'augmentent les disponibilités des industries, sans qu'augm®nte parallèlement le stock des marchandises » (45). C'est l’idée de revenu, nous le savons, qui permet de passer aux explications psychologiques des variations de la valeur de la monnaie. Nous les rencontrons bientôt chez M. Pirou, par exemple lorsqu'il s’agit d'expliquer la dépréciation du franc en 4926. « Ce n'est pas tant, écrit-il, le niveau de la circulation en juillet 1926 que les risques d’une inflation prochaine qui déterminent la perle de la confiance dans la valeur du franc » (46). Il nous est donc permis de penser que M. Pirou ne cherche pas à expliquer par une cause unique tous les mouvements des prix, mais qu'il adopte les
Sirey, 1936.
Op. cit., p. 21-22.
Idem, p. 26.
Idem, p. 40.