‹ Les recits d'un vieux chasseurChapitre 3 sur 21 · La verste est de 104 1/4 au degré ou de 939 m. 23 cent · texte numérisé non relu

La verste est de 104 1/4 au degré ou de 939 m. 23 cent

— Alors, il s’est complètement moqii6 de vouÿ. C’est tout au plus si vous rencontrerez ici quelques renards communs : encore ne les chasse-t-on pas à cette époque de l’année ; maintenant que nous avons vingt heures de jour, fl fait trop chaud , et leur peau ne vaudrait rien. Toutes les belles pelleteries, d’ailleurs , proviennent de contrées plus septentrionales. Si vous voulez des renseignements exacts, je vous amènerai de la Bourse, où m’appellent mes affaires, quelqu’un de nos premiers marchands de fourrures. »

Au bout d’une heure, je wis revenir mon hôte avec un individu à longue barbe , et dont la figure caractérisée portait le type de la race Israélite.

« J’ai l’honneur de vous présenter Isaac Bincof, un de nos négociants en pelleterie les mieux achalandés.

— Nous ne tenons pas nos fourrures de première main, me dit celui-ci; nous les achetons presque toutes à la foire de Nijni-Nowogorod , qui commence le 1" août. Si vous voulez vous rendre dans celte ville, je partirai dans quelques jours, et je pourrai vous servir de guide. Une fois que vous serez*là, vous y rencontrerez de nombreux amateurs de chasse.

— Alors, lui dis-je, je n’ai plus qu’à chercher des chevaux et une meute ?

— Oh ! me dit-il, ce serait un peu embarrassant.

D’ici à Nijni, nous comptons environ cinq cent cinquante verstes; il ne nous reste plus que huit jours; nous n’arriverions jamais s’il fallait nous embarrasser d’une meute : d’ailleurs, je ne pense pas qu’on chasse le renard bleu avec tant d’appareil. Cette ville est un endroit de ressources, et vous y trouverez tout ce qui vous sera nécessaire. Ne vous occupez donc que de vos passe -ports. »

Vous voyez, mon cher Arthur, que tout est en bon train; aussitôt que je serai rendu à Nijni, je vous tiendrai au courant des mes exploits.

De Nijni , le 6 août.

L’article des contre-temps, mon cher Arthur, m’a empêché de faire partir de Saint-Pétersbourg le commencement de cette lettre : je comptais la déposer à la poste avant mon départ.

Je m’en étais remis à l’israélitc Bincof du soin de chercher un véhicule pour faire notre voyage ; mais au moment du départ, jugez quel fut mon effroi en voyant devant la porte un petit chariot à quatre roues, suspendu sur les essieux, sans autre siège que des banquettes en bois nu! Je me récriai.

^ • Mais , dit le marchand , c’est un taléga , la voiture la plus commode du pays. D’ailleurs, il n’y a guère à choisir; toute autre voilure serait brisée sur nos routes, surtout si nous prenous par

la traverse. Je vous garantis que cela est fort doux. »

Je montai dans le taléga , et ce véhicule fut assez supportable tant que nous demeurâmes sur la Perspective ; cette rue est pavée de morceaux de sapin fichés debout, ce qui produit un plancher parfaitement uni. Nous roulâmes là-dessus sans le moindre cahot ; mais ce fut bien différent quand nous arri- 'vâmes sur les cailloux ; à chaque tour de roue j’étais lancé en l’air, et retombais sur les planches ; il y avait de quoi me décrocher les poumons. Je déclarai à Isaac Bincof que je ne voulais pas du taléga. Il se serait obstiné sans doute, si je n’avais eu recours à ce qui, en Russie, est pour les juifs Yultima ratio. Je fis sonner quelques pièces d’or, et nous revînmes chez moi. Au bout d’une heure, nion israélite me ramena une vieille berline de voyage, qu’il me fit payer le double de sa valeur. Et maintenant que j’y réfléchis, je suis persuadé que c’étàit de sa part un coup monté; il ne m’a fait rouler d’abord en taléga que pour me vendre plus cher son horrible voiture. Tout occupé que j’étais de ces préparatifs, j’ai oublié ma lettre dans mon portefeuille, et je vous l’adresse d’ici en y ajoutant de nouveaux détails, f

. Je ne vous dirai pas que Nijni-Nowogorod est une belle ville, qu’elle a des rues larges et bien alitées comme toutes celles de la Russie, que son bazar n’a

pas moins de cinq cents boutiques : vous trouveriez cela dans toutes les géographies. Mais ce qui m’a surtout frappé ici, c’est l’étrange variété des costumes. Lorsque nous sommes arrivés, la foire durait depuis plusieurs jours, les environs de la ville étaient occupés par des -baraques de marchands arméniens ou chinois , par des twites de Tatares ; il y avait là des Persans avec leurs longues robes, des Turcs aussi bien que des Moscovites, des Autridiiens, des Valaques, des Moldaves, etc., etc. Rien ne peut donner une idée de l’espèce de chatoiement que produit cette diversité. Ici on se croise avec un boyard russe, plus loin vos yeux sont attirés par la veste élégante d'un maggyare hongrois. Cependant, Je dois l’avouer, c’était surtout par le nez que je devais être pris à mon arrivée ; en passant près des tentes en feutre des Tatares, je ne pus m’empêcher de reconnaîti e que c’est à juste titre qu’on les a surnommés Tatares puants. Lés costumes de l’Europe occidentale étaient ceux qui se montraient le plus rarement. Néanmoins, je me disais à part moi : « Il y a des Anglais partout où l’on commerce ; il doit y avoir des Anglais ici. » En effet, on m’indiqua la demeure d’un compatriote , située dans un faubourg assez éloigné. Sa maison est de belle apparence , et jugez quelle fut ma satisfaction lorsque, en franchissant le seuil de sa porte, je sentis tout de suite, à l’odeur, qu’il faisait le commerce des pelleteries. On »

voyait sous les remises d’énormes las de. peaux de cerfs, de rennes ou d’élans. Des femmes, assises autourde longues tables,élaient occupées à appareiller, pour la couleur et pour la beauté, des hermines, des écureuils, des martres; et ce travail n’était pas sans difficulté , car ces peaux n’avaient pas encore passé par les mains du corroycur ; elles étaient retournées la fourrure en dedans, et telles qu’on les reçoit des chasseurs du Nord. Mon compatriote, James Bows, est un petit homme à la face rubiconde et épanouie.

« Un Anglais 1 s’écria-t-il en frappant des mains, dès qu’il eut entendu mon nom, et je crus qu’il allait m’embrasser Comme un Français, tant il était content. Ma fille, veillez au bread-pudding, nous aurons un Anglais. « Car il voulut que je logeasse chez lui. Quand il connut le motif de mon voyage :

« Nous faisons ici, me dit-il, un immense commerce de pelleteries de toute espèce. L’année dernière, on nous a apporté du seul district de Kironsk 600 peaux de martres zibelines, 6000 peaux d’hermines, 5000 peaux de putois, et 1.50 peaux d’ours; 4COOOO peaux de petits-gris ; il y a des années où ce dernier chiffre s’élève jusqu’à 800 000. De plus, les chasseurs de Kirensk achètent aux Toungouses, leurs voisins, près de 100000 peaux de petits-gris, . ce qui fait, seulement pour leur part, chaque année, de 1 500000 à 2 millions. Ajoutez à cela les 500000

peaux qui vienn^t de l’immense étendue du pays de Yacoulsk, 50 000 que l’on tue sur les bords de la Léna supérieure, puis ce qu’on apporte du district d’Oustsissolsk , vous voyez que nous arriverons à un chiffre de près de 4 millions. Aussi les affaires qui se font ici, tant sur cet article que sur les plumes, dépassent 666666 livres sterling, environ 16 millions argent de France.

— Allons, je vois, repris-je, que je m’amuserai dans ce pays-là, si vous voulez m’aboucher avec quelque chasseur.

— Nous ne sommes pas, continua James Bows, en rapport direct avec les chasseurs. Les peaux nous sont apportées par des marchands de Scherdinsk et d’Oustsissolsk, qui vont les recueillir euxmêmes dans les villages de ces peuples chasseurs ; c’est ce que va vous confirmer un marchand de ce pays. »

On eut bien de la peine à faire comprendre à ce dernier qu’un gentleman avait conçu la fantaisie d’aller chasser dans les régions polaires; cependant , quand on lui eut communiqué celte idée ;

« J’ai, s’écria -l-il, ce qu’il faut. Un Siriane a brisé sa carabine; n’ayant trouvé ni à Ouslsissolsk, ni à Vologda, une arme qui lui convienne, il est venu ici pour remplacer celle qu’il a perdue; il a beaucoup voyagé et fera probablement votre affaire.*

De ricochet en ricochet, j’étais arrivé à mon but; et jugez de mon contentement, lorsqu’on m’amena, le lendemain, un individu qui parlait à peu près le français. loulaï Kousmitch avait été enlevé, en 1812, à son village, avec la druschine enrôlée pour repousser l’invasion des Français. U avait marché avec les troupes alliées jusqu’au fond de la Champagne; culbuté par une charge de cuirassiers français qui décida de la bataille de Château-Thierry, il fut laissé pour mort dans le bois de Nogentelle. Mais pendant la nuit il recouvrasses sens, et, craignant les maraudeurs qui viennent dépouiller les cadavres , il se traîna dans le taillis et se blotlit sous un épais fourré d’épines : il y serait mort sans doute , si le hasard n’avait amené là un paysan qui venait pour ramasser du bois ; celui-ci eut pitié du malheureux, et tantôt le portant, tantôt le traînant, le conduisit jusqu’à sa cabane. Il le pansa tant bien que mal , en sorte qu’au bout de quelques mois le blessé se trouva guéri ; ne se souciant pas de regagner son régiment, dont les débris avaient marché vers Paris , il entra comme domestique dans une ferme du voisinage , et ne tarda pas à rencontrer un de ses compatriotes qui avait déserté et qui , ainsi que lui , se cachait pour ne pas retourner en Russie.

En réunissant le peu d’argent qu’ils avaient pu amasser avec beaucoup de travail, lorsque les alliés

CHASSE CHEZ LES SIRlANErS.

eurent quitté la France, ils s’étaient fhit céder quelques toises de terre sur le bord de la grande route, non loin de Montreuil-au-Lion. Ils y avaient élevé une cabane de terre et s’étaient mis à vendre aux rouliers attardés de l’avoine et quelques verres de vin. La voix publique eut bientôt désigné ce cabaret sous le nom Ae Moscou. Les affaires des deux associés se faisaient tant bien que mal; mais la discorde se mit entre eux, et bientôt loulaï Kousmitch conçut la pensée de revoir son pays, et entreprit le voyage, quoiqu’il n’eût que de bien faibles épargnes. A Charly, il put se mettre au service de. mariniers qui descendaient à Paris des trains de bois. Ses nouf veaux maîtres lui procurèrent le moyen de s’embarquer sur un bateau qui se rendait au Havre^ Dans ce port, il trouva un bâtiment en partance pour Archangel ; il y prit place comme matelot , et ayant ainsi regagné les embouchures de la Dwina , il put remonter ce fleuve et revenir enfin au pays des Sirianes, dont il était parti.

« Eh bien ! mon brave, lui dis-je , me ferez-vous voir des renards bleus ? ^

— Pour ce qui est des petits-gris, je vous en ferai voir tant que vous voudrez ; les hermines ne manquent pas , les martres sont un peu plus rares ; quant aux renards bleus, il se passe quelquefois cinq années sans qu’on en tue. Puis un beau jour , les mauvais temps font descendre des monts Oural une

46 ch:^sse chez les sirianes.

grande quanlift de lièvres ; alors les renards viennent à leur suite pour leur donner la chasse.

— N’importe, dis-je , nous tuerons ce que nous trouverons.»

Je fis prix avec loulaï , afin qu’il me servît de guide pendant toute la saison, moyennant une carabine qu’il choisit chez un des armuriers de la ville.

« Et vous, me dit-il , ne prenez-vous donc pas une arme ?

— J’ai tout ce qu’il me faut. ••

Je lui montrai ma carabine, mes pistolets, et même mon costume de chasse.

« Ce vêtement, jè crois, vous servirait peu; les lambeaux en resteraient bientôt suspendus à toutes les branches ; d’ailleurs il effrayerait trop le gibier. Croyez-moi, faites emplette d’un bon touloup de peau de lièvre ; achetez un pantalon en cuir de renne, des bottes en blaireau; coiffez-vous d’un bonnet en agneau d’Astracan, et comme cela vous pourrez presque passer pour un des nôtres. N’oubliez pas qu’il faut constamment porter avec vous une petite boussole. Autrefois, hos pères se dirigeaient dans leurs chasses eu regardant l’écorce des arbres, qui est toujours plus chargée de mousse et plus déchirée du côté du Nord ; mais maintenant nous avons presque tous une aiguille aimantée, cela est plus commode et plus sûr. Quanta vos armes, elles

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sont d’un trop gros calibre. Que nous reslerait-il d’une hermine, si nous la touchions avec une balle de G à 7 lignes de diamètre ? Puis, s’il nous fallait porter dans nos chasses trois ou quatre cents balle», ce serait un poids de plus d’un pund' dont nous serions surchargés, tandis que nos carabines, qui ont moins de trois lignes de diamètre, n’endommagent jamais d’une manière notable la peau du gibier, et il suffit d’un demi -kilo de plomb pour faire 300 balles. >

Néanmoins, je tenais à mes armes, et sur ce point je résistai.

« Le pays où nous commencerons la chasse estil bien éloigné î Combien devons-nous faire de verstes?

— Pas beaucoup, reprit-il, de 600 à 700, peut-être 800. Nos forêts ne sont pas arpentées, et nous prenons la roule comme elle est, sans trop la mesurer. »

Je fis légèrement la grimace. Encore 800 verstes à faire en remontant vers te nord, vous conviendrez que c’est un peu loin. Néanmoins le vin est tiré, il faut le boire, et la première lettre que vous recevrez de moi sera, datée du pays des Sirianes.

1. Le pund, composé de 40', livres russes, est égal à 16 kilogrammes 334 grammes.

Le 20 septembre, du district de Kirensk.

Enfin, mon cher, me voici arrivé. A^ais quel nom donner à l’agglomération de huiles où je me trouve ici? 11 n’en est mention sur aucune carte ; les habitants eux-mêmes n’ont pu me le dire. Tout ce que je sais, c’est que je suis dans le district de Kirensk, sur les bords de la Léna , au fond de la Sibérie orientale. Ce pays n’est connu que depuis le XVII* siècle. Lorsque les Cosaques, en s’avançant vers l’Orient, en firent la découverte, les seuls habitants étaient des Toungouses. On fut bien étonné de les trouver vêtus de peaux de zibelines et d’autres fourrures considérées en Europe comme les plus rares; ils n’avaient d’autre ressource pour leur subsistance que leur gibier, le produit de leur pêche et le lait de leurs rennes, qui sont en petit nombre. A cette époque, ils se servaient uniquement de pièges ou de flèches pour prendre ou pour frapper les animaux sauvages ; pour ne point endommager la peau des hermines, des martres et des petits-gris, ils assommaient ces animaux à l’aide de traits dont l’extrémité était garnie d’une boule de bois. Quelquesuns font encore usage de ce procédé ; mais le plus grand nombre emploie aujourd’hui des carabines d’un très-petit calibre.

. CHASSE CHEZ L£S. SIRIÀN^.

Le bruit de la découvert^ s’étant, répandu, des peuples d’origine frnnoise,^établis déjà bien au nord • sur les bords de la Petc^ora, et auxquels on donne > le nom de Sirianes,.ne craignirent pas de s’aventurer en cbassant dans ces régions éloignées, ^ais-

sant en arrière La vallée de l’Angara et. les envirojtis d’Ircûutsk ,, ils ipontbrent encore ..vers le nord, et s’engagèrent dans ces forêts sa^ns bornes qui cou-- • vrerit les bords de la Léna, presque jusqu’aux ri^ ^ de. l’océan Boréal. Ce qui d’abord n’avait été pour eux ..qu’un rendez-vous de chasse devint avec le temps une demeure. définitive. Ils percè.rent . des clairières dans Iça forêtÿ pour .y tenter quelques es-^... sais.^d’agricultare;. mais le froid disparaît si tard dans ce pay^,^ y "revient si tOLque lé blé n’arrive .. presque jamais à «a maturité. L’orge même y vient., si difûcrloment, que, pour détacher le^rain à l’aide du battage, on est Souvent obligé de fâire sécher les , gerbes sur des échelles,, et de .les passer ensuite sur • s des cailloux chauffés au four ; c’est alors seulement qu’on peut les frapper utilement avec le fléain II ar^ • riye parfois, quelles gelées précoces enlèvent même ’ aux habitants .cette faible .ressource. La chasse,'- ' voilà leur véritable moisson., ,

Pour arriver iri, après avoir laisséla Vologda ma ‘ ' voiture qui' ne-, pouvait plus m’être 'd'aucune uUlilé.; nous .ayons pris de petits chevaux du pays; nous avons, franchi laDyyinaét Ja ffelchora; puis, nous eii-;,;

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gageant dans les steppes', sans suivre aucuhe route tracée en apparence, nous avons gagné le pied de

rOural, franchi quelques-unes de ses croupes ; nous avons coupé en biais la vallée de l’Angara, et aperçu de loin lelacBaïcal.Lor^ue le soir arrivait, et qu’il fallait donner du repos à nos montures, nous nous . arrêtions où la nuit nous prenait. On allumait du feu, tant pour faire cuire quelques aliments que pour éloigner de notre campement les animaux sauvages. Les habitants, dans leurs expéditions, në prennent • guère d’autres précautions ; ils jettent à terre une peau de renne ou d’élan, se couvrent d’une autre 'peau, quand ils sont assez riches pour en posséder plus d’une, et s’endorment les pieds au feu, sans - autre toit que les arbres ou la voûte du ciel. loulaï Kousmitch et ceux de ses compatriotes qu’il avait recrutés en 'qttUde; jugeant que je ne serais pas de caractère à ui^conlenter de celte manière de vivre, coupaient quelques perches de bouleau’, les piquaient en cercle, et les réunissaient par l’autre extrémité de manière à former une espèce de cône ; ils étendaient quelques peaux sur celte charpente improvisée, persuadés qu’ils m’offraient un gite très-confortable. Une inspiration d’en haut' m’avait fait eraporterun matelas àair eu caoutchouc, qui, soufflé tous les soirs, ne laissait pas de m’offrir une couche au moins à l’abri de rhumidilé. Oii étendait sur moi une peau d’ours, et je dormais comme un bienheu-

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CfiASSB CHEZ LES SIRIANES. Si

reux, ayant néanmoins toujours à la portéë de ma main mes pistolets et une jimrabine armée : car les bêtes féroces sont nombreuses, et nous entendions souvent leurs troupes hurler autour de notre campement. Enfin, nous arrivâmes à Katchougskala» Pristane, endroit assez rapproché des sources de la Léna, et point où ce fleuve commence h être navigable. Nous primes un bateau plat, et nous nous mimes à descendre le cours du fleuve, qui devient imposant au-dessous de Kirensk. Près de celte ville, il reçoit le tribut de la Kourenga ; ses eaux n’ont pas moins d’ûiie sagène* de profondeur, et quelquefois elles en atteignent dix ; leur largeur est' de deux à trois versles ; le fleuve s’avance majestueusement entre deux rives élevées de vingt à quarante sagènes. Les berges sont composées de pierres calcaires et de grès, le plus souvent coupées à pic ; quelquefois ces rocl^rs taillés en aiguille, entassés au hasard, entremêlés d’arbres résineux, présentent, pendant le clair de lune, à l’œil déçu du voyageur, l’aspect d’un château ruiné, quelque vieux manoir féodal, nu bien les minarets et les coupoles d’une cité d’Orient. Plus bas^ le fleuve, qui reçoit le Vitimé et r01eckma> est semé d’fles nombreuses parées d’une sombre végétation ; sur presque toutes on voit des cabanes de Touogouses ou de YakouLdLs.

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